Agen : dynamiques urbaines d’une ville moyenne entre vallée de la Garonne et pays des Serres

Dans le sud-ouest, Agen est le chef-lieu du Lot-et-Garonne. Cette ville est surtout connue pour l’emblématique pruneau d’Agen, surtout produit dans le nord du département, ou encore pour le SUALG, son club de rugby. A mi-chemin entre les deux grandes métropoles régionales que sont Bordeaux et Toulouse, ce pôle urbain de taille moyenne bénéficie largement de l’axe de communication que représente la moyenne vallée de la Garonne entre Atlantique et Méditerranée, qui conditionne fortement son développement. Ses activités industrielles ou de services rayonnent au niveau international (laboratoires UPSA/ Bristol Myers Squibb en pharmacie), national (Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire) et régional (MIN, parc d’attraction Walibi…).

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Présentation de l’image globale

On distingue deux secteurs principaux de part et d’autre d’une diagonale nord-ouest/sud-est. Au nord-est, un secteur accidenté de plateaux et vallons partiellement urbanisés ; au sud-ouest un secteur plus fortement bâti autour de la Garonne et d’Agen qui occupent la vallée. 

Un site urbain bimillénaire entre coteaux et fleuve Garonne

La ville d’Agen (33 988 hab. en 2015) et une partie de son agglomération occupent l’essentiel de l’image. L’unité urbaine est la première du Lot-et-Garonne (83 210 hab. en 2018) et l’aire urbaine atteint les 113 376 hab. Si la commune d’Agen voit sa population stagner, l’aire urbaine en revanche est assez dynamique. Ce dynamisme repose pour moitié sur le secteur présentiel (administration publique, santé, enseignement, action sociale...) face à un tissu productif cependant non négligeable. 

Le site d’Agen épouse celui d’Aginnum, cité gallo-romaine implantée sur la rive droite de la Garonne, dans une plaine inondable et sur quelques lambeaux de la basse terrasse. Le cœur de ville s’adosse aux coteaux abrupts du pays des Serres qui viennent rejoindre le fleuve au nord de la ville. On repère aisément au pied du coteau, les voies ferrées de la gare d’Agen (gris) et le canal latéral à la Garonne (bleu ciel) qui s’élargit en port (au nord de la gare). Plus au nord, sur le plateau, une vaste flaque brune correspond à de grandes parcelles agricoles labourées (en novembre). Elles sont installées sur l’ancien oppidum celtique de la tribu des Nitiobriges ; un site qui n’a été que brièvement occupé du II au Ier siècle av JC. 

Un axe fluvial ancien bien aménagé entre Méditerranée et Atlantique 

Née dans les Pyrénées et coulant vers le nord, la Garonne est ici large de plus de 100 m. Elle amorce un coude vers l’ouest, c’est un des nombreux méandres qui divaguent dans cette large vallée à fond plat façonnée au quaternaire. Les crues successives ont déposé sables et graves, générant des terres d’alluvions de bonne qualité agronomique. Ce fleuve autrefois emprunté par les gabarres, barques tirées sur les chemins de halage, et même quelques bateaux à vapeur au XIXe siècle avant que toute navigation ne cesse au XXe siècle. L’enfoncement progressif du fleuve au quaternaire explique la présence de terrasses étagées. La basse terrasse est repérable sur la rive gauche seulement par un talus de 10 m au-dessus de la plaine inondable qui porte un liseré vert foncé s’éloignant du bord de la Garonne vers le nord-ouest (voir à l’ouest du document). Il correspond à une bande boisée (chênes et frênes) qui traverse l’agglomération du Passage d’Agen 

Dans le secteur d’Agen, la largeur de la vallée se réduit à 4 km entre les coteaux, contre 5 à 6 km ailleurs. Dans un lit mineur de 150 m de large, le fleuve parait ici bien sage. Il est en effet fortement « domestiqué » au XIXe siècle par des aménagements (pieux, épis, enrochements calcaires, voire même quais en pierre) alors que les bras morts et secondaires sont comblés. Au début novembre (date de l’image), le débit reste limité et les bancs de galets sables et graviers (couleur crème) sont bien visibles en amont. Depuis les années 1990, des digues ont été érigées contre les crues centenaires. Les grands « aygats » faisaient d‘Agen, avant le XXIe siècle dit-on, « la ville la plus inondée de l’histoire » de France. La cité préfecture a été durement touchée en 1930 et en 1952 par des crues centennales, la dernière crue notable remontant à 1981. 

