Namibie - Le pôle de l’uranium de Rössing/Husab : la Chine à la recherche des minerais stratégiques d’Afrique

Pays désertique et sous-peuplé d’Afrique australe, la Namibie est dotée d’une des économies rentières les plus extraverties fondée sur l’exportation des minerais. Ces dix dernières années, le pays a connu un véritable boom de l’uranium, au point d’en devenir le 3em exportateur mondial. Ce dynamisme est largement dû à l’arrivée de la Chine qui s’est emparée des principales mines de la région littorale de l’Erongo dans le cadre de la diversification et de la sécurisation de ses approvisionnements en minerais stratégiques. Plus largement, ses Nouvelles Routes de la Soie s’y traduisent par l’ouverture d’une station satellite, la modernisation du port en eaux profondes de Walvis Bay et du grand corridor ferroviaire du TransNamib qui draine un veste hinterland. Mais ces différentes dynamiques se heurtent à la question stratégique de l’eau du fait de l’épuisement des aquifères auquel répond un recours massif au dessalement de l’eau de mer.
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Légende de l’image

Dans le désert du Namib en Namibie à environ 60 km de la côte, l'image du pôle de l’uranium de Rössing/Husab, a été prise par le satellite Sentinel-2B le 9 mai 2022. Il s'agit d'une image en couleur naturelle et la résolution est de 10m.

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Repères géographiques

Présentation de l’image globale

Namibie. Le rôle structurant du pôle minier de l’uranium contrôlé
par la Chine dans l’espace régional

Un littoral doté d’un port en eau profonde : Walwis Bay

Nous sommes ici dans le centre atlantique de la Namibie, dans la région de l’Erongo dont la capitale administrative est Swakopmund. C’est une zone désertique portant des densités humaines de seulement 2,4 hab./km2. En effet, couvrant 81.000 km² et s’étendant sur 1.500 km de long et 80 à 160 km de large, le désert du Namib vient jusqu’à la côte pour tomber dans la mer. Dans l’angle sud-ouest, limité par la vallée du Kuiseb, débute le fameux champ de dunes du célèbre Namib Naukluft National Park créé en 1979 et classé à l’Unesco.

Le reste de l’image est couvert par un glacis de vastes plateaux étagés qui partent de 2.000 m. d’altitude dans l’angle nord-est pour descendre par paliers – la mine de Rössling se trouve à 575 m. - vers la mer. Dans ces conditions, la structure du peuplement et l’organisation du réseau et de la hiérarchie urbaine sont fortement déséquilibrées. Face à la faiblesse des petits pôles secondaires dispersés dans l’immensité désertique du territoire comme Arandis (5.100 hab. en 2011, dernières données disponibles), Henties Bay (4.800 hab.), Usakos (3.600 hab.) ou Omaruru (6.000 hab.), plus de 80 % de la population régionale est polarisée par les deux villes littorales de Walwis Bay (61.300 hab.) et Swakopmund (44.700 hab.).   

Nous sommes là dans l’hémisphère sud, exactement au 22°57’ de latitude sud, au nord du Tropique du Capricorne. Comme pour la côte occidentale de l’Amérique du Sud au Chili (désert d’Atacama), la rencontre entre l’air froid d’un puissant courant marin, ici celui de de Benguela, et l’air chaud des hautes pressions continentales, ici de Hadley, se traduit par des conditions désertiques et d’importants phénomènes de brouillards littoraux.

Au sud-ouest de l’image apparait la ville portuaire de Walwis Bay dont le port en eau profonde est protégé du large par une vaste flèche de sable. Ce site exceptionnel est historiquement disputé lors de la colonisation. Alors que le IIe Reich allemand s’empare de la région pour y fonder la colonie du Sud-Ouest Africain entre 1884 et 1915 et le port de Swakopmund, la Grande-Bretagne annexe l’enclave de Walwis Bay en 1878 et la rattache à sa colonie d’Afrique du Sud.

