Champagne - Châlons-en-Champagne : une ville moyenne en mutation au cœur d’une plaine agricole dynamique

A moins de 200 kilomètres à l’Est de Paris, Châlons-en-Champagne se situe au cœur de la plaine de Champagne. On y pratique une des agricultures les plus modernisées et productives d’Europe. Portée par une véritable révolution agricole à partir des années 1950/1960, l’intégration aux marchés européens et mondiaux a en effet remodelé en profondeur l’économie, le territoire et les paysages. Mais Châlons-en-Champagne est une ville moyenne confrontée à la concurrence de Paris, Reims et Strasbourg et à la recherche d’un second souffle après la perte dans les années 2010 de son statut de capitale régionale de la Champagne-Ardenne et de ses garnisons militaires. Elle explore de nouvelles pistes de développement en s’efforçant de tirer parti de sa position de carrefour et de sa proximité avec la capitale.

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Légende de l’image

Située dans le département de la Marne, l'image de Châlons-en-Champagne, a été réalisée le 6 mai 2016 par un satellite Pléiades.
Il s’agit d’une image en couleur naturelle, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m.

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Repères géographiques

Présentation de l’image globale

Châlons-en-Champagne : au cœur de la grande plaine et sur la Marne

Un des greniers agricoles de la France et de l’Union européenne

La plaine de Champagne occupe la majeure partie de l’image : celle-ci nous plonge au cœur de ce territoire de grande culture céréalière. La SAU, la surface agricole utile, couvre ici presque out l’espace (80 %). La plaine est découpée en une multitude de parcelles de forme rectangulaire de très grande taille. Deux couleurs dominent : le blanc et le vert. Le blanc est celui de la craie, rendue visible par le sol à nu. Cette roche calcaire, tendre et perméable, est omniprésente dans le sous-sol.

Les reliefs sont peu marqués. Les nuances de vert correspondent au couvert végétal des différentes cultures et au degré de maturité atteint au moment de la prise de vue, le début du mois de mai. L’impression de kaléidoscope vient de la diversité des productions comme du système de rotations des cultures. Les parcelles sont plantées ou semées chaque année selon un cycle pluriannuel de rotation de culture.

La plaine est « ouverte » : les parcelles ne sont pas séparées par des haies végétales. On est en présence d’un paysage d’openfield. La densité démographique baisse rapidement dès qu’on s’écarte de la ville et de la vallée. Elle atteint rapidement des taux très bas, inférieurs à 10 habitants par km2. L’habitat est regroupé dans les villages de 200 à 300 habitants. Les fermes isolées sont rares. La densité est si faible qu’on peut même parler d’un « habitat dispersé » à l’échelle des cantons.

Cette faible densité ne signifie cependant ni isolement, ni désert, ni « diagonale aride ». Elle témoigne des effets drastiques de la mécanisation puis de la motorisation qui ont très largement libéré la main-d’œuvre agricole aux XIXe puis XXe siècle. Ce processus a débouché aujourd’hui sur la constitution d’un complexe agro-industrialo-technologique très exigeant en capital et très intensif en techniques et en technologies.  

La plaine est bien reliée aux restes du territoire. Elle est régulièrement parsemée d’unités industrielles qui témoignent de la forte intégration amont/aval du système productif régional. De grands silos collectent et stockent les productions agricoles ; des usines déshydratent, par exemple la luzerne qui va servir par la suite d’aliment au bétail en stabulation. A Matougues, à proximité du carrefour autoroutier entre l’A26 et l’A4, l’usine du groupe canadien McCain transforme les pommes de terre de la région en frites surgelées. Il s’agit d’une des plus grosses unités de production du monde en la matière : ici est fabriquée une grande partie des frites consommées dans les fast-foods du bassin méditerranéen. Le reste est exporté hors d’Europe.

