Mexique - Le nord-ouest du Yucatan : intégration dans l’économie mondialisée et fragmentation locale d’une région en pleine mutation

Le nord-ouest du Yucatan, au Mexique, a été le moteur historique de l’économie yucatèque. Traditionnellement spécialisée dans la monoculture du sisal, une variété d’agave cultivée pour sa fibre, la région a longtemps été la première zone agricole de l’État fédéré, de même que son centre de décision politique, depuis la capitale, Mérida. Mais dans les années 1990, la libéralisation économique a durablement reconfiguré les relations ville-campagne. L’ancienne région sisalière est aujourd’hui soumise à une privatisation et une fragmentation croissante de l’espace sous l’effet de la métropolisation, avec un étalement urbain caractérisé par la formation d’enclaves sociales de résidences fermées, et le déploiement des enclaves économiques industrielles, agroindustrielles et touristiques. Les politiques mises en œuvre pour intégrer la région dans le nouveau marché mondial posent question compte tenu de la richesse écologique de la zone et de la vulnérabilité croissante des eaux souterraines face aux activités humaines, environnement sur lequel repose pourtant en grande partie le secteur touristique.

merida-20210559-s2b-vgz.jpg

Légende de l’image

Cette image de la ville de Mérida du Yucatan au Mexique a été prise par le satellite Sentinel-2B le 29 mai 2021. Il s'agit d'une image en couleur naturelle et la résolution est de 10m.  

Accéder à l'image générale sans annotation

Contient des informations © COPERNICUS SENTINEL 2021, tous droits réservés.


Repères géographiques

Présentation de l’image globale

Mérida et l’ancienne région « sisalière » dans la mondialisation économique : paradoxes et controverses des stratégies de développement

Une milieu physique singulier, riche mais contraignant : cratère d’impact, plaine karstique et cenotes

L’image présente le nord-ouest de l’État du Yucatan, dans la Péninsule du même nom, au sud-est du Mexique. Cette région se situe au cœur du cratère de Chicxulub, créé il y a plus de 66 millions d’années par la chute d’une météorite, et qui serait la cause d’extinctions massives, notamment celle des dinosaures.

Cette zone se distingue par un relief plat, qui n’excède pas les 20 m d’altitude. Aucun cours d’eau ne coule à la surface. Les eaux de pluies s’infiltrent dans le sol karstique, calcaire et extrêmement perforé, comme l’illustrent les milliers de cenotes, ces dolines d’effondrement noyées et connectées à un immense réseau de grottes et de rivières souterraines. Majoritairement répartis sur le contour du cratère formant l’« anneau de cenotes », on présume que l’impact de la météorite aurait engendré des altérations géologiques à l’origine de leur formation. Ces nombreux puits naturels – estimés à environ 8.000 – font à présent le renom du Yucatan. Ils attirent chaque année des centaines de milliers de visiteurs, baigneurs et plongeurs spéléologues.

La végétation se compose principalement de forêts basses à feuillage caduc. La frange côtière est constituée de plages, de mangroves et de lagunes alimentées par la remontée des rivières souterraines. Cet environnement est à la fois d’une grande richesse, et particulièrement contraignant en raison de la pauvreté des sols qui recouvrent le substrat rocheux.

Au centre de l’image, siège Mérida, la capitale de l’État fédéré. À 36 km au nord, le port de Progreso sur le Golfe du Mexique lui offre une ouverture internationale, surtout nord-américaine. Au sud-ouest, la route fédérale 180 connecte la ville au reste du pays.

Depuis les années 1980, Mérida a connu une croissance démographique accompagnée d’une expansion territoriale indissociable des mutations des espaces ruraux qui l’entourent. Ensemble, ils constituent le poumon historique de l’économie yucatèque, longtemps dédiée à la production de la fibre de sisal.  

