Guadeloupe. Le sud Basse-Terre : un environnement à risques pour un territoire en quête d’un nouveau souffle

Dans l'archipel guadeloupéen, « Basse-Terre » désigne à la fois l'île volcanique, dont la partie sud est visible sur l'image, et la commune possédant le statut de capitale administrative de la région monodépartementale de Guadeloupe. La ville de Basse-Terre abrite en effet les lieux de pouvoir du Département et de la Région, héritages d'un passé riche et dynamique. Région montagneuse, le sud de l'île de Basse-Terre est pourtant une région aux caractéristiques inhospitalières, entre fortes pentes, volcanisme actif et forêts denses. Cependant des atouts spécifiques ont encouragé l'implantation des colons. Aujourd'hui encore les populations locales continuent d'habiter et de valoriser cet environnement exceptionnel, malgré le basculement progressif du cœur économique de l’île vers l'agglomération de Pointe-à-Pitre au cours du dernier siècle.

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Légende de l’image satellite

Cette image a été prise par un satellite Pléiades le 31/01/2018. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m.

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Présentation de l’image globale centrale

Un risque volcanique fort aux pieds du plus haut volcan des petites Antilles


Sur l’image, enserrées entre les massifs montagneux et les étendues maritimes, les traces de la présence humaine paraissent bien modestes. Trois grands zones anthropisées apparaissent pourtant : à l'ouest, la région de la capitale administrative, Basse-Terre, et ses communes voisines (Saint-Claude, Gourbeyre), au sud les bourgs de Vieux-Fort et de Trois-Rivières, à l'est le bourg, les zones agricoles et l'espace périurbain de la commune de Capesterre-Belle-Eau.

La forte concentration littorale des populations s'explique par la contrainte des fortes pentes. Si une plaine littorale permet l'aménagement de grandes exploitations agricoles dans la région de Capesterre, elle est très étriquée voire inexistante sur les côtes qui vont de Trois-Rivières à la ville de Basse-Terre.

Le relief accentué, qui complique largement l'installation humaine, a été façonné par les volcans qui ont formé la Basse-Terre. Ces massifs volcaniques proviennent des remontées de magma provoquées par la subduction de la plaque sud-américaine sous la plaque caraïbe. La Découverte, plus haut sommet du massif de la Soufrière (1467 mètres), est le point culminant des petites Antilles, qui regroupent une vingtaine d'îles volcaniques nées du même phénomène de subduction. Mais on ne le distingue pas nettement sur l'image en raison de la couverture nuageuse.

Le volcanisme a dessiné l'île de Basse-Terre sur un temps géologique étendu. Les plus vieux volcans, au nord de l'île, se sont formés il y a plus de 3 millions d'années. Les massifs visibles sur l'image satellite sont plus récents : on y distingue principalement les Monts Caraïbes, à l'extrémité sud de l'île, émergés il y a 500 000 ans, et le massif de la Soufrière qui couvre la quasi-intégralité de l'image, dont l'origine remonte à environ 140 000 ans.

La Soufrière est toujours en activité, la dernière éruption majeure datant de 1976. Elle avait à l'époque justifié l'évacuation durant près de quatre mois des 80 000 personnes résidant aux environs du volcan. Cet événement a alors accentué le mouvement de basculement de l'activité économique – et de la population – vers l’agglomération de Pointe-à-Pitre. Les regains d'activité du volcan, en 2018-2019 par exemple, entretiennent une conscience permanente du risque.

Des risques naturels multiples : un milieu contraignant.

Le lent enfoncement de la plaque sud-américaine sous la plaque caraïbe engendre également de nombreux tremblements de terre d'une intensité variable, menaçant les installations humaines de destructions importantes. Situé dans les Monts Caraïbes qui se détachent nettement au sud de l'image, l'Observatoire Volcanologique enregistre chaque mois plusieurs dizaines de séismes d'origine tellurique dans un rayon de 450 kilomètres autour de la Guadeloupe.

L'activité sismique engendre d'autres aléas naturels facteurs de risques pour les habitants. Les tremblements  de terre sous-marins font planer la menace d'éventuels tsunamis déferlant sur les étroites plaines côtières. Les mouvements de terrains dans des zones de fortes pentes peuvent en outre provoquer des glissements de terrain de grande ampleur, dont la probabilité augmente lors d'épisodes de fortes pluies.

Enfin, malgré le temps clément que la prise de vue donne à voir, on peut noter que le sud de l'île de Basse-Terre comme l'ensemble de la Guadeloupe sont situés sur les routes des cyclones atlantiques. Cet aléa supplémentaire, dont la dernière occurrence en septembre 2017 (cyclone Maria de catégorie 5) a engendré d'importants dégâts matériels, complète le large éventail des risques naturels auxquels doivent faire face les habitants. Pourtant les sociétés habitent cet espace et le mettent en valeur.

Des contraintes aux atouts : implantations et activités humaines

La barrière montagneuse se dresse contre les vents dominants qui viennent de l'Atlantique, à l'est. Cela engendre un effet de foehn : les vents et nuages s'accumulent sur le versant et la côte est (dite Côte au Vent), provoquant une forte pluviométrie aux sommets du massif et sur les espaces au vent. La côte ouest (dite Sous le Vent), donnant sur la mer des Caraïbes, est moins arrosée. La mer des Caraïbes présente le plus souvent l'aspect d'un « lac », les houles de l'Atlantique et du canal des Saintes, au sud, peinant à franchir l'obstacle que forme la chaîne montagneuse de Basse-Terre.

