25 Juillet 2019

Québec. La Grande - Baie James : un des plus grands complexes hydroélectriques au monde dans les hautes latitudes froides

Lancée en 1973 par Hydro-Québec, le projet La Grande Rivière-Baie James aboutit à la construction d’un des plus grands complexes hydroélectriques au monde. Il visait un double objectif géopolitique d’autonomisation du Québec face au Canada anglophone, de valorisation et d’intégration des marges boréales dans une logique pionnière. Malgré la démesure des espaces, la dictature des distances et de l’éloignement ou de sévères contraintes bioclimatiques, ces infrastructures ont profondément bouleversé la géographie locale, régionale et provinciale. Dépassant son statut d’îlot ponctuel spécialisé dans l’extraction hydroélectrique, la Baie James est devenue une nouvelle interface entre le cœur laurentien au sud et le Grand Nord arctique, fonctionnant comme un archipel d’isolats en milieu désertique. Pour autant, cette « conquête du Nord » demeure une projection des intérêts géopolitiques et géoéconomiques des grandes régions métropolitaines méridionales, de Montréal à la Mégalopolis de la Côte-Est, drainant à leur profit les richesses des périphéries de l’Hinterland.

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LĂ©gende de l'image

Cette image de la Baie-James dans  la région administrative du Nord-du-Québec, a été prise le 18 août 2018 par le satellite Sentinel 2A. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m.

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Présentation de l'image

La Baie James : la valorisation de l’ « or blanc »
du grand bouclier boréal par le Québec

Un milieu de hautes latitudes boréales froides et quasi-désertes aux fortes contraintes

Comme on peut le constater, toute la partie ouest de l’image est occupée par une côte très déchiquetée, ourlée de nombreuses baies, petits caps, promontoires et îles. Nous sommes là sur le littoral oriental de la Baie James, une très grande baie qui continue vers le sud l’immense Baie d’Hudson, qui se trouve dans le nord-est du Canada.

Le reste de l’image est constitué d’un très vaste plateau. Sa topographie relativement uniforme et peu accidentée est d’origine glaciaire comme l’indiquent l’usure et la forme des reliefs, l’orientation générale des cours d’eau est/ouest ou la présence de très nombreux lacs ou étangs lié au surcreusement glaciaire ou aux barrages morainiques. La végétation est assez clairsemée. A l’est se trouve une immense étendue d’eau, d’origine naturelle mais renforcée par d’importants systèmes de digues et de barrages : c’est le réservoir de LG2. Enfin, au centre de l’image coule d’est en ouest la Grande Rivière qui va se jeter dans la Baie James.  

Nous sommes ici déjà très au nord, dans les zones boréales du Québec au 53°40 de latitude nord. La région est un espace de pergélisol discontinu et sporadique. Elle est couverte par la forêt boréale - ou taïga - du bouclier canadien (sapins, épinettes, pins gris et mélèzes), mais qui est ici de qualité médiocre car déjà bien dégradée par le froid. On doit enfin noter l’importance toute particulière des tourbières qui couvrent environ 25 % des surfaces. La région est marquée par un climat continental froid subarctique. Les températures moyennes mensuelles de juillet (13,7°C) tombent beaucoup plus bas lors des mois d’hiver, en décembre (- 17°C), janvier (- 23°C), février (- 21,6°C) et mars (-14,6°C). Les hautes pressions froides arctiques peuvent en effet facilement descendre ici sans rencontrer le moindre obstacle, expliquant alors certains records de froids (- 44,6°C). La massivité de la masse continentale explique des volumes de précipitations assez moyens (765 mm/an), un tiers tombant sous forme de neige.  

Comme le montre l’image, nous sommes enfin ici dans un espace immense, particulièrement dilaté, qui est très largement un désert humain. Les seuls pôles d’habitat permanent sont à l’ouest le petit village de Chisasibi et à l’est celui de Radisson. Avec une population permanente de seulement 350 personnes, la localité de Radisson est construite ex nihilo lors de la première phase des travaux du complexe de La Grande ; située à 5 km de la centrale Robert Bourassa, elle sert de base aux dizaines de milliers de travailleurs participant aux chantiers.

Au total, la densité moyenne sur l’image est inférieure à 1 hab./ km2.  Selon l’indice de nordicité utilisé par les géographes et aménageurs canadiens, la région se situe dans le Moyen-Nord. A quelques dizaines de km plus au nord commence le territoire du Nunavik. Radisson se situe à mi-chemin entre Montréal au sud et le village inuit de Salluit, situé dans l’extrême nord arctique du Québec.

