Pays de la Loire - Nantes : une métropole du Grand Ouest à la recherche d’un nouveau modèle de ville durable et attractive

En vingt ans, la croissance démographique de l’agglomération de Nantes Métropole a été deux fois supérieure à la moyenne nationale pour atteindre aujourd’hui 630 000 habitants. Du fait de son attractivité migratoire, sa population est particulièrement jeune (2/3 moins 40 ans). Dans ce contexte, la partie centrale de la métropole a connu de profondes recompositions urbaines et fonctionnelles alors que la croissance démographique et urbaine s’accélère en deuxième et troisième couronnes. Aujourd’hui, les collectivités territoriales souhaitent mettre un frein à l'étalement urbain des dernières décennies, en particulier aux ensembles pavillonnaires fortement consommateurs d'espace. Les acteurs de la ville font désormais la promotion de la « ville compacte », en multipliant les opérations innovantes, notamment dans le centre-ville et dans l’île de Nantes. La métropole est confrontée à plusieurs défis : la gestion d’une extension à la fois mal maitrisée et contrainte, la mise en œuvre de nouvelles centralités renforçant le métropolisation et, enfin, la définition de nouvelles infrastructures structurantes.

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Légende de l’image

Cette image a été prise par un satellite Pléiades le 3 novembre 2016. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m

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Présentation de l’image globale

Nantes : une métropole attractive du Grand Ouest confrontée
à de nombreux défis d’aménagements

Une agglomération à l’extension à la fois mal maitrisée et contrainte.

Comme le montre l’image, l’agglomération de Nantes occupe un site de fond d’estuaire, celui de la Loire, coulant de l’amont vers l’aval de droite à gauche, qui explique historiquement sa large ouverture maritime. Ce site est organisé par la présence de plusieurs îles permettant un facile passage à guet nord/sud, renforcé progressivement par de nombreux ponts. A partir du noyau initial, l’agglomération a connu une très forte urbanisation sous forme de vastes banlieues puis une importante périurbanisation qui ne cesse de s’étendre sur sa ceinture agricole et rurale dont il ne reste sur l’image que des lambeaux (est, sud-ouest de l’image).   

La progression de la population des 24 communes de Nantes Métropole sur les vingt dernières années a en effet été deux fois plus rapide que la moyenne nationale avec plus de 630 000 habitants en 2019. Outre sa capacité d'attraction de nouveaux arrivants, Nantes Métropole mise, à long terme, sur l'énergie d'une population particulièrement jeune, où deux habitants sur trois ont moins de 40 ans. Ce sont les communes situées en deuxième et troisième couronnes qui connaissent aujourd'hui la plus forte progression du nombre de logements et la plus forte évolution des paysages par le biais, notamment, du mitage urbain.

Dans ce contexte, les collectivités territoriales souhaitent mettre un frein à l'étalement urbain des dernières décennies, pendant lesquelles les logements construits ont été essentiellement des ensembles pavillonnaires fortement consommateurs d'espace. Les acteurs de la ville font désormais la promotion de la ville compacte, avec des opérations de maisons en bande ou de petits collectifs (compacité, économie des réseaux et voiries...). Les opérations innovantes se multiplient notamment dans le centre-ville et l’île de Nantes. Les défis sont pourtant nombreux et l’approche peut se décliner ici en trois axes abordés dans l’analyse via quatre zooms : une agglomération à l’extension à la fois mal maitrisée et contrainte, de nouvelles centralités qui renforcent la métropolisation et redéfinissent activités, habitat, déplacements par des polarisations nouvelles, et enfin, de nouveaux enjeux liés à des infrastructures structurantes.

L’observation de l’étalement urbain sur l’image montre le dynamisme de l’implantation résidentielle et d’activités qui s’oriente nord-sud et non plus dans l’axe du fleuve. Cette évolution morphologique de la ville, en forme de main ouverte, est impulsée par les axes routiers mis à quatre voies, tant vers Rennes, au nord, que vers Cholet et la Vendée, au sud.

Ce processus d’étalement urbain trouve cependant ses limites par la protection des espaces naturels et agricoles, en proche périphérie, et la nécessaire prise en compte du risque d’inondation, tel que le zoom sur Basse-Goulaine peut le montrer. Des coupures nettes dans le paysage s’observent, discontinuités entre le bâti et un « tiers espace » qui n’est ni la ville, ni la campagne.