C'est ce calme des eaux, ainsi que la situation stratégique du sud de l'île de Basse-Terre permettant de surveiller les détroits et les Saintes, qui expliquent l'attrait de la région pour les premiers colons. Il faut ajouter à ces qualités la présence de nombreux cours d'eaux, traçant des sillons de verdure sombres bien visibles sur l'image. Ces nombreuses rivières, dont les chutes sont parfois visibles depuis la mer, permettaient alors de s'approvisionner facilement en eau douce. Après bien des hésitations qui les poussent à s'établir à Vieux-Fort, puis sur le littoral de Gourbeyre, au sud-est de la ville de Basse-Terre, les Français font de la ville de Basse-Terre la ville portuaire et le centre politique (siège du gouverneur) de la colonie.

Saint-Claude s'est également développée rapidement aux débuts de la présence française, en raison de la fertilité exceptionnelle des sols proches de la Soufrière, et des qualités thermales des sources et cours d'eau de la commune. Elle servait surtout de station d'acclimatation pour les colons et militaires européens peu habitués aux chaleurs humides tropicales. Si aujourd'hui l'activité agricole a perdu en dynamisme, la commune reste appréciée pour son climat plus doux que dans le reste de l'archipel, ses établissements de soin et la proximité avec la nature sanctuarisée par le Parc National de la Guadeloupe.

La grande fertilité des sols volcaniques facilite le développement d'une agriculture tropicale. Les fortes pluies, si elles s'atténuent pendant les périodes d'hivernage et de carême de décembre à avril, arrosent généreusement les cultures. On distingue bien dans la région de Capesterre les grandes étendues cultivées, principalement couvertes de bananiers et, plus ponctuellement, de cannes à sucre. Cependant, la pollution massive à la chlordécone, pesticide extrêmement toxique épandu dans les bananeraies des années 1980 aux années 2000, grève fortement toute possibilité d'une agriculture durable et diversifiée : toutes les cultures dont les produits touchent les sols contaminés sont proscrites.

Les défis d'un espace excentré, en quête d'un nouveau développement   

L'accessibilité limitée de la région constitue un frein à son développement économique et démographique. La route nationale 1 est le seul axe de communication qui relie la ville de Basse-Terre et la région pointoise, en contournant Trois Rivières et Capesterre. Rejoindre la région dynamique de Pointe-à-Pitre depuis la capitale régionale nécessite entre une et deux heures de trajet, en fonction du trafic routier qui est souvent saturé.

Face au dynamisme de la région pointoise, l'activité du sud de la Basse-Terre apparaît limitée. Les opportunités économiques se font trop rares pour une jeunesse qui quitte massivement ce Sud, sauf à trouver un emploi dans la fonction publique qui représente ici environ la moitié des emplois. Le maintien des administrations apparaît ainsi comme une nécessité pour le développement de cet espace. En conséquence, à l'exception de Vieux-Fort, toutes les populations communales déclinent depuis les années 2000, et leur vieillissement s'accentue. De plus de 15 000 habitants en 1967, la ville de Basse-Terre est passée à environ 10 000 habitants de nos jours. A l'échelle de la communauté d'agglomération, les chiffres confirment cette déprise.

Pour redynamiser ces espaces, les caractéristiques paysagères et patrimoniales sont aujourd'hui au cœur des stratégies de développement des territoires. Si la logique de préservation est à l'origine de l'établissement du Parc National de la Guadeloupe en 1989, l'accent est mis aujourd'hui sur la dimension récréative et majestueuse de ces espaces protégés. Le Parc National de la Guadeloupe, premier parc national créé dans les territoires ultramarins, couvre 380 km² d'espaces montagneux et maritimes. Mieux préserver ces espaces naturels permet de dynamiser une exploitation touristique durable au service de l'activité des populations locales. Le nautisme, la plongée, les liaisons avec l'archipel touristique des Saintes visent également à développer l'économie locale.

Dans la ville de Basse-Terre, l'accent est également mis sur le patrimoine et le tourisme. La commune a obtenu le statut de Ville d'Art et d'Histoire. Un port de croisière a été aménagé pour capter une partie des intenses flux de croisiéristes qui naviguent dans l'espace caraïbe pendant la saison touristique, de novembre à avril. Enfin à Saint-Claude, un pôle universitaire a été implanté. Il accueille principalement les départements littéraires de l'Université des Antilles. L'accueil des populations étudiantes constitue un élément supplémentaire dans la recherche de dynamisme de ce sud Basse-Terre en quête d'un nouvel élan.

Zooms d’étude


L’agglomération de Basse-Terre : l’expansion urbaine d’une petite ville au riche passé mais excentrée

L’image montre une vue partielle de la ville de Basse-Terre et de sa périphérie proche. La cité s’est développée d’abord le long de la côte, gagnant progressivement les hauteurs vers les communes voisines (cf. Saint-Claude). Si dans les 1970/1980 la Guadeloupe se caractérisait par une structure urbaine insulaire réellement bicéphale, à l’inverse de toutes les îles des Petites Antilles, le dynamisme de l’agglomération de Pointe-à-Pitre ne cesse de marginaliser Basse-Terre, qui devient une petite agglomération peu dynamique au rayonnement restreint malgré son statut de chef-lieu du Département.

L’agglomération compte un peu moins de 40 000 habitants dont 11 000 pour la ville-centre, la croissance démographique reste modérée, alors que la mobilité résidentielle s’affirme avec l’essor de l’habitat pavillonnaire dans la périphérie. L’image permet de repérer la diversité des quartiers et les axes privilégiés de la croissance dans un environnement biophysique contraignant. De son passé militaire et de sa fonction de capitale administrative dès le XVIIe siècle, la ville a hérité d’un patrimoine architectural remarquable. Toutefois, le risque volcanique est omniprésent.