Le kaléidoscope des cultures intensives d’une agriculture hautement capitalistique tournée vers les marchés européens et mondiaux

La plaine de Champagne est donc un bel exemple d’un système agro-industriel particulièrement performant. On y cultive d’abord du blé. Mais l’éventail des productions végétales est très large : les exploitants y sèment aussi d’autres céréales  (orge, maïs grain), des oléagineux comme le colza, de la luzerne et des pois selon les demandes et les prix du marché européen et mondial. Les betteraves complètent le tout.

L’essentiel de ce qui pousse dans la plaine est vendu sur les marchés agricoles européens et mondiaux. Les débouchés sont multiples : l’alimentation d’abord avec les produits pour la consommation humaine mais aussi pour nourrir les animaux d’élevage ; mais aussi les débouchés des filières industrielles aval dans le bioéthanol pour les « carburants verts », l’amidonnerie ou la méthanisation.

Cette valorisation du potentiel agronomique régional est historiquement récente, car les sols de craie, légers et drainants, de cette Champagne crayeuse correspondaient autrefois à la « Champage pouilleuse », les camps militaires sont à ce égard des héritages et des témoins de cette période (cf. zoom complémentaire). Débutant dans la décennie 1950 et bouleversant totalement le paysage, cette véritable révolution agronomique a été portée par un déboisement massif, de grands aménagements fonciers remembrant le parcellaire agricole en d’immenses champs, l’évolution des techniques agricoles (machinisme, fertilisation, formation…) et, enfin, le développement d’un vase système coopératif, associé comme dans l’Ouest de la France à la même époque à l’influence du syndicalisme agricole.  


L’occupation du sol dans la région de Châlons-en-Champagne.
(Source : Direction Régionale de l’Agriculture. SCOT du Pays de Chalons en C, avril 2014. En téléchargement direct, libre et gratuit)

Se déployant à partir des années 1950, cette modernisation a été largement portée par la création de la Communauté Economique Européenne (CEE) puis de l’Union européenne (EU) en créant de nouveaux débouchés grâce à l’ouverture des marchés européens à ses productions. La PAC – politique agricole commune - et ses systèmes de subventions à une agriculture productiviste ont été dans les années 1980/2010 des leviers essentiels à cette dynamique. Aujourd’hui, des réformes agroenvironnementales ainsi qu’un rééquilibrage vers des agricultures familiales moins intensives et des milieux plus défavorisés obligent les acteurs locaux et régionaux à réfléchir à un certain nombre d’inflexions. Pour autant, comme l’illustre l’essor récent des « biocarburants » (à base notamment de colza) au nom du développement durable, ce modèle agricole semble avoir encore de beaux jours devant lui. 

Comme en témoigne la taille des parcelles, l’exploitation de vastes étendues agricoles a été rendue possible par la motorisation poussée de l’activité : puissants tracteurs, moissonneuses et  semi-remorques sillonnent, à tour de rôle mais tout au long de l’année, la plaine comme en témoigne la densité du tracé des chemins d’accès aux champs. On prépare la terre, sème ou plante, traite, récolte, stocke et livre en fonction des saisons.

Enfin, l’image satellite rappelle d’une autre manière la forte technicité de l’agriculture : le recours aux données numériques du SIG (système d'information géographique) y est désormais systématique. Les engins agricoles utilisent de plus en plus les systèmes de positionnement GPS. Des drones fournissent des cartes qui permettent notamment d’optimiser l’utilisation des engrais et des pesticides ou de l’eau des pompages l’été. 

La vallée de la Marne, une oasis de verdure qui traverse la plaine, et le carrefour châlonnais

La coulée verte que forme la vallée de la Marne contraste avec la plaine crayeuse. Une bande boisée d’à peine 5 kilomètres de largeur s’étend du sud-est au nord-ouest. Par opposition à la sécheresse de la plaine, arbres, étangs et méandres de la rivière suggèrent la présence de l’humidité.

