Varadero, tourisme de masse sur une presqu'île cubaine

En raison de l'ouverture progressive du territoire cubain à la suite des réformes engagées dans les années 1990 et renforcées par l'affaiblissement progressif du castrisme, le tourisme constitue aujourd'hui un des leviers du développement de l'île. Ainsi, la station de Varadero, première plage par son extension de l'Arc Caraïbe, constitue un territoire clé dans les mutations de Cuba.

 

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Santa Marta est une localité littorale de la province cubaine de Matanzas située au centre ouest du pays à quelques 150 km à l’Est de La Havane. Cette province a la particularité d’être ouverte sur le Détroit de Floride ainsi que sur la Mer des Caraïbes. Dans sa partie Sud, cette région comprend la fameuse plage de Playa Giron (une des plages de la Baie des Cochons) et dans sa partie Nord, la presqu’île de Varadero. Cette dernière constitue la plus grande plage cubaine (23 km de long), elle est  l’espace balnéaire le plus fréquenté de l’île (41% des touristes à Cuba séjournent dans la presqu’île). 
La croissance de l’activité touristique de la presqu’île de Varadero s’est réalisée tout au long du 20ème siècle puisque les premières installations d’accueil pour la baignade remontent à 1883. Jusqu’à cette date initiale, la zone était dépourvue de toute occupation humaine permanente. Jusqu’à la Révolution castriste de 1959, la zone s’est progressivement artificialisée jusqu’à la moitié de la presqu’île. Les 3 décennies suivantes, jusqu’au début des années 1990, ont marqué un coup d’arrêt dans l’extension touristique. Depuis cette date, la croissance de la station balnéaire s’est accélérée et généralisée. Varadero est devenue un passage obligé pour les visiteurs à Cuba dans la mesure où elle constitue la plus grande étendue sableuse de plages de l’Arc caribéen.
Les paysages de cette presqu'île correspondent parfaitement avec les images véhiculées par les territoires touristiques des Caraïbes et plus largement des zonestropicales. Le premier développement du tourisme s'est donc structuré autour des activités balnéaires et de l'exploitation de l'interface Terre/Mer. Cette activité contribue à faire de cette région l'une des plus attractives du pays dont la croissance de la ville de Cardeñas est une des principales illustrations.
Par le développement de l'aéroport international de Santa Marta, le 2ème du pays en termes de fréquentation, la presqu'île est  ouverte à des flux de visiteurs étrangers nombreux. L'artificialisation grandissante génère une exploitation massive de la région et conduit à faire peser sur ce territoire un poids environnemental important. Ces menaces, ainsi que la concurence touristique d'autres territoires caribéens, poussent les autorités à développer d'autres formes de tourisme, plus culturelles et plus tournées vers l'intérieur de l'île même si elles restent marginales.

Zooms d'étude


Varadero, le développement d’une station touristique

La station de Varadero se compose d’une succession de plages qui longent la péninsule de Hicacos. Son développement date de la 2ème moitié du XIXème siècle et a été très précocement marqué par une fréquentation d’origine étrangère (l’un des premiers touristes étrangers fut l’homme d’affaires américain Irénée Dupont de Nemours au début des années 1930). Cette station balnéaire précoce a même accueilli Al Capone et le dictateur Batista. La Révolution cubaine et l'isolement qui s’en est suivi ont freiné la croissance de cette activité. En effet, la nationalisation des infrastructures touristiques freina l’expansion des grands complexes. Seulement 4 nouveaux hôtels furent construits durant cette période : la station offrait par contre le libre accès à la mer pour les populations cubaines. Il servait également de lieux de villégiature privilégié pour des membres de groupes de touristes venant des Républiques Démocratiques, en particulier européennes.  Lors de la progressive réouverture touristique de l’île décidée par le pouvoir castriste dans les années 1990, la région de Varadero a repris sa croissance  et les aménagements touristiques se sont multipliés. Les sols artificialisés à des fins touristiques représentent 46% de la surface de la presqu’île, dont 26% pour les complexes hôteliers. Sur la pointe Nord de la presqu’île, la plus récemment aménagée par des complexes touristiques de grande taille, cette proportion se monte à 39% de la superficie totale.


Varadero, les aménagements touristiques

La presqu’île de Varadero offre l’exemple d’un espace à l’occupation humaine initiale très limitée et artificialisée de manière récente afin de répondre au développement du tourisme balnéaire de masse. Même si quelques aménagements d’exploration pétrolière ont vu le jour dans la région (voir la fiche : Santa Marta : tourisme de masse, pluriactivité et gestion environnementale), les paysages sont marqués par une quasi mono-activité touristique.  Lors de la réforme administrative de 2010, la péninsule de Hicacos  est placée sous la responsabilité directe du conseil des Ministres en raison de son importance dans le développement économique du pays («por su importancia para el desarrollo económico de la nación”). Cette prise en mains de la région par l’administration centrale cubaine démontre toute l’importance conférée à ce territoire par les autorités de La Havane. Cette présence de l’Etat, peu surprenante compte-tenu de l’orientation idéologique du gouvernement cubain, n’empêche pas les investissements étrangers. Par exemple, sur la pointe Nord de la péninsule, en 2016, le groupe espagnol Globalia, dirigé par le PDG de la Compagnie aérienne Air Europa, a annoncé la création d’un complexe hôtelier de front de mer de 365 chambres, le Be Live Experience Varadero. Dans cette partie de la péninsule, la surface au sol dédiée uniquement aux constructions hôtelières avoisine les 40% de la superficie totale de la zone. Ce développement touristique majeur explique pourquoi cette région est celle qui présente le plus grand nombre d’emplois privés de la province du Matanzas (plus de 12500).