Un environnement contraignant en voie d’urbanisation

Comme le montre l’image, l’agglomération de Basse-Terre se situe à l’extrémité sud de la Guadeloupe sur la côte sous le vent, au pied du versant sud-ouest du massif volcanique de la Soufrière. La côte, de direction sud-est/nord-ouest, est ouverte sur la mer des Caraïbes. La falaise au sud offre un site défensif aux abords de la rivière du Galion tandis que la côte basse rend la mer accessible dans la partie nord. C’est un bon mouillage, mais la rade foraine s’avère sensible à la houle durant la saison cyclonique entre juin et novembre.

Le relief se caractérise par une petite plaine côtière étroite d’environ 200 mètres de large qui très vite fait place à un relief escarpé avec des pentes fortes, les altitudes atteignant 250 mètres en moins de trois kilomètres dans l’angle nord-est de l’image. Le réseau hydrographique repérable sur l’image par les lignes d’arbres de direction nord-est sud-ouest est fortement encaissé. Il s’agit de trois cours d’eau importants : la rivière du Galion au sud, la rivière aux Herbes au centre, essentielle, la rivière des Pères à l’extrémité nord-ouest. Appelés « ravines », de nombreux ruisseaux - ceux de L’Espérance, du Lion, de Borine, de Giromon ainsi que la ravine Blanche au sud-est - sont aussi visibles sur l’image. L’occupation de l’espace est en grande partie tributaire de ces contraintes ; d’autant que les interfluves sont souvent étroits, les versants des vallées abrupts, les espaces plats limités.

Le climat frais a fait de Saint-Claude une station climatique d’altitude, dans un environnement plus sain et plus agréable qu’ailleurs. Basse-Terre résulte de l’unification vers 1740 de deux quartiers très différents créés à partir de deux paroisses situées de part et d’autre de la rivière aux Herbes. Ces héritages sont présents dans l’organisation urbaine encore aujourd’hui. Le site initial se situe dans le quartier militaire et administratif du Carmel, tandis qu’au nord de la rivière aux Herbes, le quartier de Saint-François est le pôle commercial mais aussi le cœur religieux de la cité. L’espace agricole ne subsiste que dans le nord-ouest du territoire. Partout ailleurs, l’étalement urbain est à l’œuvre en particulier entre la rivière aux Herbes et le Galion. Le processus touche de plus en plus la commune de Gourbeyre à l’est de l’agglomération.

Le centre-ville : un pôle économique et religieux

Le centre-ville se repère aisément sur l’image à partir du plan orthogonal. Il se prolonge vers le sud au-delà de l’embouchure de la rivière jusqu’au carrefour où commence le boulevard du gouverneur Félix Éboué. Le plan est constitué par des rues de direction nord-ouest/sud-est, les plus importantes étant la rue du cours Nolivos et la rue du docteur Cabre. Elles sont recoupées par des rues de direction nord-est/sud-ouest qui conduisent vers les quartiers périphériques et la rocade situés sur les mornes. Le plan en damier date du milieu du XVIIIe siècle. Ce centre-ville comporte plusieurs sous-ensembles.

Tout à gauche de l’image, à proximité du port dont on ne voit qu’une petite partie, il y a l’hôtel de ville (1), c’est un édifice qui date de 1889, ainsi que la place du cours Nolivos du nom d’un des principaux gouverneurs de l’époque coloniale (1764-1768). De nombreux commerces sont installés au rez-de-chaussée de maisons anciennes, construites en maçonnerie ou maçonnerie et bois, souvent à un ou deux étages. Elles ont un cachet architectural remarquable qui fait le charme de la vieille ville. Au nord-ouest, on observe un habitat désorganisé fait de petites maisons agglutinées au pied des premières pentes et occupées par des populations modestes.

Entre la place du cours Nolivos et l’embouchure de la rivière aux herbes le long des ruelles, des établissements commerciaux occupent les anciens entrepôts de la zone portuaire. L’espace public est encombré par le secteur informel sur les trottoirs. Au sud de l’embouchure de la rivière aux Herbes, le marché (2) occupe une vaste superficie. Orienté sud-ouest/nord-est, il est ouvert vers la mer. Ce site est dédié aux échanges de marchandises depuis le début du XIXe siècle. Rénové en 2003, de nombreux touristes le visitent.

Le rivage est partiellement coupé de la ville par le boulevard maritime aménagé entre 1957 et 1964, malgré quelques améliorations récentes. L’image permet de voir un premier parking sur le front de mer, puis vers le sud un vaste bâtiment construit le long de la côte, il s’agit d’un parking en silo (3) inauguré en 2016, ce qui renforce l’effet de coupure entre l’espace vécu, approprié par la population et celui dédié à l’automobile.

Depuis l’époque coloniale, le quartier Saint-François est aussi le cœur religieux de la cité avec la cathédrale (4) et l’évêché. En effet, la fonction portuaire favorise dès le XVIIe siècle le développement d’un noyau de peuplement distinct du Carmel, un bourg autour d’une chapelle tenue par des Capucins. À proximité de la cathédrale, des fouilles archéologiques ont révélé les vestiges d’un village amérindien d’âge Huecan-saladoïde et d’âge cédrosan-saladoïde, les plus anciennes occupations humaines de l’île.

Le Carmel, un quartier administratif historique au passé militaire mouvementé

Le quartier du Carmel s’étend entre la côte, la rivière aux Herbes et celle du Galion. Le pont (5) qui enjambe cette dernière, construit vers 1780, fut le principal accès de la ville jusqu’à 1989, il mène à la rue Lardenoy qui constitue la limite nord du quartier. C’est là que se concentre l’essentiel de la fonction administrative du chef-lieu et de la colonie. Du passé militaire, il conserve aussi des édifices appartenant au patrimoine historique de l’archipel, en premier lieu le fort Louis Delgrès (6).

