Les îles Anglo-normandes : héritages géohistoriques, opportunités et enjeux frontaliers

Au large du Cotentin à quelques dizaines de kilomètres des côtes françaises se déploient les îles Anglo-normandes, qui regroupent sept îles habitées, dont Jersey et Gernesey, et deux plateaux rocheux (Minquiers et Ecrehou). Dépendances directes de la Couronne britannique, leur situation d’entre-deux présente des opportunités exceptionnelles (très large autonomie, paradis fiscaux…). Faisant de la Normandie et de la Bretagne des régions frontalières maritimes, il a fallu attendre juillet 2000 pour qu’un traité international réglant les litiges frontaliers avec Jersey soit signé à Saint-Hélier entre la France et le Royaume-Uni. Quant à la frontière avec Guernesey, elle n'est à ce jour toujours pas totalement définie.

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Cette image des îles Anglo-normandes a été prise le 5 août 2018 par un satellite Sentinel 2. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m.


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Les îles Anglo-normandes : un archipel, deux bailliages

Mis à part Chausey, petit archipel visible au sud à l‘entrée de la baie du Mont Saint-Michel, les autres îles sont des dépendances de la Couronne britannique. La plus grande, Jersey - 118 km², environ 105.000 habitants - est située à seulement 22 km des côtes du Cotentin. Plus au large vers le nord-ouest, l’autre grande île est Guernesey, dont les 62.109 habitants vivent sur 65 km².

Cinq autres petites îles sont habitées. Au nord Aurigny (8 km², 1.985 h.) se trouve à seulement 15 km de la France. On distingue deux groupes à l’est de Guernesey. Le plus proche est constitué d’Herm et de l’îlot de Jethou, l’autre comprend Sercq (5,5 km², 600 h.) et l’îlot de Brecqhou. Liée aux héritages historiques, cette situation d’entre-deux présente des opportunités exceptionnelles pour ces deux baillages de la Couronne britanniques à la très large autonomie.

Des héritages géohistoriques spécifiques

L’anomalie constituée par la présence d’îles étrangères dans l’échancrure prononcée du littoral du nord-ouest de la France qu’est le golfe Normand-breton trouve son origine dans l’épisode du rattachement du duché de Normandie au royaume de France au tout début du 13ème siècle. Pour des raisons restées obscures, les îles ne sont pas incluses dans le processus d’intégration qui se solde par le traité de Paris de 1259.

Entre temps la Couronne britannique a su trouver les moyens d’y conforter sa souveraineté. Cette volonté s’est manifestée d’une part par l’octroi de privilèges et d’autre part par des pressions – assorties notamment de prises d’otages et de menaces de confiscation - exercée sur les seigneurs normands possédant des terres sur les îles. Ceci a contribué à leur maintien sous souveraineté britannique malgré les nombreuses tentatives d’invasion qui vont marquer leur histoire jusqu’à la fin définitive des conflits entre la France et l’Angleterre en 1815.

L’histoire de ces îles est marquée par la façon dont elles ont souvent opportunément joué de leur situation. La proximité avec la France présente en effet de nombreux avantages pour l’Angleterre. Au plus près du continent, Jersey constitue une excellente base pour lancer des opérations destinées à frapper l’ennemi sur son territoire. Plus au large, Guernesey et Aurigny favorisent par leur position centrale en Manche le contrôle de cette artère maritime cruciale pour l’accès à Londres.

Des opportunités économiques

Cette situation d’entre-deux s’avère également porteuse d’opportunités économiques. Deux activités qui lui sont liées sont à l’origine de bien des fortunes sur les îles. Il s’agit d’une contrebande très active notamment sous le règne de Louis XIV et de la guerre de Course dans laquelle les armateurs anglo-normands sont particulièrement actifs pendant cette Seconde guerre de Cent ans qui oppose la France et l’Angleterre entre 1688 et 1815. Les capitaux accumulés s’intègrent alors dans des stratégies à plus large échelle, comme le contrôle par des maisons jersiaises de la filière morutière en Gaspésie au Canada ou encore l’armement au long cours.

