Vernon : une ville moyenne de la vallée de la Seine au cœur d’espaces agricoles intensifs

Située dans la vallée de la Seine, entre Paris et Rouen, les deux métropoles qui la polarisent, Vernon est une ville moyenne de 24 000 habitants au développement ancien. Elle est marquée par la destruction de la quasi-totalité de son centre-ville durant la seconde guerre mondiale et le développement de l'industrie aérospatiale fortement ancrée dans le territoire dans la seconde moitié du XXème siècle.

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Légende de l’image

Cette image de Vernon, ville du département de l'Eure en région Normandie, a été prise le 10 juin 2017 par un satellite PLEIADES. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m. 

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Présentation de l’image globale

Vernon : une ville moyenne sur l’axe de la Seine marquée par l’industrie aérospatiale


L’image est traversée d’est en ouest par la large vallée de la Seine qui entaille les puissants plateaux du Vexin normand, qui portent un important couvert forestier et un espace rural largement mis en valeur par une agriculture intensive. Le couloir de la vallée de la Seine  se caractérise pour sa part par une forte urbanisation, centrée sur Vernon, et une importante activité industrielle, liée en particulier à l’aérospatiale.

Un développement urbain qui longe la Seine, à la croisée de deux axes structurant l'espace haut-normand

Du fait la dyssimétrie du profil de la vallée, l'agglomération vernonnaise s'étend principalement sur la rive gauche de la Seine (au sud) sur les quatre communes de Vernon, Saint Marcel, La Chapelle-Longueville et Saint-Just. L'étalement urbain a suivi l'axe sud-est/nord-ouest de la Seine, sur la rive gauche. C'est sur cette rive que Philippe Auguste implanta ses fortifications, en partie encore visibles par la "Tour du Chateau", vestige médiéval du XIIème siècle, aujourd'hui mis en valeur par l'activité touristique.

Sur la rive droite (au nord), l’urbanisation est très limitée, même si l'ancienne commune de Vernonnet est désormais rattachée à la commune de Vernon que l’on atteint en traversant  le Pont Clémenceau. La présence du bâti est ici limitée par les falaises calcaires et la très forte dénivellation (+ 100m) qui plongent dans la Seine. Cette caractéristique topographique délimite la vallée de la Seine, au passé industriel important, du plateau du Vexin normand, majoritairement agricole.

L'extension de la ville de Vernon s'explique par sa situation centrale sur la Basse Seine, entre Paris et Rouen, qui lui a offert un certain dynamisme au XXèm siècle, notamment industriel. Mais cette extension a été limitée par le tropisme de ces deux pôles urbains majeurs, dans lesquels une part importante de la population vernonnaise travaille. Ces migrations pendulaires utilisent soit l'autoroute A13 (l’autoroute de Normandie), bien visible au sud de l’image, soit le réseau ferroviaire (cf. gare "Vernon-Giverny").

La commune de Vernon se trouve à la croisée de deux axes majeur et secondaire. Le premier d’orientation ouest/est est l'axe Paris-Rouen matérialisé par l'autoroute A13, la ligne de chemin de fer et la Seine. Le second d’orientation nord/sud est l'axe Evreux-Beauvais (D181), certes secondaire il possède une certaine importance à l'échelle du Vexin Normand, notamment pour les échanges  de produits agricoles.

Enfin, Vernon possède paradoxalement peu d'aménagements sur la Seine. Les îles fluviales sont nombreuses (Saint Jean, Saint-Pierre, Chouquet, de la Madeleine, de l'Horloge, Cordey, Maurice et la Grande île), mais peu ou pas bâties. Elles font partie du Réseau Natura 2000 en tant que Zones Spéciales de Conservation, et sont donc des espaces naturels protégés.

"Vernon semper viret"* : des espaces ruraux marqués par une forte présence forestière et une agriculture intensive

En périphérie de Vernon, sur les côteaux de la vallée de la Seine, s'observe une forte présence forestière : la forêt de Vernon sur la rive droite et celle de Bizy sur la rive gauche. Les boisements sont peu homogènes, avec des mélanges de futaies, de taillis, de feuillus et quelques îlots de conifères. Ces deux espaces sont largement anthropisés par la sylviculture (bien visible par la présence d'un quadrillage rectiligne formé par les chemins d'exploitation forestière au sud de la ville) et la mise en place de parcours sportifs et GR dans la forêt de Bizy, espace boisé le plus proche des plus grandes densités de population. (* : "Vernon toujours vert": devise de la commune).

