Saint-Barthélemy : la réussite d’une île spécialisée dans le tourisme de luxe

Dans les Petites Antilles, l’île de Saint-Barthélemy est devenue le lieu de villégiature des stars et fait rêver ! Son développement économique extrêmement rapide repose sur un tourisme maîtrisé. Mais s’il a profondément enrichi et transformé cette île exigüe, il met aussi au défi sa future politique d’aménagement du territoire.

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Légende de l’image

Cette image a été prise par un satellite Pléiades le 22/05/2016. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m.

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Saint-Barthélemy : la réussite d’une île spécialisée dans le tourisme de luxe

Saint-Barthélemy est une île située à l’extrémité nord de l’arc des Petites Antilles, ce long chapelet d’îles qui ferme la vaste mer des Caraïbes. Avec Saint-Martin (30 km au nord-ouest), la Guadeloupe (200 km au sud) et la Martinique, c’est la 4e île française d’Amérique centrale.

Il faut moins d’une heure de voiture pour faire tranquillement le tour de ce caillou de 21 km² habitables. Cette pointe volcanique datant de 55 millions d’années alterne des collines rocheuses allant jusqu’à 300 mètres de haut et de nombreuses petites baies de sable blanc, très visibles sur l’image.

En apparence, Saint-Barthélemy ne détonne pas si on la compare avec les autres îles antillaises développées : ruralité traditionnelle rattrapée par une urbanisation croissante, forte densité de population, insularité et dépendance envers l’extérieur, climat et paysages tropicaux propres à attirer de nombreux touristes, risques naturels tels que cyclones et séismes. Mais son développement original l’a transformée, bien au contraire, en une exception étonnante qui a longtemps fait modèle.

Zooms d’étude


Une île aux influences multiples (Gustavia)

En découvrant Saint-Barthélemy en 1493, Christophe Colomb la nomme ainsi en l’honneur de son frère. Les Français s’en emparent et ne la peuplent que maigrement à partir du milieu du XVIIe siècle. Ils la conservent surtout pour la qualité stratégique de son port, jadis nommé Carénage. Aujourd’hui, on remarque que c’est devenu un port de plaisance pour de longs yachts et le point de ralliement de fameuses régates, telles la Bucket Regatta.

L’île a changé de main plusieurs fois, devenant tour à tour anglaise, espagnole et surtout suédoise de 1784 à 1877. Le roi Gustave III transforme alors Carénage en une ville à plan orthogonal - les panneaux des rues mentionnent encore, sous leur nom français, leur origine suédoise. Rebaptisée Gustavia en son honneur, la capitale de l’île reçoit le statut de port franc et permet un premier essor économique. Sa défense est alors constituée d’une ceinture de 3 forts en partie conservés : les forts Gustav, Oscar et Karl. On aperçoit ce dernier au sommet de la butte rocheuse dans l’angle sud de la ville.

Du fait de son relief accidenté - de hauts mamelons volcaniques (les « mornes ») dépassant partout, comme ici au nord-est de Gustavia, les 100 mètres de hauteur - les Saint-Barths ont vécu sur leur île en communautés relativement isolées, disséminées dans les anses de la côte sous-le-vent, au sud-ouest de l’île (protégée des alizés par le relief), ou celles de la côte-au-vent au nord-est (sous l’influence directe de l’Atlantique). Les traces de cette dispersion apparaissaient dans la diversité des langues : patois proche du québécois plutôt à l’ouest, créole plutôt à l’est, anglais à Gustavia. Aujourd’hui il faudrait ajouter à ces langues encore parlées par les locaux le français métropolitain officiel bien sûr, mais aussi le portugais (les immigrés travaillent nombreux dans le bâtiment) et l’anglais international, puisque la plupart des touristes proviennent de la côte est des Etats-Unis, sinon de Russie ou d’Amérique latine. La plage ici visible au sud de Gustavia, jadis appelée Grand-Galet, est ainsi désormais connue de tous sous le nom de Shell Beach.