Le canal latéral à la Garonne est bien repérable avec son parcours sinueux (bleu clair à foncé) qui longe les coteaux en rive droite depuis Toulouse. Il change de rive à Agen grâce à un ouvrage imposant de 583 m de long. Ce Pont Canal, dessiné par Jean Baptiste de Beaudre, est réalisé en 1845 et prolongé en rive gauche par trois écluses. Le canal latéral des Deux Mers, achevé en 1856, prolonge le Canal du Midi reliant ainsi la Méditerranée à l’Atlantique et concrétisant le rêve de Pierre-Paul de Riquet. Toutefois, il est supplanté par le chemin de fer, plus compétitif, dès son entrée en service. Aujourd’hui, c’est une voie verte et axe touristique emprunté l’été par les plaisanciers ainsi que par les cyclistes qui longent ses berges arborées de platanes et de chênes.

Un carrefour de la moyenne Garonne confronté aux humeurs de « dame Garonne »

Agen constitue un nœud routier contrarié par la Garonne. Aux temps gallo-romains, les gués principaux franchissant le fleuve se situaient en aval et amont de la cité. Deux voies romaines passaient par Agen pour relier Périgueux et Bordeaux. Le franchissement par pont a été épisodique au Moyen-âge et impossible à l’Epoque moderne. Il faut attendre 1827 et l’achèvement du « pont de pierre » (au centre ouest de l’image) pour relier durablement Agen à Auch, Nérac et Condom sans utiliser un bac alors qu’une passerelle piétonne (fin liseré clair visible sur l’image) est édifiée en 1848. Les voies royales, puis nationales, confortent alors Agen comme carrefour routier de la moyenne Garonne entre Périgueux et Auch selon un axe méridien et Toulouse et Bordeaux. Depuis l’avènement de l’autoroute A 62 (hors cadre à l’ouest de l’image), la ville est à moins d’1H20 des deux métropoles. Sous la contrainte du relief, on assiste au resserrement extrême des tracés des réseaux ferrés, routier et fluvial au nord-ouest de l’image 

Est et nord : le front d’urbanisation s’insinue avec difficulté en pays des Serres 

A l’est, l’agglomération s’étend sur la première terrasse, entre voie ferrée et coteau, sous la forme d’un habitat pavillonnaire assez dense. Les habitations de la banlieue côtoient des zones d’activités le long des principaux axes de communication vers Toulouse. A l’est de la gare, un vaste bâtiment en rouge brique correspond à l’ancienne usine métallurgique Granges reconvertie en entrepôt. La flaque urbaine se fragmente en direction des vallons et des plateaux du pays des Serres. L’habitat périurbain essentiellement pavillonnaire s’insinue de façon linéaire le long des routes, dans les vallons et sur les lambeaux des plateaux du pays des Serres. 

Les Serres de l’Agenais représentent en effet un paysage caractéristique entre Garonne et Lot, occupant ici près de la moitié de l’image. Ces plateaux entaillés de profondes et étroites vallées s’organisent perpendiculairement à l’axe garonnais. Ils sont ourlés de corniches calcaires d’une dizaine de mètres. Elles sont dissimulées sur l’image, par des boisements qui apparaissent sous la forme d’une frange plus ou moins large de couleur vert foncé.  

Rive gauche : une pression urbaine qui s’accentue   

Sur la rive gauche de la Garonne, la ville de Le Passage est liée à la traversée du fleuve jadis assurée par des bateliers. Avant la Seconde Guerre mondiale, cette commune encore rurale était organisée en hameaux. L’urbanisation a déferlé à partir des années 1950 sous forme d’habitat pavillonnaire linéaire puis en lotissements qui se sont établis tant dans la plaine d’inondation que sur la première terrasse du fleuve. Progressivement, les dents creuses sont loties.

A l’extrémité ouest de ce document se trouvent les vastes bâtiments industriels métalliques (blancs ou gris) du groupe pharmaceutique UPSA (Groupe américain BMS), 1er employeur industriel du département. A proximité, on reconnaît la piste de l’hippodrome de la Garenne et la piste de l’aéroport régional d’Agen la Garenne (liaisons bi-hebdomadaires avec Paris). Ses pistes sont orientées en fonction des vents dominants (nord-ouest) et du vent d’Autan (sud-est). Enfin au sud de la piste d’aviation, la zone d’activité de l’Agropole, technopôle spécialisé en agroalimentaire, accueille une centaine d’unités de production et est en extensions (Agropole II et III). Ce technopôle - bien connecté aux réseaux (autoroute et aéroport) dans un cadre agréable doté de parkings et d’espaces verts - illustre bien la recherche d’aménités propres à ces parcs d’activités.