Au milieu du XVIIe siècle, Charles Houël, seigneur-propriétaire de la Guadeloupe à partir de 1649, choisit d’édifier un fort sur le promontoire surplombant d’environ cinquante mètres la rive droite de la rivière du Galion à proximité de la mer. Le modeste donjon des débuts a fait place progressivement à un édifice qui couvre cinq hectares. La construction la plus récente intègre les principes défensifs de Vauban avec des bastions dirigés vers le nord où le relief est en pente douce. Réputé médiocre, difficile à défendre, le fort a permis cependant d’organiser le bourg initial autour d’une place d’armes, la place des Carmes et d’une rue, qui rejoint l’hôtel de ville à l’autre bout du centre. Siège et symbole du pouvoir colonial, le fort fut aussi un haut lieu de la résistance de Louis Delgrès lors des évènements de mai 1802.

D’autres constructions témoignent du passé militaire. Au nord-ouest du fort, les deux immeubles de grande taille alignés du sud-est au nord-ouest dans un espace boisé sont d’anciennes casernes dédiées à l’artillerie, elles ont été transformées en résidence privée. Au centre du quartier, trois bâtiments dessinent un U autour d’une vaste cour boisée, c’est le lycée Gerville-Réache (7) qui occupe depuis 1951 le site de l’ancien hôpital militaire construit vers 1821. Enfin la médiathèque caraïbe (8) est installée dans l’ancien magasin du roi (toit clair, plan en U).

Les religieux ont été partie prenante de l’aventure coloniale dès les débuts, leur présence est soulignée ici par le toit vert de l’église paroissiale Notre-Dame du Mont-Carmel (9). Le quartier historique est aussi une zone résidentielle avec un habitat hétérogène. De nombreuses petites maisons en bois sont dégradées ou en voie de l’être non loin du fort. Vers le nord, le long de la rue Lardenoy, entre le pont du Galion et le Champ d’Arbaud, l’habitat est mieux entretenu : villas, petits immeubles et ici ou là des maisons plus traditionnelles.

Le Carmel et ses prolongements au nord : l’importance des fonctions administratives

Le réseau viaire de la ville est largement défini depuis le XVIIe siècle et certains axes de circulation jouent un rôle clé dans l’organisation de l’espace urbain, fixant notamment des lieux de pouvoir : c’est le cas du boulevard du gouverneur général Éboué et de ses prolongements vers les hauteurs. L’image indique qu’il part de la côte en direction du nord-est, très rectiligne, il gravit la pente dès le premier rond-point et est ponctuée de plusieurs carrefours. Il s’agit d’un vieil itinéraire colonial menant à Saint-Claude le long duquel sont localisés plusieurs équipements publics.

Ainsi, à l’angle qu’il fait avec la rue de la République se dresse le palais du conseil départemental (10), un vaste bâtiment à toit plat rouge doté d’un grand jardin tourné vers la mer. En face, le palais de justice (11) et dans son prolongement le centre pénitencier. La localisation de ces fonctions date des débuts du XIXe siècle, regroupant les services de l’État dans un même lieu. Vers le nord-est, une petite cité administrative a été aménagée dans le quartier de circonvallation pour l’ONF, le conservatoire du littoral et des bureaux pour la justice dans un grand bâtiment en vert sur le cliché. Enfin, dans la même direction, derrière un grand centre commercial, se trouvent les services techniques du conseil départemental, Pôle emploi et le Centre des finances publiques.

La préfecture du département (12) s’inscrit à l’angle de la rue Lardenoy et de la route départementale n°25 qui dessert Saint-Claude par le quartier de Petit Paris. C’est un bâtiment vaste avec un plan en U dont les ailes sont orientées vers la montagne, le tout dans un grand jardin. Une partie a été ajoutée au sud-est dans la période récente. Prévu comme palais du gouverneur, il a été construit entre 1933 et 1935 non loin du fort, sur des terrains appartenant à l’armée où il y avait la caserne d’Orléans. De celle-ci, subsistent deux édifices occupés par des services de conseil départemental. Enfin, au nord-est, on distingue les locaux du conseil régional (13) caractérisés par une architecture hybride.

Au total, les fonctions administratives restent essentielles dans la ville mais on constate un processus de desserrement de certains services vers les périphéries. De nombreux héritages de la période des XVIIe-XIXe siècles sont classés monuments historiques : le fort, le pont du Galion, une partie du lycée Gerville-Réache, de même que les palais du conseil départemental, de justice, de la préfecture. Tous trois, ouvrages d’Ali Georges Tur, témoignent d’une importante étape dans l’architecture en Guadeloupe.

On assiste à la multiplication des aménagements récréatifs et culturels. Les principaux équipements récréatifs longent le Boulevard du gouverneur général Éboué. Le plus important espace public de la ville, le Champ d’Arbaud, aménagé en 1780 s’affirme tout à la fois comme une promenade, une place d’armes, un lieu de mémoire, un espace festif. Au sud de cet espace vert, la Scène nationale (14), édifice moderne de style hybride construit en 1996, fournit une offre culturelle variée et de qualité : concerts, théâtre, danse. Enfin, depuis l’embouchure de la rivière aux Herbes jusqu’à celle du Galion, le boulevard maritime aménagé à la fin du XXe siècle pour la déambulation, avec son mobilier urbain et ses palmiers, ouvre le sud de la ville sur la mer.

L'expansion de l’espace urbain vers les périphéries : la conquête des mornes au nord de la ville ancienne

La croissance urbaine est guidée par les axes de circulation et par les vallées du réseau hydrographique qui apparaissent sur le cliché comme des espaces boisés linéaires. On distingue une grande diversité de quartiers vers les franges nord de la ville jusqu’à la rocade aménagée entre Petit Paris au sud-est et la route de Bologne (départementale D26) au nord-ouest.

