Chine - Shanghai : une mégapole en chantier permanent

Au centre-est de la Chine sur la rivière Huangpu à l’embouchure de l’énorme Yangzi Jiang dont elle polarise l’hinterland, la municipalité de Shanghai compte aujourd'hui un peu moins de 25 millions d'habitants sur un territoire de 6.340 km2. Les autorités ont pour ambition de limiter désormais, à l'instar des autres grandes métropoles chinoises, sa croissance démographique. La municipalité de rang provincial de Shanghai s'inscrit dans un territoire délimité par le Yangzi au nord et son estuaire à l'est, par le lac Taï à l'ouest et la baie de Hangzhou au sud. Si pendant de longues décades, Shanghai, la Perle de l'Orient, a connu une hibernation urbaine forcée, elle est entrée depuis les années 1990 dans une phase de développement exceptionnel dont les images satellites sont les témoins privilégiés. C’est aujourd’hui une mégapole mondiale en chantier permanent qui symbolise l’essor de la Chine sur la scène mondiale comme nouvelle puissance.

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Légende de l'image

Image prise le 14 mai 2019 par le satellite Sentinel-2B de la plus grande ville de Chine, Shanghai.  Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m. 

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Shanghai : les mutations d’une mégalopole littorale chinoise

L’image représente la ville-centre historique de l’immense mégapole de Shanghai, marqué par une densité pouvant atteindre près de 24 000 habitants/km2 de part et d'autre du Huangpu, ainsi que ses proches périphéries en pleine refonte urbaine et architecturale : nouveau quartier de l’aéroport international, nouveau port et villes nouvelles, comme Minhang.

La ville historique de Shanghai

La ville - située à l’embouchure du Yangzi et sur les rivages de la Mer Orientale - a très tôt connu, de par sa situation privilégiée, une vocation internationale. En 1842, elle est l’une des cinq villes ouvertes aux Européens après la Guerre de l’Opium et les concessions étrangères (anglaise, américaine et française) s’organisent sur la rive gauche du Huangpu. Shanghai est alors un nœud commercial peuplé d'environ 300 000 habitants qui tire sa richesse du commerce du coton et de sa situation privilégiée entre les provinces de l'intérieur et les régions côtières.

Shanghai est, dans les années 1930, une ville réputée pour son rayonnement culturel. Passée en 1937 sous contrôle japonais, elle redevient chinoise en 1945 et, après la révolution de 1949, est délaissée au profit de Pékin. Son passé colonial, luxueux, profondément marqué par l’influence européenne lui valent d’être reléguée et, en quelque sorte, punie. C’est à partir de 1978 et l’arrivée de Deng Xiaoping au pouvoir que Shanghai s’ouvre à nouveau vers l’international en devenant une des villes côtières « ouvertes » destinée à attirer les capitaux étrangers. Au début des années 1990 enfin, la ville est choisie comme ville pionnière pour un nouveau modèle économique devant entraîner derrière elle le reste du pays.

Pudong : une vaste opération urbaine face au vieux noyau historique

L’aménagement de Pudong, dans cette zone marécageuse à l'est du Huangpu, fut décidé par les autorités chinoises à la fin des années 1980. La décision de créer la Zone Nouvelle est consacrée le 18 avril 1990 par une délibération du Comité central du Parti communiste. La zone s’étend sur environ 500 km2 sur la rive est du Huangpu.
D’énormes dépenses d’infrastructures ont été engagées depuis 1990 pour répondre à ce défi urbain, à commencer par le franchissement du Huangpu qui est notamment assuré par les gigantesques ponts de Yanpu, Nanpu et Lupu ainsi que par sept tunnels sous l'affluent du Yangsi. L'objectif était bien de redonner la grandeur passée à Shanghai, tournant ainsi le dos à quarante années de "gel" de la ville.
Pudong voit donc émerger le parc technologique de Zhangjiang et la zone industrielle de Wangqiao au sud-est de Lujiazui, la zone de production et d'exportation de Jinqao à l'est et le port de Waigoaqiao au nord-est qui devaient permettre grâce à l'ouverture aux investissements étrangers un développement de Shanghai.

Les défis de la métropolisation

Associé au développement économique de Shanghai et à l'élévation générale du niveau de vie, la question environnementale, notamment à partir de 2002 et du choix de la ville pour accueillir l'exposition universelle de 2010, s'est posée et continue de se poser. Entre 2003 et 2013, le nombre de véhicules particuliers a été multiplié par sept, et ce, malgré la construction au pas de charge de nouvelles lignes de métro et de tramways en périphérie de la ville-centre.

La pollution atmosphérique tient également son origine des nombreuses industries de la métropole qui ont multiplié les pluies acides par trois en moins de vingt ans. La question de la pollution de l'eau constitue elle aussi un défi majeur à la métropolisation. Typiquement, la question du développement économique se heurte à la question environnementale et à des questions, à court et moyen terme, de santé publique.

