Royaume-Uni - Les Falkland : le verrou géostratégique britannique de l’Atlantique Sud et de l’Antarctique

Dans l’Atlantique Sud sous les 50e Rugissants et à 480 km des côtes argentines, les Falkland, Malvinas ou Malouines, sont un archipel sous souveraineté britannique. Peuplé de 3.200 habitants, c’est l’un des nombreux U.K Overseas Territories de la Couronne dispersés à la surface du globe. Marginales et oubliées, Londres redécouvre l’intérêt des Falkland lors de l’invasion argentine de 1982. Portée par la pêche et les transferts financiers métropolitains, son économie commence à s’ouvrir aux promesses des hydrocarbures offshores. Mais son importance est surtout géostratégique ; car il sert de support et de verrou aux immenses territoires insulaires et marins que contrôle Londres en bordure du continent Antarctique : Géorgie du Sud, Sandwich du Sud, Shetland du Sud, Orcades du Sud. Un ensemble aussi revendiqué par l’Argentine. Dans tous les cas, un atout majeur pour positionner Londres dans les renégociations du protocole de Madrid qui doivent s’ouvrir en 2048.
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Légende de l’image

Cette image des îles Falkland ou îles Malouines dans l'Atlantique Sud a été prise par les satellites Sentinel-2 en janvier 2021. Il s'agit d'une composition en couleur naturelle dont la résolution est de 10m  

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Repères géographiques

Présentation de l’image globale

Les Falkland : le seul archipel habité des 50em Rugissants sud-atlantique,
un verrou géostratégique

Les Falkland : un archipel sud-atlantique aux fortes contraintes

Les Falkland présentent une singularité majeure à l’échelle mondiale : c’est le seul archipel au monde habité en permanence sous les 50em Rugissants. En effet, situé entre le 51° et le 52° Sud, l’archipel des Falkland - les Malvinas en espagnol, les Malouines en français - est incontestablement un ensemble insulaire des 50em Rugissants. A titre de comparaison, les Iles Kerguelen françaises - situées beaucoup plus à l’est - se trouvent un peu plus au nord, entre le 49° et le 50° Sud. Mais celles-ci sont désertes, la seule présence humaine s’y résumant à une petite station scientifique. A l’opposé, les Falkland sont peuplées de 3.200 habitants. Il est à 483 km des côtes argentines et à 1.300 km de la péninsule Antarctique.  

Comme le montre bien l’image, cet archipel de 12.173 km - d’une taille un peu plus faible que celle de l’Ulster, au Royaume-Uni - est composé de deux îles principales - les Falkland Ouest et Est, séparées par un large chenal - et de quelques 750 îlots et îlots périphériques. Culminant au Mont Usborne à 705 m., l’archipel est tectoniquement et géologiquement latino-américain. Le plateau des Falkland continue en effet le plateau continental patagonien et est encadré par deux fosses océaniques, au nord le bassin d’Argentine et au sud la mer d’Ecosse.

Ces îles sont les restes d’un vieux socle d’âge primaire, avec des terrains datant du précambrien, du silurien, du dévonien ou du carbonifère. Ils sont réorganisés par une tectonique cassante au secondaire, avec des intrusions de basaltes et de dolerite au jurassique. Les espaces d’altitude - Mount Usborne à 705 m., Mount Adam à 700 m., Mount Youg à 340 m.... - correspondent à des roches dures, comme les quartzites ; les bassins ou la table plane de Lafonia à des grès plus tendres. Comme dans les vieux socles atlantiques, la topographie est vallonnée et porte une végétation, selon les milieux, de prairies, de fougères arbustives, de bruyères, de tourbières et de marais. En biogéographie, les liens sont étroits avec la Patagonie voisine.

Un climat océanique sub-arctique froid et humide, des sols pauvres et acides, des terrains en creux dans lesquels s’accumulent mares et tourbières, l’absence d’arbre, l’importance des brouillards et la puissance des vents représentent autant de contraintes à l’installation humaine. Les précipitations sont abondantes - entre 450 et 600 mm - et régulières ; les températures sont fraiches avec une moyenne de 9,4°C en janvier, en plein été austral, et de 2,2°C en juillet en plein hiver austral alors que la durée du jour y tombe à trois heures. Du fait de sa position, les vents - en particulier d’ouest - sont omniprésents avec une vitesse moyenne de 31 km/h. à Stanley, pourtant posée dans un site abrité. Aujourd’hui, 90 % de l’électricité dans la campagne provient de l’énergie éolienne alors que le bourg de Stanley est alimenté pour 40 % de ses besoins par la Sand Bay Wind Farm (zoom 1).  

