Baléares - Majorque : une île à la recherche d’une transition, entre tourisme balnéaire de masse et nouveau modèle durable

Petite île de 3.625 km² de l’archipel des Baléares dans l’ouest de la Méditerranée, Majorque est devenue dans les décennies 1970/1980 un haut lieu mondial du tourisme balnéaire qui accueillait avant l’épidémie de Covid plus de 10 millions de visiteurs par an pour une population résidente de 910 000 habitants. Cette vocation touristique marque encore profondément l’organisation de l’espace et le tissu productif. Mais elle soulève un nombre croissant de défis d’ordre économique, social et environnemental, comme en témoigne le recours au dessalement de l’eau de mer. Aujourd’hui, les acteurs locaux et régionaux tentent d’y répondre par une réorientation plus sélective de l’offre touristique. En février 2022, le nouvelle Loi Touristique interdit même d'augmenter le nombre de chambres d'hôtels ou de logements touristiques pendant quatre ans jusqu’en 2026. Une île à la recherche d’un nouveau modèle touristique insulaire plus équilibré et durable ?
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Légende de l’image

Cette image de Majorque, l'une des îles espagnoles des Baléares dans la Méditerranée, a été prise par le satellite Sentinel-2B le 28 mars 2021. Il s'agit d'une image en couleur naturelle et la résolution est de 10m  

Contient des informations © COPERNICUS SENTINEL 2021, tous droits réservés.


Repères géographiques

Présentation de l’image globale

La plus grande île des Baléares : à la recherche d’un nouveau
modèle de tourisme

Une île méditerranéenne de taille moyenne

Majorque fait partie de l’archipel des Baléares. L’île est située à l’ouest de la Méditerranée et à l’est de l’Espagne continentale, à environ 250 km au large de Valence. Elle est en position médiane entre les rives nord et sud de la Méditerranée : Palma, la principale ville majorquine, se situe à moins de 300 km d’Alger.

Les autres îles principales des Baléares sont Ibiza, Menorca et Formentera ; ces deux dernières faisant partie des Pityuses. L’archipel compte aussi des îlots tels celui de Cabrera, visible au sud de l’image, et dont on peut remarquer la faible occupation, à mettre en lien avec son statut de parc national. Les Baléares forment une des deux Communautés autonomes espagnoles insulaires avec les Canaries. La population de Majorque possède une identité culturelle en partie catalane, visible notamment à travers l’utilisation du catalan, en plus du castillan, par le Gouvernement de la Communauté autonome, et par le recours au majorquin, une forme du catalan, par une part importante de la population.  

Majorque est la plus grande île des Baléares : sa superficie est de 3.620 kms2 sur un total pour l’ensemble de l’archipel de 5.000 kms2. En comparaison avec les autres grandes îles méditerranéennes, Majorque apparaît cependant assez petite. Ses dimensions sont en effet relativement modestes : environ 75 kms du nord au sud et 100 kms d’est en ouest. La Sardaigne et la Sicile, par exemple ; sont bien plus vastes avec une superficie d’environ 25.000 km2 chacune.

Eau et changement climatique : des enjeux majeurs

L’appartenance de Majorque à la zone méditerranéenne est perceptible sur l’image par la présence de sols rouges typiques de ce domaine climatique, bien visibles dans la Plaine centrale, par exemple au sud-ouest d’Inca. On note aussi la présence de deux grands réservoirs dans la Serra de Tramuntana, en façade ouest de l’ile, en particulier celui de Cúber dont la couleur vert profond se détache sur le relief environnant. Leur existence rappelle la sécheresse d’été et la nécessité de stocker de l’eau pour y faire face, et en l’occurrence alimenter la ville de Palma.

L’aspect verdoyant de Majorque sur l’image satellite est lié à la date de la prise de vue, fin mars. L’île offrirait une apparence bien différente sur une image estivale. Majorque reçoit en effet peu ou pas de précipitations pendant l’été : moins de 5 millimètres en juillet sur l’essentiel du territoire d’après l’Agencia Estatal de Meteorología. Quant au total annuel des précipitations, il est de 600 à 700 mm sur une grande partie de l’île, mais tombe en dessous de 400 mm sur le littoral sud.