Un espace de haute latitude aux échelles emboitées

Cet espace est rattaché à la région administrative du Nord-du-Québec. Couvrant 718 300 km2, elle représente 55 % de la surface totale du Québec, mais n’est peuplée que de 45 400 habitants (5 % pop. totale du Québec), soit une densité très faible de 0,06 hab/km2. Les autochtones, Cris au sud ou Inuits au nord, représentent 60 % de la population totale résidente du Nord-du-Québec.  

Il est aussi couvert par l’ARBJ, l’Administration régionale de la Baie James. Créé en 2015, l’ARBJ est une instance de concertation entre les différentes collectivités locales, qui sont très éloignées les unes des autres du fait de l’éparpillement géographique du peuplement. Elle a pour territoire d’action la « Jamésie ». S’étendant entre les 49em et 55em parallèles nord et sur 640 km d’ouest en est, elle couvre 339 698 km2, soit 42 % de la région Nord-du-Québec, 22 % du territoire du Québec ou 61 % de la France métropolitaine. Peuplée de seulement 30 000 habitants, dont 50 % de Jamésiens et 50 % d’Amérindiens Cris, la région est globalement en déclin démographique et en voie de vieillissement après le boom consécutif aux grands travaux hydrauliques.

Front pionnier, tensions géopolitiques et revendications des peuples autochtones

A l’aval de la Grande Rivière, on distingue clairement sur l’image en rive gauche, la tâche constituée par le village de Chisasibi qui est peuplé d’Indiens autochtones Cris. Celui-ci se trouve à 37 km à l’aval de la centrale de La Grande 1 et à 80 km de l’aménagement Robert-Bourassa. Même si toute la région était quasi-désertique lors su lancement du projet, cet espace constituait traditionnellement les terres de pêche, de chasse et de trappe de cette communauté.

Dès 1972, elle s’oppose au lancement du projet, la centrale de La Grande 1 étant un des principaux points de discorde et de conflit. Son projet de construction en 1981 nécessita en effet le départ d’un millier de Cris de l’île de Fort George, qu’ils occupaient jusqu’ici, du fait de la fragilisation du site par les lâchers d’eau de la centrale. Ils furent reloger à Chisasibi, le nouveau village construit ex nihilo sur la rive gauche du fleuve à 8 km de l’ancien site littoral pour les accueillir population en toute sécurité.

Face à la montée des revendications autochtones amérindiennes, le Grand Conseil des Cris fut créé en 1974 sous le terme d’Eeyou Istchee afin de fédérer et représenter lors des négociations sur le projet de la Baie James l’ensemble de ces populations. L’Eeyou Istchee rassemble aujourd’hui en une seule entité neuf communautés et territoires spécifiques des quelques 18 000 Cris de l’Est, géographiquement très éparpillés sur des distances considérables.   

L’histoire politique locale et la construction progressive de ce très vaste complexe sont parsemées de conflits successifs qui reflètent les importants enjeux géopolitiques que représente la mise en valeur du Grand Nord à la fois pour les autorités du Québec et pour les populations locales autochtones. En 1975, la Convention de la Baie James, est signée par les Amérindiens, les Inuits, le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial du Québec en vue de définir les droits de chaque partie (délimitations des zones, compétence en matière de chasse, de pêche, de trappe, d’éducation, de services publics, d’exploitation des ressources naturelles).  

Mais les désaccords entre le Québec et les Autochtones Cris demeurent nombreux durant les décennies 1990/2000. Ils aboutissent, par exemple, en février 2002 à la signature d’une nouvelle entente – la « paix des Braves » - qui concrétise l’établissement d’une nouvelle relation et prévoit une plus grande prise en charge, par les Cris, de leur développement économique et communautaire. Cette entente est particulièrement importante dans la mesure où elle ouvre la voie à l’aménagement au sud du complexe de La Grande des centrales d’Eastmain-1 et d’Eastmain-1-A avec dérivation partielle de la rivière Rupert qui complète (hors image) le complexe Robert-Bourassa.

La « municipalité » d’Eeyou Istchee Baie James, une des plus vastes du monde

Administrativement, le territoire de l’image - en particulier les principales installations du complexe hydroélectrique de La Grande au centre - appartient à la municipalité d’Eeyou Istchee Baie-James. La première municipalité de la Baie James est fondée à l’été 1971 afin de créer un cadre administratif de gestion au territoire ciblé par le projet; en même temps donc que la SDBJ (Société de Développement de la Baie James) et la SEBJ (Société d’Energie de la Baie James), une filiale d’Hydro-Québec. Mais depuis les années 1970, son statut et sa structure ont beaucoup évolué du fait de la reconnaissance des intérêts autochtones pour aboutir à un système politique et institutionnel local en tout point spécifique.

