La façade littorale du Marais poitevin : entre agriculture littorale, gestion des risques et changement climatique

Le Marais poitevin est la deuxième zone humide littorale de France en superficie après la Camargue. Il occupe une zone déprimée à l’extrémité septentrionale du Bassin aquitain, au contact du Massif armoricain. Marais caractéristique du littoral centre-ouest atlantique, c’est est une vaste plaine qui occupe l’emplacement d’un ancien golfe marin. Il y a 10 000 ans, la fonte des glaces du Würm a en effet provoqué une élévation du niveau de la mer, la transgression flandrienne, qui a envahi la dépression et conduit à la formation d’un golfe marin, le golfe des Pictons ou golfe du Poitou. Il y a encore 2000 ans, cet espace était occupé par la mer et des îles en émergeaient. Dans un contexte de changement climatique, quels défis environnementaux multiples se posent sur ce vaste territoire essentiellement agricole où les altitudes - moins de trois mètres sur l’image - sont égales ou inférieures au niveau des pleines mers de vives eaux exceptionnelles ?
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Légende de l’image

Cette image du parc naturel régional du Marais poitevin, entre les estuaires de la Charente et de la Gironde, a été prise par un satellite Sentinel-2 le 28 mail 2022. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m.

Ci-contre, la même image satelitte présente des repères géographiques de la région.

Contient des informations © COPERNICUS SENTINEL 2022, tous droits réservés.

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Repères géographiques

Présentation de l’image globale

Le littoral du Marais poitevin : dynamiques littorales, gestion des risques et changement climatique

Le Marais poitevin : une mosaïque de paysages (doc. 3)

Le Marais poitevin localise une mosaïque de paysages, dont ceux de l’anse de l’Aiguillon qui est un des principaux marais salés d’Europe de l’ouest. Les différentes entités spatiales décrites ci-après sont interdépendantes, en particulier pour leur fonctionnement hydraulique qui dépend à la fois du bassin versant, situé en amont, et de l’interface maritime, situé en aval.

Des formes littorales caractéristiques d’une côte d’accumulation

L’image est centrée sur la façade littorale du marais Poitevin, bordée par le Pertuis breton, baignée par l’océan Atlantique et protégée, côté maritime, par le parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis. Ce pertuis, mer intérieure peu profonde entre île de Ré et continent, est alimenté par les deux principaux fleuves du marais poitevin, le Lay et la Sèvre Niortaise qui draine l’anse de l’Aiguillon. Les marais dominent sur l’image ; ils ont été colmatés par le dépôt de bri, des argiles assez semblables aux vases actuelles de l’anse de l’Aiguillon, qui a été déposé sur de grandes épaisseurs par l’océan lors de la transgression flandrienne.

La côte vendéenne, une côte basse et sableuse. L’estran, ou zone intertidale, qui est l’espace compris entre le niveau des plus hautes eaux et celui des plus basses eaux, est important. L’image montre bien à l’ouest de La Faute-sur-Mer que l’estran, alternativement couvert et découvert par les marées, est large d’au moins 500 mètres ce qui atteste bien de l’ampleur du marnage. Cet estran est sableux et il est végétalisé au droit de La Faute-sur-Mer. Des sentiers permettent alors l’accès à la plage. Cette plage ouverte est prolongée par une flèche sableuse, la pointe d’Arçay

La pointe d’Arçay, une flèche littorale. La pointe d’Arçay, flèche littorale sableuse, a été édifiée depuis le milieu du XVIIe siècle par les apports sédimentaires de la dérive littorale, provoquée par les houles d’ouest du Pertuis breton en direction du sud-est. La pointe d’Arçay est recourbée en forme d’hameçon en raison des effets combinés de la réfraction et de la diffraction de la houle. Longue d’environ 6 kilomètres, elle bénéficie d’une dynamique sédimentaire positive et s’allonge chaque année dans le sens de de la dérive littorale par adjonction de crochets dunaires successifs, orientés vers l’estuaire du Lay. Ces dépôts successifs sont nettement identifiables sur l’image.

Le corps de la flèche a été fixé par une forêt de pins maritimes, adaptés aux sols sableux. Plantée au XIXe siècle, la forêt domaniale de Longeville devait contenir la progression des dunes et ainsi protéger l’habitat de l’arrière-pays de l’ensablement. Protégé, cet espace est composé à la fois de terrains du Domaine public maritime gérés par le Conservatoire du littoral et d’une réserve biologique domaniale gérée par l’Office français de la biodiversité. La progression de la pointe d’Arçay, captant l’essentiel des dépôts sédimentaires, prive la pointe de l’Aiguillon, autre flèche littorale située à l’est, d’une partie de son alimentation.

