Bâle : une exceptionnelle métropole transfrontalière trinationale, entre Suisse, France et Allemagne

Vue du ciel, la conurbation de l’agglomération bâloise forme une seule et même entité. Pourtant, elle présente à l’échelle de l’Europe, voire du monde, une grande spécificité : elle s’étend sur trois Etats ; la Suisse, l’Allemagne et la France. Bâle est une métropole, qualifiée parfois de kleine Weltstadt (petite ville-monde) car dotée de fonctions métropolitaines supérieures. Sa politique d’urbanisme volontariste est axée, non seulement sur l’exigence d’une métropolisation intra-urbaine (activités de commandement, accessibilité, aménités), mais également sur la constitution d’une aire métropolitaine, ici par nature transfrontalière. Pour cela, Bâle maîtrise parfaitement la complexité des instances de coopération transfrontalière et du jeu d’acteurs, nombreux et diversifiés, puisqu’émanant de trois pays. Cette fabrique du territoire métropolitain, qui s’effectue au gré des aménagements, fait de la frontière un lieu où se forment des points de tissage.

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Légende de l'image satellite

Cette image de Bâle, ville située dans le nord-ouest de la Suisse a été prise le 23 août 2016 par un satellite Sentinel 2. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m.

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Présentation de l'image satellite globale

Bâle : la fabrique d’un territoire métropolitain transfrontalier

Croquis de la présentation de l’image satellite globale

1) Une agglomération transfrontalière trinationale entre montagne et plaine

Un site de contact entre montagne et plaine, un nœud multimodal

Sur l’image satellite, l’agglomération bâloise constitue une seule et même entité qui s’étend sur les deux rives du Rhin. Le site est original. Bâle se trouve à la limite et donc au contact entre deux parties distinctes de la vallée du Rhin. En effet, la ville est située à l'endroit où le fleuve quitte un environnement montagneux pour la plaine du fossé rhénan, qui s'étale vers le nord jusqu'à Francfort-sur-le-Main.

L’agglomération se trouve à l'extrémité sud de ce fossé rhénan qui sépare ici les Vosges de la Forêt Noire. À cet endroit, les massifs montagneux environnants s'affaissent peu à peu et forment un ensemble de collines. Bâle est donc une ville au relief prononcé, séparée du reste de la Suisse par la montagne du Jura, qui a longtemps formé une barrière naturelle importante.

En revanche, les vallées de la Forêt Noire, la plaine rhénane et les collines du Sundgau lui offrent des possibilités d’extension en dehors de son territoire national. D’ailleurs, si les frontières, cantonales et nationales, peuvent constituer des handicaps (institutionnels, juridiques, législatifs…), elles peuvent se transformer en atouts.

La position de Bâle sur l’axe rhénan fait de cette ville un carrefour entre Europe du Nord, Europe du Sud et Europe centrale. Un faisceau de voies ferroviaires, routières et fluviales (composé de plusieurs itinéraires parallèles et interconnectés) traverse la ville qui constitue ainsi un nœud multimodal, comme le montre le croquis.

Une agglomération transfrontalière s’étendant sur trois pays   

La ville de Bâle compte un peu plus de 170 000 habitants. Elle fait partie de la Confédération helvétique, une association de cantons, entités quasiment souveraines dans de petits espaces.

Cela suppose une pratique politique de la coopération avec les cantons voisins dans laquelle Bâle excelle. La ville est le chef-lieu du canton de Bâle-Ville, dont il faut souligner l’étroitesse du territoire (37 km2). Ceci étant, l’image satellite et le croquis montrent que la ville forme une conurbation tentaculaire qui déborde largement les frontières nationales.

En fait, la banlieue bâloise s’étend non seulement en Suisse, mais également en France et en Allemagne. L’agglomération de Bâle, transfrontalière, forme, depuis 2007, l’Eurodistrict Trinational de Bâle (ETB) qui rassemble un peu plus de 900 000 habitants sur un périmètre de 2 000 km2. L’ETB réunit ainsi 16 communes françaises, 49 communes suisses et 15 communes allemandes pour former une association de 80 communes. C’est un outil de la coopération transfrontalière pour la gestion et l’aménagement de la métropole trinationale.

