Oslo (Norvège) : le projet de Fjord City, des mutations urbaines et architecturale emblématiques.

Ville-capitale d’un petit Etat de 5,3 millions d’habitants, Oslo a connu ces dernières décennies de profondes mutations de son front de mer grâce au projet Fjord City. Cette reconquête, associée à des opérations urbaines et architecturales novatrices, symbolise le dynamisme de cet Etat rentier scandinave dont la prospérité est fondée sur les hydrocarbures. Si ce processus est moins connu que celui des Emirats Arabes Unis ou des autres pays du Golfe persique, il est spectaculaire à l’échelle du pays. Il témoigne de l’insertion réussie d’une Norvège, longtemps marginale et dominée par le Danemark ou la Suède, dans la mondialisation contemporaine et emblématiques de la volonté d’Oslo d’intégrer le club des nouvelles villes-monde.
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Image prise par les satellites Pléiades le 5 mai 2017. Il s'agit d'une image en couleurs naturelles, de résolution native à 0,70m et ré-échantillonnée à 0,5m

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Une ville-capitale en fond de fjord portée par les revenus pétroliers

Comme le souligne le document, la ville d’Oslo se déploie en bord de mer dans un cadre de collines boisées culminant à 631 m. au Kjerkeberget (hors vue). Au sud-est du pays et en position d’abri, elle est en effet située au fond d‘un fjord - une ancienne vallée glaciaire envahie par la mer - long de 100 kilomètres qui débouche sur le détroit du Skagerrak.

Comme sur tout le littoral norvégien, la côte est très découpée à une échelle très fine. Cinq îles sont au large du centre-ville, dont celle de Malmoya, bien reconnaissable par sa forme en U et son petit port de plaisance. Le port d’Oslo est le 1er port du pays en recevant 6,7 millions de passagers par an, dont 60 % par transferts locaux par ferries, 2,2 millions de tonnes de marchandises et 3,4 millions de tonnes de vrac.

Le poids de la mer dans la société et l’économie du pays

Comme en témoignent la présence de nombreuses marinas, la circulation des bateaux ou l’arrivée au sud-ouest d’un ferry, la mer occupe une place singulière dans l’histoire, la culture et l’économie du pays.

A l’ouest du document, la péninsule bien découpée de Bygdoy accueille d’ailleurs un célèbre musée consacré aux bateaux vikings retrouvés dans le pays. Au centre de la ville, la Banque centrale norvégienne dirige le premier Fonds souverain du monde qui gère un capital de plus de 852 milliards de dollars. La mer fournit en effet les principales ressources économiques du pays et d’Oslo : pêche et aquaculture, marine marchande et, surtout, les hydrocarbures (gaz et pétrole) off-shore.

Depuis la découverte des gisements d'or noir à la fin des années 1960, la Norvège est devenue un Etat rentier étroitement dépendant des hydrocarbures : économiquement (20 % du PIB, 30 % des investissements, 60 % des exportations), socialement (140 000 emplois directs) et fiscalement.

Rente pétrolière et dynamique métropolitaine

Ces capitaux expliquent que la Norvège, et particulièrement Oslo, soient un des pays et unes de capitales les plus chers du monde. Les prix immobiliers y sont multipliés par 8,5 en 25 ans, contre 5,7 dans le reste du pays, du fait d’une importante bulle spéculative qui participe de la stagnation démographique de la ville-centre au profit d’une très large périurbanisation. La rente pétrolière et gazière explique tout autant comment ce petit pays de 323 760 km2 peuplé de seulement 5,3 millions d’habitants (16 hab/km2) peut financer les grandes opérations urbaines et réalisations architecturales actuelles.

Le document montre une urbanisation étendue, plus ou moins dense entre le centre de la ville et ses périphéries. Oslo est en effet une ville de 676 500 habitants, rayonnant sur une aire urbaine de 988 800 habitants. Au total, la région du fjord d’Oslo polarise près de 40 % de la population du pays. De par son poids démographique et économique, Oslo écrase donc la hiérarchie urbaine norvégienne, les villes secondaires comme Bergen (254 000 hab.), Stavanger (220 000 hab.) et Trondheim (180 000 hab.) venant très loin derrière elle.

L’organisation urbaine de la ville-centre

Comme le montre le document, le centre historique, qui date pour beaucoup dans sa forme actuelle du XIXem siècle, s’étend entre la gare centrale à l’est (grand bâtiment marron avec les rails) et le Palais royal à l’ouest situé au cœur d’une colline portant un parc arboré.

Nous sommes ici au cœur du pouvoir politique, le Parlement (« Storting ») se situant, par exemple, sur l’avenue dans l’axe du château royal. L’Hôtel de Ville, fameux bâtiment de briques rouges, se trouve devant une grande place donnant directement sur les quais au sud-est du Palais royal. Enfin, la vieille forteresse médiévale d’Akershus au bord de l’eau domine de ses remparts et vielles tours la place de l’Hôtel de Ville et le centre.  

La ville est globalement bien aérée et largement boisée avec de nombreux parcs qui participent de sa qualité de vie, tout comme les systèmes de péages routiers installés en périphérie qui visent à décourager l’usage de l’automobile dans le centre au profit des transports en commun. A l’ouest se trouve par exemple le Frognerpark de 40 hectares repérable par le tracé de ses axes et la présence de vastes tennis (deux tâches oranges).