Depuis le début du XXIe siècle, la croissance urbaine se reporte vers le nord-ouest de l’aire urbaine (hors de l‘image). Ce secteur de la rive gauche est appelé également à accueillir un nouvel échangeur autoroutier en construction et une éventuelle ligne LGV. Un nouveau technopôle est en chantier (Technopôle Agen-Garonne) et un nouveau pont routier est projeté pour assurer le contournement ouest de l’agglomération. Ces infrastructures consomment cependant de bonnes terres agricoles.

Le sud d’Agen entre expansion commerciale et préservation des espaces agricoles et naturels

Dans le sud de l’image s’entremêlent espaces agricoles et poussée périurbaine. La RD 813, rocade de contournement d’Agen Sud achevée en 2013, est bordée au nord par une grande zone d’activité commerciale reconnaissable à ses grands parkings et grands bâtiments. Au sud l’urbanisation est limitée, comme en témoignent les parcelles agricoles. Deux plans d’eau artificiels (couleur bleu clair) ont été réaménagés en espaces récréatifs sur d’anciennes gravières. Cette nouvelle rocade sud se raccorde au 2e pont routier agenais réalisé en 1986 qui franchit la Garonne au lieu-dit Beauregard. Emprunté par la N 21, il permet de raccorder la ville au péage autoroutier (non visible) situé non loin de là, au sud-ouest de l’image.

Zooms d’étude


Agen : un exemple des grandes transformations urbaines depuis l’époque médiévale

Vu de l’espace, la ville révèle ses toitures de tuiles rouges typiques du sud-ouest. Comme le remarquait le géographe local Maurice Luxembourg dans les années 1950, Agen est le « fruit de mélange ». Le cœur de la cité, excepté durant sa période celtique, se situe autour du marché parking, un  quadrilatère gris (parking en terrasse). Il occupe ce qui devait être le forum antique d’Aginnum. Ce lieu fût au Moyen-âge, pour partie, l’emplacement de la cathédrale gothique St Etienne, inachevée puis démolie vers 1840. Elle fut remplacée d’abord par une halle aux grains puis par des halles de style Baltard (1882) avant que ces dernières ne soient sacrifiées en 1969 à la modernité automobile avec l’actuel marché-parking. 

Le centre-ville : des mutations urbanistiques, du Moyen-âge à la Belle époque 

L’ancien noyau médiéval, très compact, est identifiable par la densité du bâti et quelques édifices religieux. Il est  ceinturé par des boulevards curvilignes ou rectilignes. A l’ouest, l’axe nord-sud de la N 21 suit le tracé rectiligne de la grande enceinte des XIVem et XVem siècles qui a aujourd’hui pour l’essentiel disparu. Les édifices les plus repérables témoignent à la fois de l’emprise religieuse catholique en terre huguenote et des pouvoirs des élites urbaines. Non loin du marché parking (sud-est), le bâti se fait très dense autour de l’actuelle place de la Mairie (maisons à pans de bois). Ce cœur de ville est éclectique, mêlant hôtels Renaissance (Musée des beaux-arts), Hôtel de Ville du XVIIIe et théâtre Ducournau (toit gris) de la Belle époque. Au nord-est apparait une place arborée et un édifice élevé (ombre portée bien visible) : la place Foch et la cathédrale Saint-Caprais, à l’architecture mainte fois remaniée depuis l’époque romane. 

