Presqu’île de Dakar et mondialisation ; un nouvel aéroport international, des multinationales de l’agroalimentaire, des conflits d’usage

Métropole africaine macrocéphale, Dakar et sa région concentrent plus de 46% des fonctionnaires sénégalais, 97% des salariés du commerce et des transports, 96% des employés de banques, 95% des entreprises industrielles et commerciales et 87% des emplois permanents. Dakar contribue pour près de 55% au PIB national. Mais Dakar est enfermée dans la presqu’île du Cap Vert et n’a plus d’autre solution pour accompagner la croissance de ses activités que d’installer ses nouvelles activités sur les plateaux environnants, bien au-delà de son site originel.

em_sentinel_dakar_globale_legendee.png

Légende de l'image globale

L’image Sentinel 2A  a été acquise le 23/05/2018 avec une résolution native de 10m

Vous pouvez télécharger l'image générale en cliquant ici.
Contient des informations © COPERNICUS SENTINEL 2018, tous droits réservés. Usage commercial interdit.

Présentation de l'image globale

Dans le cadre de la « zone d’excellence économique » mis en place par le précédent Président de la République du Sénégal Macki Sall, un ensemble d’aménagements aéroportuaires, de sites industriels et agroalimentaires se sont installés à 40 km au sud-est de Dakar sur le plateau calcaire de Diass. Cette structure doit répondre à l'ouverture de Dakar dans le cadre de la mondialisation et elle est désignée par le décrêt gouvernemental de 2017 l'instituant comme une ZES. Cette "zone économqiue spéciale" est le signe d'une dynamique réelle de la ville, La ZESID (Zonne Economique Spéciale Intégrée de Diass). A l'exemple de nombreuses zones franches à l'échelle de la planète, la ZESID fonctionne grâce à des politiques fiscales incitatives, le développement d'infrastructures performantes dans le cadre desquelles l'aéroport international prend toute son importance, l'instrauration de règles de fonctionnement simplifiées pour les entreprises souhaitant s'y établir. Le gouvernement sénégalais insiste sur la nécessaire contrepartie à l'installation de ces structures économiques : le développement d'activités à forte densité de main d'oeuvre.
Les secteurs privilégiés sont assez larges et variées : l’industrie, l’agrobusiness, les technologies de l’information et de la communication, le tourisme, les activités portuaires, l’offre de services médicaux, les services. 
Si les textes officiels mettent en avant que ces aménagements doivent se faire dans "sans violer les lois relatives à la protection de l'environnement" (décrêt officiel 2017-932), ils n'en ont pas moins des conséquences problématiques puisque cette expansion se fait sur des zones d’agriculture traditionnelle, souvent sans concertation avec les collectivités locales, et il engendrent des conflits d’usage, en particulier avec les populations rurales.

Zooms d'étude

La localisation de l'aéroport

L’extrait ci-contre est situé dans la partie terminale, géologiquement complexe, de la bordure océanique du bassin sénégalo- mauritano –gambien, vaste bassin sédimentaire de marge continentale passive. 
L’extrait  est plus précisément localisé sur la partie fortement fracturée (failles normales subméridiennes liées à l’ouverture atlantique) du horst de Diass (village au sud immédiat de l’aéroport), en limite ouest du plateau sédimentaire de bancs surtout calcaires et grés argileux de Thiès dont on distingue  très nettement la falaise indentée soulignée en marron-rouge sur l’image, falaise accentuée par la présence d’une faille. 
Ce plateau (130-150m) domine d’une cinquantaine de mètres le horst de Diass (ensemble gréseux et argileux pour l’essentiel avec en pied du plateau des sables aquifères et calcaires gréseux), horst lui-même dominant à l’ouest le graben de Rufisque (20m). 
Les carrières (couleur blanche liée à a mise à nue de la roche mère) sont inscrites dans les affleurements calcaires  (couleurs rouge rosé due à l’état végétatif de la savane herbacée arbustive qui recouvre le substrat), en pied de la falaise tandis que les puits de captage des eaux de Kirène sont dans les sables aquifères et argiles.

Le satellite européen Sentinel 2A fait partie du programme Copernicus comportant à terme  6 satellites destinés à la surveillance systématique de l’environnement terrestre. Sentinel 2A et 2B sont dotés d’un imageur multispectral à 13  bandes spectrales couvrant le  visible et le proche infrarouge avec des résolutions comprises entre 10 et 60 mètres pour une fauchée de 290 km. L’extrait ci-contre est une composition colorée du vert, rouge et proche infrarouge à la résolution native de 10m. Elle s’interprète comme l’image Pléiades 1A.

