Languedoc - Cap d’Agde : une station touristique au sein d’un littoral très aménagé en région viticole

Station balnéaire vouée au tourisme et aux loisirs, le Cap d’Agde est emblématique de l’urbanisation du littoral languedocien et de son développement touristique concerté à partir des décennies 1960 et 1970. Espace largement dévolu au tourisme et aux loisirs, le littoral languedocien a été fortement aménagé, mais présente aussi des dynamiques environnementales fragiles, avec une richesse faunistique et floristique exceptionnelle dans ses milieux humides faits de marais, d’étangs et de lagunes. Le contraste apparaît très net avec un arrière-pays qui semble au contraire tourné vers l’intérieur, largement consacré à la viticulture, cette dernière constituant une forme de mise en valeur bien plus ancienne que le tourisme balnéaire mais connaissant aussi des évolutions récentes, notamment sous la pression de la périurbanisation.

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Légende de l’image

Cette image a été prise par un satellite Pléiades le 5 août 2017. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m.

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Repères géographiques

Présentation de l’image globale

Cap d’Agde : une station balnéaire languedocienne
et son environnement régional

Littoral languedocien et arrière-pays : mise en valeur et dynamiques territoriales  

Situé au cœur d’une région très urbanisée comprise entre deux pôles majeurs, Montpellier à l’est à environ 40 km et Béziers à l’ouest à environ 20 km, le territoire visible sur l’image montre un paysage caractéristique du littoral languedocien et de son arrière-pays. On retrouve ainsi un long linéaire côtier sableux et ses espaces lagunaires marqués par la présence d’étangs - étang de Thau, étang du Bagnas - et de marais (marais du petit Bagnas). Le cordon littoral est percé de graus - qui ont été canalisés - tel celui du Rieu qui permet de relier le vaste étang de Thau, dont l’image fait apparaître à l’ouest sa partie occidentale, à la Méditerranée. Enfin, on doit constater la forte présence de la viticulture, qui semble résister face au front d’urbanisation et à la touristification même si la dynamique périurbaine est à l’œuvre.

L’image est centrée sur l’extrémité orientale du littoral du département de l’Hérault, avec comme principale agglomération Agde (plus de 28 000 hab.), bien reconnaissable à sa forme concentrique sur la rive gauche de l’Hérault. L’image fait également apparaître la plaine du Languedoc, largement tournée vers une mise en valeur viticole et au peuplement groupé autour de quelques noyaux urbains de taille modeste, ainsi Bessan (5 000 hab.) à l’extrémité nord de l’image et sur la rive droite de l’Hérault, ou encore Vias (5600 hab.) plus au sud.

La plupart des agglomérations urbaines disposent sous forme de doublet d’un prolongement littoral, avec une orientation vers un tourisme balnéaire de masse qui profite d’un exceptionnel linéaire côtier. L’image en présente trois exemples intéressants, avec d’ouest en est : Vias, Agde avec ses deux stations balnéaires - le Cap d’Agde bien entendu, mais aussi le Grau d’Agde, que la notoriété de la première tend à faire oublier - et, au nord-est de l’image, sur les rives de l’étang de Thau, Marseillan qui possède sa propre station touristique, Marseillan Plage.

Au-delà du contraste entre le littoral aménagé par et pour le tourisme et les loisirs, et un  arrière-pays davantage agricole et viticole, l’image montre une vaste région soumise à une forte pression foncière et à d’importantes concurrences spatiales. D’autant plus que les sites sont plutôt exigus et, parfois, déjà saturés. Les acteurs envisagent d’ailleurs de plus en plus les aménagements et les usages de l’espace en lien avec les dynamiques environnementales, qu’il s’agit de mieux respecter, et dans un souci de protection, d’autant plus lorsque l’environnement lui-même devient une ressource exploitable dans le cadre du tourisme.

Zooms d’étude

Le Cap d’Agde : une station balnéaire intégrée créée ex-nihilo, symboled’un aménagement
volontariste de l’Etat


Une station créée ex-nihilo dans le cadre d’une opération d’aménagement du territoire.

C’est dans le cadre des grandes opérations d’aménagement du territoire pilotées par l’État durant les Trente Glorieuses que le Cap d’Agde a été choisi comme site pour l’édification d’une station balnéaire, dans le cadre du « Plan Racine » mis en œuvre à partir de 1963 et destiné à transformer radicalement le littoral languedocien du Gard jusqu’aux Pyrénées-Orientales soit un linéaire côtier de 160 km. La colonne vertébrale du projet est la mise en valeur touristique : il s’agit de construire plusieurs stations balnéaires ex nihilo, en prenant comme modèle l’aménagement touristique de la Costa Brava effectué par l’Espagne dans les années 1950 et avec l’ambition affichée de capter une partie des flux touristiques internationaux (essentiellement d’Europe du Nord) vers ces nouvelles destinations.