La présence de neige au nord-ouest de l’image est une conséquence du relief. Les altitudes s’élèvent en effet sur la façade ouest de l’île avec la Serra de Tramuntana, et dans une moindre mesure, sur le littoral est avec la Serra de Llevant. Elles atteignent 1.445 mètres d’altitude dans la Serra de Tramuntana au Puig Major, point culminant de Majorque, repérable sur l’image par la couleur blanche la plus intense. La présence de ce relief s’explique par une structure sédimentaire plissée dont on perçoit sur l’image l’orientation nord-est/sud-ouest, et qui forme à l’extrême nord de l’île le Cap Formentor, et au sud-ouest l’île de la Dragonera.

Le climat méditerranéen offre des températures moyennes annuelles de plus de 15° sur la majeure partie de l’île et un ensoleillement supérieur à 2.800 heures par an. C’est un des deux atouts majeurs sur lequel s’est fondé le très important tourisme majorquin. L’autre aménité qui explique le succès de Majorque auprès des touristes est bien visible sur l’image : il s’agit des 780 kms de côtes que compte l’île. Des littoraux bas sableux sont visibles au sud, dans la baie de Palma et, plus à l’est, dans l’anse de Sa Ràpita au sud de Campos. On les trouve aussi sur le littoral nord dans la grande baie d’Alcúdia et celle, plus petite, de Pollença. La côte orientale, rocheuse, est marquée par des indentations créées par des calanques. Ces deux types de littoraux sont utilisés pour le tourisme balnéaire.

Un espace profondément marqué par le tourisme balnéaire

Les Baléares constituent en effet un des hauts-lieux touristiques européens avec 16,5 millions de touristes reçus en 2019, dernière année touristiques pleine avant le Covid. Cette clientèle est constituée à 80 % d’étrangers, principalement des Allemands et Britanniques. Majorque est l’île de l’archipel qui reçoit le plus de visiteurs, essentiellement pendant la période estivale. L’image donne à voir plusieurs éléments montrant l’importance du tourisme balnéaire à Majorque.

Premièrement, on observe tout d’abord sur les côtes basses précédemment évoquées des secteurs d’urbanisation littorale continue. L’exemple le plus marquant est probablement celui de la moitié sud-est de la baie de Palma où les constructions liées au tourisme s’étendent le long des plages à partir de l’aéroport sur plus 8 km de long et parfois plus de 500 mètres de large. On note le même phénomène le long des baies du littoral nord, sur des surfaces plus restreintes cependant, et avec une coupure d’urbanisation sur la baie d’Alcúdia liée à la présence d’un parc naturel.

Deuxièmement, les abords de certaines calanques sont aussi fortement aménagés pour le tourisme. L’image le montre en particulier pour les environs de Cala d’Or, au sud-est, où les constructions denses tranchent avec un arrière-pays où apparaissent encore de nombreuses parcelles agricoles. La côte ouest, au relief marqué, se prête moins aux aménagements touristiques de grande ampleur. On y distingue essentiellement la station de Port de Sóller, établie autour d’une petite baie bien visible sur l’image. Le tourisme est cependant présent sur la façade occidentale de l’île, de nombreuses résidences secondaires étant achetées par des étrangers aisés souhaitant jouir des paysages offerts par le littoral rocheux ou la Serra de Tramuntana.

Troisièmement enfin, l’image permet aussi d’observer les infrastructures de transport grâce auxquelles les touristes rejoignent leurs lieux de vacances. L’aéroport Son Sant Joan de Palma, à l’est de la ville, est remarquable sur l’image par son emprise de presque 5 kms sur 3 et ses deux pistes bien visibles. Cet aéroport a reçu en 2019, en situation avant Covid, 29,7 millions de passagers, ce qui en fait le 3e aéroport espagnol après ceux de Madrid et de Barcelone. Le développement du tourisme à Majorque, territoire insulaire, a en effet été intimement lié à l’essor du transport aérien à coût réduit, d’abord sous la forme de charters puis de vols low cost.