La monoactivité du tourisme (Baie de Saint-Jean)

A partir des années 1970, l’île profite de sa proximité avec les Etats-Unis, de sa ruralité préservée et ensuite de sa défiscalisation typique des territoires d’outre-mer pour attirer les grands fortunes américaines, avides de tranquillité à quelques heures de vol de New York ou Miami. S’ensuit un développement extrêmement rapide de Saint-Barthélemy, qui se spécialise dans le tourisme de luxe. De nombreux hôtels 4 et 5 étoiles surgissent au fond des anses, à l’image du tout premier, l’Eden Rock, qu’on aperçoit sur son rocher au milieu de la vaste baie de Saint-Jean. Cette hôtellerie de luxe borde chacune des plages de l’île, toutes de sable fin blanc, surplombées de mornes couverts par la forêt épineuse sèche tropicale, et parsemées çà et là de cases à l’architecture traditionnelle ou de villas modernes.

L’aéroport, avec sa courte piste de 600 mètres de long seulement, permet l’atterrissage de petits porteurs d’une vingtaine de places maximum, pour une clientèle sélective en provenance du hub aérien de Saint-Martin au nord, ou venue par vols privés des quatre coins des Caraïbes. L’attrait de Saint-Barthélemy et sa croissance démographique continue (près de 10.000 habitants à l’orée 2020) entraînent une pression foncière extrême, comme ici au sud-est de la carte, dans les Hauts-de-Saint-Jean, où les villas se superposent jusqu’au sommet du morne. Le littoral de la baie de Saint-Jean, par sa centralité et sa planéité, est devenu un espace de choix pour l’installation des nombreux équipements publics de l’île : caserne des pompiers, stade et autres installations sportives, morgue, etc. Aujourd’hui, la densité de population dépasse les 400 hab./km² et le parc automobile impressionnant - si on additionne les flottes de voitures des loueurs -, entraîne une saturation de la route à une voie, souvent en réfection, qui longe ici le littoral et ceinture l’île.

Si les activités induites par ce tourisme de luxe sont nombreuses (restauration gastronomique, immobilier et architecture, gestion de villas, organisation d’events, taxis et transports internationaux, secteur du bâtiment…), tout le cœur économique de l’île vit désormais à son seul rythme. L’industrie se réduit à une petite fabrique de cosmétiques ; l’artisanat est délaissé, hormis dans le bâtiment ; une pépinière et un élevage de quelques vaches représentent les derniers vestiges agricoles d’une île autrefois toute rurale. Signe des temps : les salines au quadrillage encore visible au sud de l’île ont cessé de produire depuis des décennies, malgré les projets pour les remettre en activité.


La dépendance envers l’extérieur (Public)

De cette monoactivité résulte une très forte dépendante envers les flux touristiques, qui se concentrent sur la saison sèche (décembre au moment des fêtes jusqu’à mai). L’hivernage, c’est-à-dire la saison pluvieuse qui court d’avril à novembre, est moins coté et incite les experts du tourisme à diversifier leur clientèle pour allonger la durée de location des villas et des hôtels.

Par ailleurs, les touristes accroissent durant cette période la pression démographique sur un territoire restreint aux ressources extrêmement limitées. Malgré son sol calcaire, l’île est trop petite pour conserver des nappes phréatiques conséquentes, et les Saint-Barths ont pris l’habitude de creuser des citernes pour conserver l’eau de pluie. Durant la saison sèche, elles s’avèrent souvent insuffisantes : les toits blancs qu’on aperçoit au sud de Public protègent la stratégique station de désalinisation d’eau de mer. De même, l’absence de production énergétique oblige au stockage de carburants et de pétrole pour la centrale électrique, tandis que les déchets sont incinérés à proximité pour augmenter sa production. Le port de Public, dont on aperçoit les conteneurs sur les quais, est le seul port de commerce de l’île, et importe toutes les denrées de première nécessité ainsi que les matériaux dont cette île riche et peuplée a besoin.

Saint-Barthélemy a endossé le statut de Collectivité d’Outre-Mer en 2007 et a toujours revendiqué une autonomie forte à l’égard de la métropole. Ce relatif isolement est confirmé par sa double insularité : en effet, Saint-Barth dépend des relais fournis par d’autres îles antillaises pour le transport de passager (depuis Saint-Martin par avion ou par ferry) ou pour l’approvisionnement en denrées quotidiennes (notamment par la Guadeloupe) en provenance de métropole ou du continent américain.

Contributeur

Arnaud Dudeffant, établissement Mireille Choisy, Saint-Barthélemy