Les déséquilibres du peuplement : polarisation urbaine face à un Camp désert  

Ces facteurs débouchent sur plusieurs phénomènes majeurs dans les dynamiques du peuplement de l’archipel. Si entre 1980 et 2016 l’archipel connait une belle dynamique de sa population en passant de 1.800 à 3.200 habitants, soit une hausse de + 78 %, la densité générale demeure cependant si faible - avec 0,26 hab./km2 - que l’on peut considérer l’archipel comme un ensemble régional quasi-désertique.

L’espace rural est appelé le Camp, une anglicisation du terme « campo ». S’il occupe une place dominante sur l’image, il tombe de 760 à 280 habitants, soit de 42 % à 12 % de la population totale. Le nombre de fermes et de hameaux, très dispersés, ne doit pas faire illusion : le Camp vieillit et se dépeuple, se désertifie et se marginalise.

En effet, 77 % de la population se concentre aujourd’hui sur le petit pôle urbain de Stanley, situé à l’extrême est d’East Falkland. Le second pôle important de peuplement avec 400 personnes est lié à la base militaire de Mount Pleasant. Enfin, il convient de souligner qu’un quart de la population est considéré comme population temporaire ; on y trouve les expatriés, les militaires, une partie des pécheurs qui ne font que passer...       

Conflits de souveraineté avec l’Argentine et Guerre de 1982 : un profond séisme géostratégique

Du fait de sa situation, ce vaste archipel inhabité est découvert puis visité par de nombreux navires - français, anglais, hollandais ou espagnols - entre 1592 et le début du XIXe siècle. Il sert de site de transit pour le passage du Cap Horn puis pour la pêche à la baleine au XIXe siècle. Des petites garnisons y sont même parfois installées, mais tout aussi vite retirées devant l’isolement et la dureté des conditions de vie. Il faut en fait attendre 1833 pour que la Grande Bretagne en prenne réellement possession et le transforme en avant-poste de l’Empire britannique sur le passage entre océans Atlantique et Pacifique.   

Les Falkland deviennent à la fin du XIXe siècle une minuscule colonie de peuplement britannique entièrement vouée à l’élevage du mouton pour la production de laine grâce à l’arrivée, entre autres, d’Ecossais, expulsés des Highlands. Fonctionnant des années 1870 aux années 1980, cette économie coloniale est quasi-féodale car dominée par de grands propriétaires terriens, de plus en plus absentéistes, et par la Falkland Islands Compagny - la FIC, fondée en 1851 comme compagnie à charte royale. Ces grands propriétaires possèdent d’immenses exploitations gérées par un régisseur et employant une main d’œuvre salariée, pour l’essentiel masculine, surexploitée et dominée. Les ouvriers agricoles célibataires y vivent ainsi en dortoir avec un cuisinier. Jusque dans les années 1970, les Falkland demeurent ainsi isolées marginales, pauvres, retardataires, répulsives et en voie de dépeuplement.

Tout bascule le 1er avril 1982 avec l’invasion de l’archipel par l’armée argentine sous la présidence du général Leopoldo Galtieri, à la tête d’une dictature militaire sanglante et à bout de souffle qui cherche ainsi un dérivatif nationaliste à sa profonde crise interne. Si les relations entre les deux pays étaient tendues, ce coup de force militaire constitue pour Londres un profond séisme géopolitique, condamné par le Conseil de Sécurité de l’ONU. En réponse, la Première Ministre britannique M. Thatcher, avec le soutien stratégique des États-Unis de Ronald Reagan, monte une vaste expédition aéronavale mobilisant 29.000 militaires et civils au grand étonnement des autorités de Buenos Aires. Après 74 jours de combats - au retentissement mondial, en particulier en Amérique latine - faisant près de 1.000 morts, l’armée argentine capitule ; Londres reprend possession de l’archipel le 14 juin 1982.  

Des nécessaires réformes... aux mutations structurelles de l’archipel

A la suite de l’invasion argentine, Londres prend enfin conscience de la valeur géostratégique de l’archipel, du risque que font peser les revendications de souveraineté de Buenos Aires et de la nécessité impérative de réformes afin de sortir les Falkland du sous-développement et les rendre attractives. En 1982, le rapport de Lord Shackleton - un ancien leader travailliste de la Chambre des Lords fils de l'explorateur antarctique Sir Ernest Shackleton - recommande de profondes ruptures structurelles : loi sur la nationalité accordant enfin la citoyenneté britannique aux insulaires, large autonomie administrative, fiscale et économique, promotion d’une paysannerie indépendante par subdivision des fermes, création d'une société de développement, mise à niveau des infrastructures...

Il s’ensuit une série de décisions politiques majeures qui vont bouleverser l’économie et la société insulaires. En 1984, la Falkland Islands Development Corporation est créée. En 1986, le gouverneur des Falkland créé une zone intermédiaire de pêche de 150 mn alors qu’en novembre 1990 un accord de coopération bilatérale dans la gestion conjointe des stocks de poissons dans la zone maritime comprise entre le 45° et le 60° latitude Sud est signé avec l’Argentine. En 1991, la Falkland Islands Compagny est contrainte de vendre quatre exploitations couvrant 25 % des terres de l’archipel au gouvernement régional afin d’engager une profonde refonte des bases agricoles et rurales.