Coté Garonne, on repère aisément la place Jasmin. De forme semi-circulaire, elle témoigne des grands travaux lancés à la fin XVIIIe siècle par Antoine Lomet afin d’ouvrir la ville. Au tournant du XIXem siècle, la destruction des portes puis des fortifications a facilité la réalisation de boulevards entre voie ferrée et anciennes fortifications (au nord, boulevard Scaliger et Sylvain Dumont fin XIXem). Au sud, les larges artères, dénommées cours, occupent les anciennes courtines et fossés. Ces axes convergent à l’est vers deux carrefours, celui de la place du Pin et plus au sud celui de la place E. Pelletan. Au sud de ces cours, on reconnaît le vaste rectangle arboré des jardins de la Préfecture autour duquel se déploient des services de l’Etat. Au nord, la Préfecture du Lot-et-Garonne occupe l’ancien palais épiscopal (1775) et s’ouvre sur la place A. Fallières. A l’ouest du jardin préfectoral, les longs bâtiments sont ceux de l’ancien grand séminaire reconverti en lycée public (J-B de Beaudre), au sud la caserne Valence occupe pour partie l’ancienne manufacture royale de toiles à voiles.

Enfin, aisément identifiables dans le cœur urbain, deux boulevards centraux en forme de croix latine ont été percés entre 1886 et 1900. On les doit à la municipalité de Jean-Baptiste Durand qui s’est inspirée de l’urbanisme haussmannien afin, notamment, de mieux relier les grands axes routiers existants. Ces deux boulevards sont aujourd’hui, pour partie, piétonnisés.

Au nord du canal : des quartiers résidentiels à flanc de coteaux 

Le quartier de l’Ermitage, surplombant au nord la gare et le canal, tire son nom des débuts du christianisme. Au IVem siècle, le christianisme apparait à Agen avec ses martyrs Ste Foy et St Caprais. Le rectangle clair au sommet du coteau correspond à une église bâtie en 1864 à proximité d’abris troglodytes, occupés par les premiers chrétiens. L’édifice, lié à un ancien monastère, est désormais occupé par un lycée agricole et professionnel privé. De la Belle époque aux années folles, le coteau s’est urbanisé et constellé de demeures bourgeoises dans un écrin arboré qui  fait contraste avec le centre-ville très dense et minéral. Au nord, les autres coteaux s’urbanisent. Le mitage urbain s’insinue autour de l’ancien oppidum et des  vastes emprises du cimetière de Gaillard (vaste superficie quadrillée) et du Centre Hospitalier Agen-Nérac (angle nord-est).

A l’est, une urbanisation amorcée au début du XXem siècle

Entre le canal qui apparait très sombre (ombre portée des platanes) et la voie ferrée, s’étale un espace mêlant un bâti très éclectique fait d’entrepôts, de maisons individuelles et d’habitat collectif récent. Le campus du Pin (département d’études juridiques) reconnaissable à ses deux toitures carrées et rouges, occupe un triangle entre voies ferrées de la gare et le plan d’eau de la halte nautique du canal.

La ville s’est surtout déversée vers le sud et l’est dès la fin du XIXe, autour de deux môles, constitués par deux ensembles architecturaux hérités de la IIIem République. Au sud du noyau médiéval et de le la patte d’oie, constituée par les boulevards issus de la place Pelletan, se découpe un vaste parallélogramme constitué de longs bâtiments qui encadrent quatre cours. Il s’agit du Lycée public B. Palissy édifié à partir de 1888. Jouxtant le jardin public Jayan (espace arboré en vert), l’édifice, tel un vaisseau de pierre, a été conçu pour être à l’abri des crues. Les imposantes toitures rouges sont celles de la caserne Toussaint (1915) occupée aujourd’hui par le 48e Régiment de Transmission qui  accueille plus de 1 000 militaires. Entre ces deux réalisations, la trame urbaine se fait plus lâche et se déploie en bord de voirie avec des façades tantôt continues tantôt individualisées avec de grands jardins. Les belles bâtisses bourgeoises sont à l’ouest et les pavillons plus modestes et plus récents à l’est, résultant d’une urbanisation progressive au cours du XXe siècle 

Au sud de l’image, une grande et large artère longitudinale (2x2 voies) rejoint la Garonne au sud du pont de pierre. A proximité, l’Hôtel du département occupe l’ancien hôpital St Jacques entouré d’espaces vert. Cette voie routière constitue la première rocade de contournement de la ville (Avenue Jean Bru) réalisée au début des années 1970. Cette avenue a attiré quelques bâtiments commerciaux ou industriels (rectangle blancs). A son extrémité sud-ouest, le complexe sportif du stade Armandie est cher aux Agenais amateurs de rugby à XV. 