L’anse de l’Aiguillon : un marais maritime. L’anse de l’Aiguillon est une vasière qui localise l’embouchure de la Sèvre Niortaise. Elle s’étend sur le département de la Vendée, au nord-ouest de la Sèvre niortaise et de son cours maritime, et sur celui de la Charente-Maritime au sud-est. Le cours sinueux de la Sèvre Niortaise s’achève par un estuaire qui a largement contribué au dépôt de particules très fines en suspension alimentant ainsi une sédimentation vaseuse.
L’anse de l’Aiguillon, aujourd’hui très réduite, atteste des nombreux aménagements du Marais poitevin qui ont progressivement réduit le golfe des Pictons.


Document 1


Document 2

En arrière, le marais desséché

Il occupe l’essentiel de l’image étudiée. C’est en théorie une zone protégée des marées et inondations par les nombreuses digues.

Une plaine d’accumulation littorale. Le marais desséché est un marais comblé par atterrissements successifs, c’est-à-dire l’accumulation de sédiments, sous l’action conjuguée de l’apport de sédiments essentiellement marins, d’alluvions déposées par les fleuves de la Sèvre Niortaise et du Lay mais aussi des aménagements hydro-agricoles qui ont hâté l’évolution naturelle du marais depuis le Moyen-Age.

Un marais poldérisé. Les terres ont en effet été gagnées sur l’estran, en particulier sur le schorre, partie supérieure des étendues intertidales de la vasière de l’anse de l’Aiguillon, lors de différentes phases d’aménagement identifiables sur l’image.

À la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle, la forte pression démographique explique les premiers endiguements et assèchements menés par les moines de cinq abbayes de la région, dont celle de Saint-Michel-en-l’Herm, ancienne île du golfe des Pictons (doc. 1). Ils construisent un canal, visible à l’est de l’image, le canal des Cinq Abbés, qui évacue toujours les eaux du Marais poitevin vers la Sèvre-Niortaise, et donc vers l’océan. Le canal dit Ceinture des Hollandais, visible au nord-est de l’image, est long d’une vingtaine kilomètres et s’achève au sud de Luçon. Construit à la fin du XIIIe siècle, sous le nom d'Achenal-Neuve ou Achenal-le-Roi, il est le dernier ouvrage d’envergure réalisé dans le cadre des assèchements du Marais poitevin au Moyen-Age. En rive gauche, une digue est édifiée tout le long du canal afin de protéger le marais desséché d’inondations éventuelles provoquées par les marais restés inondables entre le canal et l’ancien rivage au nord qui constitue la bordure du marais.

Ces travaux d’assèchement qui sont les plus anciens sont visibles sur l’image. En effet, les petits canaux rectilignes individualisent un parcellaire agricole géométrique de petite dimension situé entre le canal dit Ceinture des Hollandais et l’alignement des villages de Grues, Triaize, Champagné-les-Marais et Puyravault. En 1599, un édit d’Henri IV ordonne la reprise des travaux d’assèchement. Au XVIIe siècle, l’ingénieur hollandais Humphrey Bradley est nommé « Maître des digues et canaux du Royaume » et assèche plusieurs milliers d’hectares autour du canal dit Ceinture des Hollandais, ancien Achenal-Neuve ou Achenal-le-Roi, qui change donc d’appellation après avoir été remis en état par des investisseurs hollandais.

Les travaux de poldérisation les plus récents se sont déroulés aux XIXe et XXe siècles. Ce sont les « prises sur la mer » visibles dans la moitié méridionale de l’image par un parcellaire agricole très géométrique mais de plus grande taille et de forme largement rectangulaire. C’est un réseau de canaux d’évacuation des eaux qui délimitent ces parcelles rectilignes dont les dernières ont été conquises sur la mer en 1965. Ces prises sont situées au contact de la côte sableuse ou du schorre. La progression des prises caractérise surtout le nord-ouest de l’anse de l’Aiguillon, là où le colmatage était le plus actif, à l’abri de la flèche littorale de l’Aiguillon. À bien observer l’image, nous constatons que les digues successives épousent la forme du schorre. Ces phases d’aménagement (doc. 4) ont alterné avec des phases d’abandon du marais, notamment en temps de guerre. La fermeture complète de l’anse de l’Aiguillon par un barrage fut un temps envisagé dans la seconde moitié du XXe siècle mais ne fut jamais mise en œuvre.


Document 3


Document 4

Les travaux de poldérisation : des travaux d’endiguement et de drainage. Pour protéger des terres situées en-dessous du niveau des hautes mers de l’inondation des eaux marines, des digues de mer parallèles au rivage ont été construites. Elles sont notamment visibles de part et d’autre du canal évacuateur de Luçon où elles individualisent des bandes de terres agricoles géométriques et parallèles entre elles. Pour empêcher les inondations continentales, des digues longent également les fleuves du Lay ou de la Sèvre Niortaise.

