Casablanca : les ambitions mondiales d'une métropole d'Afrique du Nord.

Casablanca est la ville des disparités sociales les plus criantes, où se côtoient les catégories riches et les classes pauvres. C'est la ville des gratte-ciel et des bidonvilles. C'est le centre de la finance et des affaires, mais aussi de la misère, du chômage et d'autres maux, sans parler des déchets et des ordures qui en ternissent la blancheur et entachent la réputation. […] Cette situation complexe nécessite d'urgence un diagnostic qui permette d'identifier les origines du mal et les moyens d'y remédier. Car, en effet, l'essor des villes ne se mesure pas uniquement à l'aune de la hauteur de leurs tours et de la largeur de leurs avenues, mais on l'évalue essentiellement en fonction des infrastructures et des services publics disponibles, et à la lumière de la qualité de vie dans ces villes." (Discours d'ouverture du Parlement du Roi Mohammed VI, 11/10/2013). Depuis le discours du Roi Mohammed VI du 11 octobre 2013, la ville de Casablanca est un vaste chantier à ciel ouvert. Infrastructures de transport, espaces culturels et de loisirs, quartiers d'affaires, promenade maritime, Eco-cité doivent faire du poumon économique marocain "une grande métropole mondiale" (SDAU de 2009). Elle ambitionne de devenir un "hub financier international" (discours du 11/10/13), une "destination internationale de commerce et de loisirs" tout en visant "à améliorer le cadre de vie de ses habitants et à préserver son environnement et son identité" (plan de développement du Grand Casablanca, 2014). Cependant, les retards accumulés en termes d'aménagement et de développement urbain, ainsi que certaines faiblesses structurelles de la ville en matière de gestion et de gouvernance font de cet objectif une gageure. Etudier Casablanca vue du ciel, c'est observer une métropole tiraillée entre héritages et nouvelles ambitions, entre spontanéité et planification, entre influences mondialisées et spécificités locales.
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Légende de l’image

Cette image de Casablanca, ville portuaire située à l'ouest du Maroc, face à l'océan Atlantique a été prise le 18 septembre 2015 par un satellite Sentinel 2. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 20m.

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Présentation de l’image globale

Casablanca : une aire urbaine tentaculaire, capitale économique, et une métropole aux ambitions mondiales.

L'aire urbaine de Casablanca est aujourd'hui rattachée administrativement à la région de Casablanca-Settat qui s’étend sur une superficie de 19 448 km2 et compte 6.862 millions d’habitants (RGPH 2014). Casablanca se situe sur la côte atlantique à environ 80 kilomètres au Sud-Ouest de Rabat, la capitale politique du royaume du Maroc. Passée en un siècle de 20000 à près de 5 millions d'habitants, la ville s'est imposée comme la capitale économique et la principale métropole du royaume et du Maghreb. Sa densité de 14.200 habitants au kilomètre carré en fait aussi une des villes les plus densément peuplées au monde.

Comme le montre l’image, le cœur historique de la ville, la médina, est aujourd'hui totalement noyé au sein d'une conurbation de plus de 200 kilomètres carrés. Elle s’étire le long du littoral sur une cinquantaine de kilomètres de la commune rurale de Dar Bouazza au Sud-Ouest à la ville de Mohammedia au Nord. A l’intérieur des terres, des « cordons d’urbanisation » (JF. Troin) prolongent la ville vers Benslimane au Sud-Est, Berrechid le long de l’axe Casablanca-Settat et l’aéroport Mohamed V sur la commune de Nouaceur.

Croissance démographique et étalement urbain

Guidée, depuis le début du XXème siècle, par des plans d'urbanisme ambitieux, la croissance de la ville n'a eu cesse de les déjouer et de les déborder. L'espace urbanisé, toujours plus vaste, s'étale par nappes successives par-delà les boulevards et les autoroutes périphériques censés marquer la fin de la ville et le début de l'espace rural et agricole. Le milieu naturel offre en effet peu de contraintes à l'étalement urbain. Le relief se compose de plaines et de plateaux, parsemés de quelques collines et drainés par des cours d'eau de faible importance.