Passé ces espaces forestiers à la dénivellation importante, s’étend un relief de plateaux qui facilite le développement d'une importante activité agricole. Celle-ci marque fortement les paysages et le parcellaire. Celle-ci est bien visible au nord-est mais aussi au sud-ouest de l’image. Au nord-ouest du document, les espaces ruraux appartiennent à une partie du Plateau du Vexin Normand, surnommée le Vexin Bossu. Au sud-ouest, les paysages agricoles sont ceux du plateau de Madrie, situé entre la vallée de la Seine et celle de l'Eure.

La présence de grandes exploitations agricoles, aux terrains ouverts (openfield) éloignent l'horizon à plusieurs centaines de mètres. Toutefois, les parcelles ne sont pas aussi grandes que celles que nous pouvons rencontrer plus généralement dans le Vexin Normand ou le Vexin français (hors document, car situé plus à l'est).

Des espaces urbains spécialisés

L'agglomération vernonnaise qui s'est étendue de manière concentrique et linéaire le long de la Seine au XXème siècle, a vu ses espaces périphériques se spécialiser par fonctions économiques et résidentielles. Le centre-ville, organisé autour de la collégiale Notre-Dame, concentre encore aujourd'hui l'activité commerciale et les principaux services. Mais celui-ci est en perte de vitesse face à une périphérie qui voit émerger d’importantes zones commerciales (grandes enseignes, bricolage, équipements sportifs…).

A l'ouest du centre-ville s'étend aujourd'hui une grande zone industrielle (celle du Virolet) et commerciale, principalement située au sud de la voie ferrée sur la commune de Saint-Marcel. Les espaces situés entre la Seine et la ligne de chemin de fer, ont accueillis jusque dans les années 1990 une industrie de la chaussure, une fonderie et une papeterie qui aujourd'hui sont fermées. Elles ont laissé des friches industrielles. La faible présence du bâti dans cet espace de faible altitude par rapport à la Seine s'explique par les risque d'inondation ; il porte d’ailleurs un nom sans équivoque: "Le Marais". A l'extrême sud-est du document enfin, on observe d'autres bâtiments industriels encore en activité, avec, par exemple, la présence d'une aciérie sur la commune de Bonnières-sur-Seine.

A la lisière de la forêt de Bizy, au sud, se sont implantées deux Zones à Urbaniser en Priorité dans les années 1960 : les Boutardes et les Valmeux-Blanchères. Reconnaissables par leur urbanisme en tours et principalement en barres, ces grands ensembles d'habitation connaissent aujourd'hui d’importantes modifications du fait des politiques de renouvellement urbain.

Les bords de Seine sont aujourd'hui valorisés par une activité touristique. Le quai des croisiéristes, situé à l'est du pont, accueille de nombreux paquebots de touristes, en particulier américains, venus profiter d'une journée à Giverny, visible à l'est de l’image, pour visiter en particulier la Maison du peintre Claude Monet. En lien avec le développement du port du Havre, la navigation fluviale des bateaux de croisière sur la Seine est en forte croissance ces dernières années.

Zooms d’étude

 


La ville-centre : contrastes socio-spatiaux et la présence d'une activité stratégique

Un centre-ville reconstruit après la Seconde guerre mondiale

Le centre-ville organisé autour de sa collégiale et de son ancien château garde encore aujourd’hui les marques des bombardements de 1940 et 1944 qui ont presque totalement détruit ce dernier. Vernon était en effet en situation de carrefour sur la Seine et les bombardements visaient tout particulièrement le pont et les voies de communications afin d’empêcher la retraite des troupes allemandes lors des combats de la Libération.