La crise d’une région historiquement dédiée à la culture du sisal

À partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, le territoire du nord-ouest du Yucatan a été organisé autour de la culture et de l’exportation du sisal, une variété d’agave native de la région, cultivé pour sa fibre. Pendant plus d’un siècle et demi, la fibre extraite de cet « or vert » a alimenté le marché mondial de la corderie. Cette activité économique a impulsé le développement des infrastructures ferrées et portuaires, permettant le transport de la marchandise vers les États-Unis. Elle a dessiné la région sur un modèle centre-périphérie : Mérida, d’où était piloté l’activité, et les villages périphériques, cultivateurs de l’agave.

Le sisal est d’abord produit dans les grands domaines agricoles – les haciendas – par la main d’œuvre rurale servile. Dasn les années 1930, l’État mexicain reprend la main sur la production, et met en œuvre une vaste réforme agraire. Les terres des haciendas sont expropriées et redistribuées sous formes de propriété collectives – les ejidos – à des communautés rurales. Ces dernières se chargent de la culture de l’agave, pour le compte de l’État. Mais la crise du secteur, notamment en raison du développement de la fibre synthétique, associée à la libéralisation économique, achèvent le modèle agro-exportateur. En 1992, l’activité s’arrête.

Ces transformations ne marquent pas seulement la fin de la culture du sisal : c’est toute la petite agriculture traditionnelle itinérante qui s’affaiblit. Particulièrement adaptée aux contraintes du milieu, cette agriculture sur brûlis avait jusqu’alors réussi à se maintenir en parallèle de la culture du sisal, et constituait une source de subsistance majeure des communautés agraires. La surface cultivée diminue, laissant dans un premier temps la forêt reprendre le dessus.

Des mécanismes de dépossession des terres communautaires sous prétexte de leur « improductivité »

En 1992, en même temps que l’arrêt de l’économie sisalière, le Mexique procède à une réforme légale de la propriété rurale, qui modifie les modalités d’usage et d’acquisition des terres des ejidos. Sont autorisées, entre autres, la constitution de sociétés civiles et commerciales agricoles dans le cadre d’association des paysans à des capitaux privés, et la vente des terres, jusqu'alors inaliénables, à des communautés agraires.

Ces transformations sont mises en œuvre dans un contexte de désengagement de l’État dans l’économie, et d’insertion du Mexique dans les marchés internationaux, avec la signature de l’Accord de libre-échange Nord-Américain, l’ALENA. En périphérie des villes du pays, le changement légal devait stimuler les marchés fonciers, et permettre un développement urbain planifié. Dans les zones rurales, il promettait d’accroître la productivité et la compétitivité des producteurs agricoles, à présent indépendants de l’État, en les incitant à s’orienter vers des cultures d’exportation.

Mais dans l’ancienne région sisalière, le nouveau cadre légal n’a pas abouti à une reconversion productive des ejidos. Le caractère « improductif » des terres sert précisément de justification à leur acquisition par des entreprises sous le régime de la propriété privée, évitant ainsi les associations avec les communautés agraires.

Si le transfert de terres du régime ejidal vers le régime de propriété privée requiert l’accord préalable des communautés agraires, ce système repose grandement sur des mécanismes de dépossession, caractérisés par l’intimidation et la corruption, avec la complicité des fonctionnaires de l’État mexicain, qui assurent officieusement le rôle d’intermédiaires entre les membres des ejidos et les investisseurs.

En reconfigurant des modalités de pénétration du capital dans les espaces ruraux, les nouvelles politiques foncières constituent donc la première étape de la transition économique de la région. La terre occupe une nouvelle place dans l’économie de marché. Par conséquent, la structure foncière de la région de Mérida va profondément se transformer sous la pression croissante de l’urbanisation, de l’industrialisation, du développement de l’élevage intensif et du tourisme.


Urbanisation, élevage intensif et maquiladoras

La crise sociale, qui annonça et suivit la débâcle du sisal, intensifie l’exode rural. Les activités économiques se concentrent dorénavant dans la métropole régionale. Le secteur immobilier, à fort potentiel spéculatif, est très dynamique, et les nouveaux lotissements viennent étendre l’agglomération méridienne en grignotant progressivement les terres ejidales. Aujourd’hui, l’édification de nouveaux quartiers résidentiels concernent surtout le nord de l’agglomération, où s’établissent les classes aisées.