La croissance démographique, qui a multiplié la population par 400 en un siècle, est la conséquence de l'attractivité continue de la ville, de son port et de ses industries.  Le port de Casablanca occupe la partie centrale du littoral de l'aire urbaine, en face de l'ancienne médina. Ses quais sont un des symboles de l'ouverture au monde de la ville, et ont donné matières premières et débouchés aux industries des quartiers ouvriers, situés à l'Est. Le dynamisme économique de la ville a attiré au cours du siècle de nombreux occidentaux mais aussi les membres des grandes familles du royaume. Cette bourgeoisie occupe encore la moitié ouest de la ville marquée par des parcelles plus grandes et des jardins bien visibles sur l'image. L'activité économique se déplace désormais vers le Sud, par exemple autour de l'aéroport Mohammed V, hub de la compagnie nationale Royal Air Maroc et principale porte d'entrée aérienne du royaume (hors image, à une vingtaine de kilomètres).

Faire de la capitale économique une métropole mondiale

Première ville du pays par sa population, premier port de commerce, premier aéroport, première place financière...Casablanca est le cœur de l’économie marocaine et représente entre un tiers et la moitié de la richesse nationale produite. Cependant les ambitions de la métropole vont plus loin, et c'est désormais à l'échelle mondiale que Casablanca entend exercer son pouvoir d'attraction et son influence, en concurrence avec les autres métropoles d'Afrique ou du bassin méditerranéen. Vitrine d'un Maroc intégré à la mondialisation, Casablanca s'est donnée un nouveau plan de développement à l'image de ses ambitions. De grands chantiers réorganisent la ville afin de fluidifier ses relations à l'espace national et mondial ; de nouveaux bâtiments sortent de terre, signés par des architectes de renom, afin de transformer l'image de la métropole. Des quartiers d'affaires fleurissent pour héberger les sièges des firmes transnationales. "Marina", "aeropole", "green city", "financial city"... Casablanca se pare des habits de l'urbanisme mondialisé.

Cependant, au-delà des mots, la ville blanche est-elle la ville-monde annoncée par les schémas directeurs ? L'ambition de devenir la porte d'entrée de l'Afrique pour les grandes FTN, les IDE et les touristes est-elle fondée sur un diagnostic réaliste des capacités de la métropole ? Comment celle-ci fait-elle face aux défis sociaux et environnementaux générés par la croissance et l'étalement urbain ?


Zooms d’étude


La première extension urbaine de Casablanca, entre passé colonial et nouvelles ambitions mondiales.

Comme le montre l’image, le centre-ville ancien de Casablanca est délimité par un boulevard périphérique circulaire selon un schéma de circulation concentrique.  Il concentre encore aujourd’hui les principales fonctions et services de la métropole. C'est là que se manifestent les pouvoirs politiques, économiques et financiers et que se dessinent les ambitions mondiales de la ville.

Casablanca, laboratoire d'architecture et d'urbanisme

L'organisation urbaine garde les traces des premiers plans d'urbanisme élaborés au début du protectorat, et particulièrement du plan d'Henri Prost de 1915. Pour encadrer la spéculation foncière et l'étalement désordonné de la ville, les autorités coloniales tracent les grands boulevards qui donnent à la ville sa structure radioconcentrique autour de la médina. Le boulevard circulaire (aujourd'hui bld Zerktouni/Résistance) est tout particulièrement visible, formant un demi-cercle de 2km de rayon. Plus généralement, le plan d'urbanisme donne une belle place à l'automobile et fait apparaître de grands axes, bien hiérarchisés, et de vastes îlots dans lesquels sont réalisés de superbes bâtiments qui font la réputation de la ville coloniale. Elle devient un véritable laboratoire d'architecture comme le souligne Jean-Louis Cohen dans son ouvrage Casablanca : Mythes et figures d'une aventure urbaine.