Le seul équipement public représenté ici est le Centre Hospitalier de Basse-Terre (CHBT) (15). Le toit carré aux teintes claires est dû à la récente rénovation de l’hôpital. Édifié sur l’emplacement d’un hospice créé en 1863, il compte différents pavillons reconstruits par l’architecte Ali Georges Tur, après le cyclone dévastateur de 1928. Presque tout le reste de l’espace est consacré à la fonction résidentielle dans des quartiers très contrastés. À partir du quartier Saint-François, trois rues de direction sud-ouest nord-est conduisent vers les mornes. Tout à l’ouest, l’habitat mal structuré montre un entassement désordonné de petites maisons individuelles sur le morne Mallian. Aligné le long d’une rue, on distingue un habitat collectif composé de petits bâtiments pas très éloigné du centre-ville mais ce sont les maisons individuelles qui dominent en bordure de la vallée. Entre la route nationale n°3 et la rivière aux Herbes, il y a des villas avec jardins, quelques barres et dispersés dans un espace boisé les anciens bâtiments de la direction de l’alimentation de l’agriculture et de la forêt. C’est un quartier très résidentiel. Globalement la même organisation se retrouve au sud de l’ancienne route nationale mais avec quelques grands ensembles datant des années 1960 pour les plus anciens.

Au nord de la rocade, les logements locatifs sociaux sont très nombreux à dans les quartiers de Mont Bazin, de Morne à Vaches. Entre le palais du conseil régional et l’hypermarché (16), la mixité dans les types de logements est remarquable. On y trouve des logements très sociaux (LTS), petites maisons individuelles jointives aux toits multicolores, plusieurs générations de logements locatifs sociaux, un petit lotissement municipal.

Enfin, entre la route départementale 25 qui conduit à Saint-Claude et la vallée de la rivière du Galion, les logements sont alignés le long de nombreuses impasses avec une différence nette entre de petites maisons entassées au sud et des pavillons au milieu de lots plus vastes et verdoyants vers le nord. L’habitat individuel domine dans la ville. L’importance de l’habitat collectif sur les franges du territoire est liée à la volonté de la municipalité de résorber l’habitat insalubre notamment entre 1976 et 1989.

L’étalement urbain vers les communes voisines

La périurbanisation est importante dans la petite aire urbaine. Le territoire de la ville s’étire de la rivière de Pères visible dans l’angle nord-ouest, à la rivière du Galion au sud-est. Au nord, la limite avec Saint-Claude passe entre les lotissements et les champs de cannes à sucre, le rond-point situé au nord du centre commercial, jusqu’à la vallée. À l’est de celle-ci, il y a plusieurs quartiers de Gourbeyre. Si on observe la place prépondérante de l’habitat individuel, les paysages sont plus variés au sud-est. La fonction résidentielle n’est pas exclusive, il y a aussi des processus de desserrement d’activités autrefois localisées dans la ville.
Au nord : Saint-Claude, un front de périurbanisation privilégié. La périurbanisation se caractérise par la place quasi exclusive de l’habitat individuel, soit dispersé dans l’espace soit le plus souvent sous forme de pavillons associés à des lotissements. Au centre de l’image, entre l’ancienne route nationale déclassée et la voie de contournement, on passe insensiblement de la ville à la commune voisine. Une forte densité de petites maisons implantées de façon désordonnée et quelques logements collectifs sociaux assurent la transition, l’habitat est hétérogène. Ailleurs, il présente plus homogénéité grâce aux lotissements d’époques variées. Les plus anciens sont localisés dans la partie nord de l’image avec des maisons aux toits rouge et la voirie rectiligne. Ceux de la fin du XXe siècle s’étalent entre les vallées de la rivière aux Herbes, de la ravine l’Espérance et la rivière du Galion. Les dernières conquêtes de la périurbanisation dans la commune apparaissent sur l’image avec plusieurs groupes de bâtiments construits dans le cadre d’une ZA (zone d’aménagement), notamment un Ephad, une résidence fermée. Sur le même site, on voit un processus de desserrement d’activités administratives autrefois localisées dans la ville : regroupement de la Deal, de la DAAF, de l’ONF, nouvelle caserne du SDIS (b). Au nord-ouest, il y a des champs de cannes à sucre de la distillerie Bologne qui produit du rhum depuis la fin du XIXe siècle. Au sud de la zone d’activité, l’espace rural, orienté vers l’élevage bovin extensif, semble résister encore à la pression du front de périurbanisation.
A l’est : Gourbeyre, une densification récente de l’habitat. Au sud-est du cliché, à l’intérieur des terres, nous sommes à Blanchet dans la commune de Gourbeyre, tandis que la partie côtière correspond au quartier de Rivière Sens. Les formes d’occupation variées, intègrent de plus en plus ces espaces à la dynamique urbaine. De la vallée du Galion, limite entre Basse-Terre et Gourbeyre, et la ravine Blanche, ruisseau de direction est-ouest puis nord-sud sur l’image, il y a surtout de nombreuses maisons individuelles réparties de part et d’autre de l’ancienne route nationale.
Entre la ravine et l’espace boisé, on distingue trois types d’implantation. La fonction résidentielle se caractérise ici par un habitat pavillonnaire associé à de petits lotissements, le long de la forêt par exemple, ainsi que par des logements locatifs sociaux récents (collectifs). Le desserrement d’activités administratives se manifeste avec différents édifices aux toits sombres. À proximité du stade, se trouvent les archives départementales (17) et en face, les services de l’ARS (Agence Régionale de Santé), de la DIECCTE (Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi).