Il faudra attendre le 21 mars 1990 pour que la Namibie, après des années de lutte armée, accède l’indépendante ; puis l’arrivée de Nelson Mandela au pouvoir en Afrique du Sud pour que l’enclave de Walwis Bay soit enfin réintégrée à la Namibie. Très pauvre et peuplé de seulement 2,5 millions d’habitants pour 823.000 km², le nouvel État va chercher à asseoir les bases de son indépendance politique et économique en développant ses richesses halieutiques, grâce à des eaux très poisonneuses, ses capacités touristiques et - surtout – son important potentiel minier.

Dans ce contexte, Walwis Bay et son port – où a été ouverte une importante zone franche, la Walwis Bay Export Processing Zone (WBEPZ) - vont jouer un rôle majeur en connectant ce vaste hinterland de l’Afrique australe au marché mondial. Un axe logistique – composé de la route B2 et de la ligne ferroviaire du Trans-Namib Railway -  part de Walwis Bay pour remonter vers Swakopmund puis bifurquer vers le nord-est de l’image pour desservir le pôle de l’uranium avant d’obliquer ensuite vers l’ouest pour atteindre à 400 km de là Windhoek, la capitale qui se situe à 1.700 m d’altitude sur les hauts plateaux intérieurs.

Le boom de l’uranium : un minerai stratégique pour les énergies nucléaires, civiles et militaires

Tout le nord-est de l’image est composé de plateaux correspondant à un vieux socle qui recèle d’importants gisements ou filons de minerais. On trouve ainsi dans l’angle nord-est entre Usakos et Karibib la mine d’or de Navachab dont l’activité débute en 1989 et qui emploie 400 salariés.

Le pays est en effet un grand producteur de minerais : diamant, uranium, cuivre, or, plomb, zinc.... Globalement, le secteur minier sert de locomotive à l’économie namibienne. Il contribue en effet en 2021 à 9 % du PIB, représente 15.000 emplois et joue un rôle majeur dans les taxes fiscales, les commandes, l’investissement (15 %) et la masse salariale versée dans le pays. Il joue un rôle local ou régional d’autant plus important que l’on estime qu’un emploi dans le secteur minier – qui emploie aujourd’hui 96 % de Namibiens – permet la création de 7 emplois indirects ou induits. Alors que les minerais représentent 50 % de la valeur de ses exportations et que ses exportations représentent plus de 50 % du PIB, on peut considérer la Namibie comme l’une des économies rentières les plus extraverties au monde.
 
Dans le secteur minier namibien, l’uranium joue un rôle considérable. Ces dix dernières années, le pays a connu un véritable boom de l’uranium avec une augmentation de + 66 % de sa production. Aujourd’hui, avec 11 % de la production mondiale d’oxide d’uranium, elle est devenue le 3em producteur mondial derrière le Kazakhstan (41 %) et l’Australie (13 %) mais devant le Canada (9 %), l’Ouzbékistan (7 %) et le Niger (6 %). Dans l’uranium, la spéculation des hedges funds, ou Fonds financiers spéculatifs, sur le concentré d’uranium (yellow cake) dope les prix en 2021 alors que les tensions géopolitiques mondiales et les enjeux de la transition énergétique participent d’une certaine réhabilitation de l’énergie nucléaire, et donc de l’uranium.  
 
Sur l’image, trois mines importantes qui se trouvent à 70 km à l’intérieur des terres constituent un grand pôle minier de l’uranium : Rössing, Husab et Trekkopje. On doit en particulier souligner que celle de Rössing, bien visible sur l’image du fait de son étendue, a été ouverte en 1976 et qu’elle est l’une des trois plus grandes mines d’uranium à ciel ouvert au monde, mais aujourd’hui en voie d’épuisement. A l’inverse, la mine d’Husab, qui recèle de ressources potentielles considérables, est aujourd’hui en plein boom. Alors que celle de Trekkopje appartenant au français Orano, qui succède à Areva, est mise sous cocon et n’emploie donc que 50 salariés ; si ce gisement est facilement accessible car superficiels puisque 80 % du minerais se trouve à moins de 15 m. de profondeur, il s’avère  de très faible teneur (0,012 %/0,015 %).   