Au centre de la ville, sur un axe Nord-Sud à partir de la médina, un quartier administratif et un grand parc complètent le schéma d'urbanisme, dont la pièce maîtresse est bien entendu le port, symbole de l'entreprise coloniale. Les grandes avenues Nord-Sud y aboutissent et y pénètrent par autant de portes qui permettent à l'activité commerciale d'irriguer la ville. Le quartier de Derb Omar, jouxtant le port au centre de l'image, est aujourd'hui un vaste marché de gros à ciel ouvert, un souk mondialisé où se sont implantés la majeure partie des commerçants chinois de la ville. C'est en effet dans ce cœur historique que l'insertion de la métropole dans la mondialisation se réalise et prend forme à travers quelques grandes réalisations architecturales.

De grands chantiers pour modifier l'image de la ville

La bataille est tout d'abord d'ordre symbolique. Casablanca bénéficie de la célébrité apportée par le film éponyme, mais a longtemps souffert d'un déficit d'image préjudiciable pour s'affirmer, par exemple, comme destination de congrès ou de tourisme. Le symbole du renouveau de la ville est la grande mosquée Hassan II (1993), en haut à gauche de l'image. Construite sur des pilotis au-dessus de l'océan, elle impressionne par son gigantisme, le luxe de sa décoration et la prouesse de son architecture. Elle rejoint les tours jumelles du "twin center" de Ricardo Bofill, repérable boulevard Zerktouni, pour donner à Casablanca une skyline bien identifiable, abondamment utilisée dans la communication de la ville.

Afin de corriger l'image d'une ville dense, saturée et industrielle, le parc de la Ligue Arabe, autrefois appelé parc Lyautey, est depuis peu rénové. Longtemps laissé à l'abandon, il est maintenant pensé comme un vaste parc ouvert aux pratiques récréatives urbaines mondialisées. Il se prolonge, au Nord-Est, par une vaste esplanade piétonne, tâche claire sur l'image, liant le parc au futur joyau de la ville, le grand théâtre dessiné par Christian de Portzamparc. La médina, clairement identifiable par la densité de son bâti et l'étroitesse de ses rues, est aussi progressivement embellie et rénovée. Seul espace protégé de la ville au nom de la préservation du patrimoine, elle est vouée à devenir un territoire touristique.

Changer l'image de la métropole et la doter de fonctions touristiques, culturelles et récréatives nouvelles n'est pas suffisant pour intégrer Casablanca au cercle fermé des métropoles mondiales. Il convient aussi pour la ville d’accroître et d'affirmer ses fonctions économiques, dans un contexte concurrentiel. Les fonctions industrielles, hier fondamentales, sont repoussées en périphérie au profit des activités tertiaires et tertiaires supérieures.

Le premier port du Maroc

Le port, dont la croissance a accompagné l’émergence de la ville au siècle dernier, est encore aujourd'hui le premier port du Maroc, et l'image satellite montre bien que le tournant des conteneurs a été opéré, de même que celui de l'intermodalité. Autoroutes urbaines et voies de chemin de fer desservent ainsi directement le port. L'absence visible du secteur des hydrocarbures s'explique par leur localisation à Mohammedia, à l'Est de l'aire urbaine (hors cadre). Cependant le port de Casablanca n'est pas le mieux placé, aujourd'hui, pour inscrire le Maroc dans les flux maritimes de la mondialisation. Les efforts du pays semblent plutôt favoriser Tanger Med, idéalement situé dans le détroit de Gibraltar et ouvert, en eaux profondes, à la fois sur la Méditerranée et l'Atlantique. Si le port de Casablanca est promis, d'après les plans d'aménagement, à un profond renouvellement, celui-ci est davantage à chercher du côté d'une diversification de ses activités avec l’intention de s’affirmer sur le marché international de la croisière maritime.