Au sud-ouest, la presqu’ile de Bygdoy, bordée au nord par de nombreux pontons pour bateaux, est un espace résidentiel couru, alors qu’au sud-est, la petite péninsule de Sjursoya qui avance vers les îles accueille des installations portuaires, un port à conteneur et des dépôts pétroliers. 

Ces exemples illustrent le fait qu’existe à Oslo une nette césure sociale et fonctionnelle entre l’ouest et l’est de l’agglomération. A l’ouest se trouvent les espaces résidentiels les plus recherchés, les prix fonciers les plus élevés et les catégories sociales les plus aisées. A l’ouest se localisent les quartiers plus populaires, à forte population immigrée (20 % pop. totale) et les activités productives. Comme l’illustrent à l’est et au nord-est du document les importantes zones d’activités et industrielles (bâtiments gris bien visibles) bien desservies par un important réseau d’autoroutes.

La métamorphose emblématique du front de mer : le projet Fjord City

Le projet Fjord City : reconquête urbaine et réouverture littorale

Initié dès les années 1980, le projet de « Fjord City » (Fjordbyen) est adopté en 2000. Il consiste en une très vaste opération de rénovation urbaine du front de mer de la ville d’Oslo. Il est porté par l’Etat norvégien, la ville d’Oslo, les autorités portuaires (Oslo Port Autority) et l’Office de planification du front de mer.

Son objectif est de réouvrir la ville vers la mer, de revaloriser la valeur immobilière d’un foncier jugé sous-utilisé et de refonder les facteurs de centralité en rendant le centre toujours plus attractif. Il se traduit par l’éviction par transferts des activités portuaires et industrielles existantes au profit du développement d’activités de services, résidentielles, culturelles et récréatives. Il s’accompagne de la création de tunnels enfouissant les grandes emprises routières construites dans les décennies 1960/ 1970 (cf. route E18).

Le programme définit 14 zones d’aménagement couvrant 225 hectares, dont 59 hectares d’emprises industrielles, libérés et réaffectés, et s’étendant sur un linéaire de 12 km de long, de Frognerkilen à l’ouest à Ormsund à l’est du document. Il créé un linéaire continu de promenade en front de fjord de 9 km.

Cette métamorphose s’appuie enfin sur le fait qu’Oslo se considère comme un des laboratoires mondiaux de la nouvelle architecture urbaine contemporaine en ayant fait appel à des architectes de renommée internationale. De l’ouest vers l’est, une succession de grandes opérations sont bien visibles sur le document.

Les trois grands chantiers à l’ouest du centre

A l’ouest, face à la pointe de la presqu’île de Bygdoy, le quartier de Filipstad va être totalement remodelé. Couvrant 32 hectares, il accueille un port à conteneurs, une gare de ferry et de grands entrepôts bien visibles (rectangles gris et blancs). Il va être transformé en une nouvelle zone de bureaux et pour moitié en une nouvelle zone résidentielle avec la construction de 2 200 logements haut de gamme.

Tout à côté vers l’est, le quartier de Tjuvholmen est bien repérable car il marque une petite avancée dans la mer. Autrefois occupé par des usines de mécanique, il est totalement remodelée et accueille 1 200 appartements depuis 2012, le Ballet de l’Académie nationale, un musée d’art moderne et une petite marina. 

Juste à l’ouest de la place de l’Hôtel de Ville, le quartier d’Aker Brygg, d’une surface de 0,26 km2 et qui accueillait les anciens chantiers navals Aker entre 1854 et 1982, est transformé en une zone commerciale, de détente (cafés, restaurants, cinémas, spectacles), de résidence et de bureaux (sièges sociaux de grandes firmes norvégiennes).   

Le quartier de Bjorvika et le projet Barcode à l’est du centre

Enfin, situé au bord de l’eau au sud de la gare centrale, le quartier de Bjorvika, qui accueillait un port à conteneurs et de vastes emprises industrielles, est transformé en nouveau centre résidentiel et culturel de 70 hectares. Il accueille en particulier le nouveau bâtiment de l’Opéra national, ouvert en 2008 qui est bien repérable sur le document (grand rectangle blanc au bord de l’eau). En construction, le nouveau Musée Munch doit ouvrir en 2020, tout comme le Musée Stenersen et l’Oslo Public Library. Ouvert en 2010, un vaste tunnel libère le front d’eau de son importante artère routière.

Le tout est complété par le Projet Barcode qui créé un ensemble de 12 nouveaux immeubles en hauteur à l’architecture futuriste le long de la gare centrale et des voies ferrées et dont l’alignement est bien visible du fait de leur masse sombre. Il accueille des logements, des bureaux et des commerces.

Après de nombreuses polémiques, la nouvelle skyline d’Oslo, jusqu’ici composée d’immeubles assez bas en dehors de l’Hôtel de Ville, est devenue le symbole d’un nouveau dynamisme de la capitale. 

Contributeur

Laurent Carroué, Inspecteur Général de l'Education Nationale