Les constructions résidentielles ont essaimé autour de cette voie sous la forme de pavillons et petits immeubles collectifs. Au nord de cette rocade, dans la partie est de l’image, le vaste ensemble de barres  correspond à la cité Rodrigues et 500 logements réalisés en 1964. De l’autre coté de la Garonne, la commune du Passage déroule ses nombreux lotissements parfois bâtis dès les années 1950. En bord de fleuve, dans l’axe de la passerelle, on repère l’artère principale du « vieux Passage » et ses maisons attenantes typique d’un village-rue. Au sud de ce quartier central, une large bande longitudinale et incurvée est incrustée de petits lotissements de forme annulaire. Ces logements ont été édifiés sur les remblais de l’ancien canal reliant la Garonne et le canal latéral. 

Une Garonne corsetée entre Agen et Le Passage

En rive droite coté Agen se dessine un triangle inégalement urbanisé. : c’est le quartier des Isles. Il bénéficie de l’assèchement et du comblement de l’ancien bras de la Garonne et de l’installation de l’esplanade du Gravier. Le Gravier est un vaste espace arboré conçu au XVIIIem. Initialement dédié à la promenade, il sert aussi au stationnement automobile depuis le XXème. 

Pour faire face aux crues dévastatrices, des digues de 2 à 3 m en terre ou en béton ont été édifiées dans les années 1980 le long des voies sur berge. Sur le secteur aval du pont de pierre (nord-est de l’image), la digue n’a pas été poursuivie. Cette zone à risque élevé répertoriée sur le Plan de Prévention des Risques d’Inondation de la Communauté d’Agglomération d’Agen accueille des établissements industriels (usine d’équarrissage de la FERSO, incinérateur ATEMAX) et l’usine de traitement de l’eau.

Pour « rapprocher les Agenais de leur fleuve », cher au philosophe Michel Serres, la commune d’Agen et l’EPCI, l’Agglo d’Agen, ont multiplié depuis 2014 les manifestations culturelles et sportives  sur la voie sur berge et les bords du fleuve et créé en 2017 un nouvel évènement dans le cadre de l’EPCI, « Garonne en fête ».



La périurbanisation en Pays des Serres : la commune de Bon Encontre


Ce zoom se focalise sur l’étroite vallée de la Masse dont le talweg est encadré par le réseau routier principal. Le fond de vallée n’excède guère 400 m de large. L’urbanisation de cet espace est essentiellement périurbaine, canalisée par le relief, toutefois le front urbain agenais apparait dans l’angle sud-ouest de l’image (Quartier Montanou).

Un secteur représentatif du pays des Serres de l’Agenais

Le ruisseau de la Masse, affluent de la Garonne, s’écoule vers le sud-ouest, enchâssé dans des lambeaux de plateaux qui sont des belvédères sans haies. Le semi-bocage traditionnel a disparu au profit de grandes parcelles liées à l’agriculture productiviste essentiellement céréalière (blé, sorgho), oléagineux et protéagineux (tournesols). Ces espaces tabulaires sont festonnés, comme gantés de vert foncé par les boisements de feuillus (chênes pubescents et érables champêtres) accrochés aux sols pentus et érodés. La valorisation forestière se limite à des coupes pour bois de chauffage. De cours vallons, inférieurs au kilomètre, dessinent des ondulations. Mais ces vallons sont, du fait de leur pente, voués à la prairie (vert soutenu) dans leur partie supérieure. Les labours (marron clair) ou les lotissements occupent les secteurs moins pentus.

Le quartier Montanou, grands ensembles et difficultés sociales

Dans l’angle sud-ouest de l’image, se dessine une sorte de frise grecque, faite de bâtiments aux toits blancs ou gris allongés. Ce sont des barres et quelques tours du quartier Montanou. Au sud se trouve la cité Leon Blum. Le Quartier Montanou reste la dernière réalisation d’ampleur de logements HLM sur l’agglomération à la fin des années 1960. Ce quartier est emblématique des difficultés sociales des grands ensembles français. Classé auparavant en Zones Urbaines Sensibles, il est depuis 2015 un des QVP (quartiers prioritaires de politique de la ville). En Nouvelle Aquitaine, c’est dans l'unité urbaine d'Agen que se trouvent les quartiers avec le plus grand nombre d'emplois précaires (40 %), le quartier Montanou dispose des revenus par habitant les plus faible de la région. Toutefois la municipalité d’Agen et les autres acteurs publics ont engagé la réfection des logements et des espaces publics malgré de forts problèmes d’insécurité. Cette QVP est entourée de nombreux lotissements construits à la fin du XXe siècle qui partent à l’assaut des plateaux alors que l’ancienne friche de Donnefort (périmètre ocre en rive convexe du canal latéral) est en cours de rénovation (résidences et équipements pour séniors).