Cette partie du territoire est séparée de la côte par un talus très escarpé, il y a 130 mètres de dénivellation entre le stade et le port de plaisance. La forêt couvre les pentes sud-ouest du Houëlmont. Entre l’embouchure du Galion et celle de la ravine Blanche, le long du rivage, l’habitat individuel est peu structuré et on voit aussi des équipements pour les marins-pêcheurs près de la rivière. C’est autour du port de plaisance (18) que s’organise l’espace. Il y a un centre nautique, toit rouge, mais surtout les bâtiments les plus proches du port sont des résidences privées d’un certain standing. Un important groupe de logements locatifs sociaux occupe les pentes fortes aux limites de la forêt. Des restaurants, des commerces liés à la plaisance et une plage située non loin animent ce littoral. La marina constitue l’un des pôles ludiques de l’agglomération sur la route qui relie la ville de Basse-Terre à la commune de Vieux-Fort.



 Documents complémentaires : légendes pour l'agglomération de Basse-Terre


Basse-Terre

Basse-Terre
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Capesterre-Belle-Eau : une commune rurale face à la pression urbaine et aux enjeux de durabilité

Capesterre-Belle-Eau est une ville située à mi-chemin entre les agglomérations de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre. Elle dispose d’un vaste terroir rural encore largement cultivé. C’est sur le territoire de cette commune que Christophe Colomb aurait débarqué en Novembre 1493. Située sur la Côte-au-Vent, terme d’origine marine, le territoire bénéficie d’un climat humide. Comme le souligne son nom, la présence de l’eau en abondance est l’un des atouts de la région, considérée comme étant l’un des « châteaux d’eau » de la Guadeloupe. Dotée de sols fertiles, elle est l’un des bastions de la culture de la banane.

La mise en valeur d'un espace aux potentialités multiples

L’image représente une partie du territoire de la commune de Capesterre-Belle-Eau : on aperçoit le bourg, appellation locale du centre-ville, sur la côte, et des espaces périurbanisés alternant avec des grands espaces cultivés. C’est une côte rocheuse, partiellement constituée de falaises contre lesquelles déferlent les vagues venues de l’océan Atlantique, à l'est. A partir de là, le relief s’élève rapidement vers l’ouest selon une pente régulière. De nombreux cours d'eau entaillent l'espace, leurs tracés se découpent en un vert foncé bien visible sur l'image. Ce réseau hydrographique dense et très encaissé découpe en plusieurs sous-ensembles un plateau incliné d’origine volcanique aux sols riches, à la topographie peu contraignante pour l'implantation humaine.

Entre ville et campagne, une occupation intégrale de l’espace

Les 20 000 habitants de Capesterre-Belle-Eau se répartissent entre différents noyaux plus ou moins éloignés du centre- ville et de ses environs. On peut distinguer sur l’image une ville côtière d’une part et des écarts appelés ici « sections ». Dans le bourg, un bâti dense se distingue, avec une organisation moins gémoétrique que les lotissements qui l'encadrent. Dans ce centre-ville se trouvent la mairie, l’église, les banques, différents commerces et le marché. Au nord du bourg, les équipements sportifs et les établissements scolaires ont engendré une extension de l'espace urbanisé.. Enfin des quartiers populaires avec un mélange d’habitats individuels et collectifs, se sont agglomérés autour du bourg le long des voies de communication,  et une petite zone  commerciale  a été établie vers la sortie sud de la ville.

Vers l’intérieur des terres, l’urbanisation se poursuit. Les friches industrielles de l’usine de Marquisat ne sont pas très visibles malgré leur emprise au sol. L’espace rural est résiduel, voué à disparaître. Au-delà de la route nationale qui contourne la partie urbaine de Capesterre-Belle-Eau, l’espace est consacré en priorité à l’agriculture et plus ponctuellement à l’habitat. Il s’agit de deux quartiers relativement étalés avec un mélange de maisons individuelles et d’espaces cultivés ou incultes. L’occupation est guidée par la voirie, en réseau pour Fonds Cacao au sud, linéaire pour Routhiers plus à l'ouest. La route conduit vers la troisième chute du Carbet dans la partie forestière à l’ouest.

Une région agricole, entre héritages et défis pour l'avenir

Un paysage rural ordonné. Sur l’image, le paysage agraire apparait très ordonné. Le parcellaire montre de vastes champs géométriques orientés est-ouest et nord-ouest sud-est. Les parcelles sont de tailles plus petites et plus ramassées à proximité de la route nationale, les chemins d’exploitation sont bien visibles. Les champs montrent des couleurs différentes. Le vert dense correspond aux bananiers tandis que les couleurs plus claires représentent les champs de canne à sucre. D’autres parcelles sont labourées.

La région a un riche passé sucrier, comme en témoignent les friches de l’usine Marquisat aux portes de la ville. Toutefois, les dégâts du cyclone de 1928 ont été tels que la culture de la banane s’est imposée dans une grande partie de la Guadeloupe dont la région de Capesterre. Après une période de monoculture, on assiste à un retour partiel de la canne à sucre cultivée en alternance avec la banane. Cette image offre ainsi un exemple type d’une agriculture de plantation mais avec la particularité d’associer deux cultures sur un même terroir.

L'organisation d'une exploitation : l'habitation Bois Debout. Dans la partie sud de l’image, on distingue  quelque s bâtiments au centre d'un vaste espace de champs : c'est l'habitation Bois Debout. Au centre du domaine cultivé se trouve la maison des exploitants, demeure dans laquelle  Saint John Perse a séjourné et qui appartient au patrimoine architectural de la commune. Les chemins quadrillent les différentes parcelles qui aujourd'hui sont dédiées à la banane. Au sud et à proximité de la route, les bâtiments de l’exploitation vers lesquels converge la production pour le lavage, le conditionnement avant l’expédition en conteneurs par le port de Jarry à destination notamment de Dunkerque.