Après l’isolement hydrologique d’un marais interviennent les travaux de drainage. Le réseau des canaux de drainage dense et très hiérarchisé permet à l'eau, en surplus, d’être évacuée au moyen de portes à flot (ou portes à la mer) qui s’ouvrent à marée basse. À marée haute, la pression de la mer ferme les portes et empêche l'eau salée de refluer dans le parcellaire agricoles. Durant la saison sèche, les portes à flot sont fermées, afin de garder l'eau nécessaire à une éventuelle irrigation des cultures. Ce fonctionnement hydraulique complexe est contrôlé par plus de deux cents ouvrages (bondes, vannes, barrages ou portes à la mer) dans le Marais poitevin.

Le marais mouillé, le marais intermédiaire et les bordures

Le marais mouillé, situé entre l’ancien rivage et le marais desséché. Au pied de l’ancien rivage entre Saint-Denis-du-Payré et l’est de Luçon ainsi que dans la plaine alluviale du Lay, le marais mouillé, aux parcelles en teinte vert bouteille sur l’image, localise de très nombreux canaux. Ils jouent le rôle de vase d’expansion des crues lors des précipitations quand les eaux convergent du vaste bassin versant. Ils servent de réservoir d’eau douce l’été. Ce sont des marais inondables.

Sur l’image, le marais mouillé est essentiellement un bocage palustre. Composé notamment de communaux, il localise de vastes prairies inondables vouées au pâturage, bien visibles notamment au sud-ouest de Luçon. Les communaux sont la propriété de la commune sur laquelle ils sont situés. Terres de pâtures, ils sont investis au printemps par les troupeaux de vaches et de chevaux qui les quittent en automne avant que le sol ne devienne trop humide.

Le marais intermédiaire. Situés entre le marais mouillé et le marais desséché, le marais intermédiaire est difficile à distinguer sur l’image. Il s’agit d’anciens marais mouillés qui ont connu un réaménagement hydraulique. Il peut encore recevoir les eaux des crues hivernales mais est doté d’équipements hydrauliques assurant son drainage. L’espace touchant à l’ancien rivage autour de Saint-Denis-sur-Payré est un marais intermédiaire.

Les bordures du marais mouillé, situé au nord de l’ancien rivage (doc 1). La plaine du Bas-Poitou est l’espace le plus septentrional sur l’image. Il domine le marais mouillé et est reconnaissable sur l’image à ses couleurs marron et beige. C’est un paysage de grande culture céréalière caractérisée par des champs ouverts dans un paysage d’openfield. La ville de Luçon, située sur cet ancien rivage, était autrefois un port céréalier et demeure la porte d’entrée sur les différents territoires du marais. C’est bien sur cette « haute terre » qu’ont été construites les principales voies de communication, à l’abri des inondations. L’image permet d’identifier la route départementale qui traverse Luçon d’ouest en est.

Ce littoral centre-ouest atlantique est donc un littoral régularisé par la conquête des marais désormais protégés par le parc naturel régional du Marais Poitevin. De l’ancien golfe des Pictons, il ne reste donc aujourd’hui que l’anse de l’Aiguillon.

Des territoires fortement anthropisés

Si la prédominance du végétal peut laisser penser que cet espace est « naturel », il est pourtant entièrement anthropisé et a donc été transformé par l’action de ces sociétés littorales.

Une occupation ancienne du Marais poitevin

La prédominance d’un habitat groupé. Dans le marais desséché, il est situé sur des buttes calcaires plus ou moins surbaissées qui étaient d’anciennes îles. Ce sont les villages-rues comme Champagné-les-Marais et Charron, ou des villages-tas comme Grues ou Triaize. Mais cet habitat groupé est aussi localisé sur l’ancien rivage dans la plaine du Bas-Poitou. Ce sont les villages de Saint-Benoist-sur-Mer et de Saint-Denis-du-Payré, et la petite ville de Luçon. Seules les communes de La Faute-sur-Mer et de L’Aiguillon-sur-Mer ont été bâties sur des cordons dunaires.

L’ancienne île de la Dive. Les constructions occupent les parties les plus élevées du relief. Le promontoire rocheux de La Dive était une île jusqu’au XVIIIe siècle. Se distinguant des terres cultivées et des prairies du marais desséché, ce promontoire calcaire a résisté à l’érosion. Ses altitudes autour de 15 mètres et ses versants abrupts, comme le montre le document 5, contrastent avec les terres poldérisées aux altitudes comprises entre 1 et 3 mètres. Il a longtemps fourni les seules roches résistantes pour la construction et l’empierrement, notamment de la digue du Génie qui longe la pointe de l’Aiguillon. L’image montre que La Dive est aussi une terre cultivée.