Le port de Palma dont deux grandes jetées sont visibles sur l’image au sud de la ville reçoit quotidiennement des ferries assurant la liaison avec des ports de la côte est de l’Espagne tels que Valence ou Barcelone, ou avec les autres îles des Baléares. Ce port constitue aussi une escale privilégiée des croisières en Méditerranée occidentale : en 2019 il a constitué un lieu d’escale pour plus de 800 paquebots, cumulant plus de 2,6 millions de croisiéristes. Le port d’Alcúdia, au nord de la baie du même nom, que l’on distingue sur l’image grâce aux digues le protégeant, accueille également quelques liaisons ferries. Un réseau de transport dense assure enfin la circulation des touristes à l’intérieur de l’île (routes, lignes ferroviaires à fréquence élevée vers le nord et l’est de l’île). On peut voir sur l’image les principaux axes routiers sous forme de minces liserés gris se dirigeant principalement vers Inca, Manacor et Campos.

Le tourisme : une activité exerçant une forte pression sur les milieux et les espaces

L’importance de l’activité touristique à Majorque n’est pas sans poser problème, tout d’abord d’un point de vue environnemental. De vastes surfaces littorales sont construites, impliquant une artificialisation des sols et une dégradation paysagère. La littoralisation augmente également l’exposition au risque de submersion liée à la montée du niveau marin pour les littoraux bas.

La question du traitement des déchets pose aussi problème. La gestion de l’eau l’été est difficile, quand se cumulent les effets de la sécheresse méditerranéenne, les besoins de la population locale, le pic de fréquentation touristique et la présence d’estivants concentrés sur le littoral à l’est de Palma où les réserves en eau sont particulièrement faibles. Il a même fallu recourir certains étés à l’approvisionnement de l’île en eau potable par bateau. Des réponses technologiques successives ont été apportées à ce problème. Le savoir-faire traditionnel en termes de maîtrise de l’eau est très important à Majorque, dont le système d’irrigation en partie hérité de la période musulmane (Xe-XIIIe siècles) a été un des motifs du classement de la Serra de Tramuntana au patrimoine mondial de l’UNESCO. Au XIXe des sources ont été captées, dans les années 1970 des réservoirs ont été créés dans la Serra de Tramuntana. Ces deux solutions induisent de fait un transfert de la ressource du nord-ouest de l’île, plus riche en eau, vers Palma et la Plaine centrale.

Cependant du fait du boom de la demande, une usine de dessalement de l’eau de mer a été mise en service en 1999 à Bahia de Palma qui fournit 151.000 m3 par jour en pompant par une dizaine de puits l’eau dans la baie de Palma. Le plan hydrologique établi pour 2022-2027 par le Gouvernement de la Communauté autonome donne désormais la priorité au traitement et à la réutilisation des eaux usées.

Une nouvelle stratégie publique volontariste de limitation touristique

Du point de vue social, des réactions de rejet du tourisme par la population locale ont pu être observées, par exemple sous la forme d’inscriptions sur les murs de Palma ou d’une pétition demandant une limitation des escales des plus grands paquebots au port de la ville qui a recueilli 13.000 signatures en 2019.

La crise du Covid a enfin souligné de manière très visible la dépendance de l’île au tourisme. Le nombre de touristes s’étant rendus aux Baléares a diminué de 13 millions en 2020 par rapport à 2019. Le nombre de passagers arrivés à l’aéroport Son Sant Joan de Palma a enregistré une baisse vertigineuse de plus de 23 millions de passagers entre 2019 et 2020. Les conséquences économiques et sociales de cette rétraction touristique ont été marquées : le chômage dans les îles Baléares est passé de 8,2 % au 3e trimestre 2019 à 13,3 % au 3e trimestre 2020, tandis que le PIB de l’archipel diminuait de plus de - 21 % entre 2019 et 2020.

Face aux limites du tourisme balnéaire de masse, différents acteurs tendent de réorienter et de diversifier l’offre touristique. Le Gouvernement des Iles Baléares a pris différentes mesures en ce sens comme la création d’une écotaxe touristique, la régulation des offres tout compris afin de lutter contre le tourisme d’excès et même la diminution de la capacité d’hébergement touristique (des hôtels ont été détruits au cours des deux dernières décennies). En février 2022, le gouvernement régional adopte même une loi interdisant d'augmenter le nombre de chambres d'hôtels ou de logements touristiques pendant quatre ans jusqu’en 2026.