2) Bâle, « eine kleine Weltstadt », une petite ville-monde
   
Les fonctions métropolitaines en recomposition
   
Comme le soulignent l’image et le croquis, la métropole de Bâle concentre, essentiellement dans la ville-centre, des fonctions urbaines qui la rendent compétitive dans le contexte de la mondialisation. Bâle est traditionnellement une plate-forme financière, industrielle (chimie-pharmacie) et logistique, bien que l’industrie chimique semble condamnée à terme.

Dans les années 1990, Bâle s’est engagée dans une reconversion industrielle qui s’appuie sur deux piliers, les business plan et master plan permettant à Bâle d’être une ville dont le système productif est en mutations sectorielles et focntionnelles. Le business plan consiste en une reconversion industrielle vers les services, la recherche-développement et l’innovation, notamment dans le domaine pharmaceutique et les biotechnologies avec Bigpharma.

Le master plan fait aussi de Bâle une capitale événementielle autour du luxe et de l’art contemporain. Par ailleurs, la politique d’urbanisme de Bâle se traduit par l’accomplissement de projets successifs qui renforcent les fonctions métropolitaines de la kleine Weltstadt, ainsi dénommée par le géographe R. Woessner (Voir zooms 1 et 2).

Le nœud bâlois, un carrefour multimodal

Bâle est un nœud vers lequel convergent plusieurs liaisons routières et ferroviaires d’envergure internationale, ce qui accroît, par ailleurs, son attractivité. La ville est à la croisée de trois autoroutes et elle détient, avec ses deux gares, une excellente position ferroviaire en Europe car elle est en jonction avec le carrefour suisse que constitue Olten, où les lignes se rejoignent.

Son port de transit sur le Rhin se situe à la terminaison méridionale du grand couloir rhénan où se resserre la vallée et vers lequel convergent les flux. En cela, elle est la porte suisse pour l’accès à la mer. L’EuroAirport est situé à 5 km au nord de la ville. Bien qu’en position d’exclave, car du côté français de la frontière, ce dernier est relié par une route douanière le rendant parfaitement accessible (Voir zoom 2). (A. Beyer)

3) Frontière et construction territoriale

La frontière-coupure

La frontière est d’abord « une coupure entre des aires-systèmes propres à chaque pays » (R. Woessner). Matérialisée par des postes de douanes, elle constitue en effet une discontinuité politique, administrative, juridique, socio-économique et culturelle.

En cela, elle peut être un frein dans les contacts et les échanges entre acteurs (C. Sohn, B. Reitel, O. Walther). Bien qu’étant dans l’espace Schengen depuis 2008, la Suisse conserve, de par son statut spécifique, des postes frontières.

La frontière-couture

La frontière peut aussi représenter une nouvelle source d’opportunité par « le développement de formes de gouvernance qui reposent sur des aménagements flexibles et négociables » (C. Sohn, B. Reitel, O. Walther). L’exemple bâlois montre l’importance de la capacité des acteurs à entrer en synergie en dépassant la complexité territoriale propre aux coopérations transfrontalières.

La région transfrontalière est soumise à une intense territorialisation et elle est au centre d’un nouveau système : c’est la frontière-couture (R. Woessner). Les instances de coopération transfrontalière contribuent à cela et permettent une gestion de l’interface frontalière.

A l’échelle régionale, Bâle avait été à l’initiative de la constitution de la Regio Basiliensis dès 1963 qui regroupait le département du Haut-Rhin, les Kreise de la région de Fribourg-en-Brisgau et les cantons de la Suisse du Nord-Ouest. En 1995, le conseil Regio TriRhena est créé. Ce dernier, composé d’élus, de fonctionnaires et d’acteurs parapublics, gère les transports et met en place une mention Regio pour les apprentis ainsi qu’une formation trinationale d’ingénieurs. Par ailleurs, le Museumspass permet l’accès à 320 sites dans les trois pays, de Berne à Metz et de Besançon à Stuttgart, les musées de Bâle jouissant ici d’une position centrale.