En parallèle, à partir de 1985, le Yucatan entreprend une première tentative d’industrialisation de la région, en prévision de la réduction, puis de l’arrêt de la production du sisal. L’État fédéré cherche à attirer les capitaux nationaux, mais aussi des investissements directs étrangers, ou IDE, sur le modèle de la « frontière Nord » du pays, essentiellement dans l’industrie du textile. Si au cours de cette période l’élevage industriel avicole et porcin s’est consolidé, cette tentative textile sera globalement un échec du point de vue des usines d’assemblage, les maquiladoras, puisqu’en quelques années, la moitié d’entre elles avaient déjà fermé.

Après une période de reflux, le projet d’industrialisation de la région occupe de nouveau une place centrale dans les politiques de développement économique. La stratégie actuelle repose sur une politique d’aménagement du territoire plus globale, qui vise à affirmer la région comme le principal pôle économique du Sud-Est mexicain. Le défi est de pérenniser un modèle économique dépendant des aléas économiques mondiaux, et surtout nord-américains, et fondé sur un avantage comparatif instable, notamment face à la concurrence asiatique et centraméricaine, où les salaires sont moins élevés.

Sa stabilité politique et sa position stratégique vis-à-vis des États-Unis – la traversée du Golfe du Mexique, de Progreso à Houston, dure environ deux jours – constituent les principaux atouts du Yucatan. D’importants investissements ont été réalisés pour renforcer son intégration nationale et internationale, dans les infrastructures routières et portuaires, à Progreso. Actuellement, les politiques publiques misent sur le développement du transport ferroviaire de marchandises, jusqu’alors marginal au Yucatan et plus largement au Mexique.

En favorisant les liaisons intermodales, ces opérations ont sensiblement amélioré l’accessibilité des municipes ruraux de la région, leur connexion au reste du pays, et leur intégration dans l’économie mondialisée. La stratégie est payante : ces dernières années de nombreuses usines d’assemblage se sont implantées dans l’État, en périphérie de Mérida, et dans les zones industrielles de l’ouest à Hunucmá et du sud-ouest à Umán. Contrairement à la précédente expérience, ces usines relèvent de différents secteurs : automobile, naval, technologique, énergétique, ou encore de l’ameublement. Dans le même temps, le développement de l’élevage industriel – surtout porcin –, destinée au marché national et international, notamment asiatique, se poursuit. Là aussi, l’implantation de ces activités économiques se fait au détriment des ejidos.

Le développement d’un tourisme d’enclaves haut de gamme

Le Yucatan est également très attractif pour le tourisme national et international, du fait de son riche patrimoine. Patrimoine culturel d’abord, matériel, avec ses villes coloniales, ses nombreuses haciendas des XVIIIe et XIXe siècles, et ses sites archéologiques précolombiens dont certains sont de véritables hauts-lieux touristiques, notamment Chichén Itzá ; mais aussi immatériel, avec le maintien de la langue maya et de certaines pratiques traditionnelles dans les zones rurales. Patrimoine naturel ensuite, avec ses plages, ses lagunes, et ses fameux gouffres naturels – les cenotes – dont nombre d’entre eux ont été aménagés afin de faciliter l’accès au public.

La mise en tourisme des espaces ruraux de l’ancienne zone sisalière tend néanmoins à former des enclaves touristiques haut de gamme proposant, sur un même site, hébergement, restauration et services, allant de l’hydrothérapie à des activités de découverte de l’agriculture traditionnelle et du folklore local. Cette offre se concentre principalement au sein des haciendas réaménagées, dans des écrins de forêt luxuriante, et qui, pour beaucoup, disposent de leurs cenotes privés. Autrement dit, ces projets créent certes des emplois locaux, mais ils ne constituent pas des leviers de développement pour les villages dans lesquels ils s’établissent.