La situation des îles Anglo-normandes et la tolérance religieuse qui y règne en ont fait par ailleurs des terres d’accueil pour de nombreux exilés. Du 16ème siècle avec l’arrivée de Protestants menacés sur le continent à la fin du 19ème avec l’installation de congrégations catholiques interdites en France, la liste de réfugiés pour des motifs religieux est longue. Cette fonction d’accueil s’exerce également dans le domaine politique, notamment au 19ème siècle.

Deux baillages de la Couronne britanniques à la très large autonomie

Au-delà de leur dénomination générique d’« îles Anglo-normandes », ou d’« archipel de la Manche » comme les appelait Victor Hugo, on est ici en présence de deux entités politiques strictement indépendantes l’une de l’autre. Il s’agit des bailliages de Jersey et de Guernesey qui sont deux dépendances de la Couronne britannique, statut qu’elles partagent avec l’île de Man.

Les deux bailliages anglo-normands n’ont pas été intégrés à la Communauté Économique Européenne en 1973, année de l’entrée du Royaume-Uni, dont elles ne dépendent que pour les questions liées à la Défense et aux Affaires étrangères. Jersey et Guernesey bénéficient donc d’une très large autonomie qui au début du 21ème siècle leur permet de continuer à jouer de leurs marges de manœuvre institutionnelles. Elles participent ainsi activement à l’accueil de capitaux que leur savoir-faire en matière de placements financiers permet de faire fructifier.

S’ils diffèrent dans le détail, les systèmes politiques des deux bailliages, qui ont tous les deux évolué dans le sens d’une séparation accrue des pouvoirs, sont globalement de nature similaire. Le pouvoir exécutif est détenu par un Conseil des ministres présidé par un premier ministre à Jersey et un Comité des politiques et des ressources dirigées par un président à Guernesey. Le pouvoir législatif s’exerce dans des assemblées dites États de Jersey et États de Guernesey, respectivement composées de 49 et 40 membres élus auxquels s’ajoutent quelques personnalités non élues, et présidée par le bailli, personnage qui a perdu de l’importance lors des réformes constitutionnelles des années 2000.

Zooms d'étude


Le baillage de Jersey : Jersey, les Minquiers et les Ecrehou


Le bailliage de Jersey est constitué, outre l’île principale de Jersey, des plateaux rocheux des Minquiers et des Ecrehou, situés respectivement à 20 km au sud et 9 km au nord-est de l’île. Chausey, l’ensemble insulaire situé vers le sud-est de l’image, est le seul à ne pas être sous souveraineté britannique.

Population, marché du travail et migrations internationales

La population de l’île de Jersey a connu une forte anglicisation au cours du 20ème siècle. Le nombre de résidents sur l’île nés en Grande-Bretagne se rapproche désormais de celui des habitants nés sur place. Alors que les personnes originaires de France ne représentent plus qu’un très faible pourcentage, les Portugais comptent pour environ 10 % de la population totale de l’île. Des ressortissants venus de l’Europe de l’Est en complètent la structure démographique.

Ces différents types d’immigrations répondent aux exigences des orientations économiques. Le développement dès le milieu du 19ème siècle  d’une agriculture novatrice tournée vers la culture de la pomme de terre et l’élevage bovin justifie la recherche d’une main d’œuvre bon marché, notamment dans les Côtes du Nord qui est l’un des départements les plus pauvres de la France d’alors. A partir de l’après guerre et du début des Trente glorieuses, les travailleurs français sont de moins en moins attirés par les conditions de travail et de revenus qui leur sont proposées.

C’est sur l’île portugaise de Madère que les agriculteurs jersiais vont alors trouver une main d’œuvre de substitution. Vers la fin des années 1990, des travailleurs d’Europe orientale - polonais essentiellement – sont recrutés pour travailler dans l’agriculture et le tourisme. Celui-ci, longtemps bien alimenté par des vacanciers venus de Grande-Bretagne, a depuis souffert de la concurrence de destinations plus ensoleillées, moins chères et accessibles grâce à des vols à bas coûts. La stratégie touristique s’oriente désormais vers une offre davantage haut de gamme jouant notamment sur les patrimoines culturel et environnemental. Quant à l’anglicisation de la population relevée plus haut, elle tient essentiellement au développement des activités financières.