Bâle participe également à la Conférence du Rhin Supérieur depuis 1975, qui est un territoire de coopération régionale regroupant la Région Alsace, plusieurs Kreise allemands pris dans les deux Länder de la Rhénanie-Palatinat et du Bade-Wurtemberg ainsi que les cantons alémaniques de la Suisse du Nord-Ouest. Le Conseil Tripartite finance les actions à partir des fonds INTERREG de l’Union Européenne.

Plusieurs groupes de travail permanents gèrent les problématiques liées aux travailleurs frontaliers, aux problèmes fonciers, à l’enseignement, à la santé et à l’environnement. Bâle emploie plus de 30 000 travailleurs frontaliers venant du Sud-Alsace. Le différentiel économique crée une dynamique certaine. Par exemple, Bâle draine près de 40 % des actifs de Saint-Louis, commune française faisant partie de l’agglomération bâloise.

La frontière-suture

Dans les années 2000, les nouvelles formes de coopération se structurent à l’échelle locale. Elles s’appuient sur les territoires de proximité qui deviennent des territoires de projets.

L’Agglomération Trinationale de Bâle créée en 2001 (ATB) devient en 2007 l’Eurodistrict Trinational de Bâle (ETB). L’enjeu de cette instance est de mettre en relation les acteurs et d’articuler les documents et procédures inscrits dans des contextes nationaux. En effet, les plans directeurs cantonaux suisses et les schémas de cohérence territoriale (SCOT) français sont rythmés par différents calendriers et obéissent à différents systèmes juridiques. Les réglementations, les contraintes budgétaires, le maillage territorial, les systèmes éducatifs et de santé et les normes sociales sont différents. L’objectif est de mener une réflexion stratégique sur le développement de l’espace métropolitain de Bâle à travers un schéma d’urbanisme (R. Woessner).

Enfin, Metrobasel est une instance qui regroupe des acteurs issus de la société civile et des entrepreneurs dont le but est de positionner la ville dans une perspective d’excellence. La forte implication des élites bâloises dans le débat de la ville et, en particulier, dans le champ de la coopération transfrontalière est à souligner (C. Sohn, B. Reitel, O. Walther).

Ces instances impulsent des projets d’aménagement des territoires de proximité en mettant en synergie les acteurs locaux. Le projet du Tram3 (voir zoom 3), le projet 3Land et le pont piétonnier de Huningue - Weil am Rhein sont portés par l’ETB. Ils constituent des points de tissage, faisant de la frontière une « suture » (R. Woessner).

Zooms d'étude


Bâle, « eine kleine Weltstadt », une petite ville-monde


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La ville est qualifiée de kleine Weltstadt par Raymond Woessner, qui reprend l’expression des célèbres architectes bâlois Herzog et De Meuron. Cette « petite ville-monde » concentre en effet des fonctions métropolitaines supérieures dans plusieurs domaines.

Son activité économique repose d’abord sur une puissante industrie chimique et pharmaceutique. Au début du XXe siècle, le cartel de la chimie suisse se trouve à Bâle avec de grands groupes comme Ciba, Geigy (fusion en 1971), Sandoz, Hoffman-La Roche et Lonza. La ville accueille aujourd’hui les sièges sociaux et les activités de recherche des leaders mondiaux dans le secteur : Roche et Novartis dans la pharmaceutique ou encore, Ciba, Syngenta et Clariant dans la chimie.

La ville est également un centre financier de rang mondial avec une forte activité bancaire. La puissante Union des Banques Suisses (UBS), un des deux plus grands groupes bancaires privés suisses, a son siège à côté de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), qui y est installée depuis sa création en 1930. La BRI a une fonction internationale de premier plan puisqu’elle est considérée comme la « banque centrale » des banques centrales des Etats (coordination internationale, réglementation, conseil…).  