Métropolisation et émergence de nouvelles centralités

La métropole est remodelée par l’émergence de nouvelles centralités qui renforcent la métropolisation et redéfinissent activités, habitat, déplacements par des polarisations nouvelles. Depuis deux décennies, une mutation totale de certains quartiers nantais s’opère.
D’anciennes friches industrielles transformées en espaces ouverts, convoités, où s’affichent des programmes d’architecture et d’urbanisme ambitieux, redéfinissent les centralités. La mutation incessante de l’ouest de l’île de Nantes en est l’acmé et l’ambition d’en faire un quartier métropolitain aux activités économiques, sociales, culturelles, diverses et multiples pose la question des moyens donnés pour cette ambition en termes, notamment, de réserve foncière pour y habiter et de déplacements pour y accéder.
Dans un autre registre, la polarisation d’un nouveau quartier attractif entre Loire et gare, axé sur la verticalité de ses constructions, soulève le problème de la densité et de la pérennité d’espaces naturels de respiration, telle la petite Amazonie.
De nouveaux enjeux liés à des infrastructures structurantes
Aménagement majeur, la construction d’un nouveau CHU sur l’île de Nantes, au cœur de la ville, invite à repenser l’accessibilité des grands services, et, par extension, au nombre d’ouvrages d’art sur la Loire alors que les cliniques privées se sont positionnées en limite de banlieue, proches du périphérique.

De même, le zoom sur la route de Paris montre que la gestion des transports collectifs entre le pôle urbain et la première couronne périurbaine est un enjeu important dès lors que les entrées de ville sont encore largement saturées par la voiture et ce, malgré quelques aménagements forts comme le tram-train Nantes-Chateaubriant.

Dans de nombreux domaines, la politique nantaise représente un pari sur l'avenir, à la fois risqué mais, à certains égards, incontournable pour son développement. Cette métropole régionale n'en est plus véritablement une par l'ampleur qu'elle a su prendre mais elle n'est pas non plus - ou pas encore - devenue une métropole européenne. C'est donc une ville en mutation qui s'offre à l'étude et en fait, une véritable ville-laboratoire, qui pourrait devenir une ville-modèle de ce qu'il est possible de faire en termes de reconversion si les succès tangibles du moment se concrétisent dans l’avenir.

Aujourd’hui, l'économie de la connaissance impose une construction et une redéfinition permanentes de la centralité : nouvelle centralité métropolitaine de part et d’autre de la Loire avec un horizon politique fixé à 2034. Une spécialisation dans certains secteurs porteurs est apparue comme incontournable et Nantes s'affirme désormais comme une métropole de services majeure.

Les sociétés de conseil et assistance (numérique, conseils aux entreprises, médias), industries de la création (numérique, design…), les activités financières et les biotechnologies constituent le cœur de développement local. Ce choix de développement est indissociable d'une dimension de marketing territorial visant à attirer les entreprises en attirant les cadres (« creative class ») : c’est l’objectif de la redéfinition du quartier du Pré Gauchet, nouvelle centralité proche de la gare, elle-même en profonde restructuration pour une livraison en 2020, raccordée au réseau européen de transport.

Tous ces choix et évolutions récentes ont des impacts forts sur les territoires de l’agglomération nantaise.

Zooms d’étude


Les mutations urbaines et fonctionnelles de la zone centre

La zone centre de l’agglomération connaît de profondes mutations urbaines et fonctionnelles qui définissent de nouvelles centralités qui renforcent la métropolisation.

On peut découper cette image de l’ouest de Nantes en quatre parties qui suivent le cours de la Loire. Au nord du bras de la madeleine, le quai de la Fosse, le Nantes historique et patrimonial (A). Au sud de ce bras, la partie ouest de l’île de Nantes (B), enjeu majeur d’aménagement urbain pour l’attractivité de la métropole. Dans la continuité, sur la rive droite de la Loire, le quartier du bas-Chantenay (C) entre habitat résidentiel établi et quartier industriel en mutation. Enfin, la rive sud de la Loire (D) qui se lit comme une zone urbaine composite entre le village de Trentemoult enserré par un parc d’activité commercial et de veilles activités industrielles parfois en friche.

Le quai de la Fosse, le Nantes historique et patrimonial

Le quai de la Fosse (1), qui longe le bras de la Madeleine dans la partie nord de l’image et les rues qui y descendent, constituent l'ancien port de Nantes. Les deux bateaux à quai visibles sur l’image, à l’est un bateau de croisière fluviale et à l’ouest le Maillé-Brézé, ancien escorteur d’escadre de la Marine nationale converti en musée, sont à la fois des témoignages du passé portuaire de Nantes et du nouvel attrait touristique de la ville depuis une dizaine d’années.

