Hawaï - L’île d’Oahu et la base aéronavale de Pearl Harbor, un site névralgique pour la puissance étatsunienne en Asie-Pacifique

Au centre de l’Océan pacifique, l’île d’Oahu s’étend sur 1 545 km² et est peuplée d’un million habitants. Seconde plus grande île de l’archipel d’Hawaï, le seul du Pacifique Nord, elle dispose d’un privilège exceptionnel : une très grande baie bien abritée avec un port en eaux profondes. Cet atout explique l’annexion de l’archipel en 1898 par les Etats-Unis et son rôle géostratégique essentiel dans le déploiement du dispositif militaire naval et aérien des Etats-Unis en Asie-Pacifique. C’est pourquoi les fonctions militaires y occupent localement une place économique si considérable. A 3 900 km des côtes californiennes, elle permet des capacités de projection vers l’Asie en tout point déterminantes qui expliquent son attaque par la marine japonaise en 1941, accélérant en retour l’entrée des Etats-Unis dans la Seconde guerre mondiale.
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Cette image de l’île d’Oahu a été prise 8 février 2018 par le satellite Sentinel 2B. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m. 

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Oahu-Pearl Harbor, une base aéronavale étatsunienne en plein Océan pacifique

Une île volcanique dans l’Océan pacifique, un site d’abri exceptionnel

L’image couvre l’ensemble de l’île d’Oahu qui s’étend sur 1 545 km2, elle est longue de 71 km nord/sud et large de 48 km ouest/est. Située au 21°28 de latitude nord et au 157°59 de longitude ouest, l’île d’Oahu est par sa taille la troisième île de l’archipel d’Hawaï. Elle se trouve à 42 km de l’île de Molokai et à 117 km de l’île de Kauai.

D’origine volcanique, elle est composée de deux massifs distincts bien identifiables : la Waianae Range à l’ouest et la Koolau Range à l’est. Le plus haut sommet, le Mont Ka’ala – dans la Waianae - culmine à 1 225 m d’altitude. Sur les 336 km de littoraux, une partie notable tombe directement dans la mer, en particulier dans la partie nord-ouest (cf. pointe de Kahuky) et nord-est (Pointe de Kaena). La côte sud et sud-est est bordée par une succession de barrières coralliennes qui en rend l’accès maritime difficile. Ces fortes contraintes littorales expliquent la survalorisation du sud littoral de l’île.  

Ces deux massifs volcaniques sont séparés par une vaste dépression qui s’ouvre au sud sur une vaste baie d’abri, Pearl Harbor, dont l’entrée est trés étroite mais qui abrite le seul port en eaux profondes de l’archipel d’Hawaï. Ce site exceptionnel accueille la base aéronavale militaire de Pearl Harbor. Dans la partie méridionale de l’île, le contact hautes terres/ mer est moins franc et permet le déploiement de plateaux (Barbers Point) ou piémonts qui accueillent l’essentiel de la population et les principales villes de l’île (Honolulu, Kanenhohe, Kailua). Très peuplée (densité : 635 hab. /Km²), l’île accueille 75 % de la population de l’archipel et de l’Etat fédéré d’Hawaï.

Du fait du poids des reliefs et des hautes terres qui couvrent 55,5 % de la surface, les espaces agricoles n’occupent que 17,5 % des surfaces, essentiellement entre Waipahu et Haleiwa au nord de la gouttière centrale. Par contre, les surfaces urbanisées couvrent 27 % de l’île, du fait en particulier d’une large conurbation qui occupe une partie du centre (Wahaiawa, Mililani) et tout le sud (Nanakuli, Kapolei, Waipahu, Pearl City, Honolulu).    

L’agglomération d’Honolulu, la capitale

Comme le monte l’image, on aperçoit nettement la vaste tâche urbaine d’Honolulu. La ville de 337 000 habitants est à la tête d’une agglomération de 953 000 habitants aux fortes densités (2 200 hab/ km²). On distingue assez facilement le centre-ville et le quartier des affaires (finance, commerce, administration) symbolisé par le First Hawaiian Center (134m de haut) et le campus de l’université ; le Capitol District avec ses bâtiments historiques ; le parc industriel de Kaka’ako ; l’Ala Moana District avec ses grands centres commerciaux et, enfin, Waikïtï, le grand pôle touristique historique.  