L’espace périurbain et lutte contre la progression du front urbain

Le semi de type pavillonnaire se déploie le long des grands axes de vallées et sur les liaisons routières avec les plateaux. Dans l’angle nord-est, le bourg de Pont du Casse (4200 hab.) connait une forte croissance avec l’arrivée de cadres supérieurs et intermédiaires et de populations âgées. On aperçoit également des extensions pavillonnaires planifiées avec des lotissements installés au cœur d’espaces agricoles contribuant ainsi au mitage des espaces ruraux. Mais la révision en 2018 du Plan Local d’Urbanisme Intercommunal Durable (PLUID) devrait considérablement limiter ce mitage périurbain. En effet, la législation récente (Grenelle II en 2010 et loi ALUR de lutte contre l’étalement urbain de mai 2014) contraint les collectivités locales au renforcement des espaces déjà bâtis autour des bourgs et hameaux.

La vallée de la Masse : zone d’activités et aménagements contre les risques d’inondation

Les zones d’activités (ZA) de Bonnel et Cambillou et celles plus vastes de Borie-Malère accueillent des entreprises du bâtiment, de la logistique et une usine de fabrication d’engrais et de produits phytosanitaires (De Sangosse) qui occupe un vaste périmètre à proximité de la cité Montanou. Ces zones d’activités sont bordées par un liseré foncé, la ripisylve (aulnes, frênes, peupliers ou saules) de la rivière Masse. Ce ruisseau fait l’objet d’aménagements afin de limiter les risques d’inondation (PPRI). Les prairies constituent des aires d’expansion des crues et l’on remarque, en bordure nord de l’usine De Sangosse, une prairie entourée d’un liseré plus clair. Elle correspond à un bassin de rétention des eaux, destiné à écrêter le débit du cours d’eau de la Masse en cas de montée des eaux et à protéger en aval le quartier Montanou et le quartier de la gare d’Agen.


La banlieue sud-est d’Agen

Sur les communes de Bon Encontre et Castelculier, l’espace tout en connaissant une forte urbanisation est dédié plus spécifiquement à l’agriculture et aux zones économiques. Au nord-est et au sud, les espaces agricoles correspondent à des labours (marron clair), tant dans la plaine alluviale (maïs, blé ou sorgho) qu’en pays de Serres (blé). Les prairies (vert) alimentent un élevage bovin de race blonde d’Aquitaine. Sur les parties supérieures des coteaux, les parcelles montrent des espaces constellés d’arbres épars et pelouses (friches) où subsistent quelques alignements arborés, des vergers de pruniers. Ces parcelles, autrefois plantées de vignes et d’arbres fruitiers, sont révélatrices d’un abandon agro-pastoral qui s’est accéléré à la fin du XXe siècle.

Cet espace accueille trois importantes zones d’activités et commerciales couvrent des surfaces importantes créées dans les années 1960/1970. L’achèvement de la nouvelle rocade vers l’autoroute situé plus à l’ouest sur la commune du Passage y favorise la création de grandes zones commerciales. Cette rocade fait aussi office d’ouvrage contre les crues. Elle a libéré du foncier pour l’urbanisation, comme en témoignent les nombreux lotissements réalisés entre rocade et voie ferrée. Dans la communauté d’agglomération. Les longs bâtiments blancs et gris correspondent au Marché d’Intérêt National (MIN) d’Agen Boé. Créé en 1962 et couvrant près de 29 ha, il collecte, stocke et expédie une large partie de la production agricole (fleurs, fruits et légumes : fraises, pommes ; tomates, pruneaux...). Le MIN est le 5e pôle économique du département.  


Agen Sud et Boe : l’empreinte des stratégies de communauté d’agglomération

Ce secteur concentre les stratégies de développement impulsées par la communauté d’agglomération. L’image est révélatrice de l’évolution des politiques d’aménagement de ces franges urbaines avec la prise en compte de nouvelles contraintes d’aménagement liées au développement durable. Sur l’axe routier à l’est de l’image reliant Agen à la vallée du Gers, des établissements (gris ou blancs), typiques des entrées de villes, se sont progressivement installés au gré des opportunités foncières au cours des années 1970 et 1980. La ZAC d’Agen sud, réalisée dans les années 1990/2000, le long de la rive droite la Garonne accueille de grandes surfaces commerciales dont l’aire de chalandise déborde sur le Gers et le Tarn-et-Garonne. Le parc des expositions, au sud-ouest, est complété par Centre des Congrès (marron car en travaux sur l’image) inauguré en 2014 pour accueillir des spectacles, salons et concerts.