Le maillage viaire perceptible de cette partie nord du document contribue à qualifier les paysages urbains de l'agglomération qui présente une typologie de voies variées : voies rapides, cours, ruelles... Ce tissu définit l'échelle des îlots, fortement diversifiée selon les fonctions et les époques des différents quartiers. Il peut être très dense comme dans le centre historique. L’agglomération nantaise présente aussi la particularité d’avoir de nombreuses rues plantées de doubles alignements d’arbres avec une réelle diversité d’essences comme dans les quartiers résidentiels au nord du quai de la Fosse et dans les quartiers de la Butte Sainte Anne et de Chantenay, quartiers gentrifiés.

Comme on peut l’observer sur l’image, les principaux axes de pénétration vers le centre ville de Nantes, voie routière large, parfois à deux voies, complétée par le tramway le long du quai de la Fosse, sont bordés d’immeubles résidentiels de 3 à 5 étages – certains étant d’anciens hôtels particuliers du XIXe siècle - avec des activités tertiaires (cabinets d’architectes, entreprise d’intérim, restaurants, bars, commerces de détail…) au rez-de-chaussée.

La partie ouest de l’île de Nantes, enjeu majeur de renouvellement urbain pour l’attractivité de la métropole

Sur cette partie de l’image on peut identifier une identité portuaire et industrielle forte, patrimonialisée depuis une vingtaine d’années. Historiquement, l'activité industrielle s'est installée sur les bords de Loire selon un urbanisme fonctionnaliste pour mieux acheminer les marchandises transportées par la Loire, interface de fond d’estuaire entre l’hinterland et l’Atlantique.

Sur les berges de Loire et dans cette partie ouest de l’île de Nantes, on observe que ce sont les bâtiments industriels, les grues et cales des anciens chantiers navals qui visuellement sont en héritage. Ils se distinguent par leur volume imposant et leurs couleurs métalliques. Ils développaient, le long des quais, de vastes zones d'activités interdites au public ce qui rendait ces points de vue sur la ville par la Loire assez confidentiels. Ces lieux sont aujourd’hui réinvestis.

Depuis la fermeture des chantiers navals en 1987 et le déménagement des activités portuaires toujours plus en aval, le quartier est passé de grande zone de friche industrielle dans les années 90 à un pôle majeur du développement et du rayonnement de la métropole nantaise au tournant du XXIème siècle. L’ambition affichée par les élus de la métropole étant de faire de ce nouveau quartier le cœur de la métropole de demain.

Les transformations de l'île de Nantes et le renouvellement urbain des anciens chantiers navals tiennent une place à part dans l'évolution récente des paysages. La décennie 2000-2010 a marqué une évolution radicale du paysage de l’ouest de l’île de Nantes. Basée sur des principes de valorisation du patrimoine industriel et maritime ainsi que sur une reconquête de l’espace public, c’est à la fois une nouvelle centralité et un nouveau paysage identitaire qui ont émergé.

En chantier depuis plus de deux décennies, ces espaces exposent aujourd'hui des architectures audacieuses et variées, nouvelles ou réhabilitées, qui changent radicalement le paysage urbain ligérien. Comme en témoignent les terrains en construction et les nouveaux immeubles perceptibles sur le document, les anciens quartiers populaires et les vieux hangars laissent place à des immeubles d'habitation contemporains voire cossus jouissant de perspectives sur la Loire et sur la ville.

Ce renouvellement urbain s'est accompagné d'un engouement culturel et d'une redécouverte de ces espaces par les Nantais. Les terrasses animent aujourd'hui les bords de Loire dans un environnement post industriel. La mutation de l'espace est radicale mais assumée avec des reliques industrielles mises en scènes dans ce nouveau paysage urbain ligérien.

Sur l’image, on peut voir du pont Anne de Bretagne (2) au nord de l’île jusqu’à la grue Titan grise (3), à l’ouest, un ensemble d’aménagements dédiés aux loisirs. Cela va du hangar à bananes (cafés, salles de concert et d’exposition) au toit rouge du Carrousel des mondes marins (4) (gigantesque manège sur quatre étages avec des attractions uniques tirées de l’imaginaire de Jules Verne) au toit des nefs des anciens chantiers navals aménagés en salles de concert (Stéréolux, Trempolino, ateliers des Machines de l’île) sans oublier les anciennes cales de lancement de navires aménagées en espace de promenade. Ces espaces voient tous les jours déambuler le grand éléphant des Machines de l’île (nouveau symbole publicisé de la ville devant Anne de Bretagne et l’équipe de football du FC Nantes).