L’économie yucatèque est ainsi face à un paradoxe. Elle capitalise sur la richesse écologique et culturelle associée à « l’identité maya », dont les symboles sont exposés dans des « vitrines » touristiques, tout en mettant en péril les conditions de reproduction de ces modes de vie et des paysages qu’ils façonnent.

Enclaves économiques, privatisation de l’espace, mitage des espaces forestiers et vulnérabilité croissante des eaux souterraines : les dynamiques territoriales en débat

Qu’il s’agisse de l’urbanisation, de la réindustrialisation ou de l’augmentation de l’offre touristique, les stratégies de développement contemporaines tendent donc à produire une fragmentation et une privatisation croissante de l’espace local. Des enclaves sociales et économiques se dessinent.

Outre les conséquences environnementales du mitage des espaces forestiers, et les risques d’inondation conséquents à l’artificialisation des sols, ces activités ont de graves répercussions sur la ressource en eau de la région. En particulier, à la fois du fait de la surexploitation de celle-ci et du déversement de substances polluantes par les activités industrielles et l’élevage porcin, sur un sol calcaire dont la haute perméabilité expose particulièrement les eaux souterraines aux polluants.

Or, le tourisme de la région repose en partie sur le fantasme d’une terre mystique et sauvage, dont la végétation abondante et l’eau cristalline des cenotes sont des symboles forts. La qualité des eaux souterraines est un élément fondamental de la pérennité du tourisme international, tandis que le Yucatan constitue la plus importante réserve d’eau souterraine du Mexique.

Cette situation génère des controverses croissantes entre les pouvoirs publics, les entreprises et les membres des ejidos, contraints de vendre leurs terres, tout comme les habitants des villages situés à proximité des sites industriels et agroindustriels.


Zooms d’étude

Zoom 1. Mérida : explosion démographique et urbaine, métropolisation et macrocéphalie régionale

Contrairement à la seconde ville de la Péninsule, la célèbre station balnéaire de Cancún créée dans les années 1970, Mérida a gardé ses airs de ville provinciale. Le quartier colonial du cœur historique de la ville a été maintenu dans un bon état de conservation, et le développement urbain s’est caractérisé par des bâtiments relativement bas, généralement composés d’un seul logement.

La ville a pourtant connu une croissance démographique et une urbanisation remarquable depuis les années 1970. Et dès les années 2000, elle atteint la ceinture périphérique pour progressivement absorber les villages environnants. Entre 1970 et 2020, la population a été multipliée par presque 4,5, passant de 212.000 à 921.700 habitants.

À l’échelle de l’agglomération, ce chiffre s’élève à 1,2 million d’habitants. Au total, plus de la moitié de la population yucatèque réside dans la métropole régionale. Mérida par son poids, son rôle fonctionnel et son influence écrase l’ensemble du réseau urbain régional à un point tel que l’on peut parler à l’échelle régionale d’un processus de macrocéphalie.

Cette expansion concerne toute la périphérie de la ville, tout en produisant des formes urbaines distinctes, donnant lieu à une situation de forte ségrégation sociale. Au sud-est de l’agglomération, la ville de Kanasín a connu une croissance exponentielle – passant de 5.200 habitants en 1980, à plus de 141.000 en 2020 – marquée par l’habitat populaire. À l’inverse, le nord se caractérise par la multiplication des « gated communities », c’est-à-dire des quartiers privés et sécurisés destinés aux classes aisées, délimités par une clôture et dont l’accès est restreint. Ce type d’urbanisation est particulièrement consommateur d’espace.


Mérida


Repères géographiques

Zoom 2. Caucel et Ciudad Caucel, un village face à une ville-dortoir, incarnation et paradoxes de l’urbanisation accélérée

Cette image est assez démonstrative des dynamiques spatiales récentes du village de Caucel et de sa périphérie. On constate un assemblage de formes urbaines très distinctes et socialement différenciées. Au centre, un bourg historique peu dense et marginalisé par les politiques publiques : peu d’équipements urbains, permanence de chemins en terre battue... Tout autour, des lotissements contemporains, aux terrains plus ou moins spacieux selon les secteurs.