Après d’importants travaux d’aménagement et une opération de démoustication à grande échelle, sept stations balnéaires sont créées : Port-Camargue, La Grande Motte, le Cap d’Agde, Gruissan, Port-Leucate, Port-Barcarès et Saint-Cyprien. Le Cap d’Agde est officiellement inauguré en 1970. D’autres stations balnéaires voient le jour sur ce littoral, parfois beaucoup plus tôt comme Marseillan Plage créée dès 1947 mais qui prend véritablement son essor à partir des décennies 1960 et 1970.

Le Cap d’Agde présente ainsi un modèle d’urbanisme planifié, qui s’est organisé en cercles concentriques à partir de l’étang de Luno, véritable cœur rayonnant de la station au pied du mont Saint-Martin. Le cordon littoral a été percé pour relier l’étang à la mer. Il a été réaménagé en une vaste marina comprenant un port de plaisance de 80 ha divisé en plusieurs bassins et associant plusieurs immeubles avec vue sur la Méditerranée dont une partie importante des appartements sont des locations saisonnières. L’accès au port de plaisance est protégé par deux solides digues. Les  espaces viticoles ont été presque complètement éliminés, à une époque où la surproduction viticole conduisait de toute manière à arracher des vignes devenues bien peu rentables. La viticulture ne subsiste qu’à l’état résiduel sur le territoire de la commune, au sud d’Agde derrière le mont Saint-Loup.

Le Cap d’Agde ne doit toutefois pas être réduit à sa seule dimension de station touristique. Il fonctionne en effet comme une véritable petite ville, avec ses résidents permanents toute l’année, ses écoles et ses commerces. Mais il est vrai que l’activité touristique est déterminante et demeure très structurante.

L’intensification de la mise en valeur touristique du littoral languedocien

Le tourisme balnéaire est une activité hautement structurante pour cette région. Outre le Cap d’Agde, d’autres stations balnéaires apparaissent, notamment Marseillan Plage, qui constitue, sur le cordon littoral au sud de l’étang de Thau, l’extension balnéaire de Marseillan, mais aussi, à l’embouchure de l’Hérault, le Grau d’Agde, puis à l’extrémité ouest de l’image le prolongement littoral de Vias.

L’urbanisation prend essentiellement la forme de logements individuels organisés en lotissements, qui continuent à grignoter les espaces agricoles. C’est particulièrement visible au sud de Marseillan, le long de l’étang de Thau : l’urbanisation y est continue, puis bloquée par la présence du marais du Bagnas. Le front d’urbanisation apparaît aussi très dynamique au sud d’Agde, à la fois en direction du Grau d’Agde et dans celle du Cap d’Agde.  Une partie non négligeable de ces logements sont des résidences secondaires. Le littoral est marqué par une forte concentration de campings, pour l’essentiel en entrée de gamme ce qui permet d’attirer facilement une clientèle populaire, à la fois régionale, française et européenne.

Le long linéaire côtier est un atout considérable qui a permis au fil des décennies l’aménagement de vastes plages de sable. Ces plages sont protégées par de nombreuses petites digues latérales, qui servent à limiter les effets de la dérive littorale c’est-à-dire un ensemble de courants marins le long des côtes du Languedoc qui emportent le sable. L’image rend bien visible ces nombreuses plages, ainsi au Cap d’Agde la plage Richelieu qui borde directement le port de plaisance du côté ouest ; les petites plages à l’est du port de plaisance offrent un paysage différent car elles sont constituées par des roches basaltiques.

La présence massive des touristes a conduit à de nombreux aménagements, dont certains ne sont pas strictement touristiques. L’image montre ainsi la multiplication des surfaces commerciales dans la périphérie sud-est d’Agde, qui sont littéralement prises d’assaut par les vacanciers en été. Cette tendance contribue à accentuer la dichotomie urbaine entre Agde et sa station balnéaire, la première s’affirmant comme un pôle de services, la seconde comme une zone essentiellement résidentielle et dévolue à la pratique touristique.