Les bords de Marne concentrent la population : sur les deux rives, les villages se succèdent. Les axes de communication traditionnels, comme la nationale 44 et la ligne de chemin de fer, suivent aussi le cours de la rivière. Châlons-en-Champagne, une ville de 45.000 habitants et son agglomération, forment un ensemble bien visible sur l’image.

La ville s’est développée à un endroit où des points permettent de traverser la Marne. De part et d’autre de la rivière, on peut prendre la direction de Paris et de Troyes ou bien de l’Est. L’agencement des champs alentour laisse deviner les routes qui convergent vers le carrefour châlonnais. La rencontre des autoroutes A4 et A26 et le raccordement à la ligne à grande vitesse Est européenne (Paris-Strasbourg) ont confirmé depuis les années 1970 ce rôle de nœud régional.

Au Nord de Châlons-en-Champagne se croisent en effet deux axes d’importance européenne : le premier relie la métropole parisienne à la vallée du Rhin. Le second, la vallée du Rhône au Bénélux et au Royaume-Uni. L’A26 – aussi appelée « autoroute des Anglais » - permet de rejoindre Calais puis le tunnel sous la Manche. La présence sur le finage de la commune de la Veuve d’une zone d’activité est une conséquence visible sur l’image de cette situation de carrefour.

Des vallées d’importances secondaires reproduisent le même schéma en concentrant population et activités : celle de la Vesle au Nord-Est (L’Epine-Courtisols) et celle de la Coole au Sud-Est. 

Zooms d’étude


Un point de passage de la Marne

L’aire urbaine de Châlons-en-Champagne, dont on voit sur cette image la partie Nord, rassemble 60 000 habitants environ. On constate d’abord une asymétrie par rapport à l’axe de la Marne. Le canal latéral à la Marne, la rivière et la voie de chemin de fer coupent la ville en deux parties inégales. La rive droite accueille le cœur historique et l’essentiel de la croissance ultérieure de la ville. Sur la rive gauche, les faubourgs se sont surtout développés au XIXe siècle en lien avec la gare.

Sur la rive droite, la ville s’est historiquement développée autour de l’axe du pont sur la Marne. A cet endroit, la rivière se divise en plusieurs bras qui ont été canalisés au XIXe siècle. Le centre-ville s’organise autour d’une rue reliant la cathédrale de la mairie. A partir de ce noyau initial, la ville s’est étendue vers l’Est. Les anciens remparts, aujourd’hui démolis, délimitent cette ville historique. Une ceinture d’espaces de faible densité en est la trace toujours visible : jardin du Jard au Sud, parcs, cimetières, équipements collectifs du XXe siècle comme les écoles, la prison, la salle omnisports, la piscine ou le commissariat. Autour de cette ceinture, s’étendent les faubourgs et quartiers du XIXe et XXe siècles. Au nord, une vaste zone industrielle créée dès l’après-guerre déborde sur la commune voisine de Saint-Martin-sur-le-Pré.  

La rive gauche a un destin lié au chemin de fer. Les rails de la gare de triage conservent une forte emprise territoriale. Cette particularité s’explique notamment par le rôle stratégique du transport pour les activités militaires de la région. L’importance locale du train a aujourd’hui décliné. Les trains régionaux suivent la Marne pour rejoindre Paris.  Une autre ligne part vers le Nord en traversant la Marne : elle permet d’atteindre les camps militaires et Reims. Elle est aussi la liaison sur laquelle roulent les TGV avant de rejoindre la ligne à grand vitesse située plus au Nord.   

Une ville fortement touchée par la réorganisation de l’action publique  

Comme de nombreuses villes moyennes, Châlons-en-Champagne connaît une profonde mutation de son modèle de développement. Le chef-lieu de la Marne vit une période marquée par les redéploiements et ses incertitudes.

La ville a, depuis des siècles, une économie locale qui dépend fortement de la puissance publique. Lors de la Révolution française, la ville fut choisie comme préfecture du département au détriment de Reims, la « ville des sacres » alors mal-aimée. De même, positionnée sur le glacis défensif du Nord-Est face aux vieilles routes d’invasion, Châlons est depuis longtemps une ville de garnison.

