Algérie - Tamanrasset et le massif du Hoggar : un des grands massifs montagneux du Sahara

Plus grand désert du monde, le Sahara est peuplé d’environ 8 millions d’habitants et sa densité de population est en moyenne d’un habitant au kilomètre carré. La population de cet immense désert vit de plus en plus dans des villes qui sont elles-mêmes de plus en plus importantes. En dehors des deux grandes métropoles méridionales que sont Nouakchott en Mauritanie à l’ouest et Khartoum au Soudan à l’est, les principales agglomérations se trouvent sur la bordure septentrionale du désert, tout particulièrement en Algérie. L’une de ces villes, pourtant, est située au sud du pays, en plein cœur du Sahara à seulement 300 km de la frontière avec le Niger au sud-est. Il s’agit de Tamanrasset, au pied du massif du Hoggar, peuplée en 2020 de plus de 150 000 habitants.

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Légende de l'image

Cette image de Tamanrasset, capitale des Touaregs située dans le Sud de l'Algérie, a été prise 14 mars 2020 par le satellite Sentinel 2B. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m. 

L'image ci-contre présente quelques repères geographiques.

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Présentation de l'image globale

Le massif du Hoggar et Tamanrasset

Dans le sud algérien, le massif du Hoggar est l’un des deux massifs montagneux les plus importants du Sahara, avec le Tibesti au nord du Tchad. Considéré dans son ensemble, le Hoggar est constitué d’un massif cristallin central soulevé par le volcanisme à la fin du tertiaire et jusqu’au néolithique. Ce « massif central » du Hoggar, qui s’appelle Atakor en tamachek, la langue des Touaregs, ou Koudia, en arabe, culmine à presque  3000 mètres (Tahat, 2908 m). Il est prolongé au nord par le petit massif cristallin de la Tefedest qui culmine à 2327 m à la Garet El Djenoun.

Ce massif central du Hoggar est entouré par une sorte de large dépression circulaire de faible altitude, elle-même bordée par une couronne discontinue de massifs gréseux basculés vers l’extérieur - les tassilis - qui constitue l’enceinte périphérique de ce vaste système montagneux. Vers l’est, le plus connu de ces massifs est le Tassili N’Ajjer au pied duquel se trouve l’oasis de Djanet.

Au sud du massif de l’Atakor, la ville de Tamanrasset est la véritable capitale du Hoggar. Elle constitue une porte d’accès pour les touristes qui ont été nombreux dans la région jusqu’à l’effondrement de cette activité au début des années 2010.

Le Hoggar, une montagne refuge au cœur du pays touareg

Le Sahara n’a pas toujours été un désert, ainsi que l’attestent les très nombreuses représentations pariétales qui ont été découvertes dans différents massifs, comme le Tassili N’Ajjer et la Tefedest. Ces représentations illustrent la vie pastorale des peuples qui habitaient le Sahara avant que celui-ci ne devienne le désert actuel dans le courant du dernier millénaire avant J.-C. L’aridification a alors contraint ces peuples à se déplacer vers les bordures septentrionale et méridionale du désert et vers vallée du Nil, ou alors à se replier vers quelques massifs montagneux où l’eau était suffisamment abondante pour pouvoir y subsister. Le Hoggar a été l’une de ces montagnes, servant de refuge pour les populations nomades qui s’y sont implantées et sont à l’origine des Touaregs.

Le Hoggar se trouve au cœur du pays touareg. Sa partie centrale - massif de l’Atakor et contrées environnantes - est le territoire de la confédération des Kel Ahaggar. Différente de celle du Tassili N’Ajjer, elle est structurée autour d’une tribu noble  - les Kel Rela - et de tribus vassales - Dag Rali, Adjouh N’Tehele… - qui lui sont redevables et lui payaient jadis un impôt. Le chef des Kel Ahaggar est l’amenokal, issu de la tribu noble des Kel Rela. Son rôle n’est plus officiellement reconnu par l’Etat algérien mais sa fonction politique et sociale perdure pour les Touaregs du Hoggar.

L’origine historique de ces Touaregs est incertaine. La première mention du pays (sous le nom de « Haccar ») est due à Ibn Battuta, lors de son voyage de retour de l’empire du Mali au XIVe siècle. Dans leur tradition orale, les Touaregs du Hoggar évoquent l’arrivée du Maroc, vers le milieu du premier millénaire, de deux femmes berbères qu’ils considèrent comme leurs ancêtres. L’une était noble et s’appelait Tin Hinan ; l’autre était sa servante et s’appelait Takama. Ces deux femmes se seraient installées dans la région d’Abalessa, sur la bordure occidentale de l’Atakor. La découverte en 1925 d’une tombe du IVe siècle à Abalessa, dans laquelle se trouvait un squelette de femme et des bijoux, a donné une substance historique à cette légende.