Employant encore 200 salariés aujourd’hui, la Falkland Islands Company - FIS garde cependant encore un rôle majeur, en disposant d’un quasi-monopole dans le commerce et la distribution, l’automobile, le bâtiment, l’assurance, les transports, l’électricité... Dans ce cadre, il convient de souligner que les Falkland ont des niveaux d’inégalités sociales très élevés, équivalents à ceux du Chili ou des États-Unis : 10 % de la population la plus riche capte un tiers du revenu total des ménages.

A l’échelle sous continentale, la période contemporaine alterne les phases de tension et de coopération entre Londres et Buenos Aires. Après avoir créé en 1990 la Commission des pêches de l'Atlantique Sud - SAFC afin de gérer conjointement une partie des ressources halieutiques, l’Argentine s’en retire en 2005. De même, elle réaffirme en 1995 ses revendications de souveraineté sur les Malouines, la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud et leurs zones maritimes. Ces tensions expliquent la tenue en 2013 d’un référendum par lequel 99,8 % de la population insulaire choisit le statut de territoire britannique autonome d’outre-mer, ou British Overseas Territory. La croissance de + 78 % de la population résidente entre 1980 et 2016 permet bien sûr de valider cette présence et cette souveraineté britanniques. Mais les stratégies de blocage menées en retour par l’Argentine pèsent sur la vie quotidienne : seulement deux vols commerciaux partent de l’archipel chaque semaine ; un vers Punta Arenas dans l’extrême sud chilien puis Santiago du Chili, l’autre vers São Paulo, la grande métropole brésilienne largement connectée au monde.
    
La militarisation de l’archipel : les British Forces South Atlantic Islands

L’invasion argentine de 1982 a une autre conséquence majeure : la militarisation d’un archipel qui était jusqu’ici resté à l’écart de toute présence militaire significative, avec la création des British Forces South Atlantic Islands. Celles-ci sont reliées par des vols militaires réguliers au Royaume-Uni via une escale pour ravitaillement sur l’île d’Ascension. Cette militarisation s’accompagne en priorité de la modernisation en 1982 du port de Stanley, dont les infrastructures datant de la 1er Guerre mondiale étaient largement obsolètes. L’objectif est alors de pouvoir débarquer les équipements et matériaux nécessaires à la création de Mount Pleasant.

Ce processus se traduit en effet par la création du complexe de Mount Pleasant, ouvert en 1985. C’est une base de la Royal Air Force avec sa piste d’envol et tous les équipements et installations nécessaires à son fonctionnement et à l’accueil d’environ 1.000 à 1.500 militaires. Elle est complétée par la création du petit port voisin de Mare Harbour. A ceci s’ajoute aussi la création d’un important réseau de routes et de pistes, bien visible sur les images, afin de permettre la circulation des forces et le contrôle de l’espace archipélagique. On assiste enfin à la construction de trois stations radars sur les points élevés de Byron Heights à 497 m. au Nord-Ouest, Mount Alice à 361 m. au Sud-Ouest et Mount Kent à 333 m afin de surveiller l’espace périphérique et déceler à temps toute opération hostile.  

Les British Forces Falkland Islands - BFFI sont ensuite transformées en British Forces South Atlantic Islands - BFSAI. Le basculement est loin d’être neutre : il formalise l’élargissement de l’aire de responsabilité des Falkland aux iles sous souveraineté britannique dans l’Antarctique. En plus des bâtiments de surface traditionnels, les Falkland peuvent accueillir des sous-marins nucléaires d’attaque - SNA doté de missiles Tomahawk ; lors de la guerre des Malouines le SNA Conqueror coula d’ailleurs le croiseur Général Belgrano argentin, occasionnant la perte de 323 marins soit la moitié des pertes argentines du conflit.    

Une économie primaire extravertie et dépendante : pêche, laine et hydrocarbures

Ce petit archipel isolé présente un système économique profondément extraverti et dépendant ; les cycles y sont étroitement associés à des contextes géopolitiques et géoéconomiques extérieurs. En dehors des considérables transferts financiers directs et indirects consentis par la métropole et de ses importantes fonctions militaires, l’économie insulaire repose sur deux piliers agricoles : la pêche et l’élevage. Le processus d’ouverture est exceptionnel : la valeur des exportations passe de 20 à 250 millions de dollars entre 1995 et 2020, soit une multiplication par 12,5 en un quart de siècle.

