Mayotte : les défis du nouveau département français

Dans le canal du Mozambique, au nord-ouest de Madagascar, Mayotte fait partie de l’archipel des Comores, lequel de compose de quatre îles, d’ouest en est : Grande Comore (Ngazidja), Mohéli (Mwali), Anjouan (Nzwani) et Mayotte. Cet archipel se scinde en deux entités, d’un côté l’Union des Comores, de l’autre le département français de Mayotte. Ce dernier se compose de deux îles habitées (Grande-Terre et Petite-Terre), escortées de plusieurs dizaines d’îlots vides. Après un long processus d’évolution de son statut, alors même que l’île continue d’être revendiquée par l’Union des Comores, Mayotte est devenue le 101e département français le 31 mars 2011.

em_mayotte_20180303_spot7.jpg

Légende de l’image

L'image présentée a été prise par le satellite Spot 7.
Usage commercial interdit

Présentation de l'image globale

Mayotte : un petit territoire insulaire sous « contrainte »

L’île au lagon, une situation stratégique dans le canal du Mozambique

Petit territoire insulaire d’une superficie totale de 375 km2 et fort de 256 000 habitants, Mayotte, encore baptisée « l’île aux parfums », « l’île hippocampe » ou plus fréquemment « l’île au lagon », se situe  dans le sud-ouest de l’océan Indien. Elle est, avec La Réunion, un des deux départements français situé dans l’océan Indien. Les deux îles sont distantes de 1 400 km à vol d’oiseau. Mayotte est un des cinq plus petits départements français, en termes de superficie, derrière le Val-de-Marne (245 km2) ou encore la Seine-Saint-Denis (236 km2).

Plus précisément Mayotte se situe à l’entrée septentrionale du canal du Mozambique qui sépare l’Afrique de l’Est de la grande île de Madagascar. Artère maritime relativement fréquentée, notamment par les navires qui ne peuvent accéder, en raison de leur tirant d’eau, au canal de Suez, cette région, où d’importantes réserves de gaz naturel ont été découvertes, en particulier au large de la côte nord du Mozambique, n’est pas dénuée d’enjeux (extraction et transformation du gaz naturel par des majors américaine et italienne, sécurité maritime, richesses halieutiques). Quatre des cinq îles Éparses (Bassas da India, Europa Juan de Nova et Glorieuses), qui font partie des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises) et qui sont placées sous l’autorité d’un préfet (basé à Saint-Pierre de La Réunion), prennent également place dans cette région. Ces petites poussières d’îles, qui sont revendiquées par Madagascar, n’ont certes qu’une superficie conjointe, avec Tromelin, de 43 km2, mais elles embrassent en revanche une zone économique exclusive de près de 640 000 km2. Îles Éparses et Mayotte permettent ainsi à la France, principale puissance riveraine, de rayonner sur une vaste surface maritime dans le canal du Mozambique.

Comme on peut le découvrir sur l’image, Mayotte se compose de deux îles : Grande-Terre (364 km2), en forme d’hippocampe, et Petite-Terre (11 km2) à quelques encablures au nord-est. Quelques îlots vides (cf. Mtsamboro au nord-ouest ou Mbouzi à quelques kilomètres au sud de Mamoudzou) essaiment son lagon de 1 100 km2, lequel est relié à l’océan par une douzaine de passes, dont la fameuse passe en « S », avec ses spots de plongée à foison, bien visible au sud de Petite-Terre dans l’est de la barrière corallienne.

Il s’agit d’un des plus vastes lagons fermés du monde où « croisent » raies mantas, tortues imbriquées et plus de 250 espèces de poissons (entre autres lochs, mérous, barracudas). Incontestablement, le lagon, camaïeu aigue-marine, large de deux à quinze kilomètres, s’avère l’argument de poids dans la politique de touristification de l’île aux parfums. Encore que l’envasement, inhérent à l’érosion des bassins-versants, menace l’écosystème du lagon et se traduit par une forte mortalité des coraux, plus des trois quarts sur certains récifs.

En dépit de la riche biodiversité de son lagon, le nombre de touristes, qui se monte à 62 000 en 2017, composé à 96 % de résidents de La Réunion et de métropole, reste somme toute modeste. Il s’agit d’un tourisme avec une forte empreinte affinitaire : 69 % du contingent à des liens familiaux étroits avec l’île. Cependant, l’image de Mayotte reste ternie par des mouvements sociaux récurrents (contre la vie chère, pour un alignement des allocations ou encore contre l’insécurité…). Sans compter que les retards de développement sont réels : toutes les infrastructures de base - du transport au logement, de la gestion de l’assainissement au traitement des déchets - nécessitent une mise à niveau.