Les nouvelles opérations d’aménagement des dernières décennies

Le tout est complété par l’ouverture en 1998 d’un campus universitaire (IUT et faculté de sciences, « géode » bâtiment sphérique de couleur argentée) qui fonctionne comme une antenne universitaire de Bordeaux. En 2002, la politique conjointe de décentralisation de l’Etat et de la Communauté d’agglomération et du département expliquent l’arrivée de l’Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire (ENAP), bien identifiable dans un espace en forme de prisme, traversé par des diagonales (allées et canaux). L’hébergement des 3 500 étudiants est assuré par 3 « villages », de petits immeubles visibles à l’ouest de l’ENAP. Enfin, la zone commerciale O’Green, qui borde à l’ouest le centre commercial, est ouverte en 2013 autour de Lamothe Magnac, une ancienne maison de maître du XVIIIè qui a été préservée au centre la zone.

La rocade, à l’est de l’image, fait aussi office de digue et même de déversoir (cf. les quatre banquettes blanches entre les deux giratoires au sud d’O’Green). La législation Grenelle 1 de 2009 a accru les exigences environnementales encourageant la mise en œuvre de Projet d’Aménagement et de Développement Durable (PADD avec piste cyclable et desserte de transport en commun). La réduction des nuisances et risques pour les riverains est prise en compte, un mur anti-bruit (ombre portée visible) est édifié à proximité de maisons individuelles, le long de la rocade près du lac de Passeligne. Enfin, présenté comme le nouveau poumon vert de l’agglomération, un Parc Naturel Urbain Fluvial Agen-Garonne, ouvert en 2012, s’organise autour de deux plans d’eau qui sont des anciennes gravières reconverties en zone récréative.

Un espace agricole aux portes de la ville

L’image reflète enfin pour partie le système productif agricole de la moyenne vallée de la Garonne. On discerne, sur la rive droite de la Garonne (sud-est de l’image), des parcelles aux superficies très disparates. Les superficies marron clair correspondent aux labours à vocation céréalière (blé, sorgho) et oléagineuses (tournesol, colza) alors que les parcelles vertes et brunes foncées sont des champs de maïs. Aux abords du lac se trouvent quelques cultures horticoles de légumes de plein champ (couleur vert d’eau) mais aussi de grandes serres grises (tomates, courgettes, fraises…). Au nord de l’image, sur la rive gauche, entre fleuve et première terrasse s’étendent de petites parcelles en lanières, elles correspondent à l’activité d’un pépiniériste du Passage d’Agen. A noter enfin entre la Garonne et parc de Passeligne, des alignements arborés : c’est la signature caractéristique des peupleraies garonnaises. Dans le département du Lot-et-Garonne, la populiculture, influencée par l’immigration italienne de la vallée du Pô, est dynamique depuis les années 1950. Les superficies ont doublé ces deux dernières décennies. Cette sylviculture à révolution rapide (arbres commercialisables à partir de 15 ans) est destinée à la fabrication d'emballages, de panneaux de contreplaqué, à l'ébénisterie ou à l’élaboration de la pâte à papier.

D’autres ressources

Publications :

Sandrine Lavaud et Ezechiel Jean Courret : Agen, Collection Atlas historique des villes de France,  Bordeaux, 2017. 

François Taulelle : « Occitanie » (chap. 11), in La France des 13 Régions, coll ; U, Armand Colin, Paris, 2017. 

Stéphane Beaumont : Histoire d’Agen, éditions Privat, 2014.

Paysages du Lot-et-Garonne. CAUE 47, Paysages, Les éditions Fragile, 2009.

Sites :

https://atlaspaysages.lotetgaronne.fr

http://www.agglo-agen.net/

Contributeurs 

Philippe GALAN, agrégé de Géographie, Lycée Bernard Palissy, Agen
Régis RENOULEAU, certifié d’Histoire-Géographie, Lycée Bernard Palissy, Agen