Enfin, l’art et la culture assurent à Bâle sa notoriété grâce à ses foires et musées. BaselWorld, Art’Basel, haut lieu mondial du marché de l’art contemporain, la fondation Beyeler, le Kunstmuseum offrent à la ville un rayonnement international. (A. Beyer et R. Woessner)

Une accessibilité multimodale

Comme le montrent l’image satellite, Bâle se situe à un carrefour multimodal à la fois ferroviaire, routier et autoroutier, fluvial et aérien. Mais la contrainte topographique renforce la pression du trafic, ce qui nécessite une politique urbaine exigeante. L’aménagement des transports doit permettre une accessibilité optimale, condition fondamentale pour le développement de la métropole. Il s’agit de mettre en connexion les réseaux mais également d’adapter les infrastructures.

Deux singularités doivent être prises en compte : la position frontalière de la ville et les contraintes de l’exiguïté de son assiette territoriale. Dans ce contexte, Bâle est une « frontière nodale », forme urbaine originale qui trouve son expression dans la gestion simultanée des nœuds de transports et des coupures frontalières à travers des dispositifs inédits (Voir zoom 2). (A. Beyer)

Une politique d’urbanisme pour assurer la dynamique métropolitaine

La foire avec la Messeturm - l’immeuble le plus élevé de la Suisse, jusqu’à l’érection d’une nouvelle tour de bureaux (bientôt une seconde) pour Roche qui devient la plus haute de la Confédération helvétique - inscrit, d’une certaine manière la ville dans la course à la verticalité caractéristique de l’affirmation de puissance des métropoles mondiales.

Si l’autoroute souterraine est la plus chère du monde au mètre linéaire, le projet Euroville pour le quartier de la gare doit permettre à Bâle d’avoir une porte d’entrée de rang métropolitain. Bâle investit constamment dans ses infrastructures de transport car la métropolisation se fait par l’accessibilité. Le stade Sankt-Jacob intégrant un centre commercial et le waterfront sur le Rhin doivent permettre aux habitants de profiter des aménités d’une métropole (voir zoom 2).

Dans la logique de la métropolisation, des projets de politique d’urbanisme transfrontalier se mettent en place. Le projet 3Land, naît d’une convention trinationale de planification signée par les villes de Huningue, de Weil am Rhein, le canton de Bâle-Ville, Saint-Louis Agglomération et le Conseil Général du Haut-Rhin. Il porte sur le développement trinational commun du territoire du Dreiländereck, du nom du monument bâlois marquant l'intersection des frontières entre l'Allemagne, la France et la Suisse.

Il s’agit d’habiter le Rhin, d’en faire un espace de vie avec des berges accessibles aux piétons et aux cyclistes, d’implanter des loisirs près de l’eau, de raccorder le canal de Huningue au parc paysager de la Wiese et de consolider et développer les espaces verts à travers une reconversion de certains sites. L’objectif est de créer un espace pour travailler, résider, se détendre et vivre. Le schéma prévoit de nouveaux ponts favorisant les mobilités douces et des immeubles modernes.


Le nœud bâlois, un carrefour multimodal

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Une connexion aérienne


Inauguré en 1946, l’aéroport de Mulhouse-Bâle est construit dans la banlieue française de Bâle, alors sur le territoire de la commune de Blotzheim. C’est le seul aéroport binational au monde dont la gestion est assurée par une autorité commune. Il doit répondre aux besoins d’une région trinationale. En position d’exclave pour les Suisses, l’aéroport est relié par une route douanière dénationalisée à 10 minutes du centre-ville de Bâle et donc bien accessible par des transports urbains cadencés.

L’aéroport a accueilli 8 millions de voyageurs en 2018. La zone aéroportuaire abrite plus de 150 entreprises et génère 6 500 emplois sur le site. Un projet de desserte TER, TER200, S-Bahn, par une dérivation de 6 km de la ligne Strasbourg-Mulhouse-Bâle et la construction d’une nouvelle gare doivent permettre une meilleure accessibilité du côté français à l’EuroAirport à l’horizon 2020-2025.