Relief accidenté, forte érosion tropicale, mutations agricoles et pression anthropique

D’origine volcanique, Mayotte, dont l’édification a commencé il y a 8 millions d’années, est la plus ancienne île de l’archipel des Comores. L’érosion des sols, qui résulte de pluies tropicales torrentielles (avalasses), y est particulièrement marquée. La forte pression anthropique, qu’accompagnent l’extension de l’urbanisation, la déforestation et la diffusion de la monoculture (sans préparation des sols), favorise le processus érosif. Se pratiquant dans ce que l’on nomme les « jardins mahorais » dans lesquels « cohabitent » plusieurs cultures sur une même parcelle avec un système d’étagement (manioc, patates douces, ananas que ceinturent bananiers, cocotiers, manguiers ou jacquiers), l’agriculture extensive perd du terrain au profit de monocultures (tomate, par exemple). Cette érosion intensive des roches basaltiques, dans des zones « déforestées », a engendré la formation de padzas, zones nues et ravinées, guère propices à l’agriculture, et bien visibles sur l’image.

Le relief, très accidenté, se découpe en cinq massifs érodés, dont les deux principaux points culminants sont le mont Bénara (660 m, au centre, zone boisée couverte de petits nuages sur l’image) et le mont Choungui (594 m), bien visible dans le sud de l’île. Ainsi, presque les deux tiers de la surface de Grande-Terre sont marqués par de fortes pentes, d’une d’inclinaison supérieure à 15 %. Face à ces contraintes, la population se regroupe surtout sur la fine dentelle plate littorale. Quoique quelques petites agglomérations, comme Combani ou Vahibé, ponctuent l’intérieur. Le relief de Petite-Terre, en revanche, est moins tourmenté. Le point culminant (203 m) se situe au « cratère de Moya » et une zone relativement plane accueille l’essentiel de la population, en particulier dans la moitié occidentale de l’île.

Très fortes densités et précarité

Mayotte se découpe en 17 communes structurées depuis fin 2014 en quatre intercommunalités. La population croît à un rythme de + 3,8 % par an, soit approximativement 8 800 habitants supplémentaires chaque année. Hors la région Île-de-France, elle est avec 690 habitants/km2 le département français le plus densément peuplé. À titre de comparaison, le Rhône, un des départements de province les plus peuplés qui accueille la ville de Lyon, affiche une densité de 555 hab./km2.

L’habitat précaire subsiste partout sur l’île, en particulier à proximité des bassins d’emploi (capitale économique, chef-lieu et zones environnantes). Sur les 52 000 résidences principales, 37 % sont des maisons individuelles en tôle. Par ailleurs parmi ces résidences principales 28 % n’ont pas accès à l’eau courante, 59 % ne disposent pas de toilettes à l’intérieur du logement, et 52 % n’ont ni baignoire, ni douche. Enfin, Mayotte renferme un plus gros bidonville de France. Il se situe à Kaweni dans le nord de Mamoudzou, la grande ville qui fait face à l’île de Petite-Terre à l’est  et dont la vaste tâche blanche est bien visible sur l’image. Ici des milliers de cabanes de tôles ondulées partent à l’assaut des collines.

Le poids de l’émigration

Le département français renferme 256 000 habitants en 2017. Ici quatre résidents sur dix sont de nationalité étrangère, dont la moitié en situation irrégulière. Précisément, les natifs des Comores - en particulier d’Anjouan, l’île voisine, plus au nord - représentent 42 % de la population de Mayotte. Le bras de mer, de 70 km qui sépare Anjouan de Mayotte, dont la traversée se révèle parfois mortifère, enregistre des flux migratoires clandestins notables.

Des longues barques à moteur, les kwassas-kwassas, transportent chaque nuit ces migrants attirés par le proche « eldorado » français. Le coût de la traversée oscille entre 300 euros pour le kwassa « collectif » (jusqu’à 40 personnes) à 3 000 euros pour le kwassa privatif (deux à trois personnes). En 2016, 432 kwassas-kwassas ont été interceptés. Parallèlement, en moyenne chaque année, entre 15 000 et 20 000 reconduites à la frontière sont opérées.