Une île très prospère ancrée à la City de Londres.

Le statut de Jersey, île prospère puisque le revenu par habitant y atteint le chiffre élevé de 40 790 Livres Sterling en 2017, densément peuplée (environ 900 habitants au km²) et intégrée dans des réseaux à large échelle, requiert des moyens fréquents et performants pour s’y rendre et en sortir.

L’aéroport que nous voyons au centre ouest de l’île en constitue l’outil privilégié. Chaque jour, ce sont environ 70 vols qui en partent ou y arrivent. Les quelques 11 vols quotidiens vers Londres, dont 2 vers le London City Airport situé à proximité du quartier des affaires, montrent à quel point Jersey est en lien étroit avec la capitale du Royaume-Uni, place financière mondiale de premier rang. Les liaisons maritimes complètent la structure relationnelle de Jersey.

La plus grosse part des biens de consommation arrive par un navire roulier qui fait quotidiennement la navette avec Portsmouth, port du sud de l’Angleterre. Le trafic des passagers et des véhicules est quant à lui assuré par les navires à grande vitesse de la compagnie Condor Ferries qui relient tous les jours l’île à Guernesey, Portsmouth et Saint-Malo.

C’est en effet le port breton qui capte la quasi-totalité de la petite part qui reste au continent quant à l’approvisionnement de Jersey. Du côté normand pourtant plus proche, Granville, seul port à flot de la côte ouest du Cotentin, n’a pas en raison de sa dépendance aux marées les conditions portuaires nécessaires à l’établissement d’échanges significatifs.


Le baillage de Guernesey : Guernesey, Hem, Sercq et Aurigny

Un baillage composé de six iles habitées

Contrairement à Jersey, le bailliage voisin est constitué de plusieurs îles habitées. Après Guernesey, la deuxième île la plus peuplée est Aurigny, la plus septentrionale et la plus proche du continent de toutes les îles Anglo-normandes.

Aurigny n’a, hormis quelques liaisons maritimes saisonnières, que très peu de relations avec la France voisine. Son petit aéroport permet en revanche à ses habitants de relier quotidiennement Guernesey et Southampton, au sud de l’Angleterre. Son histoire est marquée par les nombreux naufrages que ses parages dangereux – courants puissants et nombreux récifs - ont provoqués dans un secteur extrêmement fréquenté puisque passe à portée de vue l’un des plus importants trafics maritimes au monde.

La Seconde Guerre mondiale constitue par ailleurs un épisode dramatique de son histoire. Désertée par ses habitants juste avant l’invasion allemande qui concerne également le reste de l’archipel, elle devient à partir mars 1941 un lieu de déportation et de travail dans des conditions effroyables pour des milliers de prisonniers du Reich qui construisent ici des éléments du mur de l’Atlantique. La troisième île est Sercq, à l’est de Guernesey. Quelques îlots – Herm, Jethou, Brecqhou - habités par une poignée d’habitants complètent l’ensemble.

Particularismes et autonomies internes

L’organisation politique du bailliage de Guernesey traduit la volonté d’autonomie qui caractérise les relations entre ses différentes composantes. Le particularisme institutionnel est ici de mise. Sercq et Aurigny – cette dernière envoyant en outre deux députés aux États de Guernesey - possèdent leur propre parlement.

Quant à Sercq, ses affaires internes sont du ressort des Chefs Plaids, assemblée constituée jusqu’en 2008 des propriétaires des 40 tenures de l’île, selon une organisation qui datait du peuplement de l’île à partir des années 1560. Cette instance non démocratique directement issue du droit normand a récemment évolué sous la contrainte liée à l’action en justice de milliardaires jumeaux écossais ayant acheté dans les années 1990 l’îlot de Brecqhou qu’un détroit de quelques dizaines de mètres sépare de l’ouest de Sercq. Après y avoir fait construire un gigantesque château néo-gothique, ils ont refusé de se plier à la règle de l’héritage dite de primogéniture alors toujours en vigueur et qui stipulait que les filles étaient exclues de toute succession. La bataille juridique qui en a découlé a amené Sercq devant les plus hautes instances juridiques britanniques et européennes. Les décisions consécutives à ce conflit sont inévitablement allées dans le sens d’une démocratisation, non sans que quelques attributs féodaux symboliques, pérennité du titre de Seigneur ou Dame et autres privilèges anecdotiques, aient été conservés.

