Boston : une métropole étatsunienne et mondiale de l’innovation avec Harvard et MIT

Ville de 700 000 habitants organisant une aire métropolitaine de 4,8 millions d’habitants, Boston est un des hauts lieux de l’innovation scientifique et technologique aux Etats-Unis et dans le monde. Elle le doit en particulier à la présence de deux institutions prestigieuses : l’université d’Harvard et le MIT (Massachusetts Institute of Technology). Celles-ci y impriment durablement leur marque dans le tissu urbain, social et économique. Ce système productif est fondé sur une articulation étroite entre recherche fondamentale et recherche appliquée, entre formation, innovation, production et commercialisation. Ce territoire est un des vecteurs majeurs de l’affirmation de la puissance étatsunienne dans le monde.

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Légende de l’image satellite

Cette image de la capitale du Massachusetts, Boston, a été prise 31 mars 2018 par un satellite Sentinel 2. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m. 

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Présentation de l’image globale


Boston, une métropole de la Mégalopolis et un haut lieu de l’innovation mondiale

Un site et une situation exceptionnelle

Cette image de Boston souligne le site exceptionnel de la ville. Venant de l’ouest, la Charles River se jette dans l’Océan atlantique dans un estuaire bien abrité, aux multiples ramifications. Il donne au large sur le Boston Harbor, lui-même protégé par de nombreuses presqu’îles ou îles (Deer Island au nord ; Long, Rainsford, Spectacle et Thompson Islands au large). Au large, la baie du Grand Boston est fermée par deux longues flèches de sable, dont la taille est cependant bien plus réduite que la magnifique flèche de Cape Cod, quelques dizaines de kilomètre plus au sud.

Sur cette côte de Nouvelle Angleterre, ce littoral très spécifique par sa morphologie a permis l’installation d’une importante et précoce vie maritime organisée par de grandes agglomérations (Portland, Boston, Providence ou New York) qui appartiennent au versant nord de la Mégalopolis qui se déploie jusqu’à Washington au sud. La pêche y demeure non négligeable, et le homard un plat régional très populaire. Enfin, malgré l’urbanisation, la région et l’agglomération - même littorales - demeurent très forestières (sapins, pins blancs, bouleaux, hères, érables). Et ce malgré la présence du bassin de Boston dont les sols moins médiocres et plus étendus que la moyenne régionale y ont permis dès la période coloniale une certaine activité agricole.

Une histoire ancienne, un marqueur identitaire et culturel

Dans cet ancien Nouveau Monde que sont les Etats-Unis, Boston bénéficie d’un statut particulier du fait de ses héritages, de son patrimoine architectural et urbain et de sa culture qui en font aussi un grand pôle touristique. Nous sommes ici au cœur de l’histoire du pays. Fondée en 1630, Boston porte le nom d’une ville du Lincolnshire d’où venaient ses fondateurs.

L’essor de la cité se fonde sur son orientation maritime avec le commerce transatlantique (bois, farine, poisson, viande) d’un côté, des Antilles (sucre, rhum, esclaves) de l’autre. A quelques dizaines de kilomètres au sud se trouve la ville de Plymouth où accostèrent les premiers colons du Mayflower en 1620. A quelques kilomètres au nord, appartenant à l’aire métropolitaine, se trouve Salem, connue depuis 1692 pour son procès pour sorcellerie.  

En 1773, une révolte antifiscale avec le rejet à la mer d’une cargaison de thé anglais déclenche les luttes aboutissant à la Guerre d’Indépendance. Ces activités commerciales sont à l’origine d’une importante base industrielle (construction navale, métallurgie, textile, agro-alimentaire) qui complète le tissu productif initial au XVIIIem et XIXem siècle. Enfin, la ville demeure encore aujourd’hui marquée par ses héritages migratoires, en particulier irlandais, son ouverture économique et politique au monde et l’héritage tutélaire du Président John F. Kennedy.  

Une ville centrée sur le port et la mer en profonde recomposition urbaine

Le centre historique de la ville se trouve sur la butte qui est enserrée à l’ouest par la Charles River et à l’ouest par le bras de mer. C’est là que se trouve aujourd’hui le quartier du commandement politique (JFK Federal Building, City Hall…) et des affaires (finance, banques, assurances, négoce) bien identifiable par ses hauts buildings. Vers l’est, sur une presqu’île se trouve l’aéroport international Logan à l’important trafic. Ce site central très découpé oblige à multiplier les ponts routiers et ferroviaires et les tunnels pour relier les différents quartiers.     

On est frappé par l’importance des équipements portuaires (nombreux quais, terre-pleins…) qui ourlent le rivage sur la ville-centre et les communes de Chelsea, Everett et Somerville au nord. Ils rappellent les puissants héritages sur lesquels s’est fondée la cité. Pour autant, ceux-ci ont été profondément transformés par la crise économique et démographique qui touche Boston dans les années 1980. La base industrielle traditionnelle s’effondre ; la population de la commune de Boston recule de 800 000 à 563 00 habitants entre 1950 et 1980 (- 30 %) avant de remontée à 700 000 aujourd’hui.