L’administration et la Défense y furent donc de grands pourvoyeurs d’emplois jusque dans les années 1990. Mais la réorganisation des activités de l’Etat à l’échelle nationale a fortement fragilisé le modèle châlonnais, une « ville d’Etat » par excellence. La ville a perdu beaucoup des fonctions métropolitaines qu’elle exerçait au profit de plus grandes agglomérations comme Paris, Reims et Strasbourg.

Le départ des effectifs militaires en 2015, lié à la dissolution ou aux transferts de nombreux régiments, a entraîné la multiplication des friches urbaines : une dizaine de sites de Défense, ayant une emprise urbaine de 60 hectares environ, a été désaffectée. On peut voir notamment sur l’image la réhabilitation en cours du quartier Chanzy : derrière la caserne historique, un vaste espace inutilisé apparaît en vert et blanc. Progressivement, des constructions et de nouvelles routes réintègrent ces lieux à la ville.

La perte des fonctions de capitale régionale en 2016 accentue la dynamique : nombre de locaux administratifs de l’ancienne Région Champagne-Ardenne sont délaissés après le départ des activités vers Strasbourg, capitale de la nouvelle entité Grand Est. Les réorganisations de la présence de l’Etat ont provoqué le départ de fonctionnaires d’Etat comme régionaux.

Ces évolutions ont de nombreuses conséquences sur la morphologie de la ville : des bâtiments administratifs et des logements sont vacants. Leur entretien, leur rénovation voire leur démolition nécessitent la mobilisation de capitaux. Si ces problématiques sont propres à de nombreuses villes moyennes en France, elles s’expriment avec une particulière acuité à Châlons-en-Champagne.

Les pistes du renouveau

 Ces changements ne doivent pas faire oublier les éléments de permanence et les nouvelles dynamiques. La ville reste le chef-lieu du Département de la Marne. Elle a conservé des services de la région Grand Est. Pour accompagner la transition, les services de l’Etat ont signé avec la ville de Châlons un contrat de redynamisation de site de défense (CRSD) : grâce à des aides pendant quatre ans, l’objectif est de limiter la fragilisation économique et démographique de la ville. Des initiatives permettent la requalification de lieux. Une ancienne caserne est devenue un centre du Service Militaire Volontaire. Le site de « la Marnaise » est aussi, à ce titre, emblématique : il se trouve au croisement formé par un deuxième pont sur la Marne et le canal. Un vaste bâtiment gris clair est visible. Il s’agit d’un ancien silo qui a été transformé pour accueillir depuis 2015 le Centre national des arts du cirque (CNAC).

L’image montre aussi deux atouts de la ville. Au nord de la zone industrielle se sont installées des entreprises de transports. Celles-ci prennent le relais d’une industrialisation des années 1960-70 qui montrait des signes d’essoufflement. Ses entrepôts logistiques – dont celui qui fournit les supermarchés E. Leclerc de toute la région – profitent du proche carrefour autoroutier.

Par ailleurs, l’image laisse voir le patrimoine naturel de la ville : la Marne forme une « coulée verte » qui traverse la ville. Conjugué à la proximité relative avec Paris, via le TGV et l’autoroute, et aux coûts relativement faibles de l’immobilier, ce capital naturel est un atout en termes de qualité de vie. Il est en cours de valorisation. Le centre-ville et son patrimoine culturel attirent déjà des visiteurs pour de courts séjours. Le vignoble de Champagne n’est pas loin et Châlons-en-Champagne fait partie du territoire inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO à ce titre. Sur le moyen terme, le tourisme est une piste de redéploiement pour les activités locales.  


L’agglomération et son environnement agricole 

La foire agricole : la recherche de nouveaux relais de croissance

Le zoom correspond aux développements de la ville depuis les années 1970-1980. On peut voir des grands équipements, notamment les quartiers d’habitat collectif et les installations sportives. La zone commerciale autour du supermarché Carrefour est entourée de lotissements pavillonnaires.