Tendance majeure du tourisme balnéaire, l’omniprésence des loisirs est un des modes essentiels du fonctionnement des stations balnéaires languedociennes. L’image fait nettement apparaître, au Cap d’Agde dans l’étang de Luno, plusieurs îlots artificiels : le plus grand est l’« île des loisirs », qui associe comme son nom l’indique plusieurs installions vouées aux loisirs et fonctionnant essentiellement en été, ainsi un parc aquatique (« Aqualand ») avec près de 300.000 visiteurs par an, un aquarium, un Luna Park ou encore une école de voile. Comme dans beaucoup d’autres stations balnéaires en France et dans le monde, la touristification s’est accompagnée d’un développement des loisirs. C’est à la fois la cause et la conséquence de l’évolution des comportements des touristes, ces derniers affirmant leurs pratiques spatiales dans des temporalités variées, y compris à l’échelle du journée (opposition entre les temporalités diurnes et nocturnes).

Quelques rares éléments du patrimoine historique participent aussi, mais de manière certes beaucoup plus marginale, au développement touristique au Cap d’Agde. Le rocher au large de l’étang de Luno est un îlot volcanique qui abrite un phare et le Fort Brescou. Édifié en 1586, à la fin des guerres de Religion, par le duc de Joyeuse contre les protestants, il est ensuite détruit sur ordre de Richelieu avant d’être reconstruit en 1680 pour servir de prison.

La station a été prolongée dès les années 1970 vers le nord-est : l’image montre un petit grau qui ouvre sur une marina en forme allongée. Il s’agit de Port Ambonne, creusé dans l’ancien étang de Lano.  On peut identifier un vaste complexe construit sous la forme d’un amphithéâtre ouvert sur la mer : c’est « Héliopolis », au cœur du quartier du Bagnas, un des plus grands centres de naturisme en Europe qui a assuré la notoriété de la station mais aussi la fidélisation d’une partie de sa clientèle (environ 30 000 touristes en été).

La densification de l’accessibilité régionale

L’accessibilité de la station est assurée par un dense réseau de communication, qui inscrit le littoral languedocien au cœur de mobilités touristiques majeures. Plus au nord et non visible sur l’image, l’autoroute A9 qui relie Montpellier à Béziers et au-delà au littoral espagnol est un axe majeur d’ampleur européenne, qui permet la desserte d’Agde et de sa station balnéaire grâce à un échangeur au niveau de Bessan ; ensuite, la D612 conduit jusqu’au front de mer. Le réseau secondaire permet de mailler le territoire : les départementales relient les principaux pôles urbains entre eux, ainsi la D51 entre Agde et Marseillan, et permettent de rejoindre également tout le pourtour de l’étang de Thau.

Un aéroport dans la périphérie de Béziers, rebaptisé « Béziers Cap d’Agde », assure également la distribution des flux vers les stations touristiques. La contrepartie de cette accessibilité vers la station balnéaire, dont le site demeure relativement exigu, est une congestion très forte de la circulation automobile durant tout l’été.

Il est également à signaler la présence du canal du Midi, qui passe par le fleuve Hérault au nord d’Agde, puis qui traverse la réserve naturelle du Bagnas avant de déboucher dans l’étang de Thau (le chenal est bien visible sur l’image) pour rejoindre, à l’est, le port de Sète.


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La ville d’Agde : paupérisation du centre et périurbanisation



Cette image couvre la ville d’Adge et sa banlieue. Cette très vieille ville est située sur un site insubmersible sur la rive gauche de l’Hérault, en retrait du littoral et dans la grande plaine viticole, la vigne couvrant comme le montre bien l’image un tiers de sa surface. Stagnant autour de 9.500 habitants entre 1850 et 1960, la ville a connu une forte croissance démographique et urbaine ces cinquante dernières années pour atteindre 28.600 habitants aujourd’hui. Si la ville-centre en a pour partie bénéficié, une part importante de la dynamique a été captée par ses deux pôles littoraux, le Cap d’Agde au sud-est, Le Grau d’Agde au sud-ouest.     

Son vieux cœur historique en forme d’amande est délimité par un boulevard circulaire bien visible. Comme un certain nombre de centres de villes moyennes, ses logements anciens accueillent une population défavorisée et a été l’objet des dernières décennies de plusieurs opérations de réhabilitation et revitalisations urbaines. Car l’essentiel de la croissance démographique et urbaine de la ville-centre s’est orientée vers le sud et le sud-est de l’image avec la multiplication des lotissements, des zones d’activité (nord-est) et des grandes zones commerciales (cf. sud, le long de la voie de contournement). Dans ce contexte, l’espace autour du Pic St loup a été loti par de nouveaux lotissements de qualité, plus verts et plus aérés.     