La Chine : un nouvel acteur majeur en Namibie et en Afrique, la mise en pratique des « Nouvelles Routes de la Soie »

Ces dernières décennies, la Chine est devenue en Namibie, en Afrique australe et, plus globalement, en Afrique un nouvel acteur géopolitique et géostratégique majeur. Cette dynamique présente dans l’espace couvert par l’image plusieurs caractéristiques qui donnent au total un aspect systémique tout à fait cohérent aux différentes opérations lancées par Pékin alors que la Chine est devenue le 1er partenaire commercial du pays avec 25 % des exportations, devant ses deux voisins que sont l’Afrique du Sud et le Botswana.

L’ouverture d’une station satellite. En octobre 2000, Pékin et Windhoek signe un accord intergouvernemental qui permet à la Chine de construire au nord de Swakopmund une station de suivi satellite achevée en 2001, la China Telemetry, Tracking and Command Station - CTTCS. Ce complexe doté de puissantes antennes paraboliques assure dans cette partie du globe le suivi des trajectoires orbitales des vaisseaux spatiaux chinois dans le cadre du développement des ambitieux programmes lancés ces dernières décennies. Cette station s’insère dans le réseau des trois stations outre-mer dont dispose la Chine, aux côtés de Karachi au Pakistan et Malindi au Kenya.       

La mainmise chinoise sur l’uranium namibien. Aujourd’hui, la Chine contrôle les principales mines d’uranium de Namibie (Rössing, Husab, Langer Heinrich), via la CNNC - Compagnie Nucléaire Nationale Chinoise, ou China National Nuclear Corporation. Cette très puissance entreprise d’État est issue en 1988 du Ministère de l’industrie nucléaire chinois et intervient dans le secteur des énergies nucléaires, civiles et militaires. Depuis 1954, ce vaste système industriel, scientifique et technologique accompagne l’affirmation de la Chine populaire comme grande puissance nucléaire mondiale dont la consommation énergétique explose du fait d’immenses besoins (doc. 1). C’est dans ce contexte générale que Pékin cherche à sécuriser ses approvisionnements en uranium en lançant ses grandes firmes transnationales à la conquête du monde. En 2019, la firme Rio Tinto vend ainsi les 68 % du capital qu’elle possédait dans la mine de Rössing alors que la CNNC prend aussi 50 % du capital de la mine de Langer Heinrich Uranium, ouverte en 2007 et située à 50 km au sud-est de Rössing.  


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Doc 1 :  Boom de la production électrique d'origine nucléaire -  Chine



La modernisation du port de Walwis Bay. Sur le modèle des Nouvelles Routes de la Soie, la Chine participe directement aux investissements nécessaires à l’ancrage de l’espace namibien à la mondialisation. Elle décide de faire du port de Walwis Bay son grand hub logistique sous-continental qui devient ainsi la porte d’entrée et de sortie vers les marchés d’Afrique australe. En août 2019 est inauguré le nouveau terminal à conteneurs de 40 ha. gagnés sur la mer par la China Harbour Engineering Compagny. Cet investissement de 280 millions de dollars permet le triplement des capacités de traitement qui passent ainsi de 350.000 à 1.000.000 EVP. Ces travaux ont mobilisé 2.000 ouvriers pendant cinq ans. On retrouve les mêmes logiques d’investissements dans les grands hubs portuaires sur le rivage oriental du continent (Djibouti, Mombassa...).

Le renforcement du grand corridor logistique terrestre. Cette modernisation portuaire s’accompagne bien sûr de la rénovation du grand axe logistique - routier et surtout ferroviaire – bien visible sur l’image. Avec les accords économiques signés entre la Namibie et la Chine dans le cadre des vastes projets des « Routes de la soie », ce sont des firmes chinoises qui réalisent la modernisation de la ligne ferroviaire entre Walwis Bay et Kranzberg intervenue en 2019, qui sert entre autres à exporter les minerais. On retrouve la même logique d’implantation qu’en Afrique de l’Est avec, par exemple, les grands corridors Djibouti/ Addis Abeba (Éthiopie) ou Mombassa/ Nairobi (Kenya). A l’échelle sous-continentale, le grand TransNamib coure sur 2.800 km et donne potentiellement accès à un vaste hinterland : Namibie, Zambie, Angola, Botswana, Zimbabwe et République démocratique du Congo.  