La dispersion plus récente de l’habitat. Cet habitat dispersé est visible sur l’image par les petits carrés de couleur blanche ou beige, très claire. Ces « cabanes » isolés au milieu des cultures sont des exploitations agricoles réparties le long des routes et des canaux. En effet, ce qui domine sur cette façade littorale du Marais poitevin est un système productif agricole.






Document 5


Document 6

Un polder agricole

La prédominance d’un paysage ouvert. Le marais desséché et la plaine du Bas-Poitou montrent un paysage d’openfield mosaïque pour l’essentiel. Autrefois composé de vastes espaces de prairies, le marais desséché a été mis en culture au cours du XXe siècle dans le cadre d’une agriculture intensive de céréales, comme le maïs (doc. 6) ou d’oléo-protéagineux comme le tournesol (doc. 7), plus tolérant au sel que le maïs. En effet, le limon fertile amassé tout au long du lent colmatage de l’ancien golfe marin compose cette terre aujourd’hui cultivée. Si l’élevage de moutons perdure (doc. 8), il est en recul car plus contraignant et moins rémunérateur. Le marais intermédiaire offre également un pays ouvert mais avec des prairies dominantes.

Une agriculture intensive. Bien que bénéficiant du statut de parc naturel régional à partir de 1979, le Marais poitevin a progressivement été transformé dans les années 1980 par des pratiques agricoles très intensives. Des prairies humides et des linéaires de haies ont disparu au profit d’un paysage de champs ouverts consacrés à la « grande agriculture » céréalière et oléo-protéagineuse, à la fois dans le marais desséché et dans la plaine du Bas-Poitou.
Or par la grande diversité des paysages qui le composent, le Marais poitevin abrite une faune nombreuse et variée. L’usage de pratiques agricoles adaptées est donc indispensable à la préservation de la biodiversité. Ainsi le maintien des prairies permanentes, exploitées comme surface fourragère pour l’alimentation du bétail, contribue également à la fixation du dioxyde de carbone, participe à l’épuration des eaux et favorise le développement de la biodiversité.


Document 7


Document 8

La gestion de l’eau

Les débits des cours d’eau et le niveau de l’eau. Dans les très nombreux canaux hiérarchisés, ils dépendent des activités agricoles dans le Marais poitevin mais aussi de la gestion du niveau des eaux dans les marais. Ainsi, en fin d’été, une sursalinité des eaux est constatée en raison d’un manque d’apport d‘eau douce. Cette dernière est en effet utilisée pour irriguer les cultures dans la plaine du Bas-Poitou et pour satisfaire les besoins d’une population plus nombreuse avec la saison touristique. La dessalure intervient à la fin de l’automne et au début de l’hiver quand l’ouverture des écluses évacue les eaux. Avec le changement climatique, la gestion de la ressource hydraulique pourrait engendrer des effets sur les écosystèmes d’autant que les canaux servent aussi d’abreuvoirs et de clôture naturelle. L’écosystème de l’anse de l’Aiguillon risque d’être particulièrement perturbé.

L’irrigation. La question de l’irrigation se pose avec acuité. Les cours d’eau du Marais poitevin comme la nappe phréatique ont vu leur niveau d’eau baisser à force d’irrigation non encadrée, notamment dans la plaine du Bas-Poitou. Dès 1991, le label de parc naturel régional avait été suspendu après l'assèchement de 35 000 hectares de zones humides et en 1996, le parc avait été déclassé. En 2006, la loi sur l’eau et les milieux aquatiques a érigé la ressource hydrique en « bien commun territorial ». Des compteurs ont été installés sur les forages des agriculteurs du Marais poitevin. Les volumes prélevés ont donc été contrôlés et les prélèvements ont été réduits.

Les évolutions climatiques. La façade littorale du Marais poitevin est sous l’influence d’un climat océanique, caractérisé par des températures douces et des précipitations relativement abondantes. Mais le changement climatique entraîne une modification dans la répartition annuelle des précipitations. Il pleut davantage les mois d’hiver. La création de vastes « bassines » recouvertes d’une géomembrane permettant de stocker les eaux d’hiver pour les utiliser en saison sèche se multiplient sur les terres agricoles du Marais poitevin. L’eau est alors empêchée de ruisseler dans le bassin versant et de s’infiltrer dans les nappes phréatiques.

