Australie - Sydney : de la colonie pénitentiaire à la métropole mondiale

Située sur un site particulièrement favorable au sud-est de l’Australie, l’agglomération de Sydney est passée du statut de colonie pénitentiaire à celui de capitale économique, devant Melbourne, sa concurrente de la côte sud. Par son dynamisme, son attractivité et son ouverture, elle est devenue une des métropoles mondiales de la région Asie-Pacifique. En retour, cette agglomération de 5 millions d’habitants connaît de nombreuses mutations et est confrontée à de nombreux défis : montée des inégalités, crise des transports, question de durabilité de son modèle de développement.

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Légende de l’image satellite

Image de la capitale de la Nouvelle-Galles du Sud , Sydney,  prise par le satellite Sentinel 2A le 25 mai 2019. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m.
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Ci-contre, l'image satelitte issue de Sentinel-2A, indique les différentes localités de l'agglomération australienne.


Localisation

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Présentation de l'image globale

Sydney : une métropole australienne et de l’Asie-Pacifique
en pleine mutation

Une situation et un site exceptionnels valorisés depuis la période coloniale au XVIIIème siècle.

Comme le montre l’image, la ville de Sydney se déploie sur le littoral dans un cadre de plateaux boisés - avec le plateau de Hunter au nord, les montagnes bleues à l’ouest, et le plateau Woronora au sud - encadrant un vaste bassin sédimentaire très ancien (permo-triasique), le bassin de Sydney, lui même délimité par la mer de Tasman à l’est. Les vallées des fleuves Parramatta, George et Cook arrosent et drainent le bassin. Nous sommes ici au sud-est de l’Australie, dans l’Etat fédéré de Nouvelle-Galles du Sud, dans une zone tempérée au climat méditerranéen dégradé, et qui est très attractive face à la masse continentale désertique du pays.

On est frappé par l’importance de la nappe urbaine qui s’étend sur 55 km nord-sud et 50 km est-ouest. Le Grand Sydney couvre en effet 12 367 km2 et incorpore 35 communes. La population totale est estimée à 5 millions d’habitants, soit une densité moyenne de 407 habitants/km2. Néanmoins, si on exclut de ce calcul les parcs nationaux incorporés au profit des seuls espaces bâtis, la densité de population est alors de 1 237 habitants/km2. C’est véritablement le cœur de l’Australie, un Etat-continent (4 000 km d’est en ouest et 3 600 km du nord au sud, pour une superficie de 7,6 millions de km2, soit 14 fois la France), largement désertique (à 80 %), sous-peuplé (seulement 3,26 hts/km2) et polycentrique.  La ville se trouve à 300 km de Canberra, la capitale fédérale, à 877 km de Melbourne, à 1 400 km d’Adélaïde et à 4 000 km de Perth.

Le site même de la ville est délimité par deux baies et un promontoire central, spécialisé au plan fonctionnel.  

La baie de Sydney, au nord, est le cœur de la ville. Premier espace mis en valeur à l’arrivée des Européens en 1788, Sydney Cove (actuel Circular Quay) est le point de départ de la colonie pénitentiaire. Bien abritée, elle offre des conditions idéales à la construction d’un port, qui deviendra le point d’arrivée majeur des bateaux européens. Elle est sillonnée par les nombreux ferrys qui relient Circular Quay, au sud, aux agglomérations situées au nord, telles que North Sydney ou Manly.  

Botany Bay, au sud, fut découverte par James Cook en 1770. Le fleuve Georges River s’y jette dans la mer. Les activités industrielles y occupent la partie nord (Mascot, Botany, Banksmeadow, Port Botany) et sud (Kurnell), avec entre autres, la présence de l’aéroport international, ainsi que des terminaux de conteneurs et pétroliers.

Ces deux baies entourent un promontoire central qui s’étend de Watsons Bay, au nord, à Little Bay, au sud. Bien mis en valeur, cet espace est le cœur de la ville et du pays, avec les plus fortes densités de populations, des prix de l’immobilier parmi les plus élevés, et des fonctions surtout résidentielles haut de gamme et décisionnelles.

