Biarritz : les mutations d’une station balnéaire et touristique atlantique et basque

Située dans le département des Pyrénées-Atlantiques, Biarritz est l’une des cinq communes de l’Agglomération Côte Basque – Adour. Peuplée de 125 000 habitants, cette association de communes concentre 40 % de la population du Pays Basque et 20 % de celle du département. Au cœur d’un espace en forte croissance démographique, essentiellement portée par un solde migratoire positif, Biarritz est la seule commune à perdre de la population, du fait en particulier de difficultés de logements et de prix immobiliers et fonciers très élevés. Haut-lieu du tourisme depuis le Second Empire, la cité basque s’appuie sur des activités liées à la mer, traditionnelles ou renouvelées, mais pas seulement. Elle est désormais un pôle de services supérieurs qui rayonne sur un bassin de vie de 250 000 à 300 000 personnes, avec un ancrage vers l’Espagne, au sein de l’Eurocité basque.
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Légende de l’image satellite

Biarritz, pression anthropique et mutations du littoral atlantique. Cette image a été prise par un satellite Pléiades le 03/03/2013. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m

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Présentation de l’image globale

Biarritz : les mutations d’une station balnéaire et touristique atlantique et basque

L’image présentée ici s’inscrit dans la partie terminale sud de la conurbation dite « BAB », Biarritz-Anglet-Bayonne. C’est en effet un espace fortement occupé, aménagé et valorisé par l’homme comme en témoigne la densité du bâti, que ce soit pour des constructions anciennes mais aussi récentes, bien que ces dernières se réduisent tant l’espace biarrot est saturé et artificialisé. Au total, l’Agglomération Côte Basque-Adour s’étend sur 80 km2 et présente une densité urbaine de 1.520 habitants/km2.

La compacité et la densité ne sont pas sans poser problème au niveau du développement durable, tant du point de vue de la préservation d’un espace littoral fragile que de la gestion des risques d’érosion et de submersion, ce qui n’avait pas forcément été anticipé…

Une autre dimension est concernée, liée à la hausse des prix du foncier : celle d’une sélection sociale qui va jusqu’à l’exclusion des catégories sociales les moins solvables. C’est la conséquence d’un développement urbain très littoralisé. On devine sur l’image une voirie urbaine classique mais deux axes apparaissent assez nettement : l’un en front de mer (boulevard des plages, de la mer), l’autre, la D260, le boulevard Bayonne-Anglet-Biarritz, véritable transversale de la conurbation. C’est entre ces deux axes que les densités sont les plus fortes.

Un développement touristique ancien

C’est en effet sous le Second Empire que Biarritz voit naître sa dimension touristique. Les conditions climatiques y sont agréables, tout comme le paysage avec une côte rocheuse ponctuée de falaises mais aussi de dunes de sable, ce qu’appréciait Victor Hugo, craignant dès 1843 « que l’endroit ne devienne à la mode » . Longtemps dynamisée par la pêche (notamment des baleines jusqu’au XVIIe siècle), Biarritz devient un espace balnéaire « médical » au XVIIIe siècle.

Les vertus curatives attirent la haute société, en particulier l’impératrice Eugénie (1826-1920) qui tombe amoureuse de ce paysage tourmenté, qui devient vite le lieu de résidence d’été de la famille impériale. Napoléon III (1808-1873) fait construire pour sa femme une villa qui porta son nom, devenue aujourd’hui l’Hôtel du Palais, nous y reviendrons. La présence des Bonaparte attire toute l’aristocratie de l’Europe - dont les souverains britanniques, espagnols mais aussi russes - qui se met à la mode des bains.

Dès lors, ce qui n’était qu’un simple village de pêcheurs devient un lieu de villégiature très fréquenté, notamment grâce à la construction du « train de plaisir » comparable à celui qui fit le succès de la station d’Arcachon. La ligne Paris-Bordeaux fut inaugurée en 1854, un an avant celle qui reliait Bordeaux à Bayonne. Il faut attendre 1863 pour assister à l’ouverture de la gare de Biarritz-La Négresse. Cet intérêt pour la cité basque se lit encore dans les aménagements construits alors : de grandes villas, au style basque ou plus exotique, des espaces dédiés aux bains, des promenades, des villas, des palaces, un casino… qui donnent aujourd’hui un parfum suranné et pittoresque à certains quartiers de la ville.

La fin du Second Empire ne sonna pas celle de Biarritz puisque la ville continua à attirer le gotha européen dont la famille royale britannique (avec la reine Victoria en 1889), qui en fit son lieu de villégiature privilégié. Le Boulevard du Prince de Galles, l’avenue de Londres ou plus encore l’avenue de la Reine Victoria en sont des marques encore visibles.