Shanghai étant situé dans une plaine deltaïque, la question de la montée des eaux est également une question essentielle puisqu'elle concerne potentiellement des millions d'habitants (environ 8 millions à l'horizon 2050). Cependant, comme pour la pollution atmosphérique, les autorités shangaïennes peinent à faire entrer la métropole dans un réel processus de transition écologique dans le cadre du changement global alors même que dans d'autres provinces, les autorités chinoises ont investi massivement dans les énergies renouvelables.

L'objectif d'endiguer la croissance démographique s'inscrit dans cette perspective de maîtrise de la métropolisation et de ses défis, qu'ils soient environnementaux mais également sociaux (déploiement de services publics). L'image satellite, en ce sens, montre à la fois cette volonté de maîtriser la métropolisation tout comme les difficultés pour y parvenir.
 

Présentation des quatre zones

Zone 1 : Le Bund et le quartier d'affaires de Lujiazui

Cette image porte sur l'étonnant face-à-face entre la promenade du Bund, héritage du développement des concessions étrangères européennes au XIXème siècle, et le nouveau quartier d'affaires de Lujiazui, vitrine d'une Chine émergente, indépendante, devant lequel les touristes se font photographier par milliers. Le nouveau quartier des affaires se trouve dans la zone nouvelle de Pudong.

La skyline actuelle de Shanghai est apparue en un peu moins de vingt ans. En effet, en 1990, en lieu et place du quartier d’affaire, une gigantesque zone marécageuse et agricole occupait l’espace inscrit dans un méandre du Huangpu. C’est à cette époque que commence à « pousser » le quartier aujourd’hui « vitrine » de Shanghai, le quartier des affaires – ou CBD - de Lujiazui. Le quartier d’affaire est un paysage en perpétuel mouvement. Les tours poussent rapidement, répondant à une volonté de s'affirmer dans une compétition internationale à la modernité. La Shanghai Tower, deuxième plus haute tour du monde (632 mètres) est alimentée, à hauteur de 350 000 kWh par an, par une turbine éolienne placée au sommet de la tour.

Cette course à la hauteur marque deux phénomènes : d’une part la volonté d’affirmer sa puissance comme l’une des capitales économiques de la Chine, mais également le besoin de répondre à l’afflux massif de migrants chinois faisant désormais de Shanghai la municipalité la plus peuplée de Chine juste derrière Chongqing, devant Pékin et Guangzhou. Car en fait c’est toute la ville qui se pare de bâtiments hauts. La population urbaine en Chine ne représente que la moitié de la population nationale, loin des chiffres des pays occidentaux, ce qui signifie que même si la croissance démographique de Shanghai tend à ralentir, elle reste  à un niveau élevé, ce qui contraint les autorités à bâtir « vers le haut ».

Cette très forte croissance démographique et cette verticalisation des formes urbaines ne sont évidemment pas sans poser de nombreux problèmes, sociaux et environnementaux.  Les fameux "lilongs", venelles de bâtiments R+2 cohabitent encore avec des structures nettement plus hautes mais elles tendent, sous la pression démographique et immobilière, à disparaître.

Face au quartier d'affaires, le Bund, quant à lui, est une avenue de 2 kms dans le quartier - bien que le terme ne corresponde pas exactement à une délimitation précise à Shanghai - de Puxi sur la rive gauche du Huangpu rénové par les autorités chinoises dans le cadre de l’Exposition Universelle de 2010. Elle est un héritage colonial de la ville, ce qui a d’ailleurs valu à Shanghai, entre 1949 et 1982, d’être déconsidérée par les autorités chinoises au profit de Pékin, la capitale politique. Au début du XXe siècle, de nombreux monuments art-déco ou néo-classiques fleurissent alors sur cette avenue. Aujourd'hui, les deux territoires que sont le Bund et le quartier d'affaires mettent en scène une forme de continuité historique à la gloire de la Chine.

Zone 2 : La zone nouvelle de Pudong : le port de Waigoaqiao

La zone économique spéciale ou zone nouvelle de Pudong marque la volonté de l'État chinois, au début des années 1990, de traverser le Huangpu afin d'assurer le développement de Shanghai.

Le port de Waigoaqiao, situé à l'embouchure du Huangpu, face à l'immense aciérie de Baoshan, elle aussi sur la rive droite du Yangsi - s'inscrit dans cette perspective de développement. Il est aujourd'hui complété par le port en eaux profondes de Yangshan au sud de la métropole, toujours en travaux et construit dans les années 2000 pour accueillir des navires au tirant d'eau toujours plus profond. Les deux immenses infrastructures permettent à Shanghai d'être depuis 2010, le 1er port mondial pour les porte-conteneurs.