Face au désert, la question stratégique de l’eau

L’épuisement des aquifères traditionnels du Kuiseb et de l’Omaruru
 
Comme le montre bien l’image, la région s’avère particulièrement aride : ainsi, la ville de Walwis Bay ne reçoit que 13 millimètres de précipitation par an, ce qui en fait une des villes les plus sèches au monde, et le site de Rössing environ 30 mm par an, mais avec de fortes variations interannuelles comme le souligne le seul petit millimètre d’eau reçu... pour les années 2019 et 2020.

Au total, la combinaison de nombreux facteurs – faibles précipitations, températures élevées, vents... – explique des taux élevés d’évaporation potentielle et donc une grande sécheresse et l’absence ou la faiblesse de sols arables. La végétation est rare et se compose d’arbustes nains (acacias, tamaris...) et d’une couverture herbeuse clairsemée.

De plus, les eaux de ruissèlement ou souterraines sont souvent salines ou saumâtres et les rivières – telles la Khan ou la Swakop – sont de simples oueds sans écoulements pérennes. Les seuls périmètres de cultures se trouvent proches des villes de Swakopmund et Walvis Bay pour répondre aux besoins de la population (légumes, asperges, olives, champignons...), et une large part de l’alimentation doit donc être importée.

Dans ce contexte, partout - sur ce littoral comme dans les vastes plateaux intérieurs - la question de l’eau est cruciale pour les activités humaines et minières ; et les tensions et conflits pour le partage et l’usage d’une ressource très rares sont forts nombreux. Aujourd’hui, la ville de Walwis Bay, et pour partie Swakopmund, est alimentée en eau par l’aquifère du Kuiseb, dont la vallée est bien visible sur l’image : situé à 25 km au sud de Walwis Bay, un champ de pompage doté 60 puits a une capacité de production de 7 millions m3/an. Pour leur part, les agglomérations d’Henties Bay, Arandis et pour partie Swakopmund sont alimentées par le bassin de l’Omaruru River au nord de l’image : le barrage d’Omdel et un champ de pompage équipé de 50 puits peuvent fournir 4,6 millions m3 par an. Mais historiquement la croissance démographique, urbaine et minière de la région débouche ces dernières décennies sur une explosion des besoins en eaux et progressivement sur un épuisement de l'aquifère souterrain de l’Omaruru au nord.

Le recours à une usine de dessalement de l’eau de mer : une forte contrainte technique et financière pour les mines

C’est dans ce contexte de pénurie structurelle d’eau qu’a été ouverte en 2010 l’usine de dessalement d’eau de mer de Wlotzkasbaken, qui se situe sur le littoral entre Swakopmund et Henties Bay. Elle a été construite par la firme minière française Areva, aujourd’hui Orano, lors du lancement de son projet de mine d’uranium de Trekkopje afin de résoudre les blocages provoqués par la faiblesse de l'aquifère d'Omdel. Utilisant la technique de l’osmose inverse, l’usine pompe l’eau de mer au large, la transforme en eau potable tout en rejetant d’importants volumes de saumures à la mer. Ce processus est cependant consommateur d’une forte puissance électrique, qui est le principal facteur du coût financier de l'eau produite.

Avec un potentiel de 20 millions m2 d’eau par an, c’est la plus importante unité de ce type dans cette partie de l’Afrique australe : cette unité fournit à elle seule 50 % de l’eau potable de la région de l’Erongo. L’eau douce produite sur la côte à Wlotzkasbaken est ensuite envoyée par un pipeline de 60 km de long à travers le désert vers la mine d’uranium de Trekkopje. Face à la crise de la ressource, toutes les mines de cette région sont l'alimentées depuis le 1er novembre 2013 en eau dessalée par l'usine Orano. La mine de Rössing consomme environ 2,9 millions m3/an, la mine d’Husab – en plein développement - 3 millions m3/an, ce qui en fait pour l’Office Namibien de l’Eau – NamWater le second pôle consommateur du pays après la capitale Windhoek. Enfin, la mine Langer Heinrich utilise 5.000 m3/an. Au total, avec plus de 10,2 millions m3/an d’eau, les mines d’uranium sont de loin les premiers consommateurs d’eau de cette région désertique.  