La pêche : mondialisation et dynamiques australes. Posé sur un vaste plateau continental entouré d’eaux maritimes à fort potentiel et d’une Zone Economique Exclusive de 463.897 km2, l’économie est aujourd’hui naturellement largement tournée vers la mer et ses ressources halieutiques. Il convient pourtant de souligner que c’est un fait historiquement assez récent qui démontre bien qu’il n’y a pas de rapport mécanique entre insularité et maritimité. En particulier, la décision de Londres de 1986 de revendiquer les droits de pêche dans les eaux jusqu’à 150 milles au large a permis de multiplier par trois les revenus fiscaux du territoire.

Connaissant une véritable explosion, la pêche passe de 35 % à 64 % de la valeur ajoutée insulaire en vingt ans. Elle réalise aujourd’hui 92 % des exportations, dont 82 % vers l’Espagne, en particulier du fait du boom de la pêche de deux espèces de calmars dont les Espagnols sont forts friands. Mise en place en 1987 par le Département des pêches du gouvernement des îles Falkland, la vente de licences de pêches joue un rôle majeur en représentant 27 % des revenus fiscaux du Territoire. Dans la ZEE des Falkland, cette activité est étroitement contrôlée afin de gérer durablement la ressource.

Un système de quotas individuels transférables a été mis en place afin des permettre à des sociétés insulaires de signer des joint-ventures avec des partenaires étrangers, pour l’essentiel espagnols ou asiatiques qui contrôlent les flottes de pêche. Paradoxalement, les habitants de l’archipel restent peu tournés vers la mer et fournissent pour l’essentiel les emplois des supports à terre : transport - logistique, services administratifs, carburant et approvisionnement.

Le cas des Falkland témoigne bien du glissement dans le cadre de la mondialisation des zones de pêche des grands acteurs européens et mondiaux vers l’Hémisphère austral face à la raréfaction de la ressource dans leurs zones historiques. En retour, ce boom fiscal a largement contribué à financer la croissance de la dépense publique insulaire et l’amélioration des conditions de vie des habitants.   

L’élevage des moutons. Ce système de valorisation traditionnel des milieux océaniques se développe dans l’île à partir de la décennie 1860 en causant de fortes dégradations du fait du surpâturage de milieux fragiles. Comme en Australie ou dans une partie de la Nouvelle Zélande, l’enjeu essentiel de cet élevage extensif mené par 80 exploitations sur 1,2 million d’hectares est la production de laine, non de viande. Face aux crises de surproduction et aux yoyos des prix sur les marchés mondiaux, le cheptel de moutons tombe de 730.000 à 466.000 têtes en dix ans, soit un recul d’un tiers. La laine ne pèse plus que 5 % de la valeur des exportations.

Dans ce contexte déprimé, les autorités promeuvent depuis trente ans des programmes d'amélioration génétique des troupeaux, autour de races ovines à double usage laine/viande, et des pâturages afin d’améliorer la productivité, réduire le diamètre de la fibre de laine pour mieux répondre à la demande, 80 % des exportations étant à destination de la Bulgarie, et réduire la mortalité. Dans ce contexte, la création en 2003 de la Falkland Islands Meat Company - FIMCo témoigne d’une tentative de diversification vers l’exportation de viande d'agneau et de mouton, mais qui demeure encore marginale.

Les hydrocarbures offshores. Dès les décennies 1970/980, la question des potentialités des hydrocarbures offshores est intégrée dans les considérations stratégiques du gouvernement britannique et de certaines compagnies, alors que l’exploitation en Mer du Nord est en plein boom. La décision des autorités britanniques d’autoriser de manière unilatérale les recherches de prospection exacerbe les tensions avec l’Argentine. Actuellement, deux gisements sont bien identifiés : le bassin des Falkland du Nord et le bassin des Falkland du Sud.    

Débutant à une cinquantaine de kilomètres au nord de l’archipel, le bassin des Falkland du Nord s’étend sur 200 km Nord/Sud et une centaine de kilomètres de large. Six puits ont été forés dans l’Eastern Graben en 1998 à une profondeur de 450 m. à plus de 200 km de l’archipel. Mais leur exploitation est vite stoppée du fait de l’effondrement des prix mondiaux qui en rend les coûts d’exploitation prohibitifs et donc non rentables.

Une seconde vague y débute en 2010/2012. Le bassin des Falkland du Sud se situe à environ 150 km au sud de l’archipel. Cette dernière décennie, les efforts de prospection portent dorénavant sur la partie orientale de l’archipel - l’East Falkland Basin - dans une vaste zone qui s’étend en écharpe du 54e au 50e Sud jusqu’aux limites orientales de la ZEE avec de larges blocs de prospection s’étendant entre - 500 et - 2.000 m. de profondeur. Nous sommes en effet sur l’archipel isolé, loin de tout. Les conditions d’exploitation sont déjà difficiles, complexes et couteuses en Mer du Nord malgré la proximité d’Aberdeen en Ecosse et de Stavanger en Norvège, elles deviennent ici dantesques du fait de l’absence de toute réelle base support dans l’archipel où tout est à construire. Si les autorités commencent à rêver, tout en en s’inquiétant, d’un possible boom pétrolier, l’avenir dépend là encore très largement du monde extérieur, en l’occurrence des arbitrages mondiaux de compagnies pétrolières.    