LE NOUVEL AÉROPORT INTERNATIONAL BLAISE DIAGNE DE DAKAR

Lancé sous le président Abdoulaye Wade, et fini avec le président  Macky Sall, cet aéroport à 47 km de Dakar, relié à la capitale par une autoroute payante, a été mis en service  officiellement le 7 décembre 2017 après 10 ans de travaux et financements compliqués. Co-financé par la Banque Africaine de Développement il est voulu comme le hub de l’Afrique de l’Ouest, tant vis-à-vis du  trafic international notamment vers les Etats-Unis, qu’infra africain. Les pistes (3500m) et équipements ont été conçus pour recevoir des avions gros porteurs tel l’A 380.  
C'est un aéroport « green field », construit ex nihilo  sur les terres agricoles du plateau de Diass avec le déplacement de villages et des contentieux sur les indemnisations des agriculteurs.  Il devrait être le centre du développement de la « zone d’excellence économique », avec l’installation d’industries de  maintenance aéronautique dans un premier temps, du développement du fret, notamment agroalimentaire, tandis que l’ancien aéroport historique de Dakar Yoff devient militaire et cesse toute activité civile.
L’espace  du plateau de Diass entre l’aéroport et  le plateau de Thiès (2ème ville du pays)  est aujourd’hui une zone de tension entre les différents acteurs économiques et environnementaux de la ville de  Thiès, des agriculteurs  et les autorités nationales qui favorisent,  dans un contexte spéculatif,  le déclassement des sites protégés telle la forêt de Thiès ou encore les terroirs agricoles au profit d’investisseurs locaux ou internationaux , que ce soient des sociétés agroalimentaires, des cimenteries, des aménageurs aéroportuaires ou simplement de nouvelles habitations des personnels locaux cherchant à se rapprocher de leurs lieux de travail, sans avoir à venir de la banlieue  dakaroise chaque jour, en s’installant illégalement  sur des zones forestières classées. 

L’image Pléiades 1A du 08/10/2017  est restituée en  composition colorée « fausse couleur » qui permet de mettre en évidence l’information enregistrée par le satellite dans le Proche infra-rouge. Cette composition  donne une information supplémentaire à celle de l’œil humain. La couleur rouge correspond à des zones couvertes   de végétaux ayant une activité chlorophyllienne, l’image été prise à la fin d’une saison des pluies normale. Les zones clôturées  entourant l’aéroport correspondent à une savane herbacée  arbustive  en plein activité chlorophyllienne. Par contre autour des pistes et structures aéroportuaires la végétation est sèche (drainage, traitements herbicides?). Les pistes apparaissent  en vert très sombre et les bâtiments et tarmac en béton en blanc. A la date de prise de vue l’aéroport n’est pas encore en activité et donc il n’y a aucun avion stationné. 

 

Un conflit : Agriculture traditionnelle/Agriculture commerciale

les industries agro-alimentaires en développement

 L’industrie agroalimentaire sénégalaise est la deuxième en Afrique après celle de la Côte d’Ivoire. C’est dans ce contexte que deux sociétés se sont installées à proximité de l’aéroport international Blaise Diagne, ceci avant même qu’il ne soit terminé. La société SIAGRO commercialise 70% des eaux en bouteille au Sénégal. Elle a foré 5 puits sur le terroir du village sérère de Kirène dès 2001 (1 surliage ci-contre).Le forage des puits de SIAGRO s’est traduit par un épuisement des nappes phréatiques superficielles  des puits traditionnels du village et après des promesses d’un  nouveau puit villageois, aujourd’hui le ravitaillement en eau est assuré  par camion-citerne. SAGRIO est devenue une multinationale à l’échelle régionale pour les eaux mais aussi, par un accord avec Coca Cola pour la distribution de jus de fruits, avec Candia pour la distribution de lait et l’implantation au Mali et en Côte d’Ivoire de succursales.

un parcellaire sérère traditonnel au contact de nouvelles parcelles

Le village sérère de Kirène est constitué d’un ensemble de quartiers enclos regroupant plusieurs habitations, dont on distingue bien les haies marquant  chaque enclos familial. Ces quartiers sont au centre d’un parcellaire anciennement organisé en soles (P. Pelissier ; Les paysans du Sénégal 1966). 
Autour du village on trouve des champs plus ou moins clos. Les plus proches des habitations sont consacrés à des cultures vivrières. Initialement au-delà de cette zone, on trouvait un système traditionnel d’agroforesterie composé de trois grandes soles, avec rotation des cultures, séparées par des haies et plantées  d'arbres espacés, essentiellement de baobabs et surtout de sas (acacia albida) dont les feuilles, lorsqu’elles tombent en début de saison des pluies, constituent un humus régénérateur. 
Dans l‘extrait d’image on distingue encore la notion de soles, même si elle un peu estompée aujourd’hui. On reconnait l’une en jachère (1) qui apparait en rouge intense  du fait de la couverture herbacée en forte activité chlorophyllienne à la fin de la saison des pluies et ou le bétail va pâturer, tandis que les autres (2 et 3) sont occupées par des parcelles culturales dont on devine localement les rangs semés avec des cultures qui lèvent (en rouge claire) 2a et 2b. Traditionnellement ces cultures étaient du mil et des arachides.
Cet agro système  traditionnel contraste fortement avec le système agro industriel voisin.

LE DÉVEOPPEMENT DE LA SOCIÉTÉ AGROALIMENTAIRE HOLLANDAISE VAN OESR UNITED

La société  hollandaise Van Oesr United,  s’est installée en 2007 sur 300 hectares d’un grand parcellaire  pris sur le terroir sérère selon un accord qui lui permettait d’exploiter un terroir anciennement cultivé par les habitants,  sans limite de durée.  On y produit du maïs doux, des oignons verts et surtout 30T/jour d’haricots verts à destination de l’Europe. La société a été rachetée en 2015 par la multinationale coopérative française Agrial implantées dans 15 pays, notamment en Afrique. Le personnel est recruté localement auprès des femmes des villages sérères sur la base d’un salaire par cageot récolté.  On identifie en a le grand parcellaire (a), en (b) un bassin, en (c) des serres, et en (d) les bâtiments de conditionnements et d’expédition.

D'autres fiches sur Dakar