La reconquête du littoral : de grands projets d’aménagement

Cette transformation est liée à une volonté plus large de reconquête du littoral et de mise en valeur du front de mer. Entre le port et la Mosquée Hassan II se trouve le quartier Casa Marina, mêlant résidentiel de haut standing et activités tertiaires. Les sièges sociaux des filiales marocaines d'Adidas ou de Danone, des compagnies informatiques ou encore une antenne de l'EMLyon y sont par exemple implantés.  Un vaste mall prolonge ce quartier en direction du port. Devrait suivre l’aménagement de promenades littorales, d’ores et déjà visibles à l'est de la mosquée et le long de casa Marina.

La rénovation des gares, symbole des ambitions nationales et mondiales de l’aire urbaine casablancaise

Pour trouver sa place dans l'archipel mégalopolitain mondial, Casablanca doit s'affirmer en tant que nœud de transport moderne et efficace. Afin de fluidifier les déplacements intra et extra urbains, les deux gares de l'espace central ont été rénovées. Au point de contact entre le port et la médina, Casa-Port associe au transport ferroviaire un espace commercial investi par les FTN de la restauration (Mc Donald, Starbucks), le tout au pied des grands hôtels internationaux de la ville (Sheraton, Hyatt, Sofitel, Ibis et Novotel). Casa-Voyageurs (hors cadre), située à la limite Sud-Ouest de l'image, a été quant à elle entièrement transformée pour accueillir le TGV, qui relie Tanger en à peine plus de 2 heures.

De Casa-Port, comme de Casa-Voyageurs, partent aussi les trains en direction de l'aéroport Mohammed V. Elles permettent à Casablanca d’asseoir son rôle de carrefour au Maroc et symbolisent les ambitions de la métropole en tant que ville mondiale.
Ce panorama des transports ne serait complet sans une référence au tramway, vitrine d'une ville convertie aux mobilités propres, qui parcourt notre image d'Est en Ouest. La mise en service de ce tramway pourrait entraîner une gentrification du centre-ville mais cette réappropriation des quartiers centraux par les classes moyennes et aisées n'a pas encore eu lieu


La reconquête du front de mer.

Si la ville moderne de Casablanca a semblé tourner le dos à l’océan dans la seconde moitié du XXe siècle, de grands projets d’aménagements ambitieux sont en train de changer le rapport de la métropole à la mer.

La plage d’Aïn Diab, un lieu de villégiature ancien et mythique

Comme le montre cette vue de la Corniche de Casablanca, le littoral alterne ici côtes rocheuses et plages de sable. La plage d’Aïn Diab, visible au premier plan, tire son nom d’un petit cours d’eau qui s’écoule de la colline d’Anfa. Elle forme un « un arc de cercle faiblement concave de deux kilomètres environ tendu entre les deux pointes rocheuses de la Corniche et de Sidi Abderrahman » (JL. Pierre). Dans les années 20, c’est une des premières plages de la ville à une époque où se développe la mode des bains de mer. Aujourd’hui encore, c’est le lieu de villégiature préféré des Casablancais qui viennent s’y promener le week-end pour sortir de la ville embouteillée et prendre l’air de la mer. Des établissements balnéaires, mêlant hôtels, discothèques, restaurants et piscines prolongent la plage au Nord. Sur la pointe de la Corniche, on aperçoit notamment le Club des Clubs (ancien « Sun-Beach ») qui fut l’un des lieux de distraction des soldats américains lors de la Seconde Guerre mondiale.

Le multiplexe cinématographique du Mégarama s’étend en contrebas du boulevard de la Corniche et marque en quelque sorte la limite de ce ruban touristique tourné vers les sorties nocturnes.

Cette fonction culturelle de la métropole est complétée par la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les Etudes Islamiques et les Sciences Humaines. Elle offre aux chercheurs et aux étudiants de passage dans la ville blanche un très riche fonds documentaire sur tout le Maghreb et le monde arabe.

La Corniche, une zone convoitée et aménagée

La plage est rattachée à la ville par de grands boulevards (la première route de la Corniche date de 1956) et, depuis 2012, par la ligne 1 du tramway qui relie la Corniche, via le Terminus Tramway Ain Diab, au quartier périphérique de Sidi Moumen à l’Est en passant le centre-ville « arts-déco » de Casablanca. Cette partie du littoral est au cœur d’un projet d’aménagement qui, selon ses promoteurs, permettra la mise en valeur de la promenade le long des boulevards dans une perspective de développement durable.