Une connexion terrestre

Comme le montre l’image, Bâle se situe au croisement autoroutier de l’A35 (vers Strasbourg), proche de l’échangeur avec l’A36 (vers Lyon), de l’A5 (vers Karlsruhe) et de l’A2 (vers Zurich et Berne). La tangente Nord, formée par l’A35, passe par le pont des Trois Roses (Dreirosenbrücke), dont le niveau supérieur est réservé aux tramways, piétons et cyclistes, le niveau inférieur étant dédié à l’autoroute de transit le long du vitrage phonique. Il s’agit d’un tunnel de 3,2 km, le plus cher au monde au mètre linéaire. Cette Nordtangente est rejointe par l’A5 allemande et toutes deux convergent en une artère souterraine unique, la tangente Est (Osttangente) qui traverse Bâle.

A la convergence des grandes routes marchandes continentales, Bâle est l’une des villes-carrefours européennes au même titre que Cologne, Lyon, Francfort ou Milan. Pour réguler le transport de marchandises, la douane s’organise avec un système de retenue des poids lourds sur une plate-forme côté français lors des pointes de circulation afin d’éviter la saturation des axes. Du côté allemand en revanche, le stockage du fret routier se fait sur les voies de droite de l’autoroute A5.

Une connexion fluviale

Le port de Bâle est un port de transit à vocation nationale et, marginalement, internationale. Même si le port badois de Weil am Rhein concentre une grande part des trafics, il assure le traitement d’une large partie des conteneurs destinés au marché suisse. C’est une interface portuaire majeure entre la Suisse et le corridor rhénan. Les installations portuaires, qui sont importantes, doivent s’adapter aux nouveaux courants commerciaux. La fonction de transit s’adapte par une rationalisation des structures de gestion et à une spécialisation des sites en s’inscrivant dans la multimodalité. Comme le montre l’image et le croquis, le port s’étend sur trois sites : Kleinhüningen, Birsfelden Hafen et Auhafen.

La logique d’urbanisation - déjà engagée avec la reconversion du site de Sankt Johann en campus de Novartis pour la recherche et le développement - provoque une restructuration de la zone portuaire. Cela s’accompagne du réaménagement des berges qui assure une continuité avec le centre historique.

La suppression du port de Sankt Johann en 2010 entraîne un réaménagement du port urbain de Kleinhüningen et le transfert du stockage vers les sites de Birsfelden Hafen et Auhafen. Cette restructuration est basée sur l’intermodalité et la complémentarité nodale fer-voie d’eau. En parallèle, la logique d’urbanisation induit une requalification des bords du fleuve, dans la logique du waterfront.

Le projet New Basel, nouveau centre directionnel « les pieds dans l’eau », aussi appelé projet Rheinhattan, doit accueillir tours des bureaux et résidentielles avec plusieurs milliers d’habitants. Les projets architecturaux seront présentés lors de l’Internationale Bauausstelling (IBA) en 2020. Il s’agit de constituer un nouveau quartier d’affaires et de s’approprier les bords du Rhin en trouvant de nouvelles formes de territorialité. (A. Beyer)

Une connexion ferroviaire

Bâle dispose de deux gares exploitées par des opérateurs nationaux différents. Cette situation est un héritage des concurrences des compagnies privées au XIXe siècle. La SBB, qui est l’opérateur suisse, gère la gare centrale où la SNCF dispose de quais. La DB allemande assure la gestion de la gare badoise (Badischer Bahhnhof). La DB et la SNCF ont un statut douanier spécifique.

Ce système ferroviaire fait de la Suisse un nœud à différentes échelles – régionale, nationale, européenne – qui permet le transport de voyageurs et le ferroutage. En 2007, les lignes sont raccordées à la grande vitesse allemande et française et la mise progressive à quatre voies de la ligne Karlsruhe-Bâle offre de nouvelles capacités pour le transport du fret transalpin et celui des voyageurs.