À l’est des anciens chantiers navals, on peut identifier sur l’image les toits des anciennes usines (notamment les halles Alstom (5)) liées à l’ancienne activité industrielle du lieu. Aujourd’hui nommé « quartier de la création », il abrite l’école des beaux-arts, l’école d’architecture, le nouveau palais de justice de Nantes (6), l’école du bois, Médiacampus et bientôt d’autres écoles et entreprises du numérique comme l’école du design. L’ambition de la métropole est de faire de ce quartier un pôle d’innovation et de création de dimension européenne.

Enfin, sur sa partie sud on distingue nettement le terminus des voies ferrées (gare de triage) qui permettaient d’importer et exporter les marchandises transitant par le port de Nantes. Au sud des voies ferrées on observe l’immense emprise de l’ancien MIN (Marché d’Intérêt National (7) de Nantes, déménagé au sud de l’agglomération au printemps 2019. L’immense espace libéré par ces deux infrastructures est de 80 hectares et près d’1 million de m² constructibles fait l’objet d’une vaste transformation urbaine programmée jusqu’en 2026.

Au cœur de ce projet qui soulève quelques contestations, le déménagement et l’installation du futur CHU de Nantes (l’ancien CHU de Nantes est visible au nord-est de l’image, bâtiment monumental en forme de croix) et de la nouvelle faculté de santé. Autour, il y a un vaste projet de 150 000 m² de bureaux, d’activités et commerces, 10 000 m² d’équipements publics de proximité, 20 hectares d’espace vert et 2 000 logements. Ce transfert d’un équipement majeur sur seulement 10 ha et dont 70% des futurs usagers viendront de l’aire urbaine, soulève, entre autres, le problème aujourd’hui majeur de l’accessibilité d’un espace central et contraint. La nécessité d'un nouveau franchissement de la Loire, liée à la saturation des ouvrages d'art reliés à l'île de Nantes, devient donc plus aigüe avec ce choix d’implantation. Le doublement du pont Anne de Bretagne a déjà été acté comme première étape sur ce qui se révèle être un serpent de mer pour les décideurs publics.

L’objectif de ce renouvellement urbain des anciens espaces industrialo-portuaires, relativement « classique » pour une ville portuaire de fond d’estuaire (Montréal, Londres, Amsterdam, Bordeaux, Rouen...) est double. À la fois, recentrer le cœur de la métropole nantaise au plus près du fleuve et, dans le cadre de la métropolisation en cours à l’échelle nationale, européenne et mondiale, faire de Nantes une ville de premier plan dans les domaines des industries et de la recherche numériques, médicales et récréatives à l’échelon national voire européen.

Le bas-Chantenay entre résidentiel établi et ancien quartier industriel en devenir

Comme on peut l’observer sur l’image, c’est un quartier mosaïque historique de Nantes composé d’habitats résidentiels, principalement des maisons individuelles avec la butte Sainte-Anne et son église (8) visible sur l’image comme point central (fin du sillon de Bretagne qui se termine par une paroi rocheuse dominant les bords de Loire) et d’espaces verts dans sa partie nord (le coteau) et d’activités industrialo-portuaires (la plaine) dans sa partie sud en bord de Loire.

Au même titre que l’île de Nantes qui lui fait face, un grand projet de renouvellement urbain a été lancé en 2017 qui a comme point central la création du Jardin extraordinaire sur l’ancienne carrière et friche industrielle de Misery (9). Là, s’élèvera l’Arbre aux hérons, nouvelle audace mécanisée qui a fait connaître Nantes par ses Machines de l’Ile. Cette sculpture structurera l’ensemble du renouvellement urbain du quartier qui passera d’un site industriel en bord de Loire à un site dédié aux activités tertiaires et de loisirs tout en gardant en son sein des activités industrielles et logistiques historiques. L’objectif est d’accentuer la nouvelle centralité métropolitaine amenée à se développer de part et d’autre de la Loire en confortant l’aménagement des quais et berges afin d’offrir une meilleure continuité avec le centre-ville et l’île de Nantes.

La problématique de ce projet doit prendre fin en 2037 en arrivant à concilier habitat, activités industrielles, commerciales, tertiaires et de loisirs, dans un quartier qui doit rester attractif et agréable à vivre. L’objectif affiché de ce projet est de trouver le meilleur équilibre entre usages actuels (très marqués sur l’image) et futurs de ce quartier.