Toutefois, on observe aujourd’hui une organisation des rues assez semblable à son ancien tracé. Seule une rue garde la forme des anciens remparts du château. Le paysage urbain est  celui d’une ville reconstruite avec un urbanisme à la Perret, fait de petits immeubles dépassant rarement les trois étages. Ce centre-ville s'étend le long du fleuve et concentre une partie des commerces de proximité. Mais ceux-ci tendent à perdre de l’importance du fait de la concurrence croissante des grandes surfaces à la périphérie.

Vernon est marqué par un urbanisme en lanières : les différents espaces résidentiels s'étendent parallèlement en suivant l'axe de la Seine et sont séparés par des axes de communication.

Des inégalités sociospatiales marquées dans la périphérie

Les grands ensembles sont aisément reconnaissables par la présence de longues barres, le long de la Seine, rive droite (quartier des Tourelles) et en lisière de la forêt de Bizy (Boutardes et Valmeux). Ces quartiers connaissent aujourd’hui des difficultés économiques et sociales importantes et un fort taux de chômage. Ces quartiers ont connu des politiques de rénovation urbaine ces dernières années. Le quartier des Boutardes a été sélectionné par l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU) et a obtenu des subventions pour son projet de rénovation de quartier d'habitat social. Certaines tours ont été démolies afin de faciliter les déplacements, d'autres ont été "résidentialisées". On y retrouve des équipements de loisirs (équipements sportifs, parcs), commerciaux (grande surface), administratifs (finances publiques) et scolaires (écoles, collège et lycée).

La ligne de chemin de fer marque ici une rupture paysagère et spatiale entre les logements collectifs du centre-ville et les espaces davantage pavillonnaires se situant au sud de cette ligne, reconnaissables à leur association de la maison individuelle avec jardin.

A l'ouest du pont, l'île Saint Jean est bien visible. Elle accueille un projet d’hôtel haut de gamme, porté par la municipalité, destiné en particulier à  loger les touristes visitant Giverny et la maison de Claude Monet. Cette niche touristique est en effet porteuse et les acteurs publiques et privés de la zone souhaitent en tirer davantage profit.

L’importance des activités aérospatiales

C'est dans les espaces forestiers périphériques que s'est implantée dans les années 1930 puis, plus largement au sortir de la Seconde guerre mondiale, l'industrie qui marque encore aujourd'hui très fortement le territoire de la ville : l'aérospatiale.

Face à Vernon, en rive droite, s’étend un vaste massif boisé dans lequel s’abrite un très important site industriel et de recherche-développement. En effet, c'est dans le contexte du développement intense de l'armement des années 1930 que l'industriel Edgar Brandt, une firme spécialisée dans les armements terrestres, y achète 500 hectares de forêts afin d'y installer un long champ de tir. Ces usines seront nationalisées en 1937 sous le Front Populaire. En 1946 est créé sur ce site initial le Laboratoire de Recherches en Balistique et Aérospatiale (LRBA). Le gouvernement français a en effet alors réussi à récupérer une partie des technologies spatiales et des personnels allemands au titre des dommages de guerre que les ingénieurs nazis avaient développé pendant la guerre, notamment les fameux missiles V-2. La particularité du lieu a amené les enfants des ingénieurs allemands engagés par l'Etat français à surnommer cet espace reclus au milieu de la forêt, la "République du Buschdorf".

Ce site hautement stratégique et sécurisé a accueilli le L.R.B.A et les laboratoires, centres de recherche et d’études et ateliers chargées de concevoir et tester une partie des missiles de la force nucléaire stratégique française. A partir des années 1960, y sont conçus les moteurs, nommés Vexin B, de la fusée Diamant  chargés de mettre en orbite le premier satellite français. Puis la S.E.P (Société Européenne de Propulsion) - société absorbée par la SNECMA en 1997 (aujourd'hui SAFRAN) - est chargée par l'Etat de concevoir et produire les moteurs des fusées Ariane. Jusqu'à 1 600 civils y ont travaillés, en partie logés dans les habitations construites à proximité du site.