Un littoral transformé par différents usages

L’ostréiculture. L’estuaire du Lay localise des claires situées en aval et en rive gauche surtout, jouxtant L’Aiguillon-sur-Mer sur l’image. Localisés entre terre et mer, ces parcs d’affinage dans lesquels les huîtres verdissent sont de petits bassins qui se remplissent et se vident au cours des marées dites de vives-eaux par un système de vannes et de canaux qui les relie à la mer.

La mise en tourisme. L’image montre bien l’extension du bâti de La Faute-sur-Mer, commune située en front de mer, et de L’Aiguillon-sur-Mer, commune bordant l’estuaire du Lay. Cet étalement de l’habitat a débuté dans les années 1960 et s’est poursuivie jusque dans les années 1990 au détriment de terres agricoles qui servaient notamment de terrains de pâtures. La spéculation foncière exercée par les particuliers et les promoteurs immobiliers ont conduit les municipalités à délivrer des permis de construire afin d’étendre les zones résidentielles.

De villages, ces communes sont devenues des stations balnéaires. Constitué de maisons basses de plain-pied dans le style vendéen, l’habitat pavillonnaire a été construit dans des zones inondables. La très forte pression foncière liée au développement du tourisme balnéaire sur le littoral vendéen s’est donc traduite par la multiplication des résidences secondaires, prisées les retraités. L’image montre bien que ces deux communes sont très étendues du nord-ouest vers le sud-est, le long d’un littoral sableux qui progresse avec la pointe d’Arçay.

La façade littorale du Marais poitevin fragilisée par le changement climatique

Depuis le Moyen-Age, les submersions marines sur ce territoire ont été régulières (doc. 9) mais ne touchaient jusqu’aux années 1950 que des zones faiblement bâties. Le risque était donc faible. Avec la littoralisation du peuplement dans la seconde moitié du XXe siècle, la tempête Xynthia en 2010 a amené à prendre conscience, dans des circonstances dramatiques, des risques à bâtir en zone inondable.




Document 9


Document 10

La submersion du littoral sud-vendéen

Une vaste inondation. Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, une partie des communes de La Faute-sur-Mer et de L’Aiguillon-sur-Mer ainsi que la majeure partie des terres agricoles autour de l’anse de l’Aiguillon ont été submergées par les inondations consécutives à la tempête Xynthia. Comme le montre le document 10, les zones inondées s’étendent jusqu’aux polders conquis depuis la fin du XVIIIe siècle. Les digues de protection marines sont submergées et partiellement détruites par des brèches d’eau (doc. 11). Comme le rappelle Fernand Verger, « l’altitude des prises est en général plus faible immédiatement à l’intérieur de chaque digue qu’à l’extérieur où la sédimentation a pu se poursuivre plus longtemps » (F. Vergez, Zones humides du littoral français, 2009, Belin, p.259). La hauteur des digues n’a donc pas empêché les submersions.

La Faute-sur-Mer, commune la plus endeuillée. À La Faute-sur-Mer, la zone inondée correspondait à la zone aux altitudes les plus basses, située le long de l’estuaire du Lay, et non du côté de l’océan. Le secteur le plus touché a été celui d’un lotissement et du camping municipal, construit illégalement sur le Domaine Public Maritime, situé dans une zone inondable, en arrière de la digue. Le nombre des victimes dans la commune s’est élevé à 29 personnes dont 28 vivaient dans ce lotissement submergé, sans rupture de la digue. Cette zone, située au sud du pont reliant La Faute-sur-Mer à l’Aiguillon-sur-Mer est visible sur l’image. Elle localise aujourd’hui un terrain de golf, à l’abri d’une digue (doc. 12).

Une conjugaison de facteurs

Un phénomène météorologique exceptionnel. L’inondation s’explique à la fois par un phénomène météorologique violent avec des vents compris entre 140 et 160 kilomètres par heure, le passage du cœur de la dépression barométrique au-dessus du littoral sud-vendéen et une pleine mer de grande marée avec un coefficient 102. Le niveau de la mer s’est élevé de 40 à 50 centimètres et s’est traduit par des vagues submergeant et/ou détruisant les digues. Les estuaires du Lay et de la Sèvre Niortaise ont eu un effet d’entonnoir qui a pu surélever davantage le niveau de la pleine mer.


Document 11


Document 12

Des déficiences humaines. À ces facteurs d’ordre naturel se sont ajoutés des dysfonctionnements majeurs, en particulier l’existence d’un habitat en zone inondable. Malgré l’existence d’un Plan de Prévention du Risque Inondation depuis 2001, les maires ont continué de délivrer des permis de construire dans les zones inondables. La caserne de pompiers de L’Aiguillon-sur-Mer a ainsi été inondée empêchant l’utilisation d’une partie du matériel de secours.  