Honolulu est en effet la capitale politique, administrative et économique et le principal nœud logistique (port et aéroport) et touristique (vols charters, paquebots de croisière, hôtels de la plage de Waïkiki…) de l'archipel. Celui-ci est en effet devenu un des hauts lieux du tourisme de masse américain et japonais grâce à son climat attractif (3 035 heures de soleil par an, température de l’eau 25°C…) et au développement du transport aérien. Cet essor entraîne une urbanisation continue (hôtels, lotissements...) qui pose aujourd’hui des problèmes d’aménagement.

Une position névralgique dans l’Océan pacifique

Malgré sa taille réduite (16 615 km²), l’archipel d’Hawaï et l’île d’Oahu occupent une position névralgique puisque c’est le seul grand archipel de l’Océan pacifique, à part la Micronésie, situé au nord de l’Equateur.  En plein Pacifique, il se trouve à 3 900 km des côtes californiennes où se trouve la très importante base navale de San Diégo.

Cet archipel est constitué d’une guirlande de 137 îles et atolls (cf. Midway, à 2 500 km d’Honolulu) qui s’étend sur 3 900 km du sud-est au nord-ouest. Dans cet ensemble, seulement sept îles volcaniques jouent un rôle important : Kauai, Oahu, Molokai, Maui, Lanai, Kahoolawe et Hawaï. Son contrôle constitue donc un enjeu géopolitique majeur. Pour bien comprendre l’importance géostratégique d’Oahu, il faut bien sur changer d’échelle d’analyse.

Peuplé initialement par des habitants d’origine polynésienne, l’archipel est découvert en 1778 par James Cook. La colonisation de l’archipel s’inscrit au XIXème siècle dans la poussée impérialiste des Etats-Unis vers l’Asie (cf. 1853 : expédition de Perry qui contraint le Japon à s’ouvrir). Si dans les années 1850, baleiniers, pasteurs et planteurs s’installent dans un archipel organisé par une monarchie locale, la Reine Liliuokalani est déposée par un coup d’Etat en 1893. Dès 1875 cependant, le Reciprocity Treaty autorise la Navy à stationner dans l’île.

Ce royaume insulaire devient alors un protectorat des Etats-Unis avant d’être purement et simplement annexé en 1898 à l’occasion de la guerre contre l’Espagne qui transforme les Philippines en colonie étatsunienne (1898/1945). Hawaï s’inscrit alors dans la mainmise des Etats-Unis sur de nombreuses îles du Pacifique (Midway en 1867 ; Hawaï, Johnston, Palmyra, Guam et les Philippines en 1898 ; Wake en 1899, Samoa en 1900) qui transforme alors l’Océan pacifique en Océan étatsunien. Une fois leur mainmise assurée sur l’archipel d’Hawaï, les Etats-Unis vont construire ex-nihilo une base aéronavale de toute première importance dans la baie de Pearl Harbor.    

C’est dans ce contexte et dans le cadre de la montée des rivalités impérialistes en Asie, que le Japon impérial attaque la base de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, précipitant ainsi les Etats-Unis dans la Seconde guerre mondiale. Il faudra attendre 1959 pour qu’Hawaï devienne, tout comme l’Alaska, un nouvel Etat fédéré des Etats-Unis d’Amérique. Aujourd’hui, la possession de ces îles explique aussi le fait que les Etats-Unis disposent de la plus grande Zone Economique Exclusive maritime (12,1 millions de km²) au monde.

La base de Pearl Harbor et l’USINDOPACOM : le dispositif géostratégique dans le Pacifique   

Véritable porte-avion dans l’Océan Pacifique, l’archipel accueille une centaine d’installations militaires et entre 50 000 et 80 000 militaires. On distingue nettement sur l’image les quais, hangars et grands équipements ; les navires à quai ou à l’ancre ; les pistes aériennes.