En décembre 2013, la municipalité de la Baie James est transformée en « Gouvernement régional d’Eeyou Istchee Baie-James ». Cette nouvelle collectivité territoriale est une exception, puisque c’est la seule constituée en « gouvernement régional » au Québec. Elle exerce les compétences à la fois d’une municipalité locale, d’une municipalité régionale de comté (MRC) et d’une conférence régionale des élus. Son conseil de 22 sièges est partagé à égalité entre 11 Cris de l’Eeyou Istchee et 11 Jamésiens des villes et localités de la Jamésie, qui gèrent donc cet espace conjointement de manière paritaire. Cette collectivité territoriale couvre une énorme superficie de 224 700 km2, ce qui en fait une des collectivités locales les plus étendues au monde (41 % de la France métropolitaine).

Chisasibi : l’organisation territoriale et spatiale d’une communauté autochtone

Dans ce cadre, Chisasibi est bien visible sur l’image, puisqu’elle se trouve en rive gauche de la Grande Rivière presque à l’embouchure de celle-ci dans la Baie James. Chisasibi désigne à la fois une Première nation crie du Québec, dont une communauté humaine, un village cri, où elle habite principalement (2 300 personnes), et enfin une terre réservée de 776 km2 autour de celui-ci.

Les accords entre les communautés autochtones et les autorités débouchent sur une organisation de l’espace très spécifique. Ainsi, l’espace couvert par l’image est partagé entre trois grandes catégories de terres aux statuts juridiques et fonciers différenciés.

En particulier, les territoires dits « conventionnés », suites aux ententes et conventions signées, compte deux catégories d’espace. Les terres dites de catégorie I sont des terres réservées couvrant 776 km2. Les populations autochtones y possèdent l’ensemble des droits et ces terres sont sous juridiction fédérale d’Ottawa, car nous sommes au Canada dans un Etat fédéral. Elles s’étendent en rive gauche de la Grande Rivière sur une bande d’environ 50 km de long et 20 km de large à partir du fleuve.

Les terres de catégories II sont elles sous juridiction provinciale, donc du Québec. Sur celles-ci, la communauté Cris se voit reconnaître un droit exclusif de chasse, de pêche et de piégeage.  Géographiquement, elles s’étendent pour partie en rive gauche, mais surtout en rive droite de la Grande Rivière sur un espace beaucoup plus important de 110 km ouest/est sur 140 km nord /sud.

La rivière La Grande et son bassin hydrographique : un atout naturel profondément transformé par les grands aménagements

Comme le montre l’image, la rivière La Grande et son bassin hydrographique sert de colonne vertébrale à l’ensemble de la région ; au nord ce trouve le bassin de la Grande Rivière de la Baleine qui rejoint la Baie d’Hudson à Kuujjuarapik et au sud le bassin de la rivière Eastmaon. De par sa position géographique et l’organisation topographique et géologique (socle et moraine de couverture…) de son bassin, elle présente un atout exceptionnel. Longue de 893 km, la Grande Rivière prend en effet sa source bien plus à l’est (hors image) sur le Plateau laurentien à plus de 500 m. d’altitude. Son débit annuel est de 1 700 m3 /s. pour un bassin versant naturel de 97 640 km2, ce qui en faisait le 4em cours d’eau du Québec. De plus, s’étendant au nord du 53e degré latitude nord, ces vastes immensités intérieures sont pratiquement inhabitées, les populations autochtones se concentrant ponctuellement comme nous l’avons vu dans la région sur le littoral plus accueillant de la Baie James.

Tout l’objectif des grands aménagements réalisés depuis les années 1980 est de décupler le potentiel hydrographique de La Grande afin de produire de l’hydroélectricité. De gigantesques travaux de génie civil vont donc transformer les écoulements naturels afin de faire basculer les eaux vers le grand axe central. Au nord-est, les eaux du bassin supérieur de la Caniapiscau et de la Grande Rivière de la Baleine sont dérivées vers le sud par le détournement Laforge. Alors qu’au sud-est une large partie des eaux des bassins de la Sakami, de l’Opinaca, de l’Eastmain et de la Rupert sont captées pour alimenter le réservoir Robert Bourassa. Au total, le bassin d’alimentation de la Grande va doubler en surface en passant de 97 640 km2 à 200 000 km2, une surface équivalente à 36 % de la France métropolitaine. Ces opérations parviennent à doubler son débit annuel à l’embouchure pour le monter à 3 300m3/s, contre 1 700 m3 à l’état naturel avant travaux.