Le L.R.B.A a fermé en 2012 et de nombreux bâtiments ont été détruits ou sont en reconversion. Le site accueille depuis 2018 une école d'ingénieur - l'ITII - sur le « Campus de l'espace » qui est amené à coopérer avec SFK, Safran ou la S.E.P, présentes sur le plateau. Signe que Vernon possède un lien indissociable avec l'aérospatial français, tous les propulseurs des fusées Ariane (Viking, Vulcain et Vinci) ont la particularité de commencer par la même lettre que celle de Vernon. Aujourd'hui de nombreux logements collectifs et individuels y sont désaffectés et donnent l'étrange impression de circuler dans un quartier abandonné.


Une périphérie anciennement industrielle aujourd’hui commerciale

A l'instar de nombreuses villes moyennes et grandes, les entrées de ville de Vernon sont marquées par une forte spécialisation des espaces, aujourd'hui principalement tournée vers les services, notamment commerciaux, mais aussi de loisirs (parc aquatique, bowling et restaurants). On retrouve sur la commune de Saint Marcel, au nord-ouest, une concentration de grandes enseignes de bricolage, équipements sportifs et supermarchés reconnaissables par la grande emprise au sol que représentent leurs locaux.

La ligne de chemin de fer apparait encore ici comme une véritable rupture paysagère et spatiale entre des zones commerciales récentes et d'anciens espaces à vocation industrielle, aujourd'hui désaffectés (fonderie, papeterie, industrie de la chaussure Bata...) et des espaces où le risque d'inondation est important et le bâti résidentiel presque inexistant.  Ces sols sont aussi aujourd'hui pollués par les anciennes activités industrielles et ne permettent pas une implantation aisée de nouvelles activités. Sont ici aussi visibles deux des sept îles sur la Seine que compte Vernon.

Aujourd'hui, dans le cadre du projet "Coeur de Seine 2020", les politiques d'aménagement s'orientent vers une requalification des berges de Seine en espaces de loisirs (promenade sur la rive gauche, parc aquatique et projet de piste cyclable sur la rive droite). Le chantier d'un écoquartier sur la Zone d’Aménagement Concerté de l'ancienne caserne militaire de Fieschi est aussi bien visible à la lisière ouest du centre-ville.


Un espace rural marqué par une activité agricole intensive

On retrouve dans les espaces ruraux proches la présence d’une activité agricole intensive qui marque fortement l’espace et les paysages. Celle-ci se situe au nord-est du document, dans le Vexin Bossu, en lisière du plateau du Vexin normand (qui s'étend sur le nord-est du département de l'Eure). Comme dans le Vexin français, il s'agit d'un plateau calcaire limité au sud par les méandres de la Seine. Ceux-ci l'ont creusé en formant à certains endroits des falaises abruptes, présentes également sur la rive droite de Vernon, au lieu-dit Vernonnet. Ce plateau est entaillé par des vallées principales orientées nord-sud, dont celle de l'Epte (invisible sur le document car plus à l'est) qui forme historiquement la frontière avec le Vexin français et la Région Ile-de-France.

On y retrouve principalement un paysage d’openfield marqué par de grandes parcelles ouvertes, héritières du remembrement des années 1960. Les terrains sont principalement cultivés en céréales (blé tendre d’hiver, colza), pomme de terre et betterave sucrière. Près des villages, des vergers et des parcelles de maraîchages ceinturent les habitations. Enfin, le parcellaire est ici plus complexe que dans le reste du Vexin et la taille des parcelles plus modestes du fait du relief, légèrement bosselé. Lorsqu’on se dirige davantage dans le Vexin Normand au nord, on rencontre la présence d’une industrie de transformation de la betterave (cf. Etrepagny).

Par sa vocation agricole de grandes cultures, le Vexin Normand a favorisé un habitat regroupé en villages, souvent de petite taille, qui s'étendent le long des axes de communication, parfois en bordure d'espaces boisés, comme c'est le cas pour Bois-Jérôme Saint-Ouen bien visible sur l’image. Les espaces ruraux gardent un lien avec la ville de Vernon où les principales coopératives agricoles entreposent leur grain et le déversent dans des péniches, en partance pour Rouen, 1er ou second port céréalier d’Europe, en fonction des années.

Contributeurs

Florent Rousseau, Lycée Georges Dumézil, Vernon