Ce renouveau démographique et économique s’appuie sur de très importantes opérations d’urbanisme pour traiter et revaloriser les importantes friches portuaires, en particulier sur le front de mer que domine le quartier des affaires et au sud. Ces dernières années, le South Boston Waterfront Innovation District a, par exemple, multiplié les opérations de rénovation avec la construction de nouveaux immeubles résidentiels ou d’activité (cf. construction du Boston marine Industrial Park). Ces opérations se multiplient aussi au cœur même de l’agglomération.      

Une économie métropolitaine dynamique, diversifiée, innovante et riche  

Au total, ces quinze dernières années, l’économie de la métropole a connu une spectaculaire croissance (+ 35 %). Car la commune de Boston appartient à une aire urbaine de 4,2 millions d’habitants et à une aire métropolitaine de 4,8 millions d’habitants. Celle-ci vient aujourd’hui au 10em rang national pour sa population, derrière Atlanta et devant Phoenix, et au 9em rang par sa puissance économique derrière Philadelphie et devant Atlanta.

Le processus de reconversion économique lancé dans les années 1980/1990 se traduit par une économie dynamique, diversifiée et riche. La santé, la finance et les assurances, les activités scientifiques et techniques (haute technologie, recherche-développement, information et communication…) et les universités sont les grands piliers de ce renouveau. C’est pourquoi l’aire métropolitaine de Boston vient ainsi au 6em rang pour le revenu par habitant : il est de 43 % supérieur au revenu moyen national et de 38 % supérieur au revenu moyen métropolitain. En particulier, on a vu se multiplier ces dernières décennies dans la banlieue une multitude de parcs d’activité accueillant les entreprises innovantes, en particulier sur l’autoroute urbaine A95 qui contourne toute l’agglomération.

La main d’œuvre se caractérise par un niveau de formation et de qualification élevé : 57 % des actifs ont un niveau post-bac dans la ville de Boston. Boston est ainsi au 1er rang pour les biotechnologies, devant San Diego et San Francisco. La forte présence de firmes transnationales, étatsuniennes ou mondiales, est renforcée par un fort esprit d’entreprise symbolisé par la présence d’un puissant système de capital-risque finançant l’innovation. L’agglomération bénéficie de l’attraction des cerveaux du monde entier (« brain drain ») avec les fameux visas HI-B pour les immigrés très qualifiés.

Mais comme toutes les métropoles étasuniennes, Boston connaît de profonds contrastes internes sur des distances très courtes. Le revenu moyen des 1 486 habitants du district financier est de 152 000 dollars, contre 19 000 dollars pour les 24 300 habitants du quartier de Roxbury et 33 500 dollars en moyenne pour les habitants de Boston. 20 % de la population est classé comme pauvre. Et 30 % de la population est d’origine étrangère (Chine, République dominicaine, Haïti, Salvador…). Pour autant, par rapport aux autres villes, la situation y est beaucoup moins déséquilibrée et tendue.

Une ville et une métropole aux fonctions universitaires très développées

Boston présente une forte orientation fonctionnelle vers les activités de formation et de recherche ; elle est par excellence une ville universitaire en accueillant des centaines de milliers d’étudiants. Si le MIT ou Haward sont les institutions les plus connues, la métropole accueille des dizaines d’institutions, en particulier dans le quartier South End (Northeastern University, Wentworth Institute, MFA School, Wheelock College, Emmanuel College…). A l’étroit, Harward y possède d’ailleurs quatre sites. Dans la riche banlieue sud-ouest sont implantées aussi de nombreuses institutions très connues (cf. Wellesley College pour les femmes, fondée 1870 sur un campus de 200 ha.). Dans leur environnement se trouvent par effet d’entrainement de nombreux établissements secondaires préparant à leurs concours d’entrée (cf. Dana Hall School, fondée en 1881).     

Cette ville universitaire est organisée par la présence de grands campus sur le modèle anglo-saxon. Entreprises pour l’essentiel privées dans lesquelles les frais d’inscription sont très élevés, ces institutions (universités, collèges…) historiques disposent en effet d’une très forte emprise foncière qui participe de la capitalisation immobilière, patrimoniale, culturelle et politique. Ce sont les lieux privilégiés de la formation des élites, étatsuniennes et mondiales, dont elles assurent la reproduction culturelle, professionnelle et économique. Par leur culture de l’entre soi, elles représentent un lieu névralgique dans l’exercice des pouvoirs politiques, économiques et technologiques.

Le MIT (Massachussetts Institut of Technology) : un site mondial de l’innovation

Comme le montre l’image, à l’ouest du vieux centre historique, sur la commune de Cambridge et le long des quais longeant la rive droite de la Charles River se trouve le MIT, ou Massachusetts Institute of Technology.

C’est l’un des instituts privés de recherche fondamentale et appliquée les plus puissants des Etats-Unis et un des plus connus au monde. Il se classe parmi les six premiers organismes d’enseignement et de recherche de rang mondial des pays occidentaux aux côtés de Berkeley, Cambridge, Harvard, Oxford et Stanford.