Le penchant autonomiste ne s’arrête pas aux contours de Sercq et d’Aurigny. Les deux îles disposent en effet de leurs propres eaux, consistant en une bande large de 3 milles marins à l’intérieur de laquelle elles ont le loisir d’organiser les activités économiques. Ceci concerne bien sûr la pêche, mais également dans le cas d’Aurigny, le projet d’exploitation du fort potentiel hydrolien du raz Blanchard, détroit qui sépare l’île du cap de la Hague.


Saint-Hélier : paradis fiscal et nœud de la planète financière

Image de Jersey avec cadre sur Saint-Hélier : EM_S2AMSIL1 80805_NormandZ3

Saint-Hélier, la plus peuplée des 12 paroisses de l’île avec ses 33.000 habitants, est la capitale du bailliage de Jersey. Par sa forte urbanisation et l’impression d’hyperactivité qu’elle dégage, la côte sud, et notamment autour de la baie que Saint-Hélier ferme à l’est, contraste avec la succession de petites baies et de criques caractérisant la côte nord, lieu de randonnée attractif offrant de remarquables points de vue sur le reste de l’archipel.

L’importance des ouvrages de défense du port, et plus particulièrement le château Elizabeth qui en contrôle l’accès, nous rappelle l’histoire mouvementée de cette région. Mais ce sont d’autres éléments qui nous renseignent sur l’évolution du port, de la ville, de l’île. La presqu’île que l’on voit au nord de l’ensemble portuaire a été largement gagnée sur la mer et abrite hôtel, appartements, et yachts de luxe amarrés dans la nouvelle marina, la quatrième du port.

Mais c’est surtout à propos d’une inscription plus discrète dans le paysage urbain que la ville se distingue. Si les signes extérieurs de richesse sont visibles à travers le nombre important de voitures de sport ou la taille des yachts, il faut un œil exercé au visiteur pour appréhender le niveau des activités financières mises en œuvre derrière les façades des immeubles du secteur situé entre le port et le centre ville piétonnier. Saint-Hélier occupe en effet une place non négligeable dans la sphère financière mondiale. Il faut donc regarder attentivement ce que nous disent les plaques, raisons sociales affichées, et les considérer comme autant de marques d’une ingénierie financière de niveau mondial. Saint-Hélier abrite 29 banques, 32.027 Sociétés offshore en 2017 et ce ne sont pas moins plus de 13.000 emplois – précisément 21,4 % des 61 390 de la population active totale en juin 2018 - souvent très qualifiés qui y font tourner l’industrie de la finance.

Les discrètes marques urbaines de cette intégration planétaire en côtoient d’autres clairement revendiquées. Il s’agit des signes de plus en plus visibles d’une volonté gouvernementale de promouvoir l’identité jersiaise, notamment par la mise en avant d’affichages publics en Jèrriais, déclinaison locale du Normand. La municipalité de Saint-Hélier a ainsi décidé en 2007 que chaque nouvelle voie ou place devra obligatoirement être baptisée en Français ou en Jèrriais. Précisons que, lors du recensement de 2001, 113 personnes déclaraient le Jèrriais comme langue maternelle, alors que 2.874 en revendiquait un usage occasionnel.