Sur notre image, la plage est délimitée au Sud-Ouest par l’édifice imposant du Morocco Mall et au Nord par Anfaplace, deux centres commerciaux construits sur le modèle des mall de Dubaï.
Situé à l’angle du boulevard de la Corniche et du boulevard de l'Océan, le Morocco Mall s’étend sur 10 hectares et propose 70 000 m2 de surface commerciale sur 3 niveaux. Ouvert depuis décembre 2011, le mall est devenu un véritable lieu de sociabilité pour les classes moyennes casablancaises. On estime à 17 millions le nombre de visiteurs qui chaque année se rendent dans ce mall devenu un des marqueurs de l’intégration de la métropole casablancaise dans la mondialisation.

Au second plan de l’image, la dépression de Sindibad abrite le parc d’attraction qui porte son nom. S’étendant sur plus de 30 ha, il est considéré comme le plus grand parc de loisirs du Maroc.
A quelques mètres de là, se trouve le futur parc archéologique de Sidi Abderrahmane  qui a pour vocation de mettre en valeur les vestiges et les découvertes des sites préhistoriques de Casablanca.
Au-delà de la plage et du parc, s’étendent des lotissements de villas avec piscines qui s’égrènent le long des axes de communication et sur la colline d’Anfa, un des hauts-lieux de la bourgeoisie casaouie. Ces villas parfois très luxueuses contrastent avec des habitations plus compactes où s’immiscent dans les interstices des bidonvilles. Ces logements plus modestes, visibles en arrière-plan, s'étendent entre Derb Chadia, Derb Al Houria et Hay Hassani.

La Corniche parviendra-t-elle à réunir sur un même espace des activités concurrentes qui risquent d’engendrer à terme des conflits d’usage sur les ressources ?
A défaut de fournir à l’aire urbaine casablancaise un « poumon bleu » (JL. Pierre), la Corniche souffre d’une circulation automobile de plus en plus dense et de projets d’aménagements pas toujours respectueux des contraintes du site. Elle est un résumé des aspirations contraires du Maroc tiraillé entre modernité et tradition.


Casa-Anfa, un nouveau centre pour la ville-monde ?

La vaste zone non-bâtie au centre de l'image satellite correspond à l'emprise de l'ancien aéroport d'Anfa. Autrefois en périphérie de la ville, celui-ci s'est vu progressivement rattrapé, puis dépassé par les nappes d'urbanisation successives, si bien que ses 400 hectares se retrouvent aujourd'hui au cœur de la métropole. Seul le siège social de la Royal Air Maroc, certains toponymes et éléments de paysage rappellent l'activité passée de la zone, qui vit les beaux jours de l’aéropostale. Désormais, tous les vols, commerciaux ou d'essai, ont été déplacés vers l'aéroport International Mohamed V situé 20 km plus au Sud.

Un quartier d'affaires aménagé ex-nihilo

Ce vaste espace est une aubaine pour asseoir les ambitions mondiales de Casablanca. Ici sera édifié ex-nihilo un quartier réunissant projets résidentiels de standing, infrastructures culturelles et commerciales ; et surtout le futur quartier d'affaires de la métropole, "Casablanca Financial City", destiné à devenir un hub financier international.

Pensé comme un nouveau centre urbain, ce quartier représente la promesse d'une ville dépassant enfin ses handicaps et ses faiblesses. Sa connexion directe aux autoroutes A3 (vers Rabat et Tanger) et A7 (vers l'aéroport International et Marrakech), sa desserte par la ligne 1 du tramway (reliée à la gare TGV Casa- Voyageurs), son ouverture sur l'océan (à seulement 2km au Nord) par le boulevard de la grande Corniche, ses vastes espaces verts et de loisirs corrigent les défauts les plus marquants de la métropole : l'engorgement, la pollution et la densité. Les cabinets internationaux d'architecture et d'urbanisme ayant répondu aux appels d'offres (Reichen and Robert, Bouygues immobilier, Thomas et Piron) semblent concrétiser cet espoir. Sur les brochures et les sites internet, les "tours végétales", reliées par un réseau de tramway et de pistes cyclables, s'ouvrent sur de vastes prairies où pique-niquent des familles, alors que les passants se pressent dans des restaurants branchés et des boutiques de créateurs. « Le Centre-Ville, vous en entendez souvent parler... vous l'avez trouvé ! » annoncent les aménageurs sur les palissades qui entourent les résidences en construction.