La vaste parcelle argentée correspond au champ de la foire agricole de Châlons-en-Champagne. Après le Salon de l’agriculture de Paris, il s’agit d’une des plus grandes manifestations du genre en France. Héritière lointaine des grandes foires de Champagne du Moyen-Age, elle est, début septembre, un rendez-vous pour la profession agricole mais aussi pour le monde politique national. Une grande salle polyvalente, le Capitole, a été construite en 2012 pour améliorer l’accueil lors de la foire ; tout au long de l’année, des concerts y sont organisés. Le bâtiment est aussi le lieu où se déroule Planet A, un forum international consacré à l’agriculture fondé en 2018. L’objectif de cette initiative est de gagner en visibilité à l’échelle mondiale sur les questions liées à la production agricole. A terme, une cité de l’Agriculture pourrait voir le jour : en lien avec les activités agricoles locales, elle permettrait de transformer la ville en un pôle de réflexion sur l’agriculture du futur.  

L’étalement urbain du début du XXIe siècle : surcoûts et problématiques d’aménagement

Pendant longtemps, le contournement de la nationale 44 a fait office de limite à l’Est de la ville. Cet axe qui relie la nationale 4 - Paris-Strasbourg - à Reims traversait jusque dans les années 1970 la ville. L’étalement urbain récent a dépassé cette frontière. Dans les années 2000, une grande zone artisanale et commerciale a été construite sur des terres agricoles. Un cimetière et le crématorium s’étendent perpendiculairement à la nationale. Le même phénomène d’étalement est visible plus au Sud : la périurbanisation a fait croître la commune de Sarry parallèlement à la Marne. Une série de lotissements a été construite à distance de la nationale et de ses nuisances. Le village qui comptait 600 habitants dans les années 1970 en a désormais 2 .000. La vigueur de la construction n’a cependant pas comblé la distance entre Sarry et Châlons.

Cette extension périphérique ou périurbaine de la ville par la construction d’un centre commercial ou de pavillons individuels est un modèle qui pose aujourd’hui question. Les grandes enseignes installées dans la zone commerciale souffrent des faibles densités locales et de la concurrence de la proche métropole rémoise, qui avec 200.000 habitants se trouve seulement à 45 kilomètres. Par ailleurs, cette zone commerciale extérieure concurrence frontalement le commerce du centre-ville. Ce dernier en souffre : le cœur traditionnel de la ville est ainsi ponctué de nombreux locaux commerciaux vacants. Pour finir, ces vastes projets d’aménagement récents artificialisent pour longtemps des territoires agricoles à fort potentiel.

La plaine agricole, un territoire productif structuré

Les champs de la plaine céréalière sont au contact de la ville. Le zoom permet de voir en détail l’organisation du parcellaire. On peut observer aussi le tracé d’anciens chemins. Ceux-ci forment, au milieu de quelques champs, des traces linéaires plus blanches. Ces chemins ont disparu lors du remembrement quand les contours des champs ont été modifiés.

En effet, depuis les années 1950, des échanges de terre ont permis la mise en place de vastes parcelles rectangulaires et de chemins d’accès au tracé rectiligne. Cette organisation est rendue nécessaire par l’utilisation de machines agricoles puissantes et d’outils de grande taille. Les interventions dans les champs (préparation de la terre, semis, traitement, arrosage, récolte) sont effectuées rapidement grâce à ces moyens caractéristiques d’une agriculture intensive. Ce haut degré de mécanisation permet d’exploiter de vastes surfaces avec peu de main-d’œuvre. Les fermes restent, dans la région, des sociétés familiales ayant peu recours à des employés.   

Des petits bois de pin sont visibles ici et là dans la plaine. Ils sont les vestiges du paysage de la plaine champenoise d’avant les années 1950 : ces petites parcelles boisées ont échappé au défrichage comme au remembrement. Pour améliorer la biodiversité, des haies artificielles sont depuis une vingtaine d’année plantées en bordure de champs.