Un nouveau tourisme durable est aussi promu par la « loi touristique » de 2022, avec par exemple l’obligation faite aux hôteliers d’installer des systèmes d’économie d’eau dans les salles de bain des chambres ou, pour les hôtels 4 et 5 étoiles, des lits s’élevant automatiquement pour faciliter le travail du personnel d’entretien.

Par ailleurs, une offre touristique haut de gamme s’est développée, comme par exemple à Port de Sóller où la chaîne émiratie Jumeirah a ouvert en 2012 un de ces 5 hôtels européens. Des acteurs touristiques proposent également des séjours différents, par exemple en agro-tourisme dans des fincas de la Plaine centrale ou pour pratiquer la randonnée dans la Serra de Tramuntana et y découvrir des terrasses classées au patrimoine mondial de l’UNESCO où sont cultivés oliviers, amandiers, orangers ...

Ce tourisme centré sur le patrimoine rural permet un relatif maintien d’une activité agricole très concurrencée par le tourisme, du point de vue de l’eau, du sol et de la main-d’œuvre. Majorque offre aussi des possibilités de visites liées à l’art contemporain en particulier à Palma (fondation Joan Miró, chapelle de Miquel Barceló dans la cathédrale).

Palma de Majorque : un exemple de macrocéphalie urbaine

Si elle est relativement petite par rapport aux autres grandes îles méditerranéennes, Majorque, avec ses 910.000 habitants, apparaît en revanche assez fortement peuplée. Sa densité de 250 hab./km2 la place au premier rang des territoires insulaires comparables en Méditerranée, devant la Sicile (192 hab./km2) et bien loin devant la Corse par exemple (39 hab./km2). L’île connaît par ailleurs une forte croissance démographique : la population a augmenté de + 35 % entre 2000 et 2021, contre + 15 % pour la population espagnole totale, même si la croissance des dernières années est un peu moins marquée. L’île apparaît ainsi comme appartenant aux espaces littoraux méditerranéens à forte densité. L’image permet cependant de nuancer ce constat d’ensemble.

On distingue nettement un pôle principal d’urbanisation, la ville de Palma de Majorque, au sud-ouest de l’île, le long de la grande baie éponyme. Les dimensions de l’espace bâti de manière continu, d’environ 10 km sur 10 km, sont en effet aisément remarquables sur cette île d’une superficie assez réduite. Avec 420.000 habitants en 2021 la municipalité de Palma est la plus peuplée des Baléares. De plus Calvià, au sud-ouest de la ville, et dont le littoral est urbanisé en continuité avec celui de Palma (ex. : port de plaisance de Portals Nous dont la grande jetée protégeant des appontements perpendiculaires au rivage est bien visible sur l’image), se place au deuxième rang des communes de l’archipel pour la population avec un peu plus de 50.000 habitants. Avec plus de la moitié de la population concentrée dans les deux communes formant la principale agglomération, Majorque est ainsi un bon exemple de territoire marqué par une macrocéphalie urbaine.

Palma constitue par ailleurs le principal centre économique de l’île, tant dans le domaine du tourisme que dans les autres secteurs. On peut ainsi relever sur l’image la présence de vastes zones d’activités, reconnaissables à la grande taille des bâtiments qui les constituent et à la couleur grise ou blanche de leurs toits, par exemple à l’ouest de l’aéroport. La ville concentre de plus les principales infrastructures de transport permettant les contacts avec l’extérieur (aéroport et port). Elle accueille également le siège du Gouvernement des Iles Baléares.

L’image permet aussi de repérer les centres urbains secondaires de l’île : Manacor (45.000 habitants), et dont l’un des natifs, Rafael Nadal, est probablement le majorquin le plus connu dans le monde aujourd’hui, Llucmajor (38.000 habitants) et Inca (34.000 habitants).