Désormais, même si un certain élitisme teinte encore le tourisme de la cité balnéaire, d’autres activités plus à la mode s’y développent, à l’instar du surf, dont Biarritz est devenue un des hauts-lieux. Elles se surimposent à une identité culturelle basque marquée et revendiquée, mais certainement moins cependant que dans la cité « rivale » de Bayonne. Autrefois limité à quelques mois, le tourisme est devenu une activité pérenne à Biarritz. D’un poids économique et social important, il génère cependant des effets pervers.

Désormais au secours d’une ville qui se dépeuple

Pôle touristique de premier plan, Biarritz - que le marketing urbain présente comme « la sixième ville européenne la plus romantique » - n’en perd pas moins de la population, atteignant aujourd’hui un peu plus de 25 000 habitants, avec une baisse de 15 % ces dix dernières années.

En cause, la flambée des prix du foncier et de l’immobilier qui font de la ville une cité de résidences secondaires (42 % des logements), excluant de fait les ménages et jeunes actifs qui cherchent à s’y installer. Dans la construction neuve, les prix d’achat peuvent atteindre les 6 000 € le m2, voire parfois 10 000 € dans les biens les plus valorisés. Même problème pour la location à l’année, où la situation apparaît trés « tendue ». Biarritz a ainsi perdu près de 700 résidences principales entre 2004 et 2014 alors que les villes voisines du BAB, elles, progressent.

Dans ce contexte, la municipalité, qui a du mal à satisfaire aux exigences de la loi SRU qui impose de disposer de 20 % de logements sociaux, a d’ailleurs relancé ses programmes de logements sociaux malgré la raréfaction des terrains disponibles. On peut en deviner les prémisses dans le quartier Kléber, dont les aménagements sont aujourd’hui terminés, et qui sont en cours de construction sur l’image (triangle avec engins, près du cimetière du Sabaou, à gauche de l’hippodrome).

La présence du tourisme  a un impact considérable avec plus de 100 millions d’euros de retombées, dont 10 millions d’euros annuels pour les hôtels, bénéficiaires du tourisme d’affaires. De nombreux espaces culturels ont été rénovés et des animations dynamisent la ville, à l’image du FIPA (Festival International des Programmes Audiovisuels) qui attire plus de 1.800 professionnels chaque hiver, ou du festival de danse « Le temps d’aimer » en septembre.

Mais au-delà de cette activité, Biarritz n’a pas vraiment su se diversifier sur d’autres secteurs, à la différence d’Anglet, par exemple. Celle-ci, au fort dynamisme démographique, accueille des filières d’excellence comme l’industrie aéronautique : une usine Dassault (avions militaires Rafale, jets civils Falcon), les moteurs Price Induction et un site de fabrication de matériaux composites. Elle est un exemple de l’insertion basco-landaise dans le pôle de compétitivité Aerospace Valley à l’échelle du grand Sud-Ouest.

Le surf, nouvel eldorado pour Biarritz

Comme dans d’autres stations balnéaires du littoral du Sud-Ouest, le surf est désormais intégré à tous les dispositifs de gestion territoriale. Il figure parmi les éléments à valoriser pour maintenir le développement touristique. Selon le GIP Littoral Aquitain, il aurait même permis de « réinventer les bains de mer ». Les surfeurs sont donc choyés au-delà de leur pratique, en tant que clients.

Biarritz veut en faire un outil de marketing touristique en se promouvant comme le berceau du surf en Europe. La municipalité cherche à valoriser la place du surf dans l’espace et les activités de la ville. Ce qui ne va pas sans quelques frictions… Les spots (espaces marins dédiés à la glisse) sont souvent des lieux où se cristallisent les conflits d’usage avec les baigneurs, d’où la nécessité d’arbitrages parfois complexes.

L’influence du surf y est telle qu’elle induit une transformation des paysages littoraux et maritimes (espaces réservés) et des atmosphères urbaines (une « culture surf »). Cette orientation peut aussi se lire dans la construction de la Cité de l’Océan et du surf ou encore dans l’organisation de manifestations sportives et festives autour du surf. Le surf est bel et bien en train de devenir un outil de promotion territoriale pour Biarritz.

Zooms d’étude   


L’étalement urbain autour du Golf de Biarritz

Un des plus anciens golfs de France

Situé à l’ouest de l’image, le zoom proposé offre la seule zone bénéficiant d’une telle étendue verte. Au centre, couvrant une superficie de 34 ha se trouve le prestigieux parcours de golf de Biarritz - Le Phare, en fait essentiellement situé sur la commune d’Anglet. Créé en 1888, il est devenu cent ans plus tard le Centre d’entraînement de Biarritz. Bien visible dans l’espace, la place du golf l’est tout autant dans l’économie avec des retombées importantes dans l’agglomération.