Sur l’image se distingue en particulier le Camp H.M. Smith à Aiea, un ancien hôpital militaire construit sur un champ de canne à sucre. Il accueille aujourd’hui le siège de l’USINDOPACOM, le commandement unifié responsable de toute la région Indo-Pacifique et gérant au total 375 000 militaires. C’est l’un des plus anciens et des plus puissants commandements militaires hors le Mainland, les Etats-Unis continentaux.

Il est responsable du pilotage des activités militaires étasuniennes dans une zone couvrant 260 millions de km², soit 52 % de l’espace terrestre et accueillant plus de la moitié de la population mondiale. Sa zone d’action s’étend de la Côte Ouest des Etats-Unis à l’Inde, de l’Arctique à l’Antarctique. Il couvre tout le Pacifique (îles, Australie, Nouvelle Zélande), l’Asie du Sud-Est (Indonésie, Viet-Nam, Singapour, Thaïlande…), l’Asie de l’Est (Chine, Japon, Corée) et l’Asie du Sud (Inde, Pakistan…). De lui dépendent les troupes étatsuniennes stationnées au Japon et en Corée du Sud

La base navale accueille le siège de l’US Pacific Fleet, créée en 1907, et est à la tête de 250 000 marins, 2 000 avions de combat et 200 navires de toute nature et de toute taille (porte-avions, destroyers, sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire…).

Trois autres sites majeurs sont aussi à signaler. La base aérienne de Pearl Harbor Hickam accueille le siège de l’US Pacific Air Force qui dispose de 31 300 militaires et 334 appareils et de six pistes d’envol, quatre terrestres et deux maritimes.  Le Fort Shafter accueille le siège de l’US Army Pacific localisé dans l’agglomération d’Honolulu, entre Kalihi et Moanalua. Au sud-est, entre la Pointe Mokapu et Kanenohe, se déploie une vaste presqu’île occupée par une très importante base du corps des Marines, une des grandes armes spécifiques de l’armée des Etats-Unis.

Au coeur des réseaux de télécommunication, d’espionnage et de guerre électronique

Cependant, l’accumulation de cet arsenal impressionnant ne doit pas masquer aujourd’hui l’essentiel. Si Pearl Harbor et Oahu demeurent une base de garnison stratégique de premier plan, sa fonction de commandement et de pilotage mondial est aujourd’hui primordiale.

Dans ce contexte, on ne fait plus la guerre aujourd’hui comme il y a quarante ans. L’évolution des technologies, la montée exponentielle des réseaux et du cyberespace (…) ont transformé la fonction de l’île. Elle se trouve aujourd’hui au cœur des réseaux de télécommunication, d’espionnage et de guerre électronique des forces militaires étatsuniennes en Asie Pacifique.

A Wahiawa se trouve en effet une des plus grandes stations de télécommunications militaires au monde. On y trouve aussi un des trois principaux centres mondiaux du Joint Intelligence Operation Center Pacific, dont le siège mondial est à Tampa. Il dépend de la Defense Intelligence Agency (DIA), les services du renseignement militaire dont le siège est sur la base d’Anacostia- Bolling dans le sud-ouest de la grande banlieue de Washington. L’île est donc branchée directement à la fois sur les terrains d’intervention asiatiques et sur les plus hauts sites de décision de la 1ère puissance mondiale.   

Enfin, l’île accueille aussi un des principaux centres d’alerte des missiles nucléaires balistiques en couvrant toute l’Asie Pacifique, en complément du NORAD, qui protège directement le Mainland étasunien et dont le siège est dans le Colorado (base de Peterson, Colorado Springs). 





D’autres ressources

Aire de couverture de l’US Indo-Pacific Command (intégrant Guam).

Etats fédéré d’Hawai : cartographie et aménagement

Ressources sur Géoimage

Guam, une île du Pacifique au rôle géostratégique majeur pour la puissance étasunienne.

Californie. San Diego : un des plus grandes bases militaires navales sur l’Océan pacifique

Contributeur

Laurent Carroué, Inspecteur Général de l’Education Nationale