Russie - Vladivostok : une des plus grandes bases militaires navales sur l’Océan pacifique

La vocation de la ville de Vladivostok est directement affirmée dans sa traduction littérale du russe : « Qui maîtrise l’Orient ». Plus grand port maritime de la côte Pacifique et de l’Extrême Orient russe, cette ville, ce port et cette base militaire sont situées à seulement 50 km de la frontière chinoise et à une centaine de kilomètres de la Corée du Nord. Située à la terminaison d’une longue péninsule rocheuse entourée d’un vaste golfe marin, elle occupe une place géostratégique majeure. Après avoir été une ville fermée durant la Guerre froide, Vladivostok est aujourd’hui un des théâtres du renouveau de la puissance russe, tournée vers l’Asie.

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Légende de l’image satellite

Cette image de Vladivostok, ville portuaire du Pacifique, a été prise le 2 octobre 2018 par le satellite Sentinel 2A. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m.

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Présentation de l’image globale


Une grande base navale valorisant un site de baie exceptionnel

Une situation exceptionnelle : une magnifique baie bien abritée

Cette image présente la ville de Vladivostok, qui se situe dans l’extrême sud-est de la Russie. Cette ville portuaire s'étend le long d'une baie bien abritée, le Zolotoï Rog (littéralement « Corne d’Or »). Elle occupe l'extrémité sud de la péninsule Mouraviov-Amourski, qui s’avance sur 30 km de long et 12 km de large dans le golfe de Pierre-le-Grand, en mer du Japon. La ville est bordée à l'ouest par la baie de l'Amour, à l'est par la baie de l'Oussouri et au sud par le Bosphore oriental, qui la sépare de l'île Rousski.

Avant l'acquisition de la province par l'Empire russe en 1858, le site était occupé par les Mandchous. La ville est fondée dès 1859 comme base militaire navale puis fortifiée dans les années suivantes. Les deux millions d’habitants actuels de la région de Vladivostok (600 000 hab. pour l’agglomération, 1,4 million hab. pour tout le kraï du Primorié) sont, en grande partie, les descendants des paysans russes et ukrainiens venus coloniser ces territoires à la fin du XIXe siècle. Le plan orthogonal autour de la rue principale, l’Arbat, typique des villes nouvelles, est visible sur l’image à l’extrême ouest de la péninsule.

La plus grande base navale de la Côte Pacifique de la Russie

La ville connaît un rapide essor économique à partir de 1903, lorsqu'elle est reliée à Moscou et à l'Europe par le chemin de fer transsibérien. On peut voir la gare, terminus de la mythique ligne de chemin de fer, située au fond de la baie, à 9 302 km de distance de la gare de Yaroslav de Moscou. Il faut huit jours de train ou huit heures d’avion pour rejoindre la capitale, distante de 7 fuseaux horaires. En comparaison, Séoul n’est qu’à 750 km, Tokyo à 1 050 km et Pékin à 1 330 km.

La position d’abri de la baie du Zolotoï Rog en a fait un lieu privilégié pour la base navale de la flotte russe de l’Extrême Orient, ou Flotte du Pacifique. La base principale de cette flotte est située à Vladivostok et un certain nombre d'autres bases maritimes sont situées dans les alentours. Durant la guerre russo-japonaise, la Flotte du Pacifique est détruite par la marine impériale japonaise. Elle est reconstituée pour représenter au milieu des années 1980 un tiers du total des forces navales soviétiques, contre 25 % en 1965. Ces dernières incluent dans les années les plus fastes environ 800 navires et plus de 120 sous-marins.