Les nouveaux enjeux de gestion des aires marines. Face à l’essor de la pêche et aux rêves d’hydrocarbures, le Gouvernement des îles Falkland - le FIG - s’est lancé ces dernières années dans un programme de création d’aires marines protégées qui fermeraient certains espaces marins au nom de la protection de la biodiversité. Il se fonde sur la réalisation de projets scientifiques menés, par exemple, par l'Institut de recherche environnementale de l'Atlantique Sud (SAERI).

Dans ce cadre, il convient d’abord de souligner que les dynamiques marines et les espaces océaniques considérés demeurent largement sous-étudiées, voire inconnus, au plan scientifique. De plus les projets proposés de réserves naturelles marines nationales couvrent des espaces forts réduits comme les 12 km2 de Rein et îles Cochon, les 129 km2 de Île Beauchêne, les 140 km2 de l’Île aux Oiseaux ou même les 1.541 km2 des Îles Jason. On retrouve le même effacement dans la protection des terres puisque les dix-neuf « réserves naturelles nationales » ne couvrent que 354 km2, soit 3 % des superficies terrestres.

Les Falkland : British Overseas Territory et British Antarctic Territory, l’impact du Traité de l’Antarctique

On ne peut comprendre l’intérêt de Londres pour les Falkland si on demeure à l’échelle de ce seul petit archipel. Il convient en effet d’élargir l’analyse géopolitique et géostratégique à l’échelle de l’océan Atlantique Sud puis à l’échelle du continent Antarctique et de ses immenses mers bordières. Il faut pour cela prendre en compte deux territoires distincts, mais étroitement liés : le BOT des Falkland, et ses annexes, et le BAT - British Antarctic Territory.

Le temps des Falkland Islands Dependencies - FID. Tous ces territoires britanniques de l’Atlantique Sud présentent historiquement des évolutions sensibles de leur statut juridique et administratif. De 1843 à 1985, Les FID - dont le siège est à Port Stanley, la capitale des Falkland - ont pour fonction d’administrer tous les territoires britanniques de la région : quatre ensembles insulaires - South Georgia, South Sandwich Islands, South Orkney Islands, South Shetland Islands ; deux ensembles continentaux : la Terre de Graham, qui constitue la large péninsule qui s’avance vers l’Amérique du Sud, et la large péninsule Antarctique sur laquelle elle se rattache.  

Le choc du Traité de l’Antarctique. Mais en mars 1962, Londres est contrainte de former le BAT, le British Antarctic Territory. L’objectif est de clarifier la situation de ces différents territoires face à la signature du Traité de Washington sur l’Antarctique du 1er décembre 1959 qui entre en vigueur en 1961. Celui-ci fixe en effet comme limite le 60e Latitude Sud : tous les territoires situés au sud de cette ligne sont concernés par le Traité international, donc protégés de la colonisation et de l’exploitation commerciale d’un côté ; de l’exercice d’une souveraineté et de revendications territoriales de l’autre. Même si ces dernières ne sont pas abandonnées, elles sont en quelque sorte gelées.

Tout ceci rebat les cartes concernant le rôle des Falkland dans l’ensemble régional. La Géorgie du Sud et les Iles Sandwich du Sud deviennent des BOT, mais sont gérées depuis les Falkland, situées à 1.300 km plus à l’ouest. Concernant le BAT, il reste administré par les Falkland jusqu’en 1989, date à laquelle la responsabilité de sa gestion passe à un nouveau Commissaire du British Antarctic Territory situé à Londres.  

Dans l’Atlantique Sud, les Falkland sont aujourd’hui juridiquement un British Overseas Territory - BOT, un territoire de la Couronne - les fameux « Crown dependancies », comme par exemple Jersey et Guernesey dans la Manche, l’île de Man ou les Bermudes. Posé sur les flancs méridionaux atlantiques de l’Amérique latine, ce BOT vient compléter le système géostratégique du BOT de St Hélène. Celui-ci regroupe en plein Atlantique Sud sur une étendue de 3.700 km Nord/Sud les îles de Saint Helena, Ascension et Tristan da Cunha. Ces trois petits systèmes insulaires offrent, rappelons-le, au Royaume-Uni une Zone Économique Exclusive de 1,641 million de km2.

Les Falkland gèrent aussi comme nous l’avons vu le BOT constitué par la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud. Au plan maritime, l’archipel des Falkland est en effet posé sur le plateau des Falkland qui continue vers l’est le vaste plateau continental qui borde toute l’Argentine atlantique. Il se continue lui-même vers l’est par la dorsale de la mer d’Ecosse d’où émergent ces deux ensembles sous souveraineté britannique.