Santa-Marta, une porte d’entrée sur la presqu’île  touristique

A Santa Marta, on note la présence de  l’aéroport Juan Gualberto Gomez dont le principal  trafic consiste dans la gestion de flux  de charters destinés à alimenter les grands hôtels de la presqu’île. Cet aéroport est le 2ème du pays, derrière celui de La Havane (aéroport José Marti) et il accueille plus de 2/3 des touristes se rendant à Varadero.  Cette vocation  d’ouverture internationale était déjà présente dans le 1er aéroport de Santa Marta (l’aéroport de Kawama) puisqu’en 1952, la première ligne internationale y voyait le jour, une liaison Varadero-Miami, traduisant bien tout l’intérêt de Cuba pour les Etats-Unis au moment de la dictature de F. Batista. En raison du processus d’intensification de l’activité touristique, le développement de l’aéroport est en prise directe avec les investissements étrangers : ainsi, l’aéroport de Varadero accueille  une nouvelle ligne directe en provenance et à destination de Madrid, opérée par la compagnie Air Europa dont la filière hôtelière Globalia a lancé le projet du Be Live Experience Varadero. Aux portes des stations balnéaires, dont elle n’est séparée que par le canal Paso Malo, Santa Marta est surtout peuplée par des travailleurs du secteur touristique pour qui l’accession à un logement à Varadero est quasi impossible. Avec une densité d’environ 1000 hab/km², la presqu’île n’offre que peu de possibilités de logement aux travailleurs du tourisme.


la ville de Cardeñas : vers une diversification de l’offre touristique ?

Avec son plan en damier caractéristique, la ville de Cardeñas offre un contraste architectural saisissant avec les développements urbains de Santa Marta ou de Varadero. La zone de Cardeñas a été approchée par les conquistadores espagnols dès le début du XVIème siècle, la Baie constituant un endroit du littoral abrité et propice à l’amarrage des bateaux. Cette position privilégiée a son revers, une profondeur d’eau insuffisante pour des navires modernes, ce qui explique l’absence de développement portuaire majeur aujourd’hui.  Pendant longtemps, cette région était propriété de grandes familles d’origine espagnole qui l’exploitaient à des fins agricoles (les Sotolongo ou les Carillos de Albornoz). La fondation de la ville actuelle n’a été actée que le 08/03/1828 et son tracé décidé par le géomètre Andrés José de la Portilla. La ville de  Cardeñas représente donc un bel exemple de ville coloniale du XIXème siècle et comme bon nombre de villes de colonisation, elle offre un plan en damier caractéristique. La place centrale, celle de l’Eglise de la Purisima Concepcion, marquée par la puce (1) démontre que la proximité du littoral a été un élément essentiel de l’installation de cette cité puisque sa position est largement excentrée dans le plan actuel. Dès 1843, soit 15 ans après la fondation de la ville, une ordonnance royale avait fait de Cardeñas un port de 1ère classe doté d’une capitainerie. Outre ses vestiges historiques, la ville de Cardeñas offre d’autres atouts touristiques comme le fait d’avoir été la première dans laquelle le drapeau cubain a été érigé (en 1851, elle y a gagné le nom de Ciudad Bandera) ou bien la présence de l’antique raffinerie de sucre Arechabala.

La majeure partie des hôtels de la presqu’île de Varadero offre à leurs clients la possibilité de visiter, sur une ½ journée, la ville de Cardeñas, pour une somme avoisinant les 20 euros par adulte. Cette activité dénote une légère prise de conscience de la part des autorités cubaines que la nécessaire diffusion de l’activité touristique à l’extérieur de la presqu’île et de la nécessaire valorisation d’un patrimoine culturel majeur à proximité d’une station touristique balnéaire de masse, souvent « déconnectée » des réalités de la vie cubaine.

Varadero-Cardeñas, croissance économique et conséquences socio-spatiales

Sur l’image, on note que la régularité du plan urbain de Cardeñas a été globalement respectée par les extensions qui ont accompagné la croissance de la ville depuis sa fondation en 1828. Pour autant, à proximité de la puce (1), on note la présence de quartiers dont les extensions anarchiques rompent avec le tracé rectiligne. Ce quartier est appelé localement « La Cartonera » en raison de sa proximité avec une usine de carton. Il s’agit de logements illégaux, occupés par de nouveaux arrivants dans la région de Cardeñas. Il faut dire qu’en raison des activités touristiques, pétrolières et de la construction, la municipalité de Cardeñas est celle qui connait à Cuba  la plus forte croissance démographique. La municipalité atteint aujourd’hui les 150 000 habitants. Entre 2005 et 2006, la croissance de la population a été de 1.36%/an alors que l’ensemble du pays, en raison d’un taux de natalité faible et de l’émigration vers l’étranger, présente des chiffres le plus souvent négatifs. Beaucoup de Cubains cherchent à venir dans cette région dans la mesure où le salaire y est supérieur aux 24$ du revenu cubain moyen.  Les autorités cubaines dénombrent quelques 4500 logements illégaux dans la région : la gestion des déchets, l’électrification et l’adduction d’eau constituent les principales carences de ces quartiers informels. La région de Varadero constitue donc un territoire du développement économique cubain où les lumières du tourisme de masse attirent une population de plus en plus nombreuse, prête à s’installer dans des quartiers informels, à quelques kilomètres seulement d’hôtels aux paysages « paradisiaques », afin de bénéficier de quelques retombées de l’activité du tourisme ou du pétrole.

Une autre fiche sur varadero

Varadero-Santa Marta : tourisme de masse, conflits et gestion environnementale

Contributeur

Vincent DOUMERC, professeur agrégé de géographie, Lycées Saint-Sernin et Fermat (Toulouse)