L'avenir agricole face aux enjeux contemporains. D’importants enjeux sociaux, économiques et environnementaux concernent aussi bien l’échelle du territoire de Capesterre-Belle-Eau que de tout le bassin de production de la banane. C’est une culture commerciale qui occupe une main d’œuvre importante au plan local. Or elle doit faire face à la concurrence de la « banane dollar », produite à moindre coûts dans les pays d'Amérique latine . La mise en place d'un plan « banane durable » vise à valoriser les productions antillaise  dans cette concurrence internationale, en insistant sur la haute exigence des normes sociales et environnementales . Ce plan s'attaque également à un autre enjeu fort des agricultures de Capsterre. La production bananière de cette région et plus largement des Antilles Françaises a utilisé la  chlordécone, un produit autorisé pour combattre un charançon . Ce pesticide a pollué gravement les sols  et l’eau, ce qui pose des questions  sur la santé d’une large partie de la population et empêche la culture de tout produit en contact avec le  sol.  Selon les données  actuelles  ce produit ne disparaîtra pas  des sols  avant environ 500 ans. Au total, ce sont de redoutables problèmes environnementaux, de santé publique et de responsabilités politiques qui se posent. .



 

Documents complémentaires : légende de l'image de Capesterre-Belle-Eau


Capesterre-Belle-Eau




Les Monts Caraïbes et le Houëlmont : une allure montagneuse pour un ensemble imposant mais peu élevé

L’image satellite concerne l’extrême sud de la Basse-Terre avec une partie de la commune de Gourbeyre au nord, tout le territoire de Vieux-Fort dans le quart sud-ouest et une petite partie de la commune de Trois-Rivières au sud-est. On distingue un vaste ensemble boisé, montagneux sur la majorité de l’image, ce sont les Monts Caraïbes et le dôme du Houëlmont. Au vide de la partie centrale, s’oppose une occupation humaine périphérique au nord à l’intérieur des terres d’une part et le long de la côte d’autre part de façon discontinue, du sud-ouest à la plage de La Grande Anse. La Pointe du Vieux-Fort marque le passage de la côte au vent, à l’est, ouverte sur le canal des Saintes largement inhospitalière à la côte sous le vent à l’ouest, aux eaux plus calmes.

Des fonctions qui s’affirment

Au centre de l’image, selon une direction est-ouest, l’éclairage permet de distinguer la partie nord des Monts Caraïbes. Ce versant est resté boisé là où les pentes sont fortes. Dans l’angle nord-est, il y a un mélange d’habitat et de cultures. Les teintes claires sont les témoins d’une activité bananière résiduelle sur des pentes escarpées. À l’occupation linéaire le long de la route s’ajoute un petit lotissement. Au centre, de part et d’autre du Morne Boucanier, l’habitat est assez dense. À l’est de cette colline, une route dessert le quartier de Champfleury. Au sud, les bâtiments sont ceux d’un E.S.A.T (Etablissement Service d’Aide par le Travail) mais l’habitat individuel s’y développe. De même à l’entrée de ce quartier apparait un lotissement. La fonction résidentielle est de plus en plus nette à quelques kilomètres de la ville de Basse-Terre alors que le recul des surfaces cultivées s’affirme.

Au nord-ouest du Morne, une partie de l’espace est vide, c’est Valkanaërs, une zone humide, reste d’un ancien lac de barrage volcanique. À proximité, il y a une petite zone d’activité à la sortie du bourg de Gourbeyre (ZA de Grande Savane). Enfin, déjà aux portes de la ville, dans l’angle nord-ouest, une partie du quartier de Bisdary où des lotissements remplacent des terrains anciennement voués à l’élevage laitier. C’est aussi là que des services de l’État ont été déconcentrés tels que l’ARS.

Un volcanisme ancien

Cet ensemble présente d’autres centres d’intérêts dont le Houëlmont et une carrière. Le cliché montre une forme circulaire avec deux édifices. Il s’agit du dôme volcanique du Houëlmont, bien isolé du reste des Monts Caraïbes. Les pentes sont abruptes, boisées. Une route permet d’accéder à l’observatoire volcanologique de la Soufrière.

Les Monts Caraïbes sont distincts de la Soufrière. Ils relèvent d’un volcanisme plus ancien, entre 600 et 400 000 ans contre 140 000 à l’actuel pour la Soufrière bien plus jeune. Ils sont constitués de dépôts explosifs sous-marins et de rares coulées basiques. Le Houëlmont et le Morne Boucanier sont des dômes andésitiques. Monts Caraïbes et Houëlmont sont liés à des éruptions hydromagmatiques violentes. Les Monts Caraïbes étaient sans doute une île avant l’apparition du massif de la Soufrière. C’est au sommet du Houëlmont que s’est installé l’observatoire volcanologique. Présent en Guadeloupe depuis 1950, c’est un service géré par l’Institut de Physique du Globe de Paris qui assure la surveillance du volcan. Autrefois situé à Saint-Claude au lieu-dit Parnasse, le site s’est révélé peu approprié voire dangereux lors de la crise éruptive de 1975-1977. Le Houëlmont est plus éloigné du volcan et offre aux chercheurs une vue totalement dégagée sur toute la chaîne volcanique.

Le second centre d’intérêt du massif se situe au sud du Houëlmont. Il s’agit d’une carrière qui exploite depuis 1969  les coulées pyroclastiques. Cette activité consiste à extraire de la montagne de la pouzzolane pour produire du sable et du gravier d’origine volcanique. La pouzzolane est utilisée dans la fabrication de ciment, mais aussi dans l’agriculture. L’entreprise est tenue de remettre en état la carrière pour une réappropriation de l’environnement par la flore et la faune.

