Maldives - Malé : une capitale multi-insulaire, entre gestion de fortes contraintes et aménagements

Archipel de l’océan Indien composé de 1 200 îles coralliennes s’étirant sur plus de 800 km du nord au sud (de 1° sud à 7° nord), les Maldives sont situées à 600 km du continent indien. Malé, sa capitale, en position centrale par 4° 10’ nord et 73° 31’ est, se trouve à 650 km du Sri Lanka. C’est la seule ville notable du pays, dont le poids n’a cessé d’augmenter pour concentrer aujourd’hui presque deux Maldiviens sur cinq. Les autres vivent dans de petits villages. L’économie du pays repose sur la pêche et le tourisme

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Cette image a été prise par un satellite Pléiades le 26 mars 2016. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m.

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Malé : une capitale multi-insulaire


Les Maldives : un Etat de 1 200 îles  en forte croissance démographique


Les Maldives comptent près de 1 200 îles, dont 188 sont habitées, 109 sont occupées par des resorts et 128 sont considérés comme industrielles ou ont un autre usage.

Le pays connaît une croissance démographique soutenue en raison d’une population très jeune (31 % de la population à moins de 20 ans, 45 % à entre 20 et 40 ans) malgré une fécondité qui a beaucoup baissé (plus de 7 enfants par femme dans les années 1980, 2,5 aujourd’hui). Sa population est passée de 100 000 habitants en 1966 à plus de 400 000 au dernier recensement (2014).

La capitale, Malé, croît encore plus vite en raison d’une immigration massive provenant des autres îles des Maldives. En un demi-siècle, la population de cette agglomération a décuplé, passant de 15 000 habitants à la fin des années soixante à 150 000 aujourd’hui, soit 38 % de la population maldivienne, contre 11 % en 1967.

L’île de Mahé : une des plus fortes densités au monde
 

Au cœur de l’agglomération, l’île de Malé ne fait que de 2 km², malgré les gains latéraux sur le platier récifal à partir des années 1970. La pression démographique est très élevée, avec une des densités les plus fortes du monde, puisqu’on atteint les 65 000 hab./km².

On compense le manque de place par une élévation généralisée des constructions. Sur le front de mer septentrional, le long de Marine Drive, les bâtiments officiels modestes ont laissé place à des immeubles administratifs modernes, à des hôtels ou à des banques. En face de la President Jetty, la Grande Mosquée du Vendredi est le monument le plus visible dans le tissu urbain. En retrait, dans les quartiers d’habitation, l’exiguïté des parcelles conduit à la superposition des pièces et donc à la multiplication des constructions élevées et très étroites.

Outre les stades, dont le très britannique National Football Stadium de 11 500 places, bien visibles sur la photographie, des équipements publics sont localisés sur le pourtour de la cité : parcs de jeux, plages à l’est et à l’ouest, piscine au sud.

 Malgré la construction d’un nouveau port au sud-ouest de la ville et d’un terminal à conteneurs au nord, les bateaux de commerce sont souvent obligés de mouiller dans le lagon.




Hulhule : l’île-aéroport

La capitale ne se réduit cependant pas à la seule île de Malé. L’urbanisation se répand sur plusieurs îles, naturelles ou artificielles.

La plus célèbre est Hulhule - l’île-aéroport - constituée de deux îles réunies en 1968 pour allonger la piste d’aviation. Celle-ci peut accueillir les long-courriers depuis 1981 avec sa piste de plus de 3 000 m de long. Le trafic de Velana International Airport (MLE) est en constante progression.

Car c’est la seule porte d’entrée internationale, avec un flux touristique sans cesse croissant (114 000 touristes en 1985, 1,389 million en 2017). Hulhule a dû aussi être élargie pour construire des immeubles de bureaux et un terminal pour hydravions à l’est de la piste. On remarque d’ailleurs, sur le plan d’eau à l’est de la piste, les quatre axes d’amerrissage aménagés pour ceux-ci.

Thilafushi : l’« île-poubelle »

La croissance de l’agglomération a conduit les autorités à créer d’autres îles artificielles sur des platiers récifaux. Ainsi, à l’extrême ouest de la photo globale, apparaît Thilafushi, créée par le gouvernement en 1992 pour recevoir les déchets de l’agglomération et de nombreuses îles-hôtels.