Sur le modèle des universités polytechniques germaniques (Allemagne, Suisse), il est fondé en 1861 en lien avec le développement de la révolution industrielle en Nouvelle Angleterre. Il bénéficie à la fois des aides et contrats publics des grands ministères et organismes d’Etat (Ministères de la santé, de la défense, de l’énergie ; NSF - National Science Foundation, NASA dans le spatial), des donations des grandes firmes industrielles ou de milliardaires (cf. Bill Gates) et des grands contrats de recherche (cf. IBM en intelligence artificielle…). Ses chercheurs ont essaimé ou participé directement à la création des grandes firmes étatsuniennes de haute technologies comme Raytheon (1922), Texas Instrument (1930), Hewlett-Packard (1939), Analog Devices (1965), Intel (1968), Qualcomm (1985), TSCM (1987), BlackRock (1988), Dropbox (2007) …

Cet établissement est très riche avec un budget annuel de 16,5 milliards de dollars, puissants et innovant. Il regroupe environ 1 000 enseignants et 11 500 étudiants, doctorants et docteurs. 44 % des diplômés qui y travaillent sont d’origine étrangères et viennent de 115 pays du monde, en particulier d’Asie et d’Europe. Nous sommes là au cœur du réacteur du hard et soft power étatsunien.  

Traditionnellement orienté vers les sciences de l’ingénieur, il se diversifie progressivement vers la biologie, l’économie, la linguistique ou le management. Au cours de son histoire, il a produit 93 Prix Nobels, 25 lauréats des Turing Award et 8 Médailles Fields (« Prix Nobel » de mathématique). 34 astronautes et 16 « chefs scientifiques » de l’US Air Force en furent membres ; rappelant ainsi son rôle dans le développement du complexe militaro-industriel et spatial des Etats-Unis. Dans les années 1990, son laboratoire d’informatique fut à la pointe dans la création du web (World Wide Web) et de l’internet. Ses équipes y travaillent aujourd’hui sur toutes les recherches des domaines de pointe comme l’intelligence artificielle, les sciences cognitives, la biotechnologie, le génome ou le cancer ou les grands enjeux énergétiques.

Dans la ville, le MIT s’est progressivement doté d’un très vaste campus couvant 68 ha., une emprise foncière et immobilière considérable. Ce vaste complexe technique intègre le siège et les fonctions administratives et financières, de très vastes laboratoires de recherche, les services de formations (cours, amphithéâtres), des bibliothèques et centres de documentation, des restaurants, des musées, des résidences, des commerces et des salles et équipements sportifs. Dans les années 2000/2010, de vastes opérations immobilières ont permis d’étendre ses bâtiments vers le nord-ouest et vers l’est. A l’échelle locale, le MIT est le second employeur et verse 14 % des revenus fiscaux de la ville de Cambridge.  

L’Université Harvard : une des huit de l’Ivy League, mondialement connue

Au nord du coude que dessine la Charles River entre les communes de Watertown et Cambridge se trouve le noyau historique de l’Université Harvard. Il se trouve à quelques centaines de mètres du MIT et à 5 km du quartier des affaires.

Fondée en 1636, Harvard University est historiquement la plus ancienne université des Etats-Unis. Elle appartient au groupe des huit plus vieilles, plus prestigieuses et plus grandes universités privées de la Côte Est. Elles sont regroupées  depuis 1954 dans l’Ivy League : Brown (Providence), Columbia (New York), Cornell (Ithaca, Etat de New-York), Dartmouth (Hanover, New Hampshire), Pennsylvania (Philadelphie), Princeton (Princeton, New Jersey) et Yale (New Haven, Connecticut).

Au cœur de la formation des élites, Havard a fourni huit Présidents des Etats-Unis – dont John Adams, Theodore Roosevelt, Franklin D. Roosevelt, John F. Kennedy, George W. Bush, Barack Obama -  et 62 milliardaires (Bill Gates, Mark Zuckerberg…). Il compte à son palmarès 158 Prix Nobel, 18 Médailles Field, 48 Prix Pulitzer (journalisme) et 108 médaillés olympiques.   

Disposant d’un budget annuel de 40 milliards de dollars, Harward accueille 22 000 étudiants pour un personnel de 4 700 salariés. Cet établissement privé très à l’étroit dans son site historique initial, un des hauts lieux du tourisme à Boston (visite, achats de souvenirs…), s’est très largement développé sur la rive droite puis de plus en plus sur la rive gauche où il s’est doté d’un véritable quartier universitaire. Son très vaste campus urbain occupe ainsi 85 hectares.

Documents complémentaires

Gérard Dorel : Atlas de l’empire américain, Autrement, 2006.
Laurent Carroué et Didier Collet : Les Amériques, Bréal, 2015.

Image complémentaire

L' Institut de technologie du Massachusetts ou MIT est un institut de recherche américain et une université, spécialisé dans les domaines de la science, du numérique et de la technologie. Il est constitué de 30 départements de cinq écoles différentes.

Le satellite Copernicus Sentinel-2B a capturé cette image en vraies couleurs le 31 mars 2018. Il s'agit de la région de Boston.

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Contributeur

Laurent Carroué, Inspecteur général de l’Education nationale