Etats-Unis. Orlando, du parc de loisir de Walt Disney à la capitale mondiale de « l’entertainment »

Lorsque Walt Disney décide au début des années 1960 que le sud de la ville d’Orlando accueillera son nouveau parc à thèmes (aujourd’hui plus vaste que la ville de San Francisco), le centre de la Floride, jusque-là en marge par rapport aux dynamiques littorales, devient un haut-lieu de l’influence culturelle américaine. Avec ces 60 millions de visiteurs annuels (dont 20 millions pour le Magic Kingdom de Disney), cette région du Comté d’Orange est ainsi devenue depuis une capitale mondiale : celle de l’amusement, des parcs d’attraction et de la consommation induite par ces activités… Dans ces plaines marécageuses, c’est une image de l’American Way of Life et de sa diffusion globale par le biais de la mondialisation qui ont vu le jour : le parc à thèmes et le parc d’attractions, nouveaux lieux de la société des loisirs.

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Légende de l’image

Cette image a été prise par un satellite Pléiades le 31/12/2016. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m.

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Présentation de l’image globale


ORLANDO, CAPITALE MONDIALE DE « L’ENTERTANMENT »

Le 22 novembre 1963, la président Kennedy était assassiné à Dallas. Le même jour, Walt Disney, sous un nom d’emprunt afin de garder le secret, survolait le centre de la Floride en quête d’un terrain qui pourrait accueillir le développement de ce qui allait devenir le plus grand centre de loisirs de la planète. Paradoxe de l’histoire lorsqu’une part du rêve américain - largement remise en cause depuis - se brisait sur Elm Street au cœur de Dallas, une autre était en train de voir le jour dans la péninsule de Floride.

Le centre de cet Etat du Sud-Ouest est une terre marécageuse, difficile à mettre en valeur et qui, en termes de développement, ne pouvait rivaliser avec les littoraux de l’Atlantique et du Golfe de Mexique malgré quelques productions agricoles dont les agrumes qui ont donné leur nom au Comté d’Orange. L’image ci-contre n’est donc pas celle qu’a observée Walt Disney en 1963 : il fallait d’ailleurs une bonne dose d’imagination et d’ambition pour faire de la ville d’Orlando, au cœur du Comté d’Orange, la capitale mondiale du loisir lié aux parcs d’attraction. En 1960, la population du Comté d’Orange dépassait à peine les 250 000 habitants, elle est aujourd’hui estimée à plus de 1,2 million de personnes. Il faut noter que le sud de l’image, au niveau de la communauté urbaine de Celebration, appartient au Comté d’Osceola qui jouxte celui d’Orange au sud.

Une fois décidé, Walt Disney se mit à acquérir plus de 10 000 hectares de zone marécageuse, peuplées d’alligators, que les propriétaires n’hésitaient pas à vendre en raison de l’opportunité exceptionnelle que représentait pour eux la cession de terrains inhospitaliers. Pour autant, W. Disney avait parfaitement perçu la position privilégiée d’Orlando à l’intersection entre les deux plus grandes voies autoroutières floridiennes : la Interstate 4 (visible sur l’image en pointillés rouges) et la Florida’s Turnpike. Cette position centrale allait permettre de placer Orlando au cœur des réseaux de communication de la péninsule.

A la suite des infrastructures liées à Disney d’autres complexes vont voir le jour : en 1973, le parc à thème Sea World et, en 1991, l’Universal Orlando Studio viennent compléter l’offre. Le City Walk - à proximité du studio Unversal - ou les commerces situés le long de l’International Drive font d’Orlando « un lieu construit sur la consommation et non sur la production » (National Geographic).

Avec presque 60 millions de visiteurs par an, Orlando propose la 2ème capacité hôtelière du pays. Le développement d’Orlando est lié à Disney : 6 % des habitants de la ville ont un travail en lien avec la firme Disney et les taxes de séjour acquittés par les visiteurs de Disney procurent 200 millions de dollars par an aux collectivités. Tous les jours, on considère que tous les visiteurs à Orlando dépensent pour plus de 90 millions de dollars. Cette économie liée aux loisirs s’est diversifiée et les malls sont devenus des temples de la consommation : le Florida Mall et le Mall at Millenia (hors image), dans lesquels les enseignes de luxe, s’alignent le long de l’International Drive (en pointillés de couleur bleu clair). De nombreux outlets (magasins d’usine) sont également présents et jouxtent les grands parcs d’attraction en ciblant les zones les plus touristiques.