L’Atakor, massif central du Hoggar

L’Atakor, cœur montagneux du Hoggar, se distingue clairement sur l’image par l’imposante zone de couleur ocre et noire qui occupe toute la moitié nord et est. Ce massif, qui culmine à 2.908 mètres au Tahat, le point culminant de l’Algérie, est constitué sur le plan géologique par un socle granitique précambrien qui correspond à la couleur ocre de la photographie. Sur le terrain, ce socle est visible jusqu’à plus de 2.000 mètres d’altitude.

Dans la partie la plus élevée du massif, qui correspond à la zone noire dans le coin nord-est de l’image, il est surmonté par des édifices volcaniques constitués entre la fin du tertiaire (miocène) et le Néolithique, qui ont soulevé le socle et donnent au massif ses paysages très spécifiques. Ceux-ci sont constitués par de vastes épanchements basaltiques, par d’imposants massifs tabulaires formés de trachyte, comme l’Akar Akar de 2.111 m, et de pitons phonolitiques dans la partie la plus élevée du massif comme l’Ilamane à 2.739 m et les Tizouyag à 2 .702 m. Ces derniers sont des necks qui correspondent aux cheminées volcaniques dans lesquelles les laves visqueuses se sont solidifiées avant de pouvoir être expulsées du volcan et qui ont été ensuite dégagées par l’érosion, intense dans ce massif comme partout au Sahara.

Le substrat granitique affleurant en altitude explique l’existence de plusieurs gueltas – ou points d’eau permanents – dans l’Atakor. Les deux gueltas les plus connues sont celle d’Afilale, à un peu plus de 2.000 mètres d’altitude à proximité de la piste qui relie Tamanrasset à l’Assekrem, et celle d’Issakarassene sur le versant nord du massif. Toutes deux se caractérisent par une abondante végétation faite de joncs, de lauriers roses et de palmiers sauvages.
 
L’altitude importante d’une grande partie du massif, à plus de 2.000 mètres d’altitude, explique les basses températures qui peuvent être atteintes en hiver. Une température de - 19°C a par exemple été mesurée le 4 mars 2004 sur le plateau de l’Assekrem, à 2.730 mètres d’altitude. La pluviométrie moyenne y est de 120 millimètres par an – contre seulement 55 mm à Tamanrasset à 1.400 m – mais elle peut être beaucoup plus importante : 380 mm en 2005 et 320 mm en 2015. Le givre et même la neige n’y sont pas rares.

Une organisation topographique originale en gradins

L’organisation topographique générale de l’Atakor est remarquable. De forme concentrique, en s’étendant d’une centaine de kilomètres d’un bord à l’autre, ce massif présente une succession de gradins qui mènent progressivement le voyageur parti de Tamanrasset jusqu’au toit de l’Atakor où se trouvent concentrés les sommets les plus élevés et les pitons volcaniques les plus spectaculaires.

Le niveau de base de cet ensemble topographique se trouve à une altitude de 1.400 mètres, celle de Tamanrasset. Puis les gradins suivants, recouverts par de larges coulées de basalte, sont approximativement à 1.700 et 2.000 mètres. Le niveau de base du massif sommital, d’où émergent les principaux massifs et pitons volcaniques, se trouve lui à 2.400 mètres environ.

Parmi les sommets qui marquent le faîte du massif se trouve l’Assekrem et c’est tout particulièrement cette montagne qui fait de l’Atakor – et plus largement du Hoggar – la région la plus connue et la plus attractive du Sahara sur le plan touristique. L’Assekrem, à 2.726 m, est en effet devenu un véritable haut lieu en raison de la vue somptueuse qu’il offre sur les sommets environnants et de l’ermitage qu’y construisit Charles de Foucauld en 1911 et où vivent en permanence quelques religieux depuis le début des années 1950.

Le tourisme international au défi de l’insécurité  

Cette structure montagneuse exceptionnelle en plein Sahara a permis durant des décennies le développement d’un important tourisme national et international dont l’impact économique et social régional et local a été important pour la population locale.  Ce tourisme s’est organisé à la fin des années 1970 et ses premiers promoteurs en ont été Jean-Louis et Odette Bernezat avec leur agence Hommes et montagnes.