Le « Contrat destination golf » signé en partenariat avec l’État a d’ailleurs permis une très forte progression de la fréquentation grâce à l’implication conjointe d’acteurs variés comme des tours opérateurs, d’Air France, le Comité départemental du tourisme etc… Des infrastructures hôtelières sont d’ailleurs visibles sur l’image, près du golf mais aussi directement sur la plage du club de vacances Belambra, aisément repérable à son architecture et à ses aménagements (piscines, terrains de sport).

Forte pression urbaine et densification
 
Tout autour de lui, des constructions récentes accentuent l’étalement urbain de la ville avec un espace pavillonnaire très dense. Ces résidences ont d’ailleurs souvent été construites sur l’emplacement de villas anciennes, en gagnant en densité de bâti et en hauteur.

Dans l’angle nord-est de l’image, une autre emprise spatiale importante est consacrée au lycée André Malraux et à ses installations sportives. A ce propos, la plaine des sports d’Aguilera, qui se situe hors cadre, inscrit aussi dans le paysage une trouée verte importante.

Effets de l’érosion et fragilisation du trait de côte

Dans le prolongement du golf, en avançant vers l’Océan, se situe le phare de Biarritz. On le devine, seul, à l’extrémité de la pointe Saint Martin, jonction entre Anglet et Biarritz. Sous ces rochers, de profondes cavités ont été creusées par l’érosion, à l’image de la légendaire « chambre d’amour » et fragilisent la falaise. On distingue d’ailleurs sur l’image des blocs de pierre qui se sont effondrés sur la plage et laissés en l’état car ils protègent le pied de la falaise, en cassant la houle.

Ces plages sont pour beaucoup interdites.  Les propriétaires des demeures bâties sur la falaise, notamment la fille du Président V. Poutine, s’inquiètent de ces évolutions. Ce zoom s’achève au sud par la falaise Bernin et ses villas perchées à près de 50 m au-dessus de la plage, dont certaines se sont déjà effondrées en partie ou menacent de le faire (sous le coup d’un arrêt de péril).

La falaise, une des rares portions de littoral à ne pas appartenir à la mairie,  a d’ailleurs déjà été consolidée (parement en béton armé sur le pied de falaise, filets de protection sur les parois) au prix de chantiers colossaux, exigeants techniquement et financièrement,  et très controversés avec l’apparition de fortes tensions entre les propriétaires, l’État, les architectes des bâtiments de France et la mairie.


De l’Hôtel du Palais au Rocher de la Vierge, un espace qui évolue

Le deuxième zoom concerne la partie la plus emblématique de la ville, la grande plage de Biarritz. A l’ouest, directement sur la plage dite du Miramar, des aménagements touristiques contemporains confirment une pratique ancienne sur ce littoral, celle des bains. Des bâtisses individuelles mais aussi des complexes hôteliers ont profondément transformé la côte.

Le Casino et l’Hôtel du Palais, des héritages emblématiques renouvelés

En descendant vers le sud, on repère l’imposante silhouette du Casino, protégé des vents de nord-ouest. En suivant, située entre la plage et l’avenue de l’Impératrice, se trouve l’ancienne Villa Eugénie, reconvertie en hôtel de luxe au début du XXe siècle après un incendie. L’Hôtel du Palais est aujourd’hui un des douze palaces reconnus en France et considéré comme une « locomotive commerciale » par la municipalité.

Ce lieu prestigieux, dont l’extérieur vient d’être totalement réaménagé, accueille même des réunions prestigieuses (cf. été 2019 le sommet du G7). Vient ensuite le quai de la grande plage et ses jardins bien visibles, où des infrastructures hôtelières contemporaines à l’architecture contestée, débouchent sur la piscine municipale et le casino. Juste derrière se situe la mairie de la ville.

Un site d’exception : plages et promontoires rocheux

La plage sableuse, soumise à une importante érosion, s’achève et laisse la place à un épi rocheux très aménagé (résidences, commerces). La place Bellevue et les petits promontoires à proximité racontent l’histoire de ce quartier de la ville, charnière entre toutes ses vocations. Dans cette anse, se situe un petit port de pêche. En arrière, la place Eugénie jouxte l’église Sainte-Eugénie, à la forme en croix bien évidente sur l’image.

La côte se prolonge sur un promontoire qui abrite l’aquarium de Biarritz qui regarde vers l’esplanade de la Vierge, elle-même achevée par le célèbre Rocher, accessible par une passerelle Eiffel, aisément repérable sur l’image. Le littoral change subitement de paysage et s’ouvre sur la plage du Port-Vieux aux bâtiments balnéaires anciens. L’urbanisation dense de l’espace immédiatement à proximité s’appuie sur une concentration exceptionnelle d’hôtels, dont l’architecture « moderne » des années 1960-1970 tranche avec des constructions du XIXe siècle.