L'enjeu de l'intégration urbaine

Encore à l'état de chantier, ce futur centre se fait pourtant attendre. Les tours d'acier et de verre des brochures ne sont pas encore sorties de terre et les grandes firmes tardent à valider leur implantation. Si les quartiers résidentiels sont bien en cours de réalisation, ceux-ci semblent s'inscrire davantage dans une des logiques traditionnelles de la ville, la ségrégation socio-spatiale, que dans une logique de développement durable et d'intégration urbaine.

Le parc créé au centre du quartier est d'ores et déjà doté, derrière ses grilles, de vastes espaces de jeux. Ce dernier sera déterminant pour évaluer la réussite de l'aspect social du projet. Espace frontière entre quartiers populaires à l'Ouest (Hay Hassani, Oulfa) et quartiers aisés à l'Est (villas de l'Oasis ou du CIL), ce parc est un lieu possible de la rencontre entre des populations socialement diverses.

De tels lieux de rencontres sont aujourd'hui rares à Casablanca tant la ségrégation socio-spatiale est présente, à la fois héritée de la ville coloniale et renforcée par les dynamiques de la mondialisation. Sur ce point la ville ne se distingue que peu des métropoles d'importance comparable : les quartiers centraux connaissent une montée croissante des prix de l'immobilier. Les catégories populaires se concentrent donc dans des zones à l'habitat dégradé, parfois en centre-ville (ancienne médina) et dans certaines communes situées en périphérie. Le programme « Villes sans bidonvilles », lancé en 2004, vise certes à reloger les ménages de ces habitations démolies (Olivier Toutain) mais ceux-ci se retrouvent dans des quartiers parfois excentrés (Lahraouine, Chellalate) à la marge de l’agglomération.

Références ou compléments



- Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, Casablanca : Mythes et figures d'une aventure urbaine, Paris, Hazan, 2004.

- Jean-Luc-Pierre, Aïn Diab, la corniche de Casablanca, SensoUnico, 2007.

- J.-F. Troin (dir.), Le Grand Maghreb, Armand Colin, Paris, 2006.

- Mahi Binebine, Les étoiles de Sidi Moumen, Flammarion, Paris, 2010.

- Discours d'ouverture du Parlement du Roi Mohammed VI, 11/10/2013 :

-  L'Agence Urbaine de Casablanca, Schéma Directeur d'Aménagement Urbain (SDAU) de la région du Grand Casablanca, 2009 :

- Haut-Commissariat au Plan du Maroc, Recensement Général de la Population et de l’Habitat, 2014 :

- Fatima Qacha, « Des souks ruraux aux entrepôts de Casablanca. La mondialisation jusqu’au cœur du Moyen Atlas », Les Cahiers d’EMAM, 23/07/2015 :

- Jean-François Staszak, « Le Rick’s Cafe, un ersatz de «Casablanca», Libération, 07/08/2018 :
 
- L’Agence Nationale des Ports (ANP), Port de Casablanca, 2012

- Géoconfluences, « Le premier TGV du continent africain inauguré au Maroc », 15/11/2018

- Casa Tramway, Plan de la ligne T1, 2018

- Casa Aménagement, Corniche Aïn Diab, 2018

- La ville de Casablanca, Parc Archéologique de Sidi Abderrahmane, 2018

- Casablanca Finance City (CFC), un hub économique et financier africain, 22/11/2018


Contributeurs

Mathieu Merlet et Mathias Lachenal, Lycée Lyautey, Casablanca