Zooms d’étude

Le nord-est : deux îles, un cœur

Une zone densément peuplée organisée par Mamoudzou, la capitale économique

Sur cette image, il est possible d’observer la capitale économique, Mamoudzou, et Petite-Terre où sise Dzaoudzi, le chef-lieu. La moitié de la population se concentre dans cette région nord-est de Mayotte, répartie sur quatre communes : Pamandzi (11 442 habitants) ainsi que Dzaoudzi (17 831 habitants) sur Petite-Terre et Mamoudzou (71 437 habitants) et la commune contigüe septentrionale de Koungou (32 156 habitants). À elle-seule, la capitale économique, également le siège du conseil général, concentre ainsi 28 % de la population totale. Petite-Terre, qui se découpe en deux communes, affiche une densité particulièrement élevée (2 700 habitants au km2). Koungou, quant à elle, se classe au deuxième rang, à l’aune du nombre d’habitants, des communes de l’île.

Cette région nord-est est le principal pôle d’emploi de Mayotte. Mamoudzou concentre à elle-seule 54 % des emplois de l’île (soit environ 18 000). Parmi ces emplois, 9 300 sont occupés par des non-résidents de Mamoudzou. Dans toutes les communes, au moins un quart des actifs en emploi travaillent dans la capitale économique. Ainsi, les mouvements pendulaires sont particulièrement soutenus engendrant une importante congestion aux portes de la ville aux heures de pointe. D’autant que Mamoudzou concentre aussi l’essentiel des activités administratives et commerciales de l’île.

Entre Petite-Terre et Grande-Terre : des flux denses

Les liaisons entre les deux îles sont d’ordre exclusivement maritimes. Onze navires, six barges et cinq amphidromes - transportant 4,9 millions de passagers (aller-retour) et 785 000 véhicules annuellement - assurent la continuité. Une navette est proposée toutes les 30 minutes pour une durée de traversée d’une quinzaine de minutes. Sur Petite-Terre, l’embarcadère est situé sur le rocher de Dzaoudzi. On peut l’apercevoir, à la pointe triangulaire occidentale de Petite-Terre dont il est relié par le boulevard des Crabes, une route qui court sur 1,3 km. Environ 2 100 travailleurs de Petite-Terre - se rangeant dans la catégorie des « migrants pendulaires maritimes » - se rendent chaque jour sur la grande île. Plus de 400 personnes, occupant un poste sur Petite-Terre, font le trajet inverse.

Petite-Terre et son activité aéroportuaire

L’aéroport étant aménagé sur Petite-Terre, cela explique aussi pourquoi le trafic inter-île se révèle particulièrement soutenu. Aménagé à la pointe sud de Petite-Terre, cet aéroport n’offre qu’une piste de moyenne envergure (1 900 m). Il n’est donc pas approprié pour le décollage des avions long-courriers à pleine charge. Air austral, la petite compagnie réunionnaise, a contourné le problème en mettant en service, des 787-8 Dreamliner, capables de décoller sur piste courte. Ainsi, depuis juin 2016, elle relie, en vol direct, Mayotte à la France métropolitaine. Les autres compagnies, dont Corsair, stoppent à Antananarivo ou Nairobi pour faire le plein de kérosène avant de s’envoler vers Paris.

Il brasse environ 386 000 passagers (2017), ce qui en fait le 33e aéroport français derrière Clermont-Ferrand. À titre de comparaison La Réunion occupe le douzième rang (avec 2,3 millions de passagers). On peut voir le lac Dziani, dont la couleur passe du turquoise à l’émeraude suivant la luminosité du jour, sur Petite-Terre. Lac de cratère, il constitue une des attractions touristiques majeures de la petite île.

Koungou, entre activité portuaire et industrielle

La municipalité de Koungou abrite le port de commerce. Y sont également implantées des activités de dépotage, de transformation et de commerce de gros. Le port a été aménagé à la pointe nord de Longoni (partie septentrionale de Grande-Terre, à 10 km à vol d’oiseau de Mamoudzou). Il se compose de deux quais majeurs dont un creusé à 14 mètres de profondeur. Son trafic s’est élevé à 1,1 million de tonnes en 2017. L’activité bat surtout son plein au quai n°2, au terminal à conteneurs (trafic de 73 000 EVP, soit environ 925 000 tonnes).

Néanmoins l’activité portuaire est handicapée par les grèves récurrentes (une trentaine de contentieux sur les quatre dernières années), notamment liées à la mauvaise entente qui règne entre le conseil général en charge de la gestion du port et la société privée délégataire (Mayotte Channel Gateway). Quoi qu’il en soit, le port connaît actuellement un vaste programme d’agrandissement, porté par les crédits européens ; Mayotte se rangeant au sein de la catégorie des régions ultrapériphériques depuis 2014. Le port nourrit ainsi quelques ambitions de s’ériger en hub régional, point de transbordement du canal du Mozambique.


D’autres ressources

Site Géoconfluences

Site de l’INSEE Mayotte

Contributeurs

Marie-Annick Lamy-Giner, MCF, Université de la Réunion.