Village de 1700 habitants en 1980 alors sous l’influence croissante de la métropole de Mérida, Caucel voit sa population augmenter partir des années 1990 pour atteindre 8823 habitants en 2020. La localité reste pourtant en marge de la planification urbaine qui, dès les années 2000, transforme le paysage du nord-ouest de l’agglomération méridienne.

En 2004, les terres agricoles localisées au sud du bourg font l’objet d’un programme de développement urbain à l’initiative du gouvernement de l’État. L’objectif était de créer des espaces résidentiels à proximité de Mérida, destinés aux classes populaires. Baptisé « Ciudad Caucel », c’est-à-dire « la Ville Caucel », par opposition au village, le nouveau complexe résidentiel compte plusieurs dizaines de milliers d’habitations de taille modeste. Contrairement au village, les lotissements bénéficient d’infrastructures urbaines, mais encore peu d’espaces publics. Ces nouveaux quartiers atteignent aujourd’hui la ceinture périphérique de Mérida, dont ils sont séparés par plusieurs zones industrielles. En 2020, 23 180 personnes résidaient à Ciudad Caucel.

Malgré l’ampleur de l’exode rural, ces lotissements restent largement inoccupés. Selon le dernier recensement réalisé en 2020 par l’Institution national de statistiques, INEGI, 61 000 logements de l’agglomération de Mérida sont vacants, soit presque 14 % du parcs d’habitations de l’aire urbaine, et 92 % d’entre eux se situent dans la périphérie de la capitale, dont à Ciudad Caucel. Pourtant, depuis les années 2010, les projets se multiplient, notamment au nord-est de Caucel. Contrairement aux lotissements populaires du sud, le nord-est se caractérise par des résidences fermées, qui intègrent davantage d’espaces « publics », tels que des parcs arborés, tout en limitant leur accès aux seuls résidents.

Cette situation met en lumière les contradictions de l’industrie immobilière yucatèque. En périphérie des nouveaux quartiers, des voies de circulation en construction laissent présager l’édification de nouvelles résidences et l’expansion continue de la métropole régionale. La poursuite d’investissements massifs dans ce secteur laisse craindre l’éclatement de cette « bulle immobilière ».


Caucel


Repères géographiques

Zoom 3. L’axe Mérida-Progreso : activités récréatives et sportives sélectives, résidences fermées et spéculation foncière

Au nord de Mérida, un grand axe rectiligne, bien visible sur l’image, relie la capitale au port de Progreso. La proximité du port a certes favorisé l’implantation de quelques entreprises spécialisées dans le transport routier. Mais les dynamiques qui façonnent actuellement cet espace relèvent plutôt de l’urbanisation résidentielle, ciblant les classes aisées.

Les terres situées de part et d’autre de cet axe sont particulièrement exposées à la spéculation immobilière. On observe clairement les voies de circulation en cours de construction, ou déjà construites, en vue de l’édification de lotissements résidentiels fermés haut de gamme, dont certains destinés au secteur touristique. La zone est en effet stratégique en raison de sa proximité des plages de Progreso, de la ville coloniale de Mérida, ainsi que du site archéologique de Dzibilchaltún.

Le développement des résidences fermées s’accompagne d’une spécialisation fonctionnelle croissante vers les activités récréatives et sportives sélectives, telles que la course automobile et les sports hippiques. Certaines résidences vont jusqu’à s’organiser autour d’espaces de socialisation et d’activités sportives exclusives, comme dans le cas des deux golfs et du club multisports. L’offre éducative s’adapte aux nouveaux arrivants, comme en témoigne la présence d’une école privée bilingue, située entre les deux golfs.

L’image rend compte des transformations paysagères engendrées par l’édification des ensembles résidentiels fermés. L’avancement du front d’urbanisation occasionne le mitage des espaces forestiers et l’incorporation massive de terres des ejidos au régime de propriété privée. Des enclaves sociales cerclent dorénavant les villages voisins, qui avaient bénéficié de la réforme agraire dans les années 1930.

