Le Bassin d’Arcachon : la pression urbaine sur un milieu naturel fragile

Le Bassin d’Arcachon constitue un milieu remarquable par sa situation géographique, par la qualité de son environnement. Depuis longtemps considérée comme une zone essentiellement touristique et ostréicole, c’est un espace très convoité qui possède à la fois de grandes richesses naturelles et accueille de multiples activités tournées vers la mer (pêche, ostréiculture, activités balnéaires et plaisance). La croissance de la métropole bordelaise, située à moins de 60 km, et le développement des activités de loisir offrent une fréquentation croissante mais sont également à l'origine d'une pression sur l'espace majeure dont la gestion s'avère cruciale.

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Image issue du satellite Sentinel 2A du 09/05/2017  avec une résolution native de 10m.

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Présentation de l'image globale

Le Bassin d'Arcachon connaît une urbanisation importante. « Le mouvement de concentration urbaine constaté en Aquitaine, comme ailleurs sur le territoire national, nourrit en partie l’étalement urbain constaté depuis les années soixante autour de toutes les agglomérations. Ce phénomène fait qu’un certain nombre de conurbations émergent au sein de l’espace aquitain comme Bordeaux-Arcachon-Libourne. Les aires urbaines de Bordeaux, Arcachon et Libourne se sont rejointes en 1999» (source : http://www.aquitaine.equipement.gouv.fr). Cette conurbation s’est traduite en particulier par un étalement urbain  qui impacte  la qualité environnementale et pose les problèmes de maintien des grandes coupures d’urbanisation de façon à préserver en particulier les trames bleue et verte dans le cadre du développement durable : « La trame verte est définie dans le cadre du Grenelle de l’environnement comme un outil d’aménagement du territoire, constituée de grands ensembles naturels et de corridors les reliant ou servant d’espaces tampons. Elle est complétée par une trame bleue formée des cours d’eau et masses d’eau et des bandes végétalisées généralisées le long de ces cours et plans d’eau.» 

Si la ville d’Arcachon, après une période de régression entre 1982 et 2011, subit une croissance actuelle peu significative, malgré une récente densification au détriment de l’habitat traditionnel, ce sont les villes périphériques du Bassin qui s’accroissent très rapidement : Gujan-Mestras double largement sa population en trente ans, tandis que le Teich, en tête du bassin gagne 3 900 hab. et que l’unité urbaine constituée de Biganos et Audenge est en forte progression ou que Mios, petit village il y a vingt ans, participe de la très grande banlieue de Bordeaux en doublant sa population en 15 ans.

Le Bassin d’Arcachon, lagune semi fermée de 156 km2, s’ouvre sur l’océan par deux étroites passes soumises à une  forte  courantologie de dominante nord-ouest. L’image Sentinel 2A du 09/05/2017 a été prise à marée descendante découvrant les bancs de vase. Les taches blanches périphériques sont autant de villes montrant l’attrait du Bassin pour une clientèle aisée, non seulement bordelaise mais aujourd’hui parisienne avec la ligne TGV. Cela  se traduit   par une  très forte urbanisation littorale coalescente qui remet en cause les milieux naturels, en particulier les zones humides bordières du Bassin. Cette urbanisation se développe  plus sur la rive nord du Bassin du fait de la proximité avec la grande périphérie sud-ouest bordelaise et l’installation de sites de recherches de  nouvelles technologies.

Les premières traces d’activité dans le Bassin d'Arcachon remontent au VIIIe siècle avant J.C. Du Moyen- âge à la Révolution, les vaines pâtures, la pêche et l’ostréiculture sont les plus  importants  revenus pour les habitants de la  région.  Dans la première moitié du XIXème siècle la petite ville de la Teste de Buche est reliée par chemin de fer à Bordeaux dont la  bourgeoisie de la  IIème République est  saisie d'un  véritable engouement pour les  bains de mer. La prolongation du chemin de fer jusqu’à ce qui est aujourd’hui Arcachon donne un nouvel essor, confirmé par la création de la commune d’Arcachon, séparée de La Teste  dont elle n’était jusque-là qu’une extension (décret impérial du 2 mai 1857).