La construction par Hydro-Québec d’un des plus importants complexes énergétiques au monde

Comme le montre l’image, trois centrales hydroélectriques sont visibles sur l’image. A l’amont, La Grande 1 est une centrale au fil de l’eau. A l’aval, les centrales de la Grande 2-A et Robert-Bourassa sont deux centrales souterraines cumulant 22 turbines et exploitant deux chutes d’eau de 136 m de hauteur. Elles sont alimentées par un immense réservoir qui porte le nom de l’ancien Première ministre du Québec et « Père de la Baie James » Robert-Bourassa. Entrée en service en 1981, ce complexe est aujourd’hui par sa puissance installée au 6em rang mondial des grands barrages, derrière le Barrage des Trois Gorges (Chine), d’Itaipu (Brésil/Paraguay), de Xiluodu (Chine), de Guri (Venezuela) et de Tucurui (Brésil).  

Couvrant 2 835 km2, une superficie supérieure à celle du Luxembourg, c’est le second plus grand réservoir du Québec. Long de 121 km, il dispose d’un potentiel de stockage de 19 636 millions de m3 grâce en particulier à un barrage en enrochement de 2,8 km de long et de 163 m. de haut doté d’un immense évacuateur de crue, qui est souvent pris en photo pour témoigner de la démesure des travaux réalisés.
 
Lancé en 1973 pour sa conception, le complexe de La Grande va être construit en deux tranches. La Phase 1 de 1973 à 1985 édifie La Grande 2, la Grande 3 et la Grande 4. La Phase 2, qui se déploie entre 1897 à 1996 édifie La Grande 1, la Grande 2A, Laforge 1, Laforge 2 et Brisay. Ces immenses travaux vont mobiliser plus de 20 milliards de dollars canadiens. Ils vont nécessiter la construction de six aéroports, sept villages et 2 100 km de routes carrossables afin de désenclaver ces espaces lointains et isolés. Ces chantiers vont mobiliser plus de 18 000 salariés à leur maximum pour la réalisation en particulier de 304 ouvrages de retenue (digues et barrages) aboutissant à la production de 286,6 millions m3 de déblais et remblais.

Au total, la Baie James – la Grande est aujourd’hui un des plus grands complexes hydroélectriques au monde. Ces huit centrales hydroélectriques disposent d’une puissance installée de 15 240 MW produisant 78,3 milliards de kWh par an. Il fournit plus de la moitié de l’électricité produite par Hydro-Québec.

Au sud du réservoir Robert-Bourassa à partie du lac Yasinski se déploie un important axe routier bien visible sur l’image, c’est la Transtaïga. Longue de 700 km, elle s’enfonce vers l’est dans l’intérieur des terres jusqu’aux limites du Labrador pour desservir un chapelet de grands pôles énergétiques complémentaires au complexe La Grande/Robert-Bourassa. Chacun d’eux couple un barrage-réservoir à une centrale.  A 130 km se trouve La Grande 3 avec un réservoir de 2 420 km2, à 320 km La Grande 4 avec un réservoir de 765 km2, à 490 km La Forge 1, à 520 km La Forge 2, à 600 km la centrale de Brisay et à 661 km le réservoir de Caniapiscau.

Hydro-Québec et la Grande : un projet géopolitique et géoéconomique de 1er ordre

Fondée en 1944, la société publique Hydro-Québec devient l’unique producteur et distributeur d’électricité au Québec lors de la nationalisation de 1963 (cf. « maître chez nous »).  Elle est à la fois un des grands symboles et un des principaux leviers économiques et financiers de la lutte que mena le Québec au sein de la Fédération canadienne pour voir reconnu ses spécificités et ses droits à l’autonomie à partir de la Révolution tranquille. Aujourd’hui, avec 20 000 salariés, elle gère 63 centrales hydroélectriques qui fournissent 96,6 % de sa production énergétique avec une puissance installée de 37 310 MW.