Au total, en cumulant les BOT de Saint-Hélène, des Falkland et de la Géorgie du Sud/Sandwich du Sud, le Royaume-Uni dispose d’un système territorial insulaire exceptionnel dans l’Atlantique Sud par son étendue maritime. Même si son entretien est sans doute couteux financièrement, celui-ci offre à Londres un levier d’affirmation géopolitique et géostratégique de puissance qui participe directement de son statut mondial.  

Dans l’océan Austral, le BOT des Falkland sert malgré tout aussi de support à la gestion matérielle du British Antarctic Territory, le BAT, par exemple en accueillant en escale les navires polaires et leurs équipes scientifiques. Le BAT forme le plus large et le plus méridional des 14 Overseas Territories du Royaume. Il correspond à une portion d’espace du continent Antarctique qui est gérée par le Département des régions polaires du Ministère des Affaires étrangères et du Commonwealth. Le BAT est défini par Londres comme couvrant toutes les terres - péninsule Antarctique et îles au large incluses - qui se trouvent au sud du 60°S de latitude et - surtout - entre les 20°W et 80°W de longitude, soit une superficie terrestre de 1,7 million de km².

D’un espace aux nombreuses revendications frontalières et de souveraineté à l’avenir du continent Antarctique






Document 1 : La position de l’archipel des Falkland dans l’Atlantique Sud entre le British Overseas  Territory of St-Helena et le British Antarctic Territory

Document 2 : L’environnement géostratégique des Falkland : verrou britannique de l’Antarctique et British Antarctic Territory

Document 3 : Carte de localisation du British Antarctic Territory

Document 4. Les Falkland : quelle place dans le tourisme antarctique ? 

Pour autant, il convient de souligner que ces revendications territoriales dans l’Antarctique sont gelées, maximalistes et se heurtent à de nombreuses autres revendications, par exemple du Chili et de l’Argentine. Le conflit de souveraineté sur les Falkland entre l’Argentine et le Royaume-Uni n’est en effet qu’un des nombreux conflits qu’a connu la région.

C’est ainsi que si la frontière terrestre entre le Chili et l’Argentine est fixée dès 1881, le contrôle des petites îles de Lennox, Picton et Nueva au sud du Canal de Beagle fut à l’origine d’un long contentieux concernant la fixation des limites maritimes frontalières nécessitant différents arbitrages en 1886, 1966, 1971, 1977, rejetés par l’une ou l’autre des deux parties. Il faut au final attendre l’Accord du 18 octobre 1984 rendu possible par l’intervention du Saint-Siège pour qu’un accord aboutisse à la signature d’un traité de paix entre les deux États du Cône Sud. Celui-ci reconnait la souveraineté chilienne sur les trois îles, mais tout en amputant le cadre géographique de leur zone maritime, et délimite au sud du Cap Horn les aires maritimes respectives du Chili et de l’Argentine. Ce compromis est important car en découle le contrôle du plateau continental et, aussi potentiellement, le support à des revendications sur le continent Antarctique.    

Concernant plus directement le continent Antarctique, qui est constitué - contrairement à l’océan glacial arctique au Pôle Nord - d’une surface terrestre et de glaces évaluée à 14 millions km2, son statut particulier et sa gestion sont définis par le Traité de l’Antarctique, dont le siège du secrétariat se trouve dans la ville de ... Buenos Aires, la capitale de l’Argentine. Entre 1959 et aujourd’hui, le nombre d’États signataires du Traité est passé de 12 à 45 États, témoignant ainsi de l’internationalisation progressive de ces grands enjeux.

Si, à l’instar du Royaume-Uni grâce aux BOT des Falkland, les revendications territoriales des États « riverains » - Norvège, France, Australie, Nouvelle Zélande, Chili, Argentine - sont nombreuses, elles demeurent gelées alors qu’une soixantaine de bases scientifiques, plus ou moins durables et de toute taille - ont été construites, y compris par la Chine, l’Inde, les États-Unis, l’Ukraine, l’Allemagne ou l’Afrique du Sud. Au-delà de l’intérêt pour la recherche scientifique, chaque acteur étatique se positionne et prend acte pour l’avenir.

Cette question prend progressivement de l’importante au fur et à mesure que l'échéance de la révision du Protocole de Madrid - fixée à 2048 - se rapproche. Sera-t-il alors décidé, par exemple, de rendre possible l’extraction de ressources minérales dans la zone couverte par le Traité sur l'Antarctique au-delà du 60e parallèle sud par exemple ? Comme on peut le constater, le petit archipel des Falkland et sa gestion s’insèrent dans de grands enjeux mondiaux.