 

  


Une plaine à la croisée de grands axes européens

L’autoroute et le TGV

L’image laisse voir à nouveau les parcelles agricoles. A droite du centre, se trouve le village de Saint-Etienne-au-Temple reconnaissable à la route qui le contourne. Du sud vers le nord coule la Vesle, un affluent de l’Aisne qui traverse Reims. Tout en haut de l’image, un silo situé près d’une ligne de chemin de fer collecte les productions agricoles avant l’expédition par train.

La représentation illustre aussi un thème caractéristique de la région, celui du passage. On distingue deux axes parallèles qui coupent la plaine d’Est en Ouest. Au Sud, l’autoroute A4 qui relie Paris à Strasbourg via Metz. La sortie d’autoroute à Saint-Etienne-au-Temple est visible : elle permet de rejoindre Châlons-en-Champagne mais aussi le camp militaire de Mourmelon situé à quelques kilomètres au Nord [voir image complémentaire]. Si l’axe autoroutier date des années 1970, la ligne à grande vitesse située quelques kilomètres au Nord est plus récente. Le TGV-Est y circule depuis 2007.  

Si la plaine de Champagne jouit d’une position intéressante au sein du réseau des grands axes européens, l’image démontre cependant l’existence d’un « effet tunnel ». Les faibles densités empêchent le territoire de profiter pleinement de cette situation. Les flux autoroutiers et ferroviaires traversent la région en l’ignorant largement.

En fait, les conditions de circulation ne sont pas les mêmes en fonction des échelles : quand les axes d’importance nationale et européenne – A4 et LGV – traversent facilement la plaine et la rivière, la situation est différente à l’échelle locale. Pour les axes d’importances régionaux, la Marne constitue largement une barrière que seul un petit nombre de ponts permet de franchir.      

La fonction stratégique de la région  

La présence des camps militaires depuis le milieu du XIXe siècle est une conséquence de cette situation de la région : en cas d’attaque allemande, la plaine devait jouer le rôle de glacis protégeant la capitale française. Une des lignes de front de la Première Guerre mondiale passe d’ailleurs à quelques dizaines de kilomètres au Nord du territoire représenté.

Un lieu identifiable sur l’image rappelle aussi les fonctions de passage et de défense : dans le coin droit, on voit une vaste aire circulaire à proximité du village de la Cheppe. Cette enceinte d’origine gauloise est connue sous le nom de « camp d’Attila ». Bâtie le long de l’ancienne voie romaine reliant Reims à Toul, elle serait la place forte (oppidum) des Catalaunes, la tribu gauloise locale qui a donné son nom à la ville de « Châlons ». Ce site est considéré comme le lieu où la bataille des Champs catalauniques a eu lieu. En 451, les Huns d’Attila y ont été vaincus par Rome et ses alliés. Si la question reste disputée, cette localisation est l’une des plus probables.  Le site ne fait pas l’objet d’une promotion touristique particulière.

 

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Le grand axe autoroutier A26 européen Nord/Sud traversant la Champagne, au Sud-Est de l’image. Il relie le Bénélux à la Bourgogne (Beaune). Lors de sa conception, il permet en particulier d’alléger à l’ouest l’axe de l’autoroute A1 Paris/Bruxelles et à l’est l’axe de la vallée du Rhin, totalement saturés. Il est particulièrement utilisé par les poids-lourds et les vacanciers souhaitant rejoindre la Méditerranée et/ou la péninsule ibérique.