Cependant, l'usine de dessalement de Swakopmund rencontre parfois des difficultés techniques de fonctionnement liées à la prolifération d'algues et à l'explosion de soufre dans l’eau de mer sur cette portion du littoral. Face à la fragilité des membranes utilisées pour l’osmose inverse, l’usine connait des arrêts de production récurrents entre 2017 et 2020 qui bloquent donc l’activité des mines pendant plusieurs jours. C’est pourquoi en 2022, face à la trop faible taille des trois réservoirs de NamWater utilisés pour l'approvisionnement de la ville d’Arandis et de la mine de Rössing, la direction de la mine de Rössing a décidé d’investir dans la construction de six réservoirs supplémentaires de stockage d’eau douce cumulant 60.000 m3. Fonctionnant 24h/24 et 7j/7, la mine de Rössing utilise environ 8.000 m³/jour. Ces nouveaux réservoirs d’eau lui assurent donc une marge de huit jours d'eau supplémentaires, un délais jugé raisonnable pour faire face aux perturbations d’approvisionnement en eau de l'usine de dessalement.

Dessalement d’eau de mer, explosion des coûts de production et développement durable

Toute la région est alimentée en énergie par la centrale électrique de Walwis Bay, située dans la zone industrielle à côté des grands entrepôts pétroliers, et qui fonctionne aux hydrocarbures alors qu’une nouvelle centrale à charbon est programmée. La production de cette énergie est donc à la fois très polluante, en particulier en termes de rejets de Co2, et couteuse lorsque les prix des hydrocarbures s’envolent sur le marché mondial puisqu’ils sont totalement importés. Le système énergétique régional est donc fondé sur la consommation massive d’énergies fossiles très polluantes pour produire de l’uranium utilisée ensuite dans les pays développés ou émergents pour produire de l’électricité.    

A la recherche des coûts de production les plus faibles possibles, les propriétaires sud-africains puis chinois des mines d’uranium jugent donc l'eau de dessalement de l'usine de Wlotzkasbaken très chère. Selon les données comparatives rendues publiques par Rössing Uranium, le coût financier de l’eau a plus que triplé entre 2012, dernière année complète fonctionnant sur l'eau de l'aquifère, et 2014, première année complète fonctionnant sur l’eau dessalée, en passant de 39 à 129 millions de dollars namibiens. Dans ce contexte, la mine de Rössing a tenté de créée sa propre usine de dessalement d’eau de mer à environ 6 km au nord de Swakopmund, dans la saline existante de Swakopmund ; mais le projet n’a pas jusqu’ici abouti.

Zooms d’étude

Zoom 1. Le Triangle de l’uranium

Un gisement d’uranium singulier valorisé par deux mines : Rössing et Usab

Comme le montre bien l’image, Rössing Uranium est une mine d'uranium à ciel ouvert située dans le désert du Namib, à environ 60 km à l'intérieur des terres de la ville côtière de Swakopmund. Géologiquement, le gisement d’uranium appartient à la zone tectonique de Damara - d’âge primaire (précambrien), donc fort ancienne – qui s’étend sur 50 km de large et 100 km de long vers le Nord-Est et le centre de la Namibie dans laquelle une intrusion de granit – ici l’alaskite - a percé des gneiss et des schistes. Si Rössing est le plus grand gisement d’uranium au monde connu dans du granit, la teneur en minerais d’uranium est très variable et globalement très faible (0,035 %).