Zooms d'étude

Le Walt Disney World Resort : un des plus grands sites mondiaux


L’organisation du W. Disney World Resort

Sur l’image ci-contre, la bordure de couleur jaune représente la limite du Walt Disney World Resort. Ce parc a été inauguré en 1971 autour de la zone du Magic Kingdom Park et a constitué le second parc thématique Disney des Etats-Unis après celui d’Anaheim dans la banlieue de Los Angeles.

Il couvre une superficie de plus de 110 km² et il accueille tous les ans plus de 60 millions de visiteurs (dont 20 millions pour le Magic Kingdom Park), ce qui en fait le complexe de loisir le plus visité au monde. Les chiffres de fréquentation des parcs d’attraction sont significatifs de la géographie des loisirs dans le monde : économiquement sur les dix premiers pars visités, six sont gérés par la firme Disney (Orlando dont les 4 parcs sont présents dans le classement, Anaheim, Shanghai), six se trouvent aux Etats-Unis (cinq Disney et le Studio Universal d’Orlando) et quatre en Asie orientale (dont trois au Japon et un en Chine avec le parc Disney de Shanghai). Comme celui d’Anaheim (Californie) fondé en 1955 et ceux qui vont voir le jour dans les autres parties du monde (Shanghai pour la dernière ouverture en 2016), les parcs à thèmes Disney obéissent à un modèle de développement récurrent : leur fonctionnement est basée sur leur isolement par rapport à leur environnement immédiat (leurs limites sont visibles et les parcs fonctionnent en espaces clos). A l’intérieur du parc, le cheminement des visiteurs est guidé entre des zones bien distinctes les unes des autres et fonctionnant par thèmes (héros, zones géographiques particulières…). Chaque zone est caractérisée par des décors, des attractions, de lieux de consommation (le plus souvent alimentaires) et des zones commerciales où le marchandising bat son plein… Le développement des capacités hôtelières internes aux parcs renforcent cette exclusivité touristique : les « touristes ne vont pas à Orlando mais à Disney World ».

La croissance de la zone a été majeure depuis 1971, les limites initiales du parc ont été largement dépassées depuis par les extensions successives. Ce complexe est composé de quatre parcs à thèmes (en hachures jaunes sur l’image). Le Magic Kingdom, dominé par le château de Cendrillon, est emblématique et constitue le parc originel inauguré en 1971. Ensuite le parc d’Epcot (1982), le Disney’s Hollywood Studios (1989) et le Disney Animal Kingdom (1998) viennent enrichir l’offre et donner à ce complexe Disney de Floride une place privilégiée.

Le 29 août 2019 doit être inauguré un nouveau parc relatif à l’univers des films Star Wars : le site de construction est indiqué sur cette image du 31/12/2016 en hachures de couleur orange, il se trouve au sud du Disney’s Hollywood Studio.

On compte ensuite deux parcs aquatiques (hachures bleues sur l’image), 26 hôtels, des centres commerciaux dont le plus réputé est celui de Disney Spring (en hachures rouges) dont l’ouverture en 1972 fut synchrone avec celle du parc, de terrains de golf (en hachures vertes) et d’un terrain de camping... Il s’agit d’une véritable ville dans la ville dont la superficie est équivalente à celle de San Francisco.

L’insertion de ce parc d’attraction dans la région urbaine d’Orlando est rendue possible par la connexion des axes routiers internes au parc à l’interstate 4 qui traverse la Floride du Nord-Est au Sud-ouest, de Daytona Beach à Tampa. Cette autoroute est connectée à la World Drive (pointillés verts) qui constitue l’épine dorsale de la circulation interne au parc : son nom traduit bien les ambitions de la firme Disney dans le domaine des loisirs à l’échelle de la planète.