Les ambiances urbaines composites des bords de Loire : le village de Trentemoult enserré par un parc d’activités et de vieilles activités industrielles

La dernière partie de l’image qui correspond à toute la rive sud de la Loire se compose dans la partie nord d’une ambiance composite des bords de Loire et au-delà vers le sud de l’axe pénétrant ouest-est du sud de Nantes (quatre voies), de logements individuels typiques du sud de la Loire (maison de plain-pied avec toiture en tuiles). En effet, les matériaux de couverture utilisés rappellent que la Loire est bien une frontière géographique qui se traduit sur les toitures par l'ardoise dominante au nord (bas-Chantenay), et uniquement la tuile canal au sud (Trentemoult).

Nous nous attarderons surtout sur l’ancien village traditionnel de pêcheurs de Trentemoult (10), ancienne île de Loire, visible sur l’image en face de la zone industrielle du bas-Chantenay. La morphologie urbaine d'origine du village de Trentemoult est constituée d'un réseau serré de places et de rues étroites distribuant des îlots urbains classiques densément construits. Toutefois la densité en logement n'est pas très élevée au regard de la densité bâtie compte tenu de la mixité de fonctions observées (commerces, activités tertiaires, équipements, etc.) tout autour. En effet, le village de Trentemoult apparaît enclavé entre une vaste zone industrielle et commerciale au sud et à l’ouest et à l’est des espaces industriels parfois en friche, comme les anciens abattoirs de Rezé (commune limitrophe du sud de Nantes) visible sur l’image, grand espace vide après la destruction des bâtiments.

Cette ambiance urbaine composite n’est pas sans occasionner des conflits d’usage comme en témoigne la discorde en 2016 et encore aujourd’hui autour de la chaufferie collective Californie (centrale gaz) dont les travaux de construction sont visibles sur l’image à l’ouest de Trentemoult. Sa construction a occasionné de nombreuses plaintes et actions de la part des riverains pour cause de nuisances.

Cet espace urbain composite est lui aussi amené à évoluer ainsi, après cinq années d’exploitation du site des anciens abattoirs (11) dans le cadre du Voyage à Nantes par le projet artistique Transfert dédié à l’art, à l’expérimentation et à la rencontre. Ce site éphémère mêlera pendant cinq ans une programmation artistique, jeux, bars et restaurant, le site souhaitant questionner les capacités de la culture à inventer la ville de demain. Ville de demain que Nantes cherche à réinventer à travers tous les projets engagés autour de l’axe ligérien.



La place et l‘avenir d’une zone humide au cœur d’un espace central

Dans ces dynamiques métropolitaines, quelle est la place et l'avenir d'une petite zone humide singulière au cœur d'un espace qui se redéfinit par sa centralité ? Cloisonnée au nord par le nouveau quartier du Pré Gauchet (1), longée par la voie ferrée et limitée au sud par le quartier de Malakoff (2), la Petite Amazonie (3) est un espace discret de 18 hectares qui peut se définir comme un poumon vert urbain fait majoritairement de bois et de quelques prairies humides.
Sa position singulière a été accentuée depuis le Grand projet de ville qui a permis, depuis 2004, le renouvellement urbain du quartier résidentiel de Malakoff, ensemble de barres et de tours datant de la fin des années 1960. Les opérations de réhabilitation et de construction d'infrastructures de communication (dont le pont Éric Tabarly (D), visible au sud de la photographie), ont permis de désenclaver le quartier et de le relier tant au centre-ville, à l'ouest, qu'à l'île de Nantes, au sud où se concentrent tours d’habitation (ombres visibles) et bureaux (dont le siège du Conseil Régional).
C'est également dans ce contexte que l'ancienne friche industrielle du Pré Gauchet, à l’est de la photographie, a été repensée comme un nouvel espace dynamique adossé à la gare, point névralgique d'attractivité. Ce quartier à la fois résidentiel et de bureaux est marqué par sa verticalité, de part et d'autre d'une artère centrale orientée sud-ouest/nord-est. Il vient buter contre la Petite Amazonie, espace de respiration naturelle dans ce qui est considéré comme un nouveau centre de Nantes.
Intégrée au réseau Natura 2000, espace protégé disposant donc d'une biodiversité intéressante, la Petite Amazonie est pourtant amenée naturellement à l'eutrophisation faute d'une gestion globale. Les ormes et les saules recouvrent les anciennes traces des bombardements alliés de la Deuxième Guerre mondiale mais l’espace est devenu une étape du parcours hors-centre du Voyage à Nantes et des œuvres d’art s’y sont implantées. C’est tout le paradoxe et l’incongruité d’un petit espace vert unique dont on ne sait, aujourd’hui, que faire.