Euroville est un projet d’aménagement du quartier de la gare centrale. Une passerelle commerçante, seconde ouverture à la gare, doit désenclaver le quartier arrière datant du XIXe siècle. Parallèlement, le développement de l’activité commerciale multiplie les services aux voyageurs. De grands projets immobiliers, en cours de réalisation, les espaces verts et la réorganisation des mobilités devant la gare - basée sur la multimodalité et les mobilités douces (parkings souterrains pour les voitures, parking à vélos, parvis réservé aux tramways et aux piétons) - doivent permettre à la gare centrale de devenir, à terme, une porte d’entrée de rang métropolitain (voir zoom 1). (A. Beyer)


Un projet d’aménagement transfrontalier pour tisser la métropole : le tram3 à Saint-Louis


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Saint-Louis, une ville de l’aire urbaine métropolitaine transnationale


Saint-Louis, ville française contiguë à Bâle, fait partie de l’aire urbaine de la métropole. L’image et le croquis soulignent la situation de la ville française, sur l’axe autoroutier de l’A35 et sur l’axe ferroviaire Strasbourg-Mulhouse-Bâle. Cette banlieue française de Bâle est séparée de la Suisse par la frontière nationale dotée de deux postes douaniers (le 3em étant celui de l’autoroute). Près de 40 % des Ludoviciens travaillent d’ailleurs de l’autre côté de la frontière.

De plus, la logique de la métropolisation induit la constitution d’une aire urbaine nécessitant des aménagements transfrontaliers. Sans nier la frontière, la territorialisation doit s’opérer. Les différents acteurs se mettent alors en synergie afin de réaliser une prolongation de la ligne 3 du tramway bâlois afin qu’il devienne transfrontalier. Cette nouvelle infrastructure transfrontalière représente un investissement de 48,6 millions € et est cofinancée par l’Etat français, les collectivités territoriales françaises, l’Union Européenne, la Confédération Helvétique, le fonds pendulaire et la société de transport public bâloise (BVB). Le projet est porté par la CC3F (Communauté de Communes des Trois Frontières) aujourd’hui Saint-Louis Agglomération.

L’inauguration du Tram3, en 2018 a eu lieu deux années après celle du tramway transfrontalier numéro 8 entre Bâle-ville et Weil am Rhein. Cette nouvelle ligne de tramway doit renforcer l’attractivité du territoire français car elle dessert une zone appelée à se développer grâce au projet Euro3Lys qui comprend le quartier du Lys et le Technoport. Ce rôle sera encore renforcé par la future extension vers l’EuroAirport qui prévoit en parallèle la construction d’un pôle de loisirs et de commerce.

Le Tram3, ses aménagements et ses connexions

L'extension de 3,4 km de ligne nouvelle (0,8 km en Suisse et 2,6 km en France) a nécessité 29 mois de travaux. La ligne passe devant les équipements sportifs, le stade nautique, la cité scolaire, la polyclinique, le supermarché Géant Casino, la caserne des pompiers, la future ZAC des Lys pour connecter la gare de Saint-Louis. La construction d’un parking-relais (P+R) a accompagné cet aménagement.

Le Tram3 assure aujourd’hui une connexion de Saint-Louis au centre-ville de Bâle. Face à l’efficacité de l’aménagement, les travailleurs frontaliers stationnent leurs véhicules aux abords de la cité scolaire pour emprunter le Tram. La municipalité de Saint-Louis a dû par conséquent réfléchir à un nouveau plan de régulation du stationnement. La mise en place d’une zone bleue et d’un parking payant sont décidés afin d’orienter les travailleurs frontaliers vers le parking-relais situé à la gare.

Par ailleurs, l’arrivée du tramway vert transforme le paysage de la ville. De plus, il contribue également à inscrire Saint-Louis dans le territoire bâlois, de par le géo-symbole qu’il constitue. En effet, les rames vertes sont connues par les Ludoviciens comme étant celles de Bâle, ville voisine. Lorsqu’elles arrivent dans la ville française, elles sont reconnues et donnent le sentiment d’habiter dans la banlieue de la métropole, et, par conséquent de faire partie du territoire métropolitain, qui devient commun. S’opère alors une transformation de l’identité territoriale pour les Ludoviciens qui s’approprient Bâle, métropole dont ils peuvent avoir le sentiment de faire partie, sans être pour autant des Bâlois.