Le centre historique est bâti en fond de la baie de Port Jackson, et a bénéficié très vite d’un site protégé et d’une situation exceptionnelle. C’est là que s’est installée la colonie pénitentiaire en 1788, et qu’elle a prospéré.

A l’échelle régionale, l’agglomération de Sydney est organisée par une nette fracture économique et sociale. Au nord et à l’est, les différentes baies, plages et petits quartiers sont les espaces résidentiels les plus recherchés (Paddington, Woollahra, Watsons bay, Vaucluse, Bondi …), où se focalisent les prix fonciers les plus élevés et les catégories sociales les plus aisées. Au sud et à l’ouest en revanche, se développent les quartiers plus populaires (Rosebery, Roselands, Wiley Park, Auburn, Cabramatta), à forte population immigrée, originaire surtout d’Inde et du Moyen-Orient  alorsque  les populations chinoises se concentrant surtout au nord et à l’est, et les activités productives. Les grands bâtiments blancs et gris entre Alexandria, Zetland et Mascot correspondent aux grandes zones d’activités et industrielles. En pleine restructuration économique, elles sont peu à peu reconverties en zones résidentielles (grands ensembles).

Une agglomération dynamique économiquement et démographiquement

Comme le montre l’image, la ville connaît une vaste extension urbaine. Ces 35 communes englobent plus de 650 banlieues, connectées par des réseaux de transports ferroviaires, routiers, cyclables, de tramways ou de ferrys. On trouve le CBD au nord (voir zoom 1), les zones portuaires et industrielles au sud (voir zoom 2), et les zones résidentielles à l’est, avec un rapide étalement urbain vers l’ouest.

Les densités de population étant très élevées à l’est, mais limitées par la présence des parcs nationaux, créés dans un but de protection de l’environnement pour lutter contre la périurbanisation, au nord et au sud, et de la mer à l’est, c’est donc vers l’ouest que se développe la population, bien que le centre-ville continue toujours à attirer.

Les trajectoires territoriales apparaissent bien différenciées. La croissance urbaine est rapide dans la ville-centre : la population du centre des affaires est estimée à 240 229 habitants, soit environ 5 % de la population totale du Grand Sydney. La densité y est de 9 186 habitants/km2. Ces dix dernières années, la croissance urbaine y fut d’environ 40 %. Mais elle est plus lente à l’échelle régionale : pendant la même période, la population du Grand Sydney n’augmente que d’environ 19 %, et celle de la région de Nouvelle-Galles du Sud de 15 %. Les projections estiment que la population atteindra plus de 320 000 habitants dans la ville-centre en 2031, soit une croissance urbaine d’environ 33 %, ce qui souligne largement sa forte attractivité au détriment de son espace régional.

Une ville mondiale largement ouverte sur l’international

Sydney est bien connectée à l’Australie et au reste du monde, notamment au Royaume-Uni et à la Chine, par ses réseaux de transports, ses activités économiques et sa composition démographique. On le voit notamment grâce aux réseaux routiers, à l’aéroport international, à la zone industrialo-portuaire, au centre des affaires ainsi qu’aux quartiers résidentiels (voir image). L’autoroute M5 (est-ouest) relie le port et l’aéroport à l’ouest de l’agglomération, puis à Canberra et à Melbourne (hors champ) par l’intérieur. L’autoroute M1 (nord-sud) est la route littorale qui fait le tour du pays, reliant Sydney à Melbourne, Adélaïde et Perth par le sud, et Cairns par le nord.

Les activités économiques sont assurées par l’aéroport international, au sud, qui contribue à fortement insérer l’agglomération dans la mondialisation. Les passagers chinois et de Hong Kong arrivent à la deuxième place dans les nationalités débarquant à Sydney en 2017. A l’est de l’aéroport se trouve la zone industrialo portuaire de Port Botany, la Chine et l’Asie orientale représentant la deuxième destination des exportations. Le centre des affaires enfin accueille les sièges sociaux des grandes entreprises, banques, assurances internationales ainsi que des boutiques de luxe des marques internationales. Enfin,  monument emblématique de la ville, l’opéra exerce une forte attraction culturelle, dépassant largement les frontières nationales.