Saint-Pierre : un autre territoire de la planète financière

Saint-Pierre-Port (18.207 h.) est la capitale du bailliage de Guernesey. La ville occupe une belle situation en amphithéâtre, regardant vers l’est et donnant contrairement à Saint-Hélier l’impression visuelle d’être au cœur d’un archipel.
C’est la vue que pouvait contempler Victor Hugo, l’exilé le plus célèbre que les îles Anglo-normandes aient accueilli. Du cabinet vitré de Hauteville House la maison située au-dessus du port qu’il habita de 1856 à 1870, l’écrivain pouvait apprécier le paysage marin marqué par les hautes silhouettes d’Herm, de Jethou et de Sercq, ainsi que par beau temps les falaises du Cotentin situé à 45 kilomètres.
La litanie des paradis fiscaux qui revient régulièrement dans les médias et dans les propos de leurs pourfendeurs place souvent Guernesey dans l’ombre de sa voisine, plus souvent citée. Sa capitale n’en demeure pas moins une autre place financière de premier ordre qui reproduit grosso modo le même profil d’activités. On y retrouve les banques, cabinets d’avocats et de conseils, compagnies financières et fiduciaires associées, voire imbriquées avec des établissements également installés à Jersey ou dans d’autres territoires - souvent insulaires - plus lointains.
Guernesey illustre bien le fait que le rôle des centres financiers anglo-normands ne se résume pas à la participation à l’organisation de l’évasion ou de l’optimisation fiscale. Saint-Pierre est ainsi entre autres le premier en Europe et l’un des principaux centres mondiaux en matière de Captive Insurance, secteur peu connu mais stratégique qui permet aux sociétés et groupes de taille mondiale d’assurer leur risque dans la diversité de leurs activités et de leurs lieux d’évolution.




Minquiers/Ecrehou : plateaux rocheux, ressources et conflits géopolitiques frontaliers

Deux plateaux rocheux aux ressources halieutiques

Les Minquiers et les Ecrehou sont deux plateaux rocheux situés entre Jersey et le continent, donc la France.

Le premier, au sud, se présente comme un quadrilatère d’environ 200 km² et s’avère, en raison de la complexité des courants de marée et de la présence de nombreux récifs, un secteur particulièrement délicat pour la navigation. Il est en même temps très recherché pour sa richesse en ressources halieutiques, notamment en crustacés.

Les Minquiers partagent ces caractéristiques avec les Ecrehou, situés à mi-chemin entre Jersey et le port normand de Carteret. Sur les quelques 6000 m² de la Maîtresse île des Minquiers ainsi que sur les minuscules îlots des Ecrehou nommés Maître île et Marmoutier se serrent, dans un univers à la fois minéral et en perpétuel changement en fonction du rythme des fortes marées, des maisons construites par des pêcheurs jersiais au 18ème siècle, faisant désormais office de résidences secondaires au confort sommaire.

Un long contentieux franco-britannique réglé en 2000

Ces plateaux rocheux ont fait l’objet d’un long contentieux frontalier entre la France et le Royaume-Uni. L’absence d’accord bilatéral a conduit les deux pays à s’en remettre à l’arbitrage de la Cour internationale de justice de la Haye qui a délibéré en 1953 en faveur du Royaume-Uni. Deux ans plus tôt un accord préalable entre les deux parties avait garanti la pérennité de l’accès aux Minquiers et aux Ecrehou aux pêcheurs ressortissants de celle perdant au futur arbitrage.

La mer, quand on l’observe comme ici à travers la vue d’un satellite ne donne aucun indice sur les enjeux qu’elle suscite. Ce caractère totalement anodin cache pourtant en l’occurrence une organisation complexe. Une fois le contentieux territorial réglé, il a fallu attendre pas moins de 47 ans pour qu’un traité international entre la France et le Royaume-Uni soit signé à Saint-Hélier en juillet 2000.

Outre la définition de la frontière internationale entre la France et le bailliage de Jersey, le traité dit « de la Baie de Granville » organise, à l’exclusion de toute intrusion extérieure, la cohabitation entre pêcheurs jersiais, bretons et normands riverains. L’accord de pêche prévoit un ensemble de règles et de conditions d’accès extrêmement précises selon un zonage complexe, tout en reposant sur le principe de l’accès réciproque aux eaux du pays voisin.

Précisons enfin que la frontière internationale entre la France et le bailliage de Guernesey n’est toujours pas totalement définie et qu’il n’existe pas d’accord de pêche qui permettrait de solder les épisodes tumultueux de la fin du siècle dernier.

Quant aux relations entre les deux bailliages à propos de la question de l’accès réciproque pourtant historiquement éprouvé de leurs pêcheurs, elles sont tellement mauvaises qu’elles ont parfois fait l‘objet d’intimidations et de plusieurs recours auprès des plus hautes instances juridiques britanniques.

Contributeur

Christian Fleury, équipe ESO-Caen, Maison de la Recherche en Sciences Humaines, CNRS, Université de Caen


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