L’électricité représente à elle seule 37 % du total de l’énergie consommée au Québec. Malgré l’immensité du territoire, Hydro-Québec a l’obligation de desservir l’ensemble de la province avec des tarifs électriques uniformes qui sont parmi les plus bas d’Amérique du Nord. Le prix de l’électricité est en effet 43 % plus cher à Vancouver, 99 % à Toronto et quatre fois plus chers à New York et Boston.  Disposant de vastes surplus, Hydro-Québec exporte très largement sa production électrique vers ses voisins canadiens (Ontario : 19 %, Nouveau-Brunswick : 7 %) et, surtout, vers la Côte-Est des Etats-Unis (Nouvelle Angleterre : 47 %, dont Massachussetts et Maine, et New York : 24 %) grâce à un réseau de transport de très haute tension de 34 361 km de long. La société vante aujourd’hui son modèle d’énergie propre, non carbonée et renouvelable pour faire sa promotion.

A l’échelle régionale, la Société de développement de la baie James (SDBJ), dont le siège est à Matagami, a été créée en 1971 lors de la Loi sur le développement de la Baie James. Elle a pour mission de favoriser le développement économique, la mise en valeur et l’exploitation des ressources naturelles autres que l’hydroélectricité gérée par Hydro-Québec. Au delà des 2 000 emplois dans l’exploitation forestière, la région voit se développer un certain nombre de projets miniers. Quatre mines sont en exploitation (or, zinc, cuivre) et des nouveaux projets sont à l’étude (lithium, diamants, fer-titane-vanadium).

Une marge pionnière boréale confrontée à la dictature des distances

Les chantiers de la Baie James se sont traduits par une dilatation historiquement inédite de l’espace productif québécois vers le Grand Nord et une intégration progressive de cette marge jusqu’ici sous-intégrées. Pour autant ce territoire pionnier est toujours soumis à la dictature des distances.

Vu du sud, c’est-à-dire de Montréal qui se trouve à 1 400 km par la route, il apparaît très trés lointain. Le lancement en juin 1971 du projet de la centrale de La Grande 2 n’a été rendu possible que par la construction entre 1971 et 1974 de 630 km d’une nouvelle route carrossable entre Radisson et Matagami, une petite ville minière elle même déjà marginale, où se trouve le km0 de la mythique route de la Baie James. Lors de la première phase de la construction de 1973 à 1985, celle-ci va permettre d’acheminer plus de deux millions de tonnes de matériels. Avec la fin des grands travaux, le trafic se normalise très rapidement. Mais ces vingt dernières années, le volume de la circulation a plus que doublé et ne va cesser de croître avec les nouveaux projets miniers.

De même, le projet de la Baie James n’aurait jamais pu voir le jour sans une innovation majeure développés par les laboratoires d’Hydro-Québec : l’inauguration en 1965 de la première ligne électrique à très haute tension qui permet de transporter l’électricité sur de très longue distance sans perte majeure d’énergie durant le trajet. Cette innovation a bouleversé le développement énergétique du Québec en rentabilisant l’exploitation de ses formidables ressources hydrauliques. Aujourd’hui, Hydro-Québec dispose de 6 lignes à très haute tension longues de 7 400 km reliant ses centres de productions septentrionaux au Québec utile du bassin du St Laurent, à l’Ontario et aux Etats-Unis. Sur l’image, on distingue assez bien celles-ci par les couloirs de déboisement que leur installation et fonctionnement supposent.

Une nouvelle interface multimodale entre le Sud-Québec et le Grand Nord arctique

En quelques décennies, cette opération de mise en valeur, d’aménagement et d’industrialisation a profondément bouleversé les équilibres régionaux et le fonctionnement des territoires québéquois. Aujourd’hui, l’espace de la Baie James est devenu une nouvelle interface multimodale entre le Québec laurentien et le Grand Nord arctique, vers lequel n’existe aucune route terrestre carrossable au delà de Ratisson.
 
La route de la Baie-James assume ainsi un rôle intermodal important. Les transporteurs acheminent les marchandises à destination du Grand Nord québécois par voie routière jusqu’à La Grande-Rivière. De son aéroport, elles sont ensuite distribuées par avion-cargo dans tous les isolats du Grand Nord.

L’aéroport de La Grande-Rivière est donc un point de raccordement important à la fois pour le trafic de passagers et le trafic marchandises à destination des communautés inuites de la côte de la Baie d’Hudson et de la Terre de Baffin. On compte quelques 8 000 mouvements d’avions par an, 60 000 passagers et 7 500 t. de fret aérien. Il est utilisé principalement par deux compagnies, Air Inuit et Hydro-Québec (45 %). Cette dernière y monte en avion ses salariés qui travaillent par rotation plusieurs jours durant dans le complexe de Baie James La Grande avant de redescendre retrouver leurs familles.
 

Documents complémentaires

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Contributeur

Laurent Caroué, Inspecteur général de l’Education nationale

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