Appelée l’« île-poubelle », elle a été largement agrandie et accueille aujourd’hui de nombreuses entreprises et activités polluantes. On remarque d’ailleurs un panache de fumée qui s’en échappe. La situation environnementale y est catastrophique et de nombreux médias ont fait des reportages sur ce lieu.

Hulhumalé : une opération d’aménagement majeure

A l’extrémité nord-est du cliché, Hulhumalé est une opération d’aménagement majeure qui a débuté en 1997. Ce nouveau terre-plein doit permettre de reloger une partie de la population de Malé et d’y installer des infrastructures portuaires, des entrepôts ou des équipements publics (mosquée, hôpital, école…).

Les premiers habitants s’y sont installés en 2004, mais le tsunami du 26 décembre 2004, a ralenti l’opération, emportant par exemple la chaussée qui le relie à l’île-aéroport. A terme, plusieurs ministères et établissements publics doivent y être relocalisés, avec l’installation de fonctionnaires.

L’ouverture en août 2018, entre Malé et l’île-aéroport, du Sinamalé Bridge, grâce à l’aide de la Chine comme son nom l’indique, devrait accélérer cette opération d’aménagement du territoire. Non visible sur la photo, ce premier pont interinsulaire des Maldives est long de 2,1 km. Il s’agit d’un ouvrage à péage doté de deux fois deux voies.      

Villingili : une île-hôtel

Immédiatement à l’ouest de Malé, Villingili a une histoire mouvementée. Maintes fois mise à sac par les pirates, frustrés de n’avoir pu franchir les défenses de Malé, ses habitants durent la quitter en 1961 parce qu’on y installa une prison, fermée une décennie plus tard pour en faire en 1973 une île-hôtel, une des cinq premières du pays. En 1990, le gouvernement, voyant la population de Malé gonfler, décide d’y permettre l’habitat. Cette île compte aujourd’hui plus de 7 000 habitants. Avec ses hôtels et ses maisons d’hôte, elle accueille surtout une clientèle locale pendant les vacances et les fins de semaine.

Les autres petites îles spécialisées et la montée du fondamentalisme wahhabite

Des îles plus petites ont des affectations très précises. Funadhoo, à quelques centaines de mètres seulement de Malé, est couverte de réservoirs servant au ravitaillement en carburant de l’agglomération.

Juste au nord, Dhoonidhoo était la résidence du gouverneur britannique jusqu’en 1964. C’est aujourd’hui l’île-prison, dans laquelle ont été notamment incarcérés de nombreux prisonniers politiques, rappelant que les Maldives ont eu à leur tête, de 2013 à 2018, Abdulla Yameen, très influencé par le fondamentalisme wahhabite importé d’Arabie-Saoudite et qui a renforcé la charia. Les femmes en niqab sont de plus en plus nombreuses dans la capitale. Cette réalité échappe totalement aux touristes qui ne font que transiter par l’aéroport avant de gagner leur île-hôtel. D’ailleurs le ministère des Affaires étrangères déconseille de séjourner à Malé et dans les îles-villages.

Le nouveau président Ibrahim Mohamed Solih, démocratiquement élu en septembre 2018, a annoncé qu’il allait réorienter sa politique étrangère vers l’Inde, les Etats-Unis et l’Union européenne. Il souhaite que son pays réintègre le Commonwealth, organisation qu’Abdulla Yameen avait quittée en 2016, en réaction aux exigences de celle-ci sur la question des droits de l’Homme.

Références ou compléments

Duvat V. et Magnan A., 2010, « Des archipels en péril ? Les Maldives et les Kiribati face au changement climatique », VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement , vol. 10, n° 3, consulté le 2.2.19.

Gay J.-Ch., 2000, « Malé (Maldives) : une capitale multi-insulaire », Mappemonde, n° 59

Gay J.-Ch., 2001, « L’île-hôtel, symbole du tourisme maldivien », Les Cahiers d’Outre-Mer, n° 213, p. 26-52.

Rufin-Soler C., 2005, « Les politiques de gestion insulaire dans l’archipel des Maldives », Cybergeo : European Journal of Geography, consulté le 2.2.19.

Contributeur

Jean-Christophe Gay -  professeur des universités, IAE de Nice, université Nice Sophia Antipolis