L’entretien des digues du marais desséché était aussi insuffisant en raison du coût de rénovation (entre un et quatre millions d’euros). Dans les zones proches de l’anse de l’Aiguillon, les agriculteurs en culture intensive avaient supprimé des digues intermédiaires en remembrant. L’inondation a donc été de grande ampleur. La Dive est même redevenue temporairement une île et n’a pas été inondée (doc. 13).

L’impact du changement climatique. Selon Météo France, la tempête Xynthia n’est pas à attribuer directement au changement climatique. En revanche, elle a témoigné de la vulnérabilité accrue des populations des zones côtières confrontées à l’élévation du niveau des mers provoquée par le réchauffement climatique. En 2019, le rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, L’océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique, soulignait l’accélération de l'élévation du niveau moyen de la mer avec une augmentation d'environ 15 cm en moyenne à l'échelle mondiale au cours du XXe siècle, et une élévation de 3,6 mm par an entre 2006 et 2015. Quel que soit le scénario des émissions futures de gaz à effet de serre, l'élévation du niveau de la mer augmentera la fréquence des épisodes de submersions aggravés en grandes marées.


Document 13


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Des conséquences dramatiques

De lourds bilans. Le bilan humain a été de 47 morts, dont 29 à La Faute-sur-Mer. La plupart des victimes étaient des personnes âgées (doc 14), de condition modeste, vivant dans des pavillons de plain-pied. Les victimes furent également nombreuses à Charron. Avec environ 16 000 hectares inondés, les terres agricoles ont été salinisées et des troupeaux décimés. Parmi les terres inondées, dont certaines étaient situées à une quinzaine de kilomètres du littoral, deux-tiers étaient mises en culture (céréales, tournesol) et un tiers étaient des prairies permanentes vouées à la pâture. Cette eau salée a entraîné une dégradation des propriétés agronomiques des sols. Les habitations ont été sinistrées et les dommages d’ordre matériel ont été chiffrés à des millions d’euros. Des procès en responsabilité se sont tenus en 2014 puis en 2016.

Des conséquences prévisibles. Pour reprendre l’argumentation du géographe Alain Miossec (Dictionnaire de la mer, PUR, 2012, p. 384), « un peu de morphologie littorale adaptée à l’occupation de l’espace n’aurait pas nui ! Il est regrettable que seuls les dégâts et les pertes humaines obligent à des prises de décision que le milieu scientifique d’une manière générale a pu étudier, discrètement et dans l’indifférence de la société civile. S’il existe une géographie sociale, c’est en bord de l’océan à partir de la connaissance des mécanismes même de la morphogenèse que l’on devrait réfléchir. Comme souvent, Cassandre n’est pas entendue ! ».

De la prévention, prévision et protection. Les conséquences dramatiques de la tempête Xynthia ont conduit les pouvoirs publics à prendre diverses mesures destinées à compléter celles existantes en matière de prévention des risques de submersion marine. À partir de 2011, les Plans de prévention des risques littoraux (submersions marines et estuariennes, érosion, etc) ont constitué un des outils pour viser la sécurité des personnes en s’appuyant sur des mesures de prévention, de prévision, de protection et de sauvegarde des populations.

Sur la façade littorale du Marais poitevin ont été délimitées des « zones noires », des zones d’expropriation  définies par les services de l’Etat et dont « la cartographie établie paraît étrangement ignorer la géomorphologie » (F. Vergez, EchoGéo, mai 2010). Les expropriations ont donc été mal vécues par les habitants (doc. 15). Elles ont été à l’origine de migrations climatiques subies.


Document 15


Document 16

Conclusion

Les aménagements successifs ont profondément modifié le trait de côte de cette façade littorale du Marais poitevin ainsi que la zone intertidale. Des 90 000 hectares du golfe des Pictons, il ne reste plus que les 5 000 hectares de l’anse de l’Aiguillon. Autour de l’anse, les terres littorales agricoles sont exposées à un cumul d’aléas de plus en plus intenses au point que cette façade littorale est considérée comme l’une des zones françaises à haut risque de submersion.

La question du devenir et de la pérennité de l’activité agricole littorale se pose donc. Elle est également justifiée par la prise en considération de la difficulté de la défense contre la montée du niveau de la mer. La protection des terres agricoles ne peut pas reposer sur le seul endiguement. C’est la raison pour laquelle une politique de dépoldérisation est envisagée, notamment par le parc naturel régional du Marais poitevin. Elle consiste à céder à la mer une partie des terres qui constituent alors des zones d’expansion des eaux en cas de submersion. Mais elle entraînera nécessairement un recul des terres céréalières, dont l’exploitation est la première activité économique de la région.