Mais Majorque comprend aussi des espaces de faible densité bien visibles sur l’image. La Serra de Tramuntana apparaît en effet comme un espace peu occupé à l’exception de Sóller (13.000 habitants) dont on distingue la zone urbanisée dans une vallée à quelques kilomètres du littoral. La commune d’Escorca où sont implantés les deux réservoirs de Cúber et Gorg Blau est ainsi la moins peuplée des Baléares avec seulement 180 habitants en 2021. Le territoire de cette commune à faible densité accueille ainsi par exemple le sanctuaire de Lluc, un ancien monastère, lieu de retrait spirituel formant un lieu de pèlerinage important à l’échelle régionale. Majorque ne peut ainsi pas être rattachée uniformément à une Méditerranée des fortes densités littorales liées au tourisme balnéaire.

Zooms d’étude

Zoom 1. Majorque des fortes densités : Palma

Ce zoom donne à voir la principale agglomération majorquine, Palma. La ville est organisée selon un plan radioconcentrique. Le cœur urbain date de l’époque médiévale et a conservé de cette époque différents monuments qui constituent des lieux de visite pour les touristes et croisiéristes, tels que la cathédrale ou le Palais royal de l'Almudaina, ancien alcazar réaménagé.

Deux logiques d’expansion urbaine à partir de ce centre ancien peuvent être identifiées sur l’image. D’une part l’urbanisation a suivi, très classiquement, les principaux axes de transport, en particulier la route qui part vers Inca dans la direction du nord-est. On peut ainsi par exemple observer au nord du cœur urbain et à l’ouest de cette route le grand polygone industriel de Son Castelló.

D’autre part, l’orientation marquée de l’économie insulaire vers le tourisme balnéaire s’est traduite par une forte urbanisation littorale. On peut le voir  en particulier à l’est de l’image, à proximité de l’aéroport, et même dans son voisinage immédiat pour le secteur de Ca’n Pastilla, situé dans le prolongement des pistes. L’accessibilité par avion, la côte sableuse et le relief de plaine littorale ont ici été exploités pour proposer une offre touristique balnéaire de masse. Les plages de S’Arenal visibles au sud-est de l’image constituent le principal pôle d’hébergement touristique de l’île.

Palma : capitale de l'île


Repères géographiques

Image prise par un satellite Pléiades (1 octobre 2012)

Contient des informations PLEIADES © CNES 2012, Distribution Airbus DS, 

Zoom 2. Majorque des faibles densités : la Serra de Tramuntana

Ce zoom offre un contraste intéressant avec le précédent en donnant à voir un espace beaucoup plus faiblement occupé. Est ici représenté le cœur de la Serra de Tramuntana, et en particulier son point culminant, le Puig Major, couvert de neige, au nord-ouest des deux lacs artificiels. Cet espace offre l’aspect d’un espace de réserve au service de centres extérieurs. L’eau des deux réservoirs de Cúber et Gorg Blau est ainsi utilisée pour l’alimentation de l’agglomération de Palma. Le Puig Major est depuis les années 1950 une zone militaire destinée à la surveillance aérienne suite à l’implantation par l’armée américaine d’aménagements dédiés dans le cadre de la Guerre froide.

L’activité touristique n’est cependant pas absente de cet espace. Elle prend d’une part la forme d’un tourisme de nature et de patrimoine rural dans ce massif classé par l’UNESCO au titre du paysage culturel en raison de sa mise en valeurs agricole sous forme de terrasses irriguées. Un tourisme balnéaire est aussi ponctuellement présent à travers la station de Port de Sóller à l’ouest de l’image et, plus au nord, la calanque de Sa Calobra, peu aménagée mais très fréquentée. La visite de ces deux lieux est proposée dans le cadre de « packs touristiques » à la journée depuis Palma qui attirent de nombreux visiteurs.

La Serra de Tramuntana


Repères géographiques

Zoom 3. Au Sud-Est  : un littoral très touristique dans la continuité de l’agglomération de Palma

L’image montre le sud-ouest de Majorque et deux formes d’occupation de l’espace relativement différenciées. Au sud-est on observe un littoral urbanisé, à vocation touristique. Il s’agit essentiellement des stations de Palma Nova et Magaluf situées le long de deux anses sableuses tournées vers l’est, et de la station Santa Ponça qui est, elle, tournée vers l’ouest. La capacité d’hébergement touristique proposée ici est importante. Ces lieux font en fait partie du pôle touristique de l’agglomération de Palma et bénéficient de la proximité de la ville et de l’excellente desserte offerte par son aéroport.