Sous le Second Empire, Émile Pereire va créer sur les hauteurs d’Arcachon la « Ville d’Hiver », où on viendra en famille dans des villas qui définiront le style arcachonnais. La ville devient une station balnéaire et de cure huppée avec la caution de Napoléon III et la famille impériale.

Zooms d'étude

Arès et Andernos : deux villes à forte croissance sur la rive nord du Bassin, comparaison 2003/2013

Une image de la zone prise par un satellite SPOT en 2003

Jusqu’àu début du XX ème siècle, les villages de la cote nord ne sont encore que des bourgs de pécheurs. Arès devient autonome d’Andernos à la fin du XIX ème. Ces deux villes ne se développent réellement qu’a partir des années 60 /70 avec le tourisme plus populaire et connaissent un  doublement leur population durant les années 2000.

En comparant les deux images SPOT5 de 2003 (date : 06/02/2003)  et Pléiades de 2013 (date : 21/08/2013), soit 10 ans d’écart,on constate l’étalement urbain sur des zones agricoles ou forestières voir sur des espaces classés Zone Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF) et en limite d’une trame bleue.

Pour expliquer cette croissance urbaine, au moins deux  facteurs peuvent être évoqués, d’une part la proximité de Bordeaux Merignac à 40 km avec des déplacements pendulaires de cadres à la recherche d’une qualité de vie pour leur résidence principale sur le bord du Bassin, d’autre part pour les résidences secondaires le prix nettement inférieur des terrains sur la rive nord au regard des prix d’une surface équivalente sur Arcachon ou la Teste de Buch. 
Cependant les excès immobiliers ont abouti à  la  saisie par différentes associations de protection de la nature du tribunal administratif de Bordeaux qui a annulé le 18 juin 2015 l’intégralité du schéma de cohérence territoriale (Scot) adopté en 2013 par le Syndicat du bassin d’Arcachon Val de l’Eyre-Sybarval (Gironde), estimant que ce document d’urbanisme ne respectait pas suffisamment les impératifs légaux de protection de l’environnement et du littoral dans un « territoire d’exception ». Après appel, l’annulation du SCOT a été confirmé en décembre 2017.

une image de la zone prise par un satellite pléiades en 2013

Les  images sont restituées en  composition colorée « fausse couleur » qui permet de mettre en évidence l’information enregistrée par les satellites dans le Proche infra-rouge. Cette composition  donne une information supplémentaire à celle de l’œil humain. La couleur rouge correspond à des zones couvertes de végétaux ayant une activité chlorophyllienne, la couleur bleu clair à très sombre correspond à des surfaces en eau ou humides. 

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site Enseignants et Médiateurs du CNES à la rubrique Terr’Image.

La mise en évidence de la croissance urbaine

cartographie des extensions urbaines

En superposant sous SIG  les données  des types d’occupations des sols issues d’une interprétation d’images satellites de 1990 (données Corine Land Cover) et les images satellites SPOT 5 de 2003 puis  Pleiades 1A de 2013, on peut tracer  de nouvelles couches cartographiques représentant  les zones de poussées urbaines sur les milieux environnants : on représente :
- en violet foncé les évolution 1990 /2003
 - en jaune celles de 2003 à 2013 .

Pour Andernos (1) de 1990 à 2003 il s’agit pour l’essentiel d’une densification, tandis qu’Arès (2) tend à gagner sur des terrains en périphèrie. Mais de 2003 à 2013 les extensions se font dans les deux cas sur les milieux naturels.

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Cette cartographie des extensions urbaines entre 1990 à 2013 a été réalisée par superposition des données Corine Land and Cover, des images SPOT5 et Pléiades 1A, avec un Système d’Information Géographique QGIS (SIG). Il s'agit donc d'une cartographie permettent de montrer l'évolution de la pression urbaine sur la région d'Andernos à 3 dates différentes, sur une période de 23 ans.

Contributeur

Michel Vauzelle, professeur d'Histoire et Géographie - ancien chargé de mission CNES