Des choix seront à effectuer et ils pourront s’avérer d’autant plus conflictuels que le Marais poitevin est partagé entre trois départements (Charente-Maritime, Deux-Sèvres et Vendée) et deux régions (Nouvelle-Aquitaine et Pays-de-le-Loire).

Zooms d’étude

Zoom 1. L’anse de l’Aiguillon

L’image montre l’anse de l’Aiguillon à marée basse dans laquelle débouche le large chenal unique de la Sèvre Niortaise qui s’écoule du nord-est vers le sud-ouest. Ce lit mineur de la partie maritime de la Sèvre niortaise, appelé « rivière de Marans », est entièrement situé au-dessous des plus basses mers connues. D’une superficie de près de 5 000 hectares, l’anse est une vasière composée de deux zones distinctes la slikke (3 700 hectares) et le schorre (1 000 hectares).

La slikke

C’est est la partie basse des étendues intertidales. Elle est constituée de sédiments fins et est recouverte à chaque marée haute. Elle est sillonnée par des chenaux, dont certains sont alimentés par de petits fleuves qui drainent le Marais poitevin (Raque, Chanel Vieux, chenal de Luçon, chenal d’Esnandes). Ces chenaux présentent une disposition radiale autour du centre de l’anse et dessinent un réseau dendritique très dense bien visible. Les sédiments sablo-vaseux restent humides, mous et dépourvus de végétation. Cependant, dans la haute slikke, l’image montre bien une végétation pionnière qui correspond à une extension du schorre.

Au sud de la slikke et du chenal de la « rivière de Marans », nous distinguons de nombreux traits noirs parallèles entre eux. Ce sont des lignes de bouchots, pieux de bois plantés dans la vase, qui permettaient l’élevage des moules (mytiliculture). Les boucholeurs se rendaient dans ces bouchots à partir du port du Pavé (Charron) qui est sur l’image le point d'appui le plus avancé dans l’anse de l'Aiguillon. Il se situe tout juste à l'embouchure de la Sèvre Niortaise, en rive gauche, formant comme une jetée.

L’envasement progressif de la slikke était un obstacle au bon fonctionnement de cette activité et a contraint au déplacement des bouchots, notamment au sud de la pointe d’Arçay où nous distinguons sur l’image des lignes de bouchots au contact entre la « rivière des Marans » et l’océan Atlantique. Des récifs d’huîtres sauvages, des crassats, se sont développés sur les pieux abandonnés ce qui a renforcé également l’envasement local et limité les courants. Les crassats ont donc été progressivement retirés.

Le schorre

C’est la partie supérieure des étendues intertidales. Il est susceptible d’être recouvert par les eaux maritimes lors des pleines mers de vives eaux ou de tempêtes. Il possède un sol embryonnaire et est couvert d'un tapis végétal halophile, donc tolérant au sel, qui fixe la vase, l'herbu. Terre de prés-salés, localement appelés « mizottes », le schorre est ici peu pâturé. En été, les éleveurs viennent faucher les « mizottes », nom donné en référence à une herbe particulière, la Puccinellie maritime, qui est très recherchée pour nourrir le bétail du marais desséché. Les « mizottes » constituent aussi une zone de puits de carbone en captant le dioxyde de carbone atmosphérique, permettant ainsi le bon fonctionnement de l’écosystème estuarien. Enfin, les « mizottes » sont aussi appréciées des oiseaux migrateurs.

Sur l’image, le schorre est bien visible de part et d’autre de l’estuaire de la Sèvre-Niortaise. Il progresse à l’abri du polder de 1965 (doc. 4) et de l’embryon d’une digue dont la construction fut abandonnée en rive gauche du chenal Vieux. Les teintes blanches sur l’image attestent de la présence de l’eau par la submersion marine qui est cependant inégale, reflétant ainsi l’inégale topographie du schorre et une pente très faible … voire contraire. Nous voyons enfin que le schorre s’arrête là où débute la digue de front de mer et commencent les terres agricoles du marais desséché organisées de manière concentrique autour de l’anse de l’Aiguillon.

La flèche littorale de la pointe de l’Aiguillon

C’est est une flèche littorale bien visible au sud-ouest. Les épis transversaux, identifiables sur l’image par l’aspect dentelé de l’estran sableux, ont été édifiés pour retenir les dépôts sédimentaires et pour retarder l’érosion d’une flèche privée d’une partie de son alimentation sur sa façade océanique par la pointe d’Arçay. Dès le XIXe siècle, ce bilan sédimentaire négatif avait entraîné la construction d’une digue de protection, la digue du Génie, visible sur l’image par une ligne noire le long du liseré littoral (doc. 16).