L’espace représenté au nord-ouest de l’image appartient déjà au massif de la Tramuntana. Son occupation est plus faible et il est en partie dédié à la protection de l’environnement. L’île de la Dragonera, à l’extrême ouest de l’image, est ainsi par exemple un parc naturel.

Le littoral Sud-ESt


Repères géographiques

Zoom 4. La pointe Sud-Est : des héritages de formes d’exploitation traditionnelles des milieux

L’image, centrée sur la pointe sud-est de Majorque, permet d’évoquer les formes traditionnelles d’organisation de l’espace insulaire. Cette organisation spatiale était centrée sur l’intérieur de l’île dans le cadre d’une économie essentiellement agricole. Hormis Palma, ville principale jouant le rôle d’interface avec l’extérieur, les lieux de concentration de la population étaient historiquement localisés dans les terres à Majorque. On peut le voir ici avec l’exemple du centre de la municipalité de Santanyi (12 000 habitants), au nord de l’image, qui est situé dans l’arrière-pays.

Le déclin actuel de l’agriculture est perceptible sur l’image à travers la reconquête par la végétation d’anciennes terres cultivées, en particulier au nord-est de l’étang de Ses Gambes qui apparaît en vert clair au sud de l’image. Une autre forme d’exploitation traditionnelle des milieux, la production de sel dans une lagune littorale est - difficilement - visible au nord-ouest de l’image. Cette activité s’inscrit aujourd’hui dans une double dynamique de diversification des points d’intérêt touristique et de conservation des milieux ; la lagune est protégée en tant que zone humide.

La pointe Sud-Est


Repères géographiques

Zoom 5. Les deux pôles touristiques secondaires : la coexistence de deux formes de tourisme

Cette image montre tout d’abord deux pôles secondaires touristiques de Majorque : les secteurs littoraux urbanisés de Port d’Alcúdia au sud et Port de Pollença au nord, chacun au creux d’une baie offrant une côte sableuse. Le bâti est dense sur une large bande à partir du rivage, révélant une capacité d’accueil touristique importante.

Le Cap Formentor, qui dessine une pointe à l’extrême nord de l’île, offre une apparence très différente. Il est en effet peu urbanisé. Il constitue ainsi le cadre d’une offre touristique beaucoup plus élitiste, symbolisée par l’hôtel Formentor, crée en 1929 et récemment racheté par le groupe Four Seasons qui le ré-ouvrira après rénovation en 2023. Cet hôtel, qui est situé au cœur d’un domaine de 1 200 hectares et qui propose un accès réservé à la côte, illustre une forme de privatisation de l’espace littoral à destination d’une clientèle fortunée.

Tourisme de masse et tourisme de luxe coexistent par le biais de navettes maritimes permettant de se rendre pour la journée à la plage située à l’ouest de l’hôtel Formentor depuis la station de Port de Pollença.

Le littoral Nord


Repères géographiques

Zoom 6. Des dispositifs de protection de l’environnement

L’image montre la partie nord-est de Majorque et ainsi l’extrémité nord de la Serra de Llevant, avec notamment son point culminant, à un peu moins de 600 mètres d’altitude. Dans cet espace le tourisme balnéaire reste relativement limité par rapport à d’autres secteurs de l’île. Cela a permis la mise en place de différents dispositifs de protection de l’environnement : parc naturel, réserves naturelles terrestres, réserve naturelle marine et zones Natura 2000. Cet espace illustre ainsi une tendance lourde dans l’évolution de l’organisation de l’espace majorquin : la volonté de préserver les zones côtières encore non-urbanisées.

Le littoral Nord


Repères géographiques

D’autres ressources

Espagne. Histoire Société Culture, B. Bennassar et B. Bessière, La Découverte, 2017

Le site de l’Institut statistique national espagnol : www.ine.es

Le site du Gouvernement des Iles Baléares : www.caib.es/govern/index.do?lang=es

La page du site de l’UNESCO sur le patrimoine mondial consacré à la Serra de Tramuntana : https://whc.unesco.org/fr/list/1371/

Contributeur

Proposition : Elisabeth Grimaud, professeur en CPGE au lycée militaire d’Aix-en-Provence

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