Le rebond du port maritime après la crise des années 1990

Avec la fin de l’Union soviétique cependant, la Flotte du Pacifique est presque démantelée et la ville marginalisée. Après avoir été un débouché nouveau sur le monde asiatique à l'époque impériale et un terminus de la conquête de la Sibérie, Vladivostok devient alors un cul-de-sac. Port militaire fermé, interdit aux étrangers entre 1958 et 1990, elle subit de plein fouet le démantèlement de l'industrie d’armement dans les années 1990. La ville sombre alors dans une crise profonde et devient une des capitales du crime organisé en Russie.  
Dans les années 2000 sous l’impulsion de Vladimir Poutine, une reconstruction d'ampleur est entamée. La flotte du Pacifique est également reconstituée. L’escadre est composée aujourd’hui d’un grand bâtiment portant des missiles de croisière, de cinq « destroyers », de dix sous-marins nucléaires et de huit sous-marins à propulsion diesel. La construction de plusieurs sous-marins balistiques est annoncée.
Aujourd’hui, la ville voit son armée reconstituée à côté de nouvelles activités économiques tournées vers l’Asie. La baie accueille désormais en plus du port de commerce et du port de pêche, de nombreux chantiers navals, ou encore des brise-glaces qui terminent la Route maritime du Nord.

La rénovation spectaculaire de la ville sous l’impulsion de Moscou

Un des principaux facteurs de dynamisme de la ville est lié au programme de rénovation de vingt milliards de dollars dont a bénéficié Vladivostok afin d'accueillir le forum de Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC) en 2012.

Ce programme a permis notamment la construction de deux immenses ponts suspendus, bien visibles sur les images. Il s’agit tout d’abord du pont de près de deux kilomètres de long reliant la ville à l'île Rousski, au sud de la péninsule. Jusque-là accessible uniquement en ferry, l'île Rousski accueille à présent l'Université fédérale d'Extrême-Orient, entièrement réorganisée et modernisée. On peut voir sur l’image le campus en forme de demi-cercle, construit en 2010 pour attirer des étudiants de toute l'Asie.

Le programme de rénovation a également permis la construction d'un nouvel aéroport et d'un autre pont suspendu géant qui enjambe la baie de Vladivostok sur 737 mètres. Le pont routier à haubans du Zolotoï Rog, relie à présent les deux rives, à 70 m au-dessus des eaux de la baie.

Un port-franc ouvert aux investissements étrangers et tourné vers l’Asie

En octobre 2015, Vladivostok devient un port franc pour les 70 années à venir, c'est-à-dire une zone portuaire bénéficiant d'un régime particulier de douane et d'impôt, censée favoriser les activités commerciales et les investissements. Les résidents du port franc se voient accorder un certain nombre d’avantages : fiscalité allégée, procédures de douane et d'obtention de visa simplifiées, abaissement des barrières administratives.
Ce statut particulier - déjà été accordé à la ville entre 1861 et 1909 - a de multiples objectifs : améliorer le commerce transfrontalier, développer les infrastructures de transport, intégrer le Kraï du Primorie dans les routes de transport mondiales telles que les routes de la soie chinoises ou la Route maritime du Nord. Le but affiché est d’attirer les investissements, créer un réseau de centres logistiques pour le transport, le stockage et la transformation partielle des marchandises, et favoriser l'organisation d'industries orientées vers l'exportation de produits transformés pour créer de la valeur ajoutée.
Vladivostok a par ailleurs remplacé en 2018 Khabarovsk comme capitale du district fédéral extrême-oriental, illustrant une fois de plus la volonté gouvernementale d’en faire un grand port moderne tourné vers l’Asie.  
Un terminal d’exportation de pétrole a été construit à Kozmino et plusieurs gazoduc et pipelines sont en construction. Aujourd’hui, Vladivostok est bien plus qu’un port de guerre. Entre les ponts futuristes et les tours de verre, son paysage urbain a été bouleversé en quelques années. Ville devenue douce à vivre, au relief vallonné parcouru par les tramways, Vladivostok semble mériter de plus en plus son surnom de « San Francisco russe », résolument tournée elle aussi vers le Pacifique.


Documents complémentaires

Ouvrage :

Cyrille Suss et Pascal Marchand, Atlas géopolitique de la Russie, Editions Autrement, 2012, 64 p.

Image complémentaire :

Vladivostok dans son cadre régional. La ville portuaire du Pacifique surplombe la baie de la Corne d'Or, située à proximité des frontières avec la Chine et la Corée du Nord.

Cette image a été prise le 2 octobre 2018 par le satellite Sentinel 2A. La résolution est de 10m.



Contributeur

Camille Escudé, Agrégée de géographie, doctorante à Sciences Po – CERI 

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