Découverte en 1928 dans les Monts Klanbergen, la production d’uranium est lancée au début des années 1960 en pleine Guerre froide par la compagnie sud-africaine Anglo America Corporation – AAC. Sous le régime de l’Apartheid, qui cherche à se doter de l’arme nucléaire, la Namibie est alors occupée par l’Afrique du Sud. Puis face au retrait d’ACC, c’est la firme Rio Tinto qui en lance l’exploitation en 1976 à ciel ouvert. La mine de Rössing est alors présentée comme la plus grande mine d’uranium au monde. Par la suite, une mine secondaire est ouverte à Langer Heinrich en 2006. Puis celle de Trekkopje est développée en 2012 par le français Areva à 35 km au Nord-Ouest ;  appartenant aujourd’hui au groupe français Urano, elle est mise pour l’instant mise « sous cocon ». Ces différentes mines sont aujourd’hui les principaux employeurs de la région de l’Erongo, avec par exemple plus de 1.000 salariés pour celle de Rössing.

Arandis : la création d’une ville minière de l’uranium

Située à 10 km au nord-ouest de la mine de Rössing et bien repérable sur l’image, Arandis est une ville minière créée en 1978 afin de loger les salariés de celle-ci. Elle compte selon la conjoncture économique minière entre 5.300 et 7.600 habitants. Parfois présentée comme la « capitale mondiale de l’uranium », elle sert aussi aujourd’hui de support pour les mines d’Husab et de Trekkopje. La ville est desservie par l’axe de la B2 et le Trans-Namib Express

Vue générale de la mine Rössing


Repères géographiques

Zoom 2. La mine de Rössing : un complexe gigantesque de la  China National Nuclear Corporation

Vue de l‘espace, la mine d’uranium de Rössing apparait comme un gigantesque complexe spatial. La China National Nuclear Corporation qui l’exploite dispose d’une licence minière couvrant 130 km² ; dont seulement 25 km² sont utilisés par la mine, les terrils et les sites de transformation. A elle seule, la fosse à ciel ouvert mesure actuellement 3 km de long sur 1,5 km de large et présente une excavation de 390 m de profondeur.

L’extraction passe par le dynamitage d’une roche granitique trés dure, l’alaskite. Puis de gigantesques pelles chargent le minerai sur des camions-bennes géants qui transportent le minerai vers des concasseurs primaires. De là, ce minerai encore très grossier va être stocké puis récupéré pour subir plusieurs nouvelles étapes de concassage dans l'usine de concassage final.

En 2020, la compagnie a extrait 19,4 millions de tonnes de roches, dont la moitié sont des déchets ou des minerais à très faible teneur. Le ratio roches stérile/minerai continue de diminuer au fur et à mesure que la mine à ciel ouvert s'approfondit, traduisant ainsi  l’épuisement progressif d’un gisement exploité intensivement et sans discontinuité depuis 1976. On estime actuellement que la mine de Rössling disposerait encore d’une durée de vie opérationnelle de 10 ans.

On est frappé par l’importance des terrils qui entourent la fosse et l’étendue des installations de stockages des résidus, terme qui définit les matériaux restants après l'extraction de l'uranium. Après près de 40 ans d'exploitation, l'installation de stockage des résidus, ou IRS, de Rössing Uranium contient ainsi environ 400 millions de tonnes de résidus. Il faut en effet manier des millions de tonnes de minerais afin d’extraire une toute petite quantité (0,03 %) d’oxyde d’uranium (U308).

Enfin au centre du site se trouve l’usine de transformation dans laquelle la roche uranifère va être traitée pour produire de l'oxyde d'uranium, le fameux cake yellow, pour le marché mondial de l'énergie nucléaire. La mine de Rössling produit en moyenne 0,38 m3 utile par tonne de minerais broyé ; soit 2,58 millions m3 en 2019. Cette mine a une capacité de 4.500 tonnes d'oxyde d'uranium par an et, on estime qu’entre 1976 et 2020, cet exceptionnel gisement a produit un total de 140.026 tonnes d'oxyde d'uranium pour les industries nucléaires du monde entier. Face aux évolutions des prix, la recherche d’une meilleure productivité et d’une baisse des coûts de production est une constante structurelle.  