Zooms d’étude

Zoom 1. Stanley, la capitale et les fonctions militaires

Nous sommes là dans l’ouest de l’East Falkland, la plus grande des île couvrant 6.505 km2, soit 54 % de la surface totale de l’archipel. La côte est très découpée, alternant criques, baies, fjords, caps, presqu’îles et îles. L’intérieur est dominé par le Mount Kent à 458 m. et, surtout, les Wickham Heights à 627 m., ce qui en fait des terres froides à ces hautes latitudes australes. Bien que polarisant une grande partie de la population, l’East Falkland n’est peuplée que de 2.900 habitants, soit une densité de 0,43 km2.
 
Stanley. A l’abri du fjord qui se déploie au nord du Cape Pembroke en plusieurs bassins emboités, le bourg de Stanley s’étend tout en longueur dans une zone basse dans un site d’abri relatif. Le bourg se développe à partir de 1840 pour accueillir aujourd’hui 2.450 habitants, soit 77 % de la population de l’archipel contre 69 % en 1980, et toutes les principales fonctions politiques, économiques et sociales. Le port a été rénové à la suite de la Guerre des Malouines, l’aéroport développé et agrandi et la Sand Bay Wind Farm produit de l’énergie éolienne qui assure un tiers de la consommation énergétique totale de Stanley. Au total, Stanley est la grande gagnante des nouvelles dynamiques qui affectent l’archipel depuis les années 1990.   

Base militaire. Au sud-ouest de l’image à 43 km de Stanley se trouve la base aérienne du Mount Pleasant dont les pistes sont bien visibles ainsi que les installations militaires afférentes et les logements et autres fonctions annexes. Ouverte en 1985 après la Guerre des Malouines afin de protéger l’archipel de toute nouvelle invasion, elle est opérationnelle en 1986. La RAF Mount Pleasant base est en lien réguliers et étroits avec la RAF Brize Norton située au Royaume-Uni dans l’Oxfordshire. Au sud se situe la petite base navale de Mare Harbor sur une petite baie en position d’abri. On y trouve un petit port en eaux profondes utilisé par les navires de la Royal Navy qui patrouillent dans les eaux de l’Atlantique Sud et de l’Antarctique.  

Le Camp. L’image porte aussi un vaste espace rural, le Camp. Les établissements agricoles permanents y sont seulement au nombre de sept et très dispersés. Posée sur les rives du Berkeley Sound, Green Patch est entrée dans l’histoire de l’île en étant la première exploitation vendue par la Fakland Islands Company au gouvernement local à la suite des stratégies de rupture définies par le rapport Shackleton. Cette immense propriété de 29.137 ha., soit 291 km2, a alors été segmentée afin de créer six exploitations de 12.000 ha., soit 48,5 km2, en moyenne. Pour la petite histoire, l’établissement de Port Louis est né de l’établissement créé par Louis de Bougainville en avril 1764 lors de son passage dans l’archipel avant que celui-ci soit transféré au Royaume d’Espagne



Stanley


Repères géographiques

Zoom 2. La partie méridionale de West Falkland : une marge au marge

Nous sommes ici dans le Sud-Ouest de l’archipel, dans la partie méridionale de l’île de West Falkland. Cette image témoigne du grand découpage des côtes, de la forte pénétration entre espaces marins et terrestres avec par exemple la Queen Charlotte Bay, et de l’importance des îles comme la grande Weddel Island. Cette image rappelle que l’archipel est composé de plus de 700 îles, de tailles variables et vides ou habitées comme celle de Weddel. Si Stanley constitue le centre fonctionnel de l’île, nous sommes là au contraire dans une marge des marges.

On repère facilement le tracé du réseau de pistes qui organise la région en lien avec le grand programme d’équipement des West Roads. Celui-ci doit beaucoup aux travaux de modernisation lancés dans les années 1990 et à la création de la station radar du Mount Alice des BFSAI - les British Forces South Atlantic Islands. Située à 361 m d’altitude entre les baies de Port Stephens et de Port Albemarle, son site d’implantation lui permet de balayer un très large espace maritime.

La parcellisation insulaire et l’isolement marquent profondément de leur empreinte l’organisation économique, sociale et culturelle du Camp. Si de 1880 à 1972 Fox Bay - dans l’angle nord-est - dispose d’un médecin, la plus grande partie des soins médicaux sont dorénavant réalisés à Stanley. De même, la scolarisation des enfants fut longtemps prise en charge par des enseignants géographiquement mobiles qui passaient quelques semaines par an dans chaque petit pôle insulaire, tel Fox Bay.