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Un fragile équilibre avec les dynamiques environnementales


La dynamique des zones humides

La mission Racine comprenait dans ses objectifs la création de zones protégées entre les unités touristiques nouvelles, de manière à trouver un équilibre dans cette région littorale caractérisée par l’importance de ses zones humides et la richesse faunistique et floristique de ses lagunes. C’est ainsi qu’à l’est d’Agde, en direction de l’étang de Thau, l’étang du Bagnas (600 hectares) a fait l’objet de mesures de protection dès les années 1960 puis est devenu une réserve naturelle en 1983, gérée aujourd’hui par le Conservatoire du littoral.

L’étang de Thau : entre exploitation économique et protection environnementale

Plus grand étang de la côte languedocienne, avec une superficie de plus de 7000 hectares et une profondeur moyenne de cinq mètres, l’étang de Thau forme une lagune séparée de la mer par un étroit cordon littoral qui le relie au mont Saint-Clair (colline de la ville de Sète). Il s’est spécialisé dès les années 1960 dans la conchyliculture, en particulier dans les élevages d’huîtres : environ 12 000 tonnes d’huîtres sont produites chaque année par environ 600 élevages qui emploient plus de 2.000 personnes.

L’étang est structuré par plusieurs ports de pêche, situés au nord et à l’est (non visibles sur l’image) comme Bouzigues ou Mèze, mais aussi, bien visible sur l’image, Marseillan (7700 habitants). La partie de l’étang de Thau visible sur l’image abrite des « gourgs » c’est-à-dire des zones humides et marécageuses. Elles sont pour l’essentiel situées sur le territoire de la commune de Marseillan, ainsi le bourg de Maldormir à Marseillan Plage qui, sur une superficie de plus de 40 hectares, abrite de nombreuses espèces d’oiseau protégées. L’image montre également l’existence de salins sur le rivage sud de l’étang : il s’agit d’anciens marais salants abandonnés, compartimentés de nombreux petits casiers et ceinturés par des canaux et des roubines.

Vers un tourisme « durable » ?

La municipalité d’Agde développe depuis une dizaine années d’importants efforts pour améliorer la prise en compte de l’environnement dans ses deux stations balnéaires, ce qui s’inscrit aussi dans une stratégie de marketing territorial visant à casser l’image de stations apparaissant comme uniquement vouées à un tourisme de masse et populaire. De nombreuses pistes cyclables ont ainsi été aménagées, dont certaines sont en cours de prolongement, tandis que les espaces verts voués à la ballade en « nature » et préservés des campings ont été consolidés.

Les mesures de protection demeurent toutefois faibles, d’abord parce que les aménagements touristiques ont été effectués, pour la plupart d’entre eux, avant la création de la loi Littoral en 1986. Ensuite, parce que la touristification est un enjeu économique majeur dans une région où la diversification économique demeure faible et où la situation de l’emploi est structurellement mauvaise : dans ces conditions, freiner le développement touristique serait condamner la région à une douloureuse contraction économique.

La faiblesse de la législation sur les constructions et l’urbanisme conduit aussi à rendre très vulnérable la région littorale, notamment face au risque d’inondation provoqué par de fortes précipitations dans le cadre des « épisodes méditerranéens » fréquents à la fin de l’été et au début de l’automne. C’est par exemple le cas de quartiers entiers construits le long de l’Hérault, dans son lit majeur, entre Agde et le Grau d’Agde.


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Une plaine littorale viticole : Pomérols


Gros bourg viticole situé dans la plaine littoral, Pomérols est passé de 1.200 à 2.300 habitants. Comme le montre bien l’image, le vieux bourg historique très dense a été enveloppé par de vastes zones pavillonnaires. Pour autant, l’espace urbain demeure contiguë et jointif car nous sommes ici au pays de la vigne qui occupe la très grande partie du finage communal. Une large partie de la production est prise en charge pare une cave coopérative.   

Un arrière-pays viticole

L’image de Pomérols vient nous rappeler que l’arrière-pays du littoral languedocien est marqué par une mise en valeur essentiellement agricole, tournée vers la viticulture. La viticulture, avec environ 80 000 hectares de superficie, représente encore aujourd’hui l’activité agricole principale du département de l’Hérault. Elle occupe plus de 40 % de la SAU et environ 6000 exploitations viticoles. Organisé autour d’un habitat groupé, c’est un vignoble de plaine dont la production passe pour l’essentiel par des coopératives localisées dans les petites villes comme à Vias.