Un relief contraignant

Le versant sud des Monts Caraïbes est très différent de la partie nord. Le relief montagneux se termine sur une côte rectiligne de direction nord-sud à l’ouest. Elle est composée d’anses ouvertes, Turlet, Petite Fontaine, Anse Dupuy séparées par des caps comme Les Trois Pointes, et surtout La Pointe de Vieux Fort. En s’infléchissant vers l’est puis l’est - nord - est, ce sont les falaises qui dominent jusqu’à La Grande Anse. Plage de sable noir, c’est la seule plage de la zone et l’une des rares de ce sud Basse-Terre.

À l’ouest, le relief s’élève brutalement le long de la ligne de côte en raison d’une cassure nord sud. La route qui longe la mer est récente, elle a été construite à la fin des années 1970, (1977-1978), après l’éruption de la Soufrière entre 1975 et 1977. Elle a plusieurs avantages. C’est une route stratégique qui peut être utilisée pour évacuer une partie de la population en cas de nouvelle éruption, cette région est protégée par les Monts Caraïbes. C’est aussi une infrastructure qui a désenclavé la commune de Vieux-Fort. En effet, le relief peu élevé mais escarpé donc très contraignant s’est opposé à toute occupation humaine à l’ouest. La route est sensible à la houle cyclonique ce qui peut la rendre impraticable pendant de longs mois.

Vieux-Fort : une attractivité récente

À partir de l’Anse Dupuy, la seule route qui reliait Vieux Fort au reste de la Guadeloupe s’éloigne de la côte et guide la répartition de l’habitat vers la Grande Anse à l’est. L’essentiel de la population est concentré dans la commune de Vieux-Fort.

Située dans la pointe sud de l’archipel, aux limites entre la côte au vent et de la côte sous le vent, face au canal des Saintes, longtemps enclavée, la commune compte environ 1800 habitants.  Ce chiffre paraît modeste, mais la progression dans la période récente est remarquable, montrant l’attractivité de la commune qui se traduit par une densification de l’habitat visible sur l’image.

La distribution de la population montre plusieurs sous-ensembles. L’occupation évite la côte mais est gênée par les fortes pentes. La mer n’est accessible qu’à l’Anse Dupuy, bien abritée de la houle, c’est là entre le phare et le port que s’est étoffé un petit pôle actif autour de la pêche. Plus à l’est se trouve le centre avec le stade, l’église, la mairie, le cimetière.

Enfin, l’habitat gravit les pentes vers le nord suivant une petite route de desserte locale qui relie désormais deux quartiers autrefois séparés. Cette conquête des pentes se voit aussi plus à l’est. La densification de l’habitat, surtout dans la partie ouest, est clairement liée au désenclavement qui met la commune à dix minutes de la ville, c’est un processus de périurbanisation à la fois résidentiel et récréatif. L’activité économique est très réduite dans la commune dont le charme, la tranquillité et les paysages sont recherchés. Le littoral ouest est devenu un espace de loisirs pour l’agglomération. Les possibilités sont multiples, marche, course à pied, bicyclette, baignade, pêche côtière, plongée. Des aires de détente sont aménagées notamment à proximité des ruines du vieux fort.

Arrivés dans l’archipel en juin 1635 à Sainte-Rose dans le nord de l’île, largement décimés par la faim, les premiers colons avec à leur tête Charles Liénard de l’Olive s’emparent dès janvier 1636 des jardins vivriers tenus par les Amérindiens installés sur le site. Après les avoir massacrés, ils édifient un poste défensif puis un fort à proximité du phare actuel. De cette histoire naît peu à peu un quartier dont les atouts stratégiques, déjà connus des Amérindiens, sont mis à profit dans un cadre plus vaste. Dans un contexte de conflits avec l’Angleterre, Vieux-Fort devient un poste défensif avancé pour la ville de Basse-Terre au même titre que Trois Rivières et Baillif.

Une partie des Monts Caraïbes est protégée. Sa faune et sa flore sont remarquables, on y trouve des essences rares, une trentaine d’espèces d’oiseaux. Aujourd’hui, la municipalité de Gourbeyre met en œuvre une valorisation de la partie nord sur des terrains mis à sa disposition par le conservatoire du littoral en relation avec le patrimoine historique, naturel et les valeurs du développement durable.


Documents complémentaires légende de l'image de Mont Caraïbes


Mont Caraïbes

Documents complémentaires :

Atlas des paysages de l’archipel Guadeloupe, DEAL Guadeloupe, 2013, modifié 2018.

INSEE, « Grand Sud Caraïbes, entre isolement et influence », INSEE Analyses Guadeloupe, 2016, disponible sur

Atlas des Départements Français d’Outre-Mer, 3- LA GUADELOUPE, Centre d’études de géographie tropicale du CNRS, éd. du CNRS, Paris, 1982.

G. BOURDON (dir), Le massif volcanique de la Soufrière, Département de la Guadeloupe, Petites Antilles, carte géologique 1/20000°, éd. du BRGM, 2000.

M-E DESMOULIN, D. BONNISSENT, H. MAHEUX, T. ROMON, Basse-Terre, patrimoine d’une ville antillaise, éd. Jasor, Pointe-à-Pitre, 2006.

A. PEROTIN-DUMON, La ville aux îles, la ville dans l’île, Basse-Terre et Pointe-à-Pitre, Guadeloupe 1650-1820, éd. Karthala, Paris, 2000.

G. LASSERRE, La Guadeloupe. T 2, Les îles et leurs problèmes, éd. E.Kolodzied, Fort-de-France, 1978.

Contributeur

Daniel Sigiscar et Nicolas Delort, professeurs en CPGE, lycée Gerville Réache, Basse Terre.