Cette insertion dans la mondialisation se voit aussi démographiquement du fait de sa forte attractivité migratoire. A l’échelle locale, l'hypercentre se démarque d’ailleurs du reste du territoire. D’une part, il est davantage multiculturel : seulement 9 % de la population avait ses deux parents nés en Australie, contre 47 % dans l’ensemble de l’Australie) et 74 % à l’étranger, contre 34 % dans l’ensemble du territoire. Seulement 25 % de la population utilise l’anglais comme langue de communication, contre 73 % dans l’ensemble du territoire, mais 15 % le mandarin (contre 2,5 % dans l’ensemble du pays), 13 % le thaïlandais, 9 % l’indonésien, 5 % le coréen et 4 % le cantonais.
D’autre part, il a des liens plus étroits avec la Chine : si seulement 4 % des Australiens ont un ou deux ascendants chinois, ils sont 25 % dans la ville-centre. A l’inverse, si 25 % de la population a un ou deux ascendants britanniques, ils ne sont plus que 9 % dans la ville-centre. De plus, 17 % des habitants y sont nés en Australie (67 % pour l’ensemble du territoire), contre 12 % en Chine, excluant Hong-Kong et Taiwan (2 % pour l’ensemble du territoire). Au total, Sydney fonctionne comme un des principaux sas migratoire de pays.  


Zooms d’étude


La ville-centre de Sydney : un hyper-centre en mutation

Le centre historique, qui date du XVIIIème siècle et de l’arrivée des premiers prisonniers et colons britanniques, s’étend des Rocks et de Circular Quay, à Darling Harbour et au quartier de Pyrmont à l’ouest.

Nous sommes historiquement au cœur des pouvoirs économiques et politiques de la ville : on y trouve divers bâtiments politiques, tels que le parlement de Nouvelle-Galles du Sud sur Macquarie Street, et diverses représentations internationales comme le consulat de France sur Market Street. C’est sur Martin’s place et George Street, qu’on retrouve les grandes banques internationales (HSBC, BNP Paribas …) et les sièges sociaux des grandes entreprises et assurances. C’est également ici qu’est regroupé le commerce de luxe, avec la présence, dans le même périmètre restreint, d’enseignes telles qu’Hermès, Chanel, Bulgari, Tiffany ou Rolex.

Mais cet espace est actuellement soumis à de fortes mutations avec le transfert progressif des administrations, telles que la Justice, l’Immigration, la Police et la Sécurité, vers un second centre des affaires plus récents, construit à Parramatta, à environ 30 km vers l’ouest.

En position littorale, la ville bénéficie d’une qualité de vie agréable, du fait en particulier de la présence de nombreux espaces verts, tels que Hyde Park au sud, et surtout le jardin botanique, au nord, bien visible avec sa forme en « cœur » s’étendant entre les Rocks et la baie de Wooloomooloo, où se trouvent aussi des installations militaires. De plus, la ville a lancé un vaste programme d’aménagement de l’espace avec la revalorisation et la réhabilitation du front de mer. On assiste à la transformation des anciens docks en résidences de luxe, comme c’est le cas autour de Barangaroo et de Walsh Bay, à l’ouest du pont.

La baie est aussi le siège des deux attractions majeures de la ville : le pont (bien visible sur l’image) et l’opéra de Sydney (la tache blanche à l’est du pont, à l’extrémité du jardin botanique), ce dernier participant pleinement à l’attractivité culturelle de la métropole.

Elle attire ainsi des étudiants et des touristes du monde entier, et si la fonction première de l’hyper-centre n’est pas résidentielle, on y trouve un tissu d’hôtels, de restaurants et d’activités de loisirs diverses tournées vers l’accueil du tourisme de masse. Ces facteurs contribuent à l’attractivité de la ville, en particulier migratoire, aux échelles régionales, nationales, et mondiales, avec en particulier de très forts liens avec la Chine.