L’essentiel de ce terroir viticole s’est constitué au début du XXe siècle, à l’aide de plants venus des États-Unis, après la terrible crise du phylloxera qui a détruit la plupart des vignes dans les années 1870 et 1880. La viticulture devient alors une culture de masse, occupant jusqu’à 90 % de la SAU, particulièrement ici dans le Biterrois qui profite par ailleurs de la desserte ferroviaire – avec la ligne Montpellier-Paris dès 1856 - et de la proximité du port exportateur de Sète. Si les vins de qualité ne sont pas totalement absents, ce sont alors les vins de table qui dominent largement une production de masse et bon marché. La viticulture assure dans les deux premiers tiers du XXe siècle la prospérité économique – à commencer par celle de Béziers – et le dynamisme de la région.

Vers un retour de la trilogie méditerranéenne ?

Les crises de surproduction à répétition des années 1960 et 1970 conduisent toutefois  à l’arrachage de nombreux pieds de vignes et à la reconversion d’une partie des surfaces agricoles vers la céréaliculture, mais aussi vers les vergers. Cette culture irriguée profite de la présence de l’Hérault et de nombreux ruisseaux, qui témoignent d’une maîtrise ancienne de l’eau, dès le Moyen Âge (assèchement des marais intérieurs) puis au cours du XXe siècle dans le cadre de travaux entrepris à l’échelle de la région par la Compagnie nationale d’aménagement du Bas-Rhône.

L’image montre la diversification des parcelles agricoles : le paysage n’est plus celui d’une « mer de vignes » comme il l’était jusqu’aux années 1960. La plupart des parcelles agricoles qui entourent Agde, au sud et au nord-est, sont consacrées à la céréaliculture et au maraîchage, et non plus à la viticulture. Cette évolution des espaces productifs agricoles pourrait ainsi laisser penser à une renaissance de la célèbre trilogie méditerranéenne, organisée autour de l’association de la vigne, du blé et de l’olivier. Mais cette vision serait excessive.

Certes, les surfaces viticoles reculent et l’âge d’or du vignoble héraultais paraît appartenir au passé, mais la viticulture reste largement dominante, et même en situation de quasi monopole dans une importante partie de l’arrière-pays. Elle connaît par ailleurs depuis une vingtaine d’années une montée en gamme, ce qui est un moyen d’essayer de s’adapter aux changements et de faire face à la concurrence. Les vins de qualité, labellisés (AOC, AOP, IGP) et ancrés  dans une logique de terroir, représentent désormais plus d’un tiers de la superficie viticole du Languedoc.

Les espaces viticoles face à la dynamique périurbaine

Si les espaces viticoles sont encore bien présents, leur emprise spatiale est toutefois plus faible qu’il y a un demi-siècle. La croissance démographique associée à la pression foncière ont conduit à un recul du vignoble autour des principaux noyaux urbains gagnés par la périurbanisation. C’est le cas pour Agde, dont l’extension s’est progressivement faite vers le sud à partir des années 1960, en forme de « doigts de gant » car elle suit les principaux axes de communication et s’organise en lotissements d’habitats individuels.  De même, le Cap d’Agde s’est étendu dès les années 1970 au nord de l’étang de Luno, sur les pentes du mont Saint-Loup et du mont Saint-Martin, d’où ont totalement disparu les vignes.


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Image complémentaire


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Une image de la région d’Adge et du Cap d’Adge prise par le satellite Sentinel-2B le 22 mai 2020

Contient des informations © COPERNICUS SENTINEL 2020, tous droits réservés.

Références ou compléments

Bibliographie indicative

Carroué Laurent (dir.), La France des 13 régions, Paris, A. Colin, 2017.
Clavé Yannick, Géographie de la France, Paris, Ellipses, 2020.
Duhamel Philippe, Géographie du tourisme et des loisirs, Paris, A. Colin, 2018.
Gamblin Jacques (dir.), La France dans ses régions, Paris, Sedes, tomes 1 et 2, 2000.
Knafou Rémy (dir.), Tourismes, 3. La révolution durable, Paris, Belin, 2011.
Miossec Jean-Marie, Bourgou Mongi, Les littoraux. Enjeux et dynamiques, Paris, PUF, 2010.
Potier Françoise, Terrier Christophe, Atlas des mobilités touristiques en France, Paris, Autrement, 2007.

Contributeur

Yannick Clavé, professeur agrégé en CPGE au lycée militaire d’Aix-en-Provence

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