Cette activité s’est peu à peu développée pendant les années 1980 mais le début de la guerre civile algérienne – surnommée la « décennie noire » – y a mis un terme à partir de 1993. La baisse d’intensité des violences a permis un redémarrage au début du XXIe siècle et le tourisme a connu une belle croissance dans tout le massif du Hoggar pendant la dizaine d’années qui a séparé la fin de la Décennie noire de la montée en puissance du terrorisme islamiste au début des années 2010.

Durant cette période, l’aéroport de Tamanrasset était desservi par trois ou quatre vols directs depuis Paris le samedi et la ville a compté jusqu’à 140 agences de tourisme. A l’Assekrem, site le plus fréquenté par les touristes, tant algériens qu’étrangers, on a pu compter entre 12 000 et 15 000 visiteurs par an. En raison de l’arrivée des vols le samedi à l’aéroport de Tamanrasset, les groupes (4x4 ou randonnées chamelières) se trouvaient concentrés à l’Assekrem sur un ou deux jours et jusqu’à 11 caravanes de chameaux pouvaient s’y trouver dans une même journée.

Cette activité, qui avait généré des emplois pour les Touaregs (guides, chameliers, cuisiniers, chauffeurs), a disparu à la fin de l’année 2010 en raison de l’intensification des attaques et des enlèvements d’étrangers par des groupes djihadistes liés à Al-Qaida au Maghreb islamique ? Notamment l’enlèvement de sept employés d’Areva à Arlit, au Niger, le 16 septembre 2010 – libérés le 29 octobre 2013 – et celui de deux jeunes Français à Niamey le 7 janvier 2011, tués le lendemain dans une embuscade à la frontière avec le Mali.

Le déplacement progressif du risque djihadiste vers le Sahel a amené le Ministère français des affaires étrangères à modifier sa carte de conseils aux voyageurs pour l’Algérie en août 2018. Le massif de l’Atakor est alors passé de la couleur rouge à la couleur orange, rendant possible une lente reprise du tourisme…

Tamanrasset, la capitale du Hoggar, n’est que peu visible sur l’image globale ; elle se situe sur la droite de la tâche de couleur jaune qui se trouve au centre, approximativement au premier tiers en partant du bas. Dans la zone de couleur légèrement grisée qui est celle de la tache urbaine, on peut distinguer le tracé de l’oued Tamanrasset qui traverse la ville. Par contre, une image zoom plus détaillée permet de mieux en analyser la localisation et l’organisation.



Zoom d'étude

Les images ci-dessous représentent deux niveaux de zooms de l'image globale


Région de Tamanrasset

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Agglomération de Tamanrasset

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L’agglomération de Tamanrasset :
le plus grand centre urbain actuel du sud algérien

Tamanrasset : une ville à l’histoire singulière au milieu du Sahara

Tamanrasset, la capitale du Hoggar n’est que peu visible sur l’image globale ; elle se situe sur la droite de la tâche de couleur jaune qui se trouve au centre, approximativement au premier tiers en partant du bas. Dans la zone de couleur légèrement grisée qui est celle de la tache urbaine, on peut distinguer le tracé de l’oued Tamanrasset qui traverse la ville. Celui-ci prend sa source sur le versant sud de l’Assekrem et il peut couler temporairement en période de forte pluie sur le massif, comme cela a été par exemple le cas à la fin du mois d’août 2018.

L’histoire nous apprend que Tamanrasset n’était qu’un village d’une vingtaine d’habitations, habitée par quelques familles de harratins, serviteurs noirs des Touaregs, lorsque Charles de Foucauld, militaire français devenu explorateur au Maroc puis ermite au Sahara, vint s’y installer en 1905. En 1883-1884, il avait exploré le sud marocain, alors interdit d’accès aux Européens, en compagnie du rabbin Mardochée Aby Serour. Il s’installa à Tamanrasset avec le concours du général Laperrine qui avait été le fondateur des compagnies sahariennes en 1902, dont l’objectif était de réorganiser administrativement et militairement les nouveaux territoires du sud. A Tamanrasset, Foucauld se lia avec l’amenokal des Touaregs Kel Ahaggar, Moussa Ag Amastan.