En interne, la circulation entre les différentes parties du parc est également assurée par un monorail (tracé en pointillés noirs sur l’image ci-contre). Les parkings, nettement visibles sur l’image (hachures violettes) offrent plus de 25 000 places de stationnement et témoignent de l’importance de la voiture dans les modes de circulation et de fréquentation de ce site. Un aérodrome privé avait même été construit sur le site mais n’est plus utilisé.


Mickey, une figure du « soft power » américain

Autre point, dans un secteur où la communication est primordiale et dans lequel le rêve est un moteur de l’activité, la compagnie Disney met aujourd’hui en avant des efforts (réels) de pratiques respectueuses de l’environnement. Ainsi, Disney cherche à réduire son empreinte carbone en développant l’énergie solaire. Au nord-ouest de ce zoom sur l’image Pléiades, on relève la présence d’une centrale solaire de 48 000 panneaux et d’une production de 5MW (fourniture d’électricité de 1.000 foyers environ) : vue de l’espace, elle offre un profil dont les formes ne laissent planer aucun doute, Mickey est à la manœuvre !

Cette centrale solaire est située à quelques encablures du parc d’Epcot visible en hachures jaunes sur ce zoom, le long de la World Drive (en vert). Cette production d’énergie « propre » fait partie d’un plan global de la firme. La compagnie Disney s’est fixé pour objectif la réduction de 50 % de ses émissions mondiales entre 2012 et 2020 : une centrale solaire de 50MW avec un demi-million de panneaux solaires juste au nord de parc animalier.


Celebration, la ville de Disney : du décor à la vie réelle :

Cette image est centrée sur la ville de Celebration, même si ce terme de ville est inapproprié au sens des statistiques américaines, qui compte quelques 11 000 habitants. C’est en 1994 qu’elle sort de terre. Cette entité territoriale appartenant au Comté d’Orange a été lors de sa création sous le feu des projecteurs. Il s’agit d’une ville voulue et conçue par le groupe Disney aux portes de son complexe Disney World. C’est d’ailleurs la filiale Walt Disney Imagineering, en charge de la conception et de l’aménagement des parcs de loisirs qui a été en charge de la réflexion sur la ville.

Walt Disney avait acquis 30 000 acres de terrains dans cette zone et ce projet faisait partie de ses ambitions : un article du Guardian du 13/12/2010 évoque le désir de l’entrepreneur « d’un contrôle total » sur la communauté et la ville : Disney pouvait lever les impôts, gérer les routes et les aménagements de Celebration. Ainsi, en prenant exemple sur les architectures des villes du sud (Nouvelle-Orléans, Savannah, Charleston…), les planificateurs ont défini uniquement six styles de maisons et cinq couleurs principales. Il s’agissait pour eux de construire une ville dans lequel le fondateur de la firme mort en 1966 « aurait souhaité grandir ». Progressivement, la société Disney s’est désengagé et a revendu le projet à un fond d’investissements en 2004.

Elle est née d’une utopie urbaine que les architectes américains qualifiaient de « New Urbanism ». Il s’agissait de rompre avec l’« urban sprawl » si caractéristique de la croissance urbaine du pays. Face au développement de banlieues en continuité les unes avec les autres, d’une artificialisation massive du paysage, les planificateurs ont cherché par ce projet à renouer avec ce qu’ils considéraient comme étant la forme urbaine originelle américaine : une ville de taille réduite, au centre-ville compact, disposant d’un réseau de voies piétonnes important et de multiples espaces verts publics. Pour les habitants, il fallait créer le sentiment d’appartenance à une communauté : un retour à la ville de l’avant-guerre en somme, « à celle d’avant la croissance urbaine, la métropolisation et les extensions impersonnelles à perte de vue ». D’ailleurs le cours d’eau de la Bonnet Creek à droite de l’image délimité de manière très nette Celebration et opère une coupure avec les villes voisines. Cette délimitation illustre le projet initial de faire de Celebration une entité urbaine originale et singulière.