Une frontière traversée

Cet aménagement marque aussi une nouvelle étape dans la fabrique du territoire métropolitain en ce qu’il constitue un point de tissage, sur la frontière et par la frontière, de la métropole bâloise. On assiste à une nouvelle étape du processus de territorialisation transfrontalier où la frontière devient suture.

L’exemple pionnier du chemin piétonnier et cycliste, qui part du collège Schickelé, longe le stade du complexe sportif Hartplatz et relie la France à la Suisse, est tout à fait révélateur de cette dynamique. A l’entrée, aux abords du chemin, se trouve une borne sur laquelle est gravée une ligne qui matérialise la frontière pour indiquer au promeneur que, sur ce chemin, il marche sur la frontière. Mais celui-ci ne voit pas forcément les caméras qui le surveillent, car au bout du chemin se trouve la douane de Saint-Louis-Bourgfelden. Même si la frontière s’estompe, elle ne disparaît pas pour autant.

Ces aménagements constituent de nouvelles jonctions territoriales sur la frontière. Ils révèlent aussi la capacité des acteurs transfrontaliers à entrer en synergie par une culture partagée de la coopération, ce qui suppose un « apprentissage de la frontière » (C. Sohn, B. Reitel, O. Walther).

Références ou compléments

Références :

- A. Beyer, « Nœuds de transport et frontières. L'invention de la métropole bâloise »,  Annales de géographie, n°657, 2007, p. 451 à 469.

- A. Beyer, « Le port dans la négociation métropolitaine : l’exemple de Bâle », L’Espace géographique (Tome 24), 2012/3, p.252-265.

- A. Beyer, « Les espaces binationaux de la gestion aéroportuaire de l’EuroAirport (Bâle-Mulhouse), redistribution du pouvoir territorial et aménagement frontalier », Mosella 2007, Tome XXXII, n°1-4,2010


- C Sohn, B. Reitel et O. Walther, « Analyse comparée de l’intégration métropolitaine transfrontalière en Europe », Territoire en mouvement, Revue de géographie et aménagement, 2007, consulté le 14 février 2019.

- R. Woessner, La France : aménager les territoires, éditions Sedes, Paris, 2008.

- R. Woessner, L’Alsace territoire(s) en mouvement, Jérôme Do Bentzinger Editeur, Colmar, 2007.

- R. Woessner, «La territorialisation par la mutation des systèmes productifs : l’exemple de Mulhouse / Belfort / Bâle », cours pour les concours de l’enseignement, Paris IV, 2016.

- R. Woessner, étudiants de Master « Sortie Rhin supérieur », avril 2015.
 
Sources :

- A. Isel, C. Kuhn, « 160 000 travailleurs frontaliers en ACAL », INSEE Analyses Grand Est, n°3, 2016. ( )

- F. Duvinage, D. Lohaus, F. Prudence, « Un avenir à Trois : Stratégies de développement 2020 » Tome 1 : les fondamentaux de l’Agglomération Trinationale de Bâle, Eurodistict Trinational de Bâle 2009.

- Equipe LIN (architectes et urbanistes), Concept Urbain 3Land, Espace pilote européen, Synthèse concept urbain 3Land, Berlin, 2015.

- Saint-Louis Agglomération, Projet d’extension du Tram 3, 2018.

- Mission Opérationnelle Transfrontalière, « Extension du Tramway 3 de Bâle à Saint-Louis »,

- Mission Opérationnelle Transfrontalière, « L’EuroAirport Bâle-Mulhouse »,
  
- Mission Opérationnelle Transfrontalière, «Aménagement d’une voie verte transfrontalière entre Huningue, Bâle et Weil-am-Rhein », espaces-transfrontaliers.org.

- Mission Opérationnelle Transfrontalière, «3Land, un projet urbanistique de grande ampleur entre les villes de Bâle, Huningue et Weil-am-Rhein »,


Contributeurs

Proposition : Jérémy Rudy, professeur d’histoire-géographie au lycée Jean Mermoz de Saint-Louis,
Croquis : Marc Egli, ancien élève du lycée Jean Mermoz de Saint-Louis, étudiant à l’EPFL de Lausanne.