La voirie suit ensuite la perspective de la Côte des Basques, autre promontoire rocheux, aujourd’hui en cours de réaménagement. La piétonisation de la placette dite « du Canon », visible sur l’image (parking) s’accompagnera de la construction de gradins de pierre et d’aménagements paysagers (plantation de tamaris).

Aménagements, protection et Loi littorale

On le comprend, tout l’espace concerné par ce zoom est désormais au cœur de préoccupations liées au développement durable. C’est dans ce cadre qu’une attention particulière pour la protection du patrimoine s’affirme de plus en plus.

 En effet, créée en 1996, une Zone de Protection du Patrimoine Architectural et Paysager (ZPPAUP) cherche à éviter la disparition ou la dénaturation de bâtiments emblématiques de la ville. En application de la loi dite « Grenelle II », Biarritz a décidé de transformer sa ZPPAUP en Aire de mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine. Cette AVAP a pour objectif « la promotion du patrimoine bâti et des espaces en intégrant à l’approche patrimoniale et urbaine les objectifs du développement durable » (mairie de Biarritz).


La plage de la côte des Basques, un littoral protégé

Le troisième focus se situe à l’est de l’image, en direction de l’Espagne. Il s’agit d’un espace côtier très réputé, allant de la côte des Basques à celle dite de Marbella. Sur la partie gauche du zoom on distingue des contreforts de côte rocheuse où serpente une route rejoignant la partie haute de la ville.

Erosion littorale, plages, aménagements et pratique du surf

Sur la plage, on repère les tentes des écoles de surf, énième rappel de la dimension récréative de Biarritz. La voirie, dans la continuité, suit le boulevard du Prince-de-Galles qui verra sa circulation établie sur une voie en alternance et sera aménagé en promenade piétonne arborée. A proximité, une plage enherbée surélevée doit être construite.

Ces travaux d’aménagements suscitent des débats, notamment portés par les associations de surfeurs, très actives sur les réseaux sociaux, en particulier autour de la plage des Basques et de Marbella, où ils craignent la disparition de la plage et du spot de surf et dont ils estiment que ces aménagements de grande envergure dénaturent le front de mer.

Débat aussi sur la pertinence de travaux coûteux (plus de 20 millions €) face à l’érosion.  Les travaux d’enrochement sont en cours, bien visibles sur l’image (on voit même des engins), avec pour objectif la protection du front de mer et la limitation du recul du trait de côte, qui a été très fort lors des tempêtes de 2014. La résidence de vacances, dont on repère les 3 grands bâtiments et la piscine, est victime de ce recul. Les glissements de terrains s’y multiplient à la faveur des ruissellements de surface.

Ces tensions peuvent être lues comme un exemple de conflits d’usage puisque tous les acteurs concernés par l’aménagement de cet espace, en ont des représentations, des utilisations différentes et défendent donc des avis divergents.

Erosion, prévention des risques et aménagement durable

La mairie appuie lourdement ses choix sur les menaces qui pèsent sur la côte rocheuse, dont le recul est estimé au Pays Basque à 25 cm/an en moyenne. D’après les dernières projections du Bureau de Recherche Géologique et Minières, d’ici 2050, l’érosion aura « grignoté » en moyenne 27 m sur la côte rocheuse, voire 10 m de plus si on intègre le réchauffement climatique.

Et on estime que cette côte n’est pas la plus vulnérable au changement climatique en Aquitaine… La forte urbanisation, le bitumage des sols, visibles sur l’image, dans sa partie haute, expliquent en partie ce recul. L’érosion diluvienne (ruissellement des eaux de pluie) se surimpose à l’érosion marine (marée, houle), y compris sur des roches dures. Aujourd’hui, dans des zones parfois classées Natura 2000 et protégés par la loi littoral, il est souvent difficile d’agir.

Toutefois, la priorité est donnée comme ici à Biarritz aux zones agglomérées. Dans cette commune, des travaux ont d’ailleurs été entrepris dès le début des années 1990, on les devine sur la Côte des Basques, précédemment évoquée ou encore sous le phare, à la pointe Saint-Martin, où on surveille les cavités mais aussi évidemment sur la grande plage.

Références ou compléments bibliographiques

Publications :

Biarritz, le diamant impérial de la Côte basque, Eric Pincas, Historia n°76
Le Festin : « L’Aquitaine littorale », Hors Série n°11, juin 2010

Quelques sites :

Observatoire de la mer et du littoral

Conservatoire du littoral 

Contributeurs

Florent Boudet et Stéphane Tastet, professeurs au lycée Palissy d’Agen