Le principe du déplacement à pieds pour aller à son travail, faire les courses constituait une rupture majeure dans un pays où le règne de la voiture n’est plus à prouver. L’enjeu social était également fort puisque les pratiques foncières visaient à mixer davantage les populations selon des critères sociaux en offrant des résidences à prix variés proches les unes des autres, ceci devant éviter les phénomènes ségrégatifs. En 2001, sept ans après la création de la ville, le New-York Times concluait sur l’échec de cette recherche de mixité : environ 90 % de la population de Celebration étant blanche alors que dans le comté voisin cette proportion n’était de l’ordre que de 60 %. En outre, le prix des logements plus élevés de l’ordre de 20 à 30% par rapport aux territoires voisins assurent une surreprésentation de la upper middle-class « blanche ».

La ville-modèle représente aujourd’hui le symbole d’un urbanisme artificiel et la crise de 2008 n’a fait qu’aggraver cette dynamique puisque les saisies en raison d’emprunts impayés ont été conséquentes après la crise des subprimes (40 % des ventes de maison sur le premier semestre 2010 ont eu pour origine une saisie). En 2014, Celebration a connu son premier homicide, ce qui pour ses défenseurs est un chiffre très positif par rapport à la réalité américaine mais qui symbolise pour ses détracteurs la fin d’une utopie urbaine.

Même si les opérations sont loin d’être comparables, l’aventure de Celebration peut être rapprochée de celle de la zone de Val d’Europe qui, à quelques kilomètres du parc Euro Disney de Marne-La-Vallée, illustre l’implication de la firme Disney dans des projets urbains.


Windermere, une ville de luxe aux portes des parcs d’attraction

Sur les bords du Lake Butler et du Lake Tibet dans le Comté d’Orange s’étale la ville de Windermere. Fondée au début du XXème siècle, cette zone urbaine a une origine fortement ancrée dans l’histoire américaine. Les premières implantations ont été le fait d’une famille de Philadelphie, les Chase. Ils étaient citronniers et à l’issue de la Guerre de Sécession, ces propriétaires du Nord investissent des terrains agricoles du Sud vaincu. Cette famille possèdera les terres de Windermere jusqu’au milieu des années 1980 puis les revendra au golfeur de renommée mondiale Arnold Palmer qui mènera un projet immobilier basé sur l’activité du golf et le développement résidentiel pour les classes sociales les plus favorisées.

Cette communauté résidentielle connait aujourd’hui une croissance démographique importante fondée essentiellement sur des catégories sociales supérieures.  D’ailleurs, les zones résidentielles d’Isleworth (indiquée sur l’image) et de Butler Bay (seule la partie sud de cette zone est visible sur l’image) ont fait l’objet à la fin des années 2000 d’une lutte entre la municipalité de Windermere et le Comté d’Orange. En effet, ces deux quartiers extrêmement huppés, organisés autour des terrains de golf prestigieux bien visibles sur l’image en proche infra-rouge ci-contre, étaient placés directement sous la gestion du Comté d’Orange. La municipalité de Windermere a voulu en récupérer la gestion afin de profiter des retombées fiscales sur le revenu de ces populations (3,5 millions de dollars pour la seule résidence d’Isleworth). Seule la zone de Butler Bay est entrée sous la juridiction de Windermere et celle d’Isleworth a gardé son ancien statut.

Entre 1990 et 2016, la population de Windermere est passée de 1.300 habitants à plus de 3.300, soit une croissance de + 153 % de la population en 25 ans. Cette croissance importante se marque sur l’image ci-contre par une artificialisation majeure du territoire sous forme de quartiers résidentiels.

Cette forte poussée démographique est très ciblée, les statistiques témoignent  d’une très forte homogénéité des populations de Windermere : l’âge moyen de la population est de 49 ans (42 en Floride), les revenus sont de l’ordre de 132 000 dollars/an (50 000 dollars en Floride), la valeur des résidences est de 640 000 dollars (197 000 dollars en Floride). Le caractère privilégié des populations installées à Windermere est indéniable et se traduit également par la composition par origine géographique des populations : 90 % de blancs, 5,1 % d’hispaniques et 1,3 % de noirs.

Documents complémentaires

Christian Montes, Pasacale Nédélec, Atlas des Etats-Unis, un colosse aux pieds d’argile, Atlas Autrement, Autrement, mai 2016

Contributeur

Vincent DOUMERC, professeur agrégé de géographie, Lycées Saint-Sernin et Fermat (Toulouse)