Image Complémentaire

Le camp militaire de Mourmelon : un territoire affecté aux fonctions de Défense 

Un héritage du XIXe siècle : le « camp de Châlons »

Le camp de Mourmelon a été créé sous le Second Empire dans les années 1860. Il est alors appelé le « camp de Châlons ». Il a la forme d'un carré de 10 kilomètres de côté. Du fait de son rôle militaire, cet ensemble n’a pas été modifié comme le reste de la plaine par la révolution agricole des années 1950-1960. Le paysage y est différent et rappelle que la Champagne a longtemps été un territoire où les rendements du sol étaient médiocres. Au XIXe siècle, la mise en place du camp obéit à des impératifs stratégiques : le but est de protéger Paris d’une invasion de l’armée allemande.

A l’échelle locale, la création du site militaire s’accompagne d’une politique de valorisation des terres : des pins noirs d’Autriche sont plantés dans la plaine dans la deuxième moitié du XIXe siècle. L’objectif est alors d’amender le «sol pauvre » et crayeux. Des fermes – encore existantes - sont créées à la bordure du camp.

Dans la plaine, la plupart des arbres ont disparu lors des défrichements des années 1950 : à ce titre, le camp apparaît comme un « conservatoire » du paysage local au XIXe siècle. La spécialisation militaire y a préservé un territoire fait de pins et de savart. Ce dernier terme désigne en Champagne une sorte de lande à la maigre végétation.   

Le camp de Mourmelon a joué un rôle stratégique majeur sur le territoire français. Des combats lors de la guerre de 1870 mais surtout en 1914-1918 s’y déroulent : les cimetières et nécropoles qui l’entourent en témoignent. Le camp a été le cadre de nombreuses grandes manœuvres militaire. Beaucoup d’innovations techniques y ont été testées ou présentées, notamment dans le domaine de l’aéronautique militaire avant 1914.

Un centre militaire d’importance nationale

Les évolutions récentes de l’organisation de la Défense à l’échelle nationale ont confirmé le rôle majeur joué par le camp de Mourmelon.  Avec les autres camps marnais - Suippes et Mailly - il constitue un pôle militaire au rôle essentiel en France, en termes de missions comme d’équipement. 3000 soldats y travaillent en permanence. Pour des manœuvres, 5000 peuvent y être accueillis. Parmi les contingents présents, on peut citer le 501e régiment de chars de combat qui rassemble 52 chars Leclerc, 500 véhicules et 700 hommes. Des troupes stationnées à Mourmelon sont sollicitées pour les opérations de l’armée française à l’étranger.

Le départ des régiments situés dans la ville de Châlons-en-Champagne en 2015 n’a donc pas fait disparaître la vocation militaire de la région. L’activité militaire a été recentrée sur les camps aux dépens des sites situés en environnement urbain. Distant de 25 kilomètres de Châlons-en-Champagne, la ville de Mourmelon a été intégrée à la communauté d’agglomération châlonnaise en 2017. Les deux villes conservent des liens étroits : beaucoup de familles de militaires s’installent à Châlons pour profiter de ses équipements.

Pour les villes de Mourmelon-le-Grand (5000 hab.) et Suippes (3900 hab.), les retombées économiques sont considérables. La présence des militaires nécessite l’entretien d’infrastructures d’ampleur comme la voie de chemin de fer, un aérodrome militaire ou des réservoirs d’hydrocarbures. Elle structure aussi l’économie locale (emplois de service induits, marché immobilier).  


Camp militaire de Mourmelon

D’autres ressources

Bibliographie indicative

Roger Brunet, Champagne, pays de Meuse, Basse-Bourgogne, Flammarion et Famot, 1981.

Sylviane Tabarly, « Du champ à l'usine, production et transformation d'une denrée agricole : la pomme de terre et le "système" McCain », Géoconfluences, décembre 2009. 

Sur le site du pays de Châlons-en-Champagne, de nombreuses études géographiques 

Sur les enjeux de l’agglomération châlonnaise

Pour situer le territoire dans son environnement régional  

SCOT du Pays de Chalons en Champagne : un territoire de grandes cultures

Le dossier INSEE de la commune de Châlons-en-Champagne

Contributeur

Xavier Desbrosse, professeur agrégé au lycée Pierre Bayen de Châlons-en-Champagne. 

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