Aux portes de Progreso, la zone industrielle rappelle l’autre conséquence territoriale de ces dynamiques : la construction de carrières, de cimenteries et de centrales d’enrobage pour satisfaire la demande en matériaux de construction. De même, l’inauguration en 2019 de la centrale solaire photovoltaïque « San Ignacio », et l’ouverture en 2020 d’un parc éolien, viennent répondre à la hausse des besoins énergétiques locaux. La multiplication des projets d’énergie renouvelable place l’État du Yucatan comme un acteur important de la transition énergétique nationale.


Axe Mérida-Progreso


Repères géographiques

Zoom 4. Progreso, premier port du Sud-Est mexicain : une pièce centrale de la réindustrialisation et du développement touristique du Yucatan

Avec une avancée de presque 6,5 km dans le Golfe du Mexique via une longue digue, le port en eau profonde de Progreso est particulièrement visible sur cette image. Il constitue une pièce maîtresse des infrastructures régionales, et un véritable atout pour le développement économique du Yucatan. Ouverture sur l’Amérique du Nord, mais aussi sur les marchés européen et asiatique, le port en eau profonde a une double fonction.

Avant tout port de marchandises, il permet l’exportation des produits industriels fabriqués ou assemblés au Yucatan par des entreprises nationales et internationales, ainsi que de la production agricole, comme la viande de porc et de volaille ou le miel. La pêche occupe également une part importante des exportations. Concentrées à l’ouest du port de Yucaltepén, les usines de transformation des produits de la pêche cohabitent avec les chantiers navals. L’industrie de la construction navale est destinée à se développer dans les années à venir.

Équipé d’un terminal de croisière, le port en eau profonde est donc également une infrastructure majeure pour le secteur touristique. La côte est en effet très prisée par les voisins nord-américains, dont certains y résident de façon temporaire, et d’autres, permanente. Tous les ans, dès le début de la période hivernale, les communes côtières enregistrent des flux de migrations saisonnières de Canadiens.

La ville de Progreso a été aménagée de manière à pouvoir accueillir et répondre aux attentes de ces visiteurs internationaux. Dans le centre-ville, le front de mer arbore une promenade aménagée sur un kilomètre. Dans la partie orientale du port de Yucaltepén, de nombreuses marinas se sont établies sur des concessions d'endigage. Elles associent port de plaisance et complexe résidentiel, tout en proposant des services dans le secteur du bien-être ou encore des loisirs nautiques.


Progresso


Repères géographiques

Zooms 5. Le front ouest/sud-ouest : fragmentation de l’espace et déploiement de l’économie d’enclave

Ces deux images couvrent la frange ouest/sud-ouest de la région. À l’instar du couloir nord de la métropole, cet espace est en cours de réorganisation, sous l’effet des dynamiques économiques contemporaines. Les processus mis en lumière par ces images se distinguent néanmoins de ceux observés sur l’axe Mérida-Progreso. Les villages de la frange ouest sont aujourd’hui particulièrement ciblés par les politiques de réindustrialisation de l’État. Les zones industrielles se multiplient, principalement à proximité d’Hunucmá et de Tetiz.

Localisée entre l’axe nord qui mène au port en eau profonde de Progreso et la route fédérale 180 vers Campeche, cette zone a l’avantage de bénéficier d’une excellente situation du point de vue du transport intermodal. Actuellement, le chemin de fer est en cours de réhabilitation et d’extension, notamment pour desservir ces nouveaux parcs industriels. Les pourparlers en cours concernant la création d’un nouvel aéroport, dont la l’implantation est pressentie à Umán ou Hunucmá, confirment la dynamique actuelle de reconquête du front ouest de l’ancienne région sisalière.

Sur les deux images, le faible part de terres cultivées met en évidence l’ampleur du déclin de l’agriculture. On observe également distinctement le processus de déforestation en cours au profit des parcs industriels, surtout au nord de Texán de Palomeque, ainsi que le déploiement périphérique des enclaves agroindustrielles.