Dans ce milieu désertique, l’eau est indispensable afin d’arroser les différentes opérations afin de réduire les poussières en suspension dans l’air. L’usine prélève ainsi en moyenne 142.000 m3 par an dans l’aquifère salin de la rivière Khan afin de pulvériser la fosse et les routes pour lutter contre la poussière. Mais comme nous l’avons vu ses ressources de mauvaises qualités et limitées obligent à recourir à de l’eau de dessalement, beaucoup plus chère. Afin de lutter contre la contamination des eaux souterraines par des infiltrations de résidus contaminés a été mis en place un réseau de points de captage, de puits, de puisards et de tranchées. De même, de nombreuses études environnementales sont menées sur l’eau et les aquifères, les sols et les vents qui balayent le site afin d’évaluer la pollution potentielle induite par la dispersion des éléments radioactifs.

Vue détaillée de la mine Rössing


Repères géographiques

Zoom 3. La mine d’Husab : la relève face à l’épuisement de Rössing





A 45 km au nord-est de Walvis Bay et à 5 km au sud de la mine de Rössing, la mine d’Husab appartient à la société Swakop Uranium, détenue par la société chinoise CGN-Uranium Resources Co (CGN-URC) et le China-Africa Development Fund, créé par China Development. Bank en 2007 depuis son rachat au groupe australien Rio Tinto et au japonais Itochu. La mine se déploie au pied du talus qui correspond à contact topographique bien marqué entre deux ensembles bien différenciés, une dépression plate et sableuse au sud-est et un massif montagnard assez escarpé au nord-ouest.

La mine est lancée en 2014 et entre en production fin 2016. Techniquement et spatialement, on retrouve le même modèle d’organisation que dans la mine voisine de Rössling : deux mines à ciel ouvert de plus en plus profonde, une masse de terrils toute proche afin de perdre le moins de temps possible dans l’évacuation des déchets miniers alors que 140 million de tonnes de mort-terrain ont été déplacées dans la phase initiale de déblaiement, les ateliers de concassage, une usine de production d’acide sulfurique de 1.500 t/jour, une usine de transformation et l’installation de stockage des résidus. La mine connait un essor fulgurant en passant de 192 tonnes à 5.500 tonnes d’U308 produites entre 2014 et 2020, dont l’essentiel est destiné au marché chinois. L’aire de recrutement de ses salariés est étendue puisque le réseau de cars ramasse ceux-ci à partir de Walwis Bay, Swakopmund et Arandis.

Vue détaillée de la mine d'Husab


Repères géographiques

D’autres ressources

Sur le site Géoimage du CNES. Territoires en résonance : « La Chine des Nouvelles Routes de la Soie »  

Laurent Carroué : Namibie : Walwis Bay, un site portuaire exceptionnel en eau profonde enjeu de longs conflits géopolitiques
https://geoimage.cnes.fr/fr/geoimage/namibie-walvis-bay-un-site-portuair...

Jean-Luc Martineau : Djibouti - Un Etat stratégique de la Corne de l’Afrique au débouché de la Mer rouge et du détroit de Bab-el-Mandeb
https://geoimage.cnes.fr/fr/djibouti-un-etat-strategique-de-la-corne-de-...

François Bart : Kenya - Nairobi : une métropole des hautes terres d’Afrique orientale
https://geoimage.cnes.fr/fr/geoimage/kenya-nairobi-une-metropole-des-hau...

Clara Loïzzo : Pakistan - Gwadar : un port chinois des Nouvelles Routes de la Soie dans un Baloutchistan désertique et instable
https://geoimage.cnes.fr/fr/geoimage/pakistan-gwadar-un-port-chinois-des...

Bibliographie de l’auteur

Laurent Carroué : Géographie de la mondialisation. Crises et basculements du monde, coll. U, Armand Colin. 2019.

Laurent Carroué : Atlas de la mondialisation. Une seule terre, des mondes. Coll. Atlas, Autrement, Paris, 2020.   


Contributeur

Proposition : Laurent Carroué, Inspecteur général de l’Éducation nationale, du sport et de la recherche, directeur de recherche à l’Institut Français de Géopolitique (Université Paris VIII)

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