L’étroite maison qu’il construisit à Tamanrasset en 1910, dénommée « la Frégate », existe toujours et elle est aujourd’hui la plus ancienne de Tamanrasset. Charles de Foucauld fut assassiné le 1er décembre 1916 devant la porte du fortin qu’il avait construit pour servir d’abri à la population du village. Ce fortin, appelé « bordj », dans le centre-ville de la Tamanrasset contemporaine, est devenu un monument à statut patrimonial. Cet assassinat, perpétré par des Touaregs dissidents venus du Tassili n’Ajjer, sous la direction de Kaoussen, originaire de l’Aïr, s’inscrivait dans un vaste mouvement de révolte contre l’occupation française qui embrasa tout le Sahara central en profitant de l’affaiblissement relatif de la présence française dans le contexte de la Première guerre mondiale. Ce djihad, instrumentalisé par les Ottomans, avait trouvé ses racines dans la confrérie de la Senoussiya en Libye. Le général Laperrine, rappelé du front de l’Est pour organiser la lutte contre les groupes rebelles, mettra fin au djihad en 1919.

Après l’assassinat du Père de Foucauld, la garnison française qui était installée au Fort Motylinski, à une cinquantaine de kilomètres au sud, vint s’installer à Tamanrasset, faisant alors du village le centre administratif et militaire du Hoggar.

Tamanrasset : le plus grand centre urbain actuel du sud algérien

La bonne fortune de la ville se trouve dans cet enchaînement politico-militaire ; elle s’est ensuite peu à peu développée comme relais au centre du Sahara, grâce à l’armée, à l’administration et au commerce. Selon Robert Capot-Rey (1953), cette ville créée « de toutes pièces par les Européens » n’abritait encore que 1.900 personnes et environ 300 maisons au début des années 1950, mais faisait déjà « figure de capitale ».

Le plus grand centre urbain actuel du sud algérien s’est ainsi peu à peu organisé en un lieu où pourtant aucune ville, en toute logique, n’aurait jamais dû se développer. L’absence de ressources en eau sur place est, en particulier, une lourde difficulté. Depuis 2012, celle-ci est acheminée par un aqueduc souterrain - construit par les Chinois - depuis la nappe phréatique d’In Salah, située à 600 kilomètres au nord.

La ville a profité d’un double concours de circonstances pour devenir la grande ville qu’elle est désormais. Premièrement, l’arrivée massive de déplacés algériens du nord, venus s’installer dans la capitale du Hoggar à partir de 1994 pour échapper aux nombreux attentats qui sévissaient dans les régions septentrionales du pays dans le contexte de la « Décennie noire ». Et, deuxièmement, l’intensification des flux migratoires entre l’Afrique subsaharienne et les rives de la Méditerranée qui a vu de nombreux migrants s’échouer à Tamanrasset sans pouvoir en repartir. Ainsi, la ville qui était peuplée de 40 000 habitants en 1990 atteignait les 120 000 habitants en 2010, soit une population multipliée par trois en 20 ans ! En 2020, elle dépassait les 150 000 habitants.

Au total, depuis l’époque de la colonisation française au Hoggar, cette ville des confins a paradoxalement tiré de sa marginalité géographique les éléments de son développement progressif et constant.

Document complémentaire

Carte 1. Les migrants à Tamanrasset (source Atlas en ligne OCDE/CSAO, 2014)


Migrants à Tamanrasset

Carte 2. Tamarasset dans les réseaux migratoires source Atlas en ligne OCDE/CSAO, 2014)


Circulations migratoires

D’autres ressources

CAPOT-REY R., 1953, Le Sahara français, PUF, 564 p.

CHATELARD A., 2000, La mort de Charles de Foucauld, Karthala, 346 p.

LECOQUIERRE B., 2014, « Mythes, grands espaces et aventure. Le Sahara des voyageurs et des touristes », Natures, miroirs des hommes ? (dir. S. Guichard-Anguis, A.-M. Frérot et A. Da Lage), L’Harmattan, coll. Géographie et cultures, p. 145-163.

LECOQUIERRE B., 2015, Le Sahara, un désert mondialisé, La Documentation photographique n° 8106, juillet-août 2015, La Documentation française, 64 p..

LECOQUIERRE B., 2016, « Enjeux et fragilités du tourisme saharien », La mise en tourisme des territoires dans le monde arabe (dir. Boualem Kadri et Djamal Benhacine), L’Harmattan, coll. « Comprendre le Moyen-Orient », p. 125-135

Contributeur

Bruno Lecoquierre, Professeur des Universités, Université du Havre – UMR IDEES (CNRS)

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