Image complémentaire :
Le quartier de Malakoff et la Prairie de Mauves en 1944 : 4 Cratères laissés par les bombes.
Source : archives de Nantes


Les enjeux d’une entrée de ville classique : la route de Paris

La route de Paris est une radiale majeure centre/périphérie de l’agglomération nantaise. Entrée de ville linéaire plutôt classique, elle prolonge la D723 venant d’Angers. Orientée sud-ouest/nord-est sur la photographie, la route de Paris est structurée par trois axes transversaux importants : la ligne tram/train, le périphérique (N844) et l’A811, axe rapide reliant l’autoroute A11 « Océane » au périphérique nantais. L’implantation classique de grands équipements structurants répond ici à une logique encore dominante : l’accessibilité par la route. Pour autant, le tissu d’activités, d’habitat, générant des flux importants, amène à des choix d’aménagement par les pouvoirs publics pour diminuer la place de la voiture à l’intérieur de la ceinture périphérique et, désormais, à l’échelle de l’agglomération. Ces choix s’opèrent à partir de la rénovation d’anciennes infrastructures visibles sur la photographie.

A l’intérieur du périphérique, la route de Paris est bordée de platanes. Un tissu industriel fait de bâtiments monumentaux datant de 1920 rappelle la vocation ouvrière d’un espace pas encore tout à fait tertiarisé. Ainsi, à l’angle sud-ouest de la photographie, le quartier du Perray (1), avec les sites ACB (aéro-industrie), AlteAd et Saunier-Duval, cohabite avec le modernisme du pôle intermodal de la Haluchère-Batignolles (2), gare principale de la ligne originale du Tram-train Nantes/Chateaubriant sur une vieille ligne réouverte en 2014 et raccordée à la ligne 1 du tramway nantais. Ce pôle d’échanges entre différents modes de transports de voyageurs (voitures, train, tram, bus et transports doux) fonctionne comme un hub en limite de banlieue, à 5 km du centre-ville, où 20 000 usagers se pressent chaque jour. C’est également une vitrine d’une politique de développement urbain durable portée par les collectivités.

Visibles sur l’image, autour des portes reliées au périphérique (N 844), se greffent, de part et d’autre, de grands équipements sportifs et d’expositions (le complexe de La Beaujoire (3)), des môles commerciaux (Paridis (4), La Beaujoire) mais aussi des ensembles de bureaux (siège régional du Crédit agricole) et l’importante clinique mutualiste Jules Verne. Entre ces équipements, bâtiments et parkings, s’intercalent des ensembles majoritairement pavillonnaires parfois à couverture de tuiles, les immeubles étant rares hormis le petit ensemble de tours à l’est du stade de la Beaujoire. Au-delà du périphérique, la route de Paris, en 2x2 voies, montre le visage classique de bien des entrées de villes, alternant enseignes commerciales hétéroclites, espaces de bureaux et hôtels sur 3 km.

Si l’aménagement du pôle Haluchère-Batignolles a renforcé la part des transports collectifs pour une entrée de Nantes encore très dévolue à la voiture, les axes amenant aux portes du périphérique restent congestionnés. Une voie ferrée désaffectée est nettement visible sur la photographie (ligne en pointillé jaune), la scindant en deux par une légère diagonale (inclinaison nord-nord-est). Elle relie la commune de Carquefou, au nord, vers le centre de Nantes et dessert des zones à potentiels importants en termes de déplacements humains. Un projet de réhabilitation est lancé pour y faire, à terme, circuler des navettes électriques autonomes en site propre. En effet, si l’extension pavillonnaire est quasi stoppée depuis une dizaine d’années dans la zone d’emprise de la photographie, avec la préservation d’une petite frange maraichère et bocagère encore visible à l’est (5), sur la commune de Sainte-Luce-sur-Loire, elle reste forte au-delà. Cette périurbanisation des communes de l’agglomération nantaise (ici Carquefou et Sainte-Luce-sur-Loire) amène à une gestion des déplacements – notamment collectifs - en amont, avant d’accéder au périphérique.

En aménagement particulier, notons le carré bien visible du centre pénitentiaire de Nantes-Carquefou (6) à proximité d’une zone boisée préservée, poumon vert dans une commune qui multiplie les petites ZAC pour intercaler l’habitat là où c’est encore possible.