Le Camp de l’image ne compte plus que quatre établissements d’élevage : Weddel, Port Stephens, Fox Bay West et East. Chaque établissement agricole est comme nous l’avons vu de grande taille, composé de plusieurs bâtiments d’habitation et de travail (ateliers de tonte des moutons...). L’énergie est localement fournie par des générateurs, des éoliennes ou des gisements de tourbe. La modernisation du Camp s’est accompagnée parfois de la création de petites pistes d’atterrissage et de la généralisation de l’internet par satellite. Toute l’activité est organisée par l’élevage extensif du mouton pour la production de laine.     

A l’échelle de l’image, le pôle de Fox Bay dispose de services de base - école, magasin, bureau de poste, club social - ainsi que d’une piste d’aérodrome où se trouve aussi un point de ravitaillement pour les hélicoptères de la RAF. A la suite du rapport Shackleton, les deux exploitations de Fox Bay ont été rachetées par le gouvernement des Malouines en 1983 et 1985 puis subdivisées en trois ou quatre exploitations et revendues à de plus petits propriétaires achetant des maisons. De même, Port Stephens fut l'une des plus grandes stations de moutons de la Falkland Island Company - FIC jusqu’à sa division en cinq exploitations plus petites ensuite rachetées par d’anciens salariés agricoles.



Partie méridionale


Repères géographiques

Zoom 3. La partie septentrionale des West Flakland

L’île de West Falkland, dont nous voyons sur l’image la partie septentrionale, couvre 4.532 km2, soit 37 % de la superficie de l’archipel, mais n’est peuplée que de 160 habitants. Cette marge intérieure isolée a donc une densité de 0,035 hab./km2, elle est donc quasi-désertique. Elle culmine à 700 m au Mount Adam.

A l’est, Port Howard est le plus important village, fondé en 1866 au bas des pentes du Mount Maria en position d’abri par rapport aux vents d’ouest dominants. C’est le terminal du ferry qui relie les deux îles principales et il dispose d’une petite piste d’atterrissage. Il est au cœur d’un espace de 800 km2 dans lequel une vingtaine de personnes élèves plus de 40.000 moutons.  Les autres pôles d’habitat sont là encore peu nombreux, dispersés et isolés : Albemarle, Chartres, Dunnose Head, Fox Bay, Fox Bay West, Hill Cove, Port Stephens, and Roy Cove. Si certaines exploitations d’élevage de moutons pouvaient employer jusqu’à quarante ou cinquante salariés agricoles avec l’invasion argentine, une grande partie de cette population a depuis migré vers Stanley sous la forme d’un exode rural falklandien.



Partie septentrionale


Repères géographiques

D’autres ressources

Sur le site Géoimage du CNES : les autres iles britanniques de l’Atlantique Sud

Laurent Carroué : Royaume-Uni : Ascension : un confetti insulaire anglo-saxon géostratégique dans l’Atlantique Sud.
https://geoimage.cnes.fr/fr/geoimage/royaume-uni-ascension-un-confetti-insulaire-anglo-saxon-geostrategique-dans-latlantique-sud

Laurent Carroué : Tristan da Cunha : héritage impérial, environnement et protection de la biodiversité marine dans l’Atlantique Sud.
https://geoimage.cnes.fr/fr/geoimage/royaume-uni-tristan-da-cunha-heritage-imperial-environnement-et-protection-de-la

Sites et documentation

Sur les iles Falkland

Site des autorités locales
https://www.falklands.gov.fk/policy/downloads

Le site de la Falkland Islands Development Corporation - FIDC
http://www.fidc.co.fk/

Annuaires économiques et statistiques
https://www.falklands.gov.fk/policy/downloads/category/9-national-accounts-reports

L’énergie eolienne : Sand Bay Wind Farm
https://www.thewindpower.net/windfarm_map_en_28063_sand-bay-wind-farm.php

La site de la Falkland Islands Compagny - FIC
http://www.the-falkland-islands-co.com/

Prospection pétrolière
https://rockhopperexploration.co.uk/operations/falkland-islands-2/south-east-falkland-basin/

https://rockhopperexploration.co.uk/operations/falkland-islands-2/north-falkland-basin/sea-lion/

South Atlantic Environnemntal Reserach Institute
https://www.south-atlantic-research.org/

Sur l’Antarctique

Le site du Secrétariat du Traite de l’Antarctique (dont le siège est à Buenos Aires)
https://www.ats.aq/index_f.html

Site du British Antarctic Territory

https://www.gov.uk/world/organisations/british-antarctic-territory

https://britishantarcticterritory.org.uk/about/about-the-territory/

Bibliographie de l’auteur

Laurent Carroué : Géographie de la mondialisation. Crises et basculements du monde, coll. U, Armand Colin. 2019.

Laurent Carroué : Atlas de la mondialisation. Une seule terre, des mondes. Coll. Atlas, Autrement, Paris, 2020.   

Contributeur

Proposition : Laurent Carroué, Inspecteur général de l’Éducation nationale, du sport et de la recherche, directeur de recherche à l’Institut Français de Géopolitique (Université Paris VIII)

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