A contrario, la présence des digues autour de l’anse de l’Aiguillon diminue le volume d’eau qui pénètre dans l’anse et en sort à chaque marée, favorisant ainsi la progression de la flèche littorale au sein même de la vasière. Cette flèche abrite l’anse de la houle et favorise donc les dépôts sédimentaires qui permettent à la vasière de s’étendre chaque année de trois mètres vers l’océan. Cette extension pourrait constituer une protection face à l’élévation du niveau marin.

Classée réserve naturelle nationale, l’anse de l’Aiguillon est aujourd’hui protégée. Son écosystème estuarien constitue en effet un des territoires les plus importants pour l’accueil des oiseaux d’eau migrateurs et hivernants. Pour autant, des activités économiques sont autorisées dans le cadre des décrets des réserves naturelles.

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Repères géogaphiques

Images complémentaires

Vue de l’Anse de l’Aiguillon et du Marais poitevins à l’échelle régionale avec l’île de Ré


Vue régionale plus large

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Repères géographiques

D’autres ressources

Sur le site GéoImage du CNES : sur le littoral atlantique

Pauline Piraudeau : Poitou-Charentes. Le bassin Marennes-Oléron : un territoire littoral à l’identité singulière de Charente-Maritime
https://geoimage.cnes.fr/fr/geoimage/systemes-productifs/poitou-charente...
Pauline Pireaudeau : Royan et la Côte de Beauté : un territoire touristique aux multiples visages
Royan et la Côte de Beauté : un territoire touristique littoral aux multiples visages

Sophie Peireira : L’île de Noirmoutier : entre convoitises, nécessité de développement et gestion. Des risques
L’île de Noirmoutier : entre convoitises, nécessité de développement et gestion des risques


D’autres ressources

Dictionnaire

Alain MIOSSEC (dir.), Dictionnaire de la mer et des côtes, 2012, Presses universitaires de Rennes

Atlas

Etablissement public du Marais poitevin (EMP), Atlas du Marais poitevin, 2015. URL : https://www.epmp-marais-poitevin.fr/atlas-marais-poitevin/

Ouvrages

Jean-Jacques BAVOUX, Les littoraux français, 1997, Armand Colin

Roland PASKOFF, Les littoraux. Impact des aménagements sur leur évolution, 2010, Armand Colin

Fernand VERGER, L’anse de l’Aiguillon, 2008, Actes Sud, Dexia Editions, Conservatoire du littoral

Fernand VERGER, Zones humides du littoral français, 2009, Belin

Articles

Etienne CHAUVEAU, Céline CHADENAS, Bruno COMENTALE, Patrick POTTIER, Amandine BLANLOEIL, Thierry FEUILLET, Denis MERCIER, Laurent POURINET, Nicolas ROLLO, Ion TILLIER et Brice TROUILLET, « Xynthia : leçons d’une catastrophe », Cybergeo : European Journal of Geography, article 538, mis en ligne le 09 juin 2011. URL : http://cybergeo.revues.org/23763

Laurent GODET, Laurent POURINET, Emmanuel JOYEUX et Fernand VERGER, « Dynamique spatiale et usage des schorres de l’Anse de l’Aiguillon de 1705 à nos jours. Enjeux de conservation d’un patrimoine naturel littoral marin », Cybergeo : European Journal of Geography, mis en ligne le 24 février 2015. URL : http://cybergeo.revues.org/26774

Denis MERCIER et Céline CHADENAS, « La tempête Xynthia et la cartographie des « zones noires » sur le littoral français : analyse critique à partir de l’exemple de La Faute-sur-Mer (Vendée) », Norois, n°222, 2012, pp.45-60. URL : https://journals.openedition.org/norois/3895#xd_co_f=OGE1MDQxNDMtYjBkNC0...

Fernand VERGER, « À propos des inondations récentes de la région de l’Aiguillon-sur-Mer, en Vendée », EchoGéo, Sur le Vif, mis en ligne le 7 mai 2010. URL : http://echogeo.revues.org/11890

Fernand VERGER, « Digues et polders littoraux : réflexions après la tempête Xynthia », Physio-Géo, Volume 5, mise en ligne le 21 juin 2011. URL : http://journals.openedition.org/physio-geo/1740

Ressources en ligne

Le site Internet de l’atlas des paysages des Pays de la Loire. URL : hhttp://www.paysages.pays-de-la-loire.developpement-durable.gouv.fr

Le site Internet du parc naturel régional du Marais poitevin. URL : https://pnr.parc-marais-poitevin.fr

Le site Internet de la réserve naturelle nationale de la baie de l’Aiguillon. URL : https://www.reserve-baie-aiguillon.fr

Contributeur

Catherine Justin, professeure de géographie en classes préparatoires, lycée Jeanne d’Albret à Saint-Germain-en-Laye

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