En limite de l’agglomération, le poids de plus en plus important des entrepôts logistiques (7) gourmands en espace s'observe à la pointe Nord-est de la photographie. S’y sont installés de grandes enseignes (Décathlon, Magasins U) et des entreprises de transport (STEF, Heppner, etc.), repoussant les activités agricoles. Leur implantation profite d'une situation de carrefour autour de l’échangeur entre l’A811 (qui connecte l’autoroute A11 au périphérique nantais) et la départementale D723.


 

Image complémentaire : La croissance urbaine entre 2004 et 2016
Le site vuduciel.loire-atlantique.fr est un outil développé par le Conseil Départemental de la Loire-Atlantique. Il permet de comparer des photographies aériennes à des dates différentes. À gauche, une photographie de 2016 ; à droite, une de 2004. L’extension des activités de logistique est particulièrement visible à proximité de l’échangeur A811 et D723 sur la commune de Carquefou. L’axe A811 créant une discontinuité nette entre l’habitat pavillonnaire et les zones d’activités.


Une agglomération à l’extension mal maîtrisée et contrainte

La progression de la population de Nantes Métropole sur les 20 dernières années a été deux fois plus rapide que la moyenne nationale. Comme pour toutes les grandes métropoles en extension, ce développement rapide génère de multiples contraintes et conflits d’usage. Ceux-ci sont particulièrement perceptibles sur cette image de l’est de l’agglomération nantaise. On peut ainsi la découper en trois parties distinctes : au sud-ouest, l’expansion urbaine pavillonnaire contenue ; à l’est, ilots d’habitations et maraichage : une activité agricole en mutation et, enfin, au centre, le périphérique et la « coulée verte » : un bocage inondable qui se referme

Au sud-ouest, une expansion urbaine pavillonnaire contenue

Ce sont les communes situées en deuxième et troisième couronnes qui connaissent aujourd'hui la plus forte progression du nombre de logements et la plus forte évolution des paysages par le biais, notamment, du mitage urbain. Nous pouvons voir, sur l’image, le résultat de l’expansion, au sud-est, de Basse-Goulaine (commune de l’agglomération nantaise) formant la limite fortement marquée par le pavillonnaire qui s’étend du bourg vers les zones d’activités jalonnant les échangeurs routiers. En venant du sud-est, on passe souvent de clairières agricoles ou viticoles à des zones urbaines étendues où l’on se perd facilement si l’on sort des grands axes.

La limite de l’extension urbaine de la commune de Basse-Goulaine est conditionnée par le respect du plan de prévention des risques (PPR) s’imposant aux documents d’urbanisme. En effet, une bonne part de l’emprise de la photographie est située en zone inondable. Ici, l’étalement urbain a cessé depuis une quinzaine d’années, les opérations d’urbanisation n’étant désormais qu’interstitielles, éventuellement compactes (petits ensembles), tous les espaces hauts ayant été construits, tel l’Ile Chaland (A), amande urbanisée.

Image complémentaire : L’urbanisation et l’implantation des serres s’intercalent là où c’est possible. Extrait d’une carte présentant la répartition des zones humides .

    

À l’est, des ilots d’habitations et maraichage : une activité agricole en mutation

L’activité maraichère, visible à l’est de la photographie, n’est que la terminaison occidentale d’un vaste espace visuellement fait de bâches, serres et de sols clairs sablonneux longeant la Loire, en amont, sur une dizaine de kilomètres et s’étendant sur les communes de Saint-Julien-de-Concelles et de La Chapelle-Basse-Mer. Cette terminaison se fait en pente vers la vallée inondable de la Goulaine dont le canal éponyme relie le marais de Goulaine (hors cadre de la photographie, à l’est) à la Loire.

À l’est de la photographie, les nouvelles extensions urbaines peuvent compromettre l'activité agricole en isolant et en enclavant certaines parcelles. Ces terrains délaissés deviennent des friches dès lors qu’ils sont inconstructibles. Dans les bas inondables, cela se traduit par un renforcement des boisements presque systématique. C’est notamment le cas pour le proche marais de Goulaine dont la difficile gestion par un syndicat mixte montre des intérêts professionnels divergents. Une eutrophisation et le boisement de saulaies envahissantes s’ensuit faute de consensus.