Le sud de l’agglomération : un espace productif fortement inséré dans la mondialisation, mais en mutation

L’image couvre les principaux lieux de production et d’échanges de la ville. Les activités industrielles y occupent la partie nord (Mascot, Botany, Banksmeadow, Port Botany) et sud (Kurnell), avec entre autres, la présence de l’aéroport international et de la zone industrialo-portuaire de Botany.

La structure de l’aéroport international est clairement visible, avec deux pistes nord-sud, l’une pour les vols domestiques à l’est, et l’autre pour les vols internationaux à l’ouest, et une piste est-ouest. Néanmoins, l’aéroport est saturé et ne répond plus à l’importante hausse du trafic auquel il est soumis. De plus, les interdictions de vol instaurées entre 23h00 et 6h00, afin de réduire totalement le trafic aérien nocturne, est un frein à ses capacités d’accueil. Un deuxième aéroport est donc actuellement en construction à Badgery’s Creek (non visible) vers l’ouest, afin de délester l’aéroport actuel et de pourvoir répondre au boom du trafic aérien. Son ouverture est prévue en 2026.

A l’est de l’aéroport, on distingue clairement la zone industrialo-portuaire de Botany Bay, avec les terminaux de conteneurs et pétroliers, bien visibles sur l’image.  L’autoroute M5 relie vers l’ouest l’aéroport et le port au reste du pays.

Le nord-est de Botany Bay est surtout dédié à la résidence et au tourisme, autour des plages. L’intérêt de l’image tient ainsi au contraste du bâti entre les grands espaces productifs, surtout situés à l’ouest (Mascot, Alexandria, l’aéroport, la zone industrialoportuaire), et les zones résidentielles composées de maisons individuelles et de petits immeubles, situées à l’est, sur un littoral agrémenté de nombreuses plages, terrains de sport, golfs et parcs naturels, comme à Maroubra, Malabar ou Little Bay.


L’ouest de l’agglomération : un espace productif plutôt en marge

L’image est centrée sur le lac de retenue de Prospect, situé à environ 34 km à l’ouest de Sydney, qui fournit 50 mégalitres d’eau potable à l’agglomération. La partie est du lac est une zone de loisirs aquatiques, et la partie ouest est intégrée à la réserve naturelle de Sydney-ouest. Le bassin versant de la Nepean supérieure est la zone des plus fortes précipitations de la côte, et le site de la rivière procure des espaces idéaux pour la construction de barrages grâce à la présence de nombreuses gorges étroites. C’est le plus grand réservoir de l’agglomération et il retient les eaux des barrages Warragamba et Nepean afin de fournir en eau potable la métropole.

On distingue nettement les zones d’activités commerciales et industrielles autour du réservoir, desservies par les autoroutes M4 (est-ouest) et M7 (nord-sud, rejoignant la MA), comme par exemple Arndell Park au nord, ou Wetherhill Park, au sud. Ce sont surtout des sociétés de transports et de logistiques qui s’y installent, du fait de leur proximité avec les autoroutes, mais on y trouve aussi des usines (cf. Arnotts, biscuiterie).

On trouve également dans l’ouest de la région des zones de loisirs plus consommatrices d’espace, telles que le parc de loisirs aquatique Wet and Wild, à l’est, le circuit de kart Eastern Creek situé au sud-ouest, ou le centre équestre international au sud. Enfin, le mitage des terres agricoles corollaire de l’étalement urbain est très visible, notamment au sud-ouest, où on distingue clairement les parcelles cultivées comme à Mount Vernon.

Au total, l’image montre clairement les inégalités de mise en valeur des espaces, avec un contraste entre les zones résidentielles (à l’est et au sud), les zones industrielles et commerciales tout autour du réservoir, et les terres agricoles, progressivement gagnées par la périurbanisation.

Contributeur

Nadège Spella-Barberet, professeure d’histoire-géographie, Lycée Condorcet de Sydney, Australie

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