L'image montre les deux grands terminaux à conteneurs, mais également l'activité industrielle portuaire, notamment la centrale thermique, les raffineries ou bien encore les chantiers navals. La construction du port a permis de faire le lien entre les échanges intérieurs transitant par "l'autoroute fluviale" que constitue le Yangzi et renforcés par la construction du barrage des Trois gorges d'une part, et la façade maritime de la Chine ouverte aux flux domestiques et internationaux d'autre part. On notera enfin les axes ferrés et autoroutiers qui longent le port.

Zone 3 : La zone nouvelle de Pudong : l'aéroport

L'image présente le principal aéroport de Shanghai, ouvert à l'international et instrument du développement de la municipalité. Il est le pendant, à l'est de la ville, de l'aéroport plus ancien de Hongqiao, à l'ouest, qui a aujourd'hui une vocation régionale et à qui il est relié par les voies rapides S1/S20 qui contournent le centre mais également par la ligne 2 du métro qui elle constitue la colonne vertébrale horizontale de la métropole, passant par le quartier d'affaires de Lujiazui et le Bund.

La construction de l'aéroport de Pudong répond à la même logique que la construction du port de Yangshan : faire de Shanghai une métropole mondiale en dépassant les limites atteintes par le port fluvial de Waigoaqiao pour l'un et l'aéroport proche des territoires urbains de Hongqiao pour l'autre.

L'image présente un aéroport inscrit essentiellement dans un territoire encore agricole de petites parcelles, si l'on excepte le golf au nord de l'aéroport. En miroir  de cette époque où Pudong, qui a toujours été peuplé, constituait un grenier pour la ville-centre, l'aéroport et ses quelques 70 millions de passagers annuels constitue un noeud avec le reste du monde. On observe que celui-ci continue de se développer avec le chantier sur la rive du Yangsi de nouvelles pistes aujourd'hui achevées, tout comme la construction de nouveaux terminaux au sud destinés au trafic de passagers et de fret. On remarquera le soin apporté au dessin de l'aéroport conçu par l'architecte Paul Andreu et rappelant que la compétition internationale dans laquelle est engagée Shanghai passe également par le design, l'ergonomie et d'une manière générale l'urbanisme (un musée dédié à l'urbanisme se trouve sur la Place du peuple).


Zone 4 : le district de Minhang

Le district de Minhang constitue un exemple du redéploiement polycentrique hiérarchisé, planifié par les autorités chinoises. Minhang est une ville nouvelle qui vise à un desserrement de la ville-centre. Elle est également un relais de la métropolisation de Shanghai. C'est le district qui a connu la plus forte croissance démographique dans les années 2000 (voir image complémentaire).

Le paysage résidentiel suburbain s'organise autour des infrastructures routières dont le nœud autoroutier situé au nord du district est le plus flagrant exemple, des voies de chemin de fer dédiées au transport de marchandises (reliée notamment à la zone industrielle au sud-ouest) et une ligne de métro (ligne 5). On n'oubliera pas d'observer le réseau de canaux qui innervent le district, rappelant la nature du territoire de Shanghai.

Ainsi, dans le cadre du redéploiement de la population et de la maîtrise de la métropolisation, on observe une organisation plus rationnelle de "nouveaux villages" marqués par des bâtiments R+5 a minima, d'axes de transport rectilignes distribuant le trafic vers les zones résidentielles, l'université Jiaotong qui établit chaque année un classement des universités dans le monde ou la zone d'activités économiques associée à l'université située à l'intérieur du coude dessiné par le Huangpu. L'habitat R+5 côtoie des grands ensembles ainsi que de nombreuses résidences pavillonnaires, témoins des disparités socio-spatiales du district. Parfois encore, on peut distinguer quelques anciennes maisons paysannes, disséminées entre les différentes opérations immobilières.

Comme toutes les villes nouvelles, Minhang est un véritable pôle multifonctionnel. Même si Minhang ne se trouve qu'à une vingtaine de kilomètres de la Place du peuple, la ville nouvelle propose de très nombreux services.  On peut observer la présence d'un golf, de centres commerciaux ainsi que d'un parc des sports et de loisirs à quelques encablures de l'aéroport de Hongqiao. On observe enfin la présence de zones vertes, agricoles, qui constituent un héritage de l'ancienne activité principale du district, en particulier en lisière occidentale à la jonction avec une autre ville nouvelle, celle de Songjiang. On notera enfin dans cette zone la présence de préfabriqués bleus, logements d'ouvriers migrants employés sur les chantiers.

Contributeur

Emmanuel Dubus, PLP lettres-histoire-géographie, lycée des métiers François Camel de Saint-Girons