Dans cette unité paysagère, la part de l’élevage traditionnel et de la culture de la vigne a diminué au profit d'un maraichage intensif, décrié pour son utilisation de produits phytosanitaires agressifs et polluants (l’utilisation du métam-sodium a été suspendue par la préfecture de Loire-Atlantique, fin 2018). Cette activité optimise la production par l'intégration de nouveaux éléments artificiels pour les besoins du maraîchage (primeurs, fruits, fleurs (dont le muguet)). Notons la qualité passable enregistrée des eaux de surface sur la commune de Basse-Goulaine avec des risques importants d’eutrophisation, des épizooties de botulisme ayant été observées.

La plaine alluviale sableuse protégée par une levée (ici la levée de la Divatte, visible sur l’image via la route du même nom longeant la rive gauche de la Loire) recouvre d'importantes surfaces exploitées en culture légumières qui ont gagné récemment la zone inondable, au sud. Au sein de cet espace, la pression foncière reste forte hors zones humides. La vision du hameau de Boire-Courant (B) sur la commune de Saint-Julien-de-Concelles, au nord-est de l’image, totalement encerclé par des zones de maraîchage en est l’illustration.

Au centre, le périphérique et la « coulée verte » : un bocage inondable qui se referme

Ce paysage de frange de l'agglomération nantaise est largement marqué par les infrastructures marquantes, ici à l’ouest de l’image le périphérique nantais (N844), son pont de Bellevue (porte du vignoble) qui enjambe le Loire et son échangeur vers la N249 en direction de Cholet. Les voies de communications (voies rapides, dessertes départementales...) créent non seulement des ruptures physiques importantes de l'espace mais composent à la fois un paysage linéaire et sonore. Ces voies s'accompagnent de merlons (levées de terre), d'échangeurs, de panneaux publicitaires, de glissières et de ponts qui construisent un paysage proprement routier en rupture totale avec l’harmonie paysagère traversée altérant notamment la biodiversité de la zone humide en réduisant les échanges faunistiques entre la Loire et le marais de Goulaine.

En effet, le cours de la Goulaine, canal de 4 km reliant le marais de Goulaine à la Loire, est classé Natura 2000. Le niveau d’eau est régulé par des ouvrages hydrauliques au niveau de la Loire. Autour de ce canal, se développe une vallée faite principalement de prairies humides, inondables, avec une structure parcellaire en lanières, champs bordés de haies, héritage de l'activité d'élevage bovin. Cette trame est aujourd'hui partiellement altérée, la maille est parfois devenue plus grande pour laisser place à de plus grandes parcelles cultivées et les haies ont été dégarnies. Ces dernières masquent à peine les franges urbaines pavillonnaires qui ont progressivement grignoté le territoire agricole. On peut aussi observer la présence des espaces boisés aujourd’hui traditionnels et pour la plupart artificiels le long des axes routiers majeurs et près des échangeurs. Les haies préservent davantage le bruit des axes routiers plutôt que d’avoir une réelle utilité pour un élevage bovin en survivance. Celles en limite occidentale de l’Île Chaland (A) face à la N249 en sont un exemple.

Ce paysage composite matérialise bien les contraintes qui s’exercent sur l’extension de l’agglomération nantaise et montre le défi d’une cohabitation avec les activités agricoles péri-urbaines et la préservation de sites naturels remarquables.

D’autres ressources

Sitographie zoom 1 :

-          L’atlas des paysages des Pays de la Loire

-          http://www.iledenantes.com/fr/

-          http://www.revue-placepublique.fr/

-          http://geoconfluences.ens-lyon.fr/

-          http://www.mavilledemain.fr/documentation

-          https://fresques.ina.fr/auran/parcours/0001/le-developpement-urbain-de-nantes.html

 

Sitographie zoom 2 :

-       Une visite virtuelle de la petite Amazonie

-       Le Voyage à Nantes

-       http://www.lenouveaumalakoff.com/

-       Archives de Nantes : dossier pédagogique sur la reconstruction de la ville après les bombardements

 

Sitographie zoom 3 :

-       Le plan local d’urbanisme de Nantes métropole (Carquefou)

-       Fresque INA, la métamorphose d’une ville

-       L’AURAN, l’agence d’urbanisme de la région nantaise

-        

Sitographie zoom 4 :

-          Outil cartographique du réseau partenarial des données sur les zones humides

-          Le plan local d’urbanisme de Nantes métropole (rapport de présentation)

-          Site internet du syndicat mixte Loire-Goulaine

-          Site Internet de la préfecture de Loire-Atlantique.

Contributeurs

Vincent Folliot, enseignant au Collège R.G. Gadou d’Ancenis,
Thomas Doublier, enseignant au Lycée Professionnel Louis-Antoine de Bougainville de Nantes.

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