Depuis la fin de la culture du sisal, deux processus ont transformé le paysage. D’abord, celui de la reconquête de la forêt sur les friches arbustives et sur les champs de sisal abandonnés. Ensuite, le mitage croissant de ces espaces par les activités industrielles, par l’élevage intensif, et par les complexes touristiques autour d’anciennes haciendas situées sur l’anneau de cenotes. Tel est le cas de l’emblématique Hôtel Chablé à Chocholá qui s’étend sur plus de 300 hectares, et qui dispose, entre autres, de plusieurs restaurants et bars, d’un centre d’hydrothérapie, ainsi que d’un terrain de golf.


Front Ouest


Repères géographiques


Front Sud-Ouest


Repères géographiques

D’autres ressources

Sur le site Géoimage du CNES

Carroué, L. (2019). « La frontière États-Unis-Mexique à Mexicali/Calexico : mur, villes-jumelles, maquiladoras, cartels et drogue », Geoimage, CNES/MENJS. URL : https://geoimage.cnes.fr/fr/la-frontiere-etats-unis-mexique-mexicalicalexico-mur-villes-jumelles-maquiladoras-cartels-et-drogue

Ressources cartographiques et statistiques



Geocomunes, outil de visualisation cartographique de la Péninsule du Yucatan. URL :  https://geocomunes.org/Visualizadores/PeninsulaYucatan/

INEGI, Institut national de statistiques et de géographie. URL : https://www.inegi.org.mx/

D’autres ressources (bibliographie, articles...)

•    Sur le Mexique

Bouquet, E. et Colin, J.-P. (2009). « L’État, l’ejido et les droits fonciers : ruptures et continuités du cadre institutionnel formel au Mexique », in Colin, J.-P., Le Meur, P. et Léonard, E. (Éds.). Les politiques d’enregistrement des droits fonciers : du cadre légal aux pratiques locales, Paris, Karthala, pp. 299-332.

Faret, L. (2006). « Le Mexique à la croisée des deux Amériques », Questions internationales, n°18, pp. 90-96. URL : https://hal-univ-paris.archives-ouvertes.fr/hal-01695087/document

Hoffmann, O. (1997). « L’ejido : Laboratoire des pratiques sociales et fondement de la ruralité contemporaine au Mexique », in Gastellu, J.-M. et Marchal, J.-Y. (Éds.). La ruralité dans les pays du Sud à la fin du vingtième siècle, Paris, Orsyom, pp. 401-416

Musset, A. (2017). Le Mexique, coll. « Que sais-je ? », Paris, Presse Universitaire de France, 4e édition.

•    Sur le Yucatan

Castilla Ramos, B., Torres Góngora, B. (2014). « L’industrie exportatrice et « l’autre frontière » mexicaine : Retour sur l’économie maquiladora du Yucatán », Problèmes d'Amérique latine, n° 94, pp. 25-48. URL : https://www.cairn.info/revue-problemes-d-amerique-latine-2014-3-page-25.htm?contenu=plan

Gravel, N. (2004). « Faire plus avec moins : comment survivre à la transition économique au Yucatán, Mexique (1982-2002) », Cahiers de Géographie du Québec, Vol 48, n° 134, pp. 155-172. URL : https://www.erudit.org/fr/revues/cgq/2004-v48-n134-cgq990/011679ar/

Heraud Piña, Marie-Anne (1995). « La plate-forme du Yucatan (Mexique) : un exemple de karst tropical péninsulaire », Karstologia, n°26, pp. 1-12. URL : https://www.persee.fr/doc/karst_0751-7688_1995_num_26_1_1123

Labrecque, M. (2005). Être Maya et travailler dans une maquiladora : Etat, identité, genre et génération au Yucatán, Québec, Les Presses de l’Université Laval.

Lapointe, M. (2006). Histoire du Yucatán, XIXe-XXe siècles, Paris, L’Harmattan.

Traduction

espagnol-small.png

[Accéder à la traduction de ce dossier en espagnol]

Contributrice

Kelly Redouté, doctorante en géographie, École des Hautes Études en Sciences Sociales, UMR 8504 Géographie-cités.

Published in: 
Cible/Demande de publication: