Paris : ville-capitale, ville mondiale

Ville de 2,2 millions d’habitants organisant une aire urbaine de 10,7 millions d’habitants, le seconde d’Europe après Londres, Paris est à la fois une ville-capitale et une ville-monde qui organise le processus de métropolisation du pays. Très liée de par son histoire à la construction de l’Etat, de la nation et du territoire de la France, son tissu urbain est un véritable palimpseste qui garde gravé dans sa monumentalité de nombreux héritages. Pour autant, la ville connaît ces dernières décennies de profondes mutations urbaines, économiques et sociales. Elles posent en termes nouveaux la question de ses équilibres internes, face à un dualisme socio-spatial de plus en plus sensible, et de ses liens avec sa banlieue, son agglomération et son grand bassin parisien.

paris-20160516-emax.jpg

Légende de l’image satellite

Cette image a été prise par un satellite Pléiades le 16/05/2016. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m.

Vous pouvez télécharger l'image générale en cliquant ici.
Contient des informations PLEIADES © CNES 2016, Distribution Airbus DS, tous droits réservés. Usage commercial interdit.


Présentation de l’image globale

Paris : un espace central en pleines mutations urbaines, économiques et sociales  

Une cuvette entourée de hauteurs

L’image porte sur la ville de Paris, à l’exception de ses marges septentrionales et orientales, et sur une partie de la banlieue ouest (Neuilly) et sud (Issy-les-Moulineaux Malakoff et Montrouge). 

La ville est organisée par l’axe de la Seine, dont on distingue bien le tracé et les deux Iles, de la Cité et Saint-Louis. Il oppose nettement rive droite et rive gauche, malgré la présence de 40 ponts ou passerelles et les nombreuses lignes souterraines du métro. Si le lit majeur est très largement urbanisé à la suite du remblaiement des îles et de la stabilisation progressive des rives, la grande inondation de 1910, qui touche tout le lit majeur, est dans toutes les mémoires.

En réponse à celle-ci, les autorités lancèrent la construction bien à l’amont de Paris de plusieurs grands barrages-réservoirs (Pannecière, Lac d’Orient, de Der) d’une superficie totale équivalente à la ville. L’objectif est de régulariser le débit de la Seine et de ses affluents amont (Yonne, Marne, Aube) en écrêtant les crues d’hiver et de printemps.

Si la topographie semble disparaitre sous l’urbanisation, le centre de Paris s’étend dans une large cuvette ceinturée en périphérie par des zones plus élevées dont on peut repérer quelques lieux emblématiques qui en font la « ville aux huit collines ».

En rive droite se trouvent les hauteurs de Ménilmontant (87 m) et de Belleville (128 m), les Buttes Chaumont et son parc au nord-est, la Butte Montmartre (129 m) et le Sacré Cœur au nord et, enfin, les hauteurs de Passy et de Chaillot (70 m) avec le Trocadéro à l’ouest. En rive sud se trouvent la Montagne Sainte Geneviève (56 m) et le Panthéon, la  Butte aux Cailles (62 m) au sud-est et les hauteurs de Montparnasse (65 m) et de la Porte de Chatillon (66 m) au sud.  

Le poids des héritages historiques : capitale de la Monarchie puis de la République

Le site est historiquement occupé dès la haute antiquité. Paris doit son nom à un peuple gaulois (les Parisii). Lutèce, petite cité gallo-romaine, se développe entre la Montagne Sainte-Geneviève et l’île de la Cité (zoom 4). Elle s’affirme comme capitale d’un royaume franc entre le Vem et le IXem siècles lorsque Clovis s’y installe. Mais c’est surtout avec le développement du royaume capétien (Saint-Louis, Philippe Auguste…) que Paris prend son essor démographique, économique, intellectuel et religieux, et donc urbain.

A partir de cette date, et aux delà des vicissitudes historiques, le sort de Paris est intimement lié aux dynamiques géohistorique de la construction de l’Etat, de la nation et du territoire par la Monarchie puis la République. En s’affirmant à la fois comme ville-capitale de la France et comme ville-monde du fait de son rayonnement européen et mondial.

Le tissu urbain va être en partie structuré par une succession de sept enceintes défensives plus ou moins circulaires : gallo-romaine, carolingienne, de Philippe Auguste, de Charles V, de Louis XIII, des Fermiers généraux (1784/1860) et de Thiers. Ces héritages guident le tracé de certains grands axes bien visibles sur l’image. Ainsi, celle de Thiers - érigée entre 1841 et 1844 et détruite seulement entre 1919 et 1929 – sert d’emplacement à l’actuel boulevard périphérique qui limite et ceinture la ville.     

Son organisation en arrondissements, qui date de 1795 et dont le découpage actuel est définitivement fixé en 1859, traduit un modèle de croissance interne qui agglomère progressivement un espace de plus en plus large, du centre vers les périphéries. Ainsi, le grand élargissement de 1860 donne à la ville de Paris sa forme actuelle en annexant tous les faubourgs des communes jusqu’ici indépendantes (Belleville, Grenelle, Vaugirard, la Vilette…) comprises entre l’ancien mur des Fermiers Généraux et l’enceinte militaire de Thiers.

Tissu urbain et grandes opérations d’aménagement

Couvrant 10.540 hectares et peuplée de 2,2 millions d’habitants, la ville présente un tissu urbain très dense et, par rapport à d’autres capitales européennes, relativement homogène. On est frappé par la faiblesse des espaces verts : ils couvrent seulement 5,2 % de la surface totale, hors bois de Boulogne et de Vincennes. La densité moyenne (33.200 hab/km2) masque des variations cependant très sensibles : les densités vont en effet de 42.000 habitants/km2 dans le XIem arrondissement à plus de 30.000 dans les XVIIem, XVIIIem et Xem arrondissements pour tomber à 9.700 habitants dans le Ier arrondissement.

Dès l’Ancien Régime s’organise progressivement une dichotomie est/ouest qui va durablement structurer l’espace urbain, politique et social. Il est symbolisé par l’opposition entre le populaire et remuant Faubourg Saint-Antoine à l’est, dominé par la forteresse de la Bastille, et le Faubourg Saint-Germain à l’ouest qui accueillent de nombreux hôtels particulier de l’aristocratie (VIem et VIIem arrondissements). A l’est et au nord-est prédominent traditionnellement les quartiers ouvriers et populaires (Popincourt, Charonne, Saint-Martin, Saint-Denis, La Villette, La Chapelle…). A l’ouest prédominent les quartiers aristocratiques puis bourgeois (Gros Caillou, Faubourg Saint-Honoré, Le Roule, la Plaine Monceaux, Les Ternes, Chaillot, Plaine de Passy, La Muette, Auteuil…). Cette dichotomie socio-spatiale va historiquement à partir de Paris intra-muros se projetée en banlieue pour des raisons topographiques, résidentielles et économiques.

Cette proximité spatiale dans un espace au total restreint et la présence du pouvoir et de la richesse contribuent à expliquer l’importance de Paris comme laboratoire des affrontements politiques et sociaux qui structurent toute l’histoire de la ville et du pays (cf. révolutions de 1789, 1830 et 1848, Commune de Paris de 1871, grandes grèves du Front populaire de 1936, combats de la Libération de 1945, manifestations et émeutes de 1968).

Dès l’Ancien régime puis au XIXem et XXem siècles, le tissu urbain parisien a été l’objet de grandes opérations d’urbanisme et d’aménagement - et des spéculations foncières qui les accompagnent, particulièrement sous le Second Empire (cf. grands travaux du Préfet Haussmann). Elles demeurent bien lisibles sur l’image – de l’île de la Cité au Luxembourg, de l’axe le Louvre/Champs Elysées/ Etoile au Champs de Mars, des quartiers des gares au Parc Monceau ou aux cimetières (Père Lachaise, Montparnasse…) - comme en témoignent les études plus détaillées des différents zooms. Le pouvoir a toujours cherché à faire de Paris sa vitrine, le symbole de sa puissance.

Cette constante y explique une accumulation exceptionnelle de monuments et d’activités. Ils sont aujourd’hui un atout majeur pour le rayonnement touristique - culturel et d’affaires - de la ville et de sa région qui accueillent 34 millions de touristes par an. Notre-Dame reçoit ainsi 12 millions de visiteurs par an, le Sacré-Cœur de Montmartre 10 millions, le Musée du Louvre 7 millions, la Tour Eiffel 6 millions.   

Paris : habitat, gentrification et processus de « londonisation »

Avec 2,2 millions d’habitants, Paris regroupe aujourd’hui seulement 18 % de la population de l’Ile-de-France. Mais elle organise la 1er aire urbaine de France : elle s’étend sur 2.845 km2 et incorpore 10,7 millions d’habitants ; c’est la seconde  d’Europe après Londres. Les mutations de la ville-centre ne peuvent donc être comprises qu’en réintégrant le Paris de l’image à des échelles géographiques beaucoup plus larges et qui s’emboitent : régionale (proche banlieue, Ile-de-France, bassin parisien), nationale, européenne et mondiale.

Paris est à la fois un territoire de résidence et de travail. Cet espace est donc très convoité, en particulier depuis le milieu du XIXem siècle et l’essor lié à la révolution industrielle. Ceci va aboutir progressivement à une spécialisation sociale et fonctionnelle entre Paris et sa banlieue et au sein même de l’espace parisien entre l’est et l’ouest. Si le phénomène d’éviction de Paris des fonctions les plus banales et des couches populaires ou moyennes est ancien, il prend ces dernières décennies une vigueur considérable. Ce processus d’éjection est lié en particulier à une large bulle spéculative au point que Paris connaît aujourd’hui un processus de « londonisation », en référence aux logiques londoniennes.

En particulier, tout l’est parisien a connu un large processus de gentrification avec l’émergence ou l’arrivée de nouvelles couches aisées chassant en banlieue les catégories populaires qui y résidaient. Pour autant, Paris demeure une des villes les plus duales de France. La médiane des revenus moyens atteint les 42.000 euros dans le VIIem contre 19.000 euros dans le XIXem arrondissement. Si le taux de pauvreté est de 25 % de la population dans le XIXem et dépasse les 20 % dans le XVIIIem et le XXem arrondissements, il tombe à 8 % dans le VIIem arrondissement

Paris est en effet aujourd’hui devenue une des villes les plus chères d’Europe et du monde. Augmentant de + 40 % en dix ans, le prix moyen d’un appartement atteint  9.070 euros au m2. Les prix parisiens sont supérieurs de 30 % à la moyenne des dix premières métropoles de province. Les arrondissements les plus chers sont les arrondissements centraux de la rive droite (IVem, Ie, et IIIem) et de la rive gauche (VIem : 13.123 euros/m2, Vem) et les beaux quartiers de l’ouest.

Cette logique est bien sur renforcée à l’échelle des quartiers, selon leur emplacement, leurs qualités architecturales et leurs aménités urbaines. La moyenne des prix au m2 dans les quartiers Notre-Dame (IVem) et Saint-Germain des Près (VIem) dépasse les 14.400 euros, contre 6.500 euros dans le quartier Flandre-Aubervilliers au nord-est (XIXem). Mais certains biens de prestiges en bordure de parc ou d’esplanade dans les très beaux immeubles de l’ouest peuvent dépasser les 43 000 euros/m2 (Gros Caillou dans le VIIem près du Champs de Mars, quartiers des Ternes dans le XVIIem). 

Dans ces conditions les loyers suivent. Ceci explique par rapport au reste de la France le faible taux de propriétaires dans la population parisienne (33 %) face à l’importance des locataires (67 %). Dans l’est, le taux de propriétaire est de 27 %, du fait partiellement, du poids des logements sociaux. Il est bien sur le plus élevé dans les quartiers les plus huppés : 45 % dans le XVIème et 40 % dans le VIème arrondissement.

Avec 107.000 logements en résidences secondaires (8 % du parc), Paris polarise 60 % du potentiel régional de ce parc logement, qui est peu connu bien qu’il devance pourtant largement le potentiel des 80.600 chambres d’hôtel (51,5 % IDF). Les résidences secondaires sont importantes dans le centre (23 % du parc logement dans les IVème et VIIIème arrondissements). Elles sont souvent détenues soit par la bourgeoisie de province qui y achète un pied-à-terre, soit par de riches étrangers qui viennent régulièrement en villégiature à Paris. On voit aussi de multiplier de la part de certaines familles de banlieue des stratagèmes immobiliers (fausses domiciliation, location d’une chambre de bonne…) afin de contourner la carte scolaire et de pouvoir inscrire les enfants dans les meilleurs lycées parisiens. La centralité est un vrai marché, largement rémunérateur. 

Enfin, alors que s’étendent les systèmes de co-location pour faire face à la hausse des loyers, en particulier chez les jeunes étudiants ou actifs, la crise du logement est importante. Face à la multiplication des SDF (sans-domicile-fixe), la Municipalité a mis en place un « plan grand froid » avec mise à l’abri de ceux-ci les nuits d’hiver dans des gymnases. Elle tente aussi ces dernières années de contrer la forte montée en puissance des locations privées de logements sur les plateformes internet aux touristes français et étrangers. La rente foncière et immobilière est donc un facteur essentiel pour comprendre les mutations économiques, sociales et urbaines de la ville-capitale. 

Paris : un tissu productif en profondes mutations

Paris est aussi un espace productif qui polarise 1,8 million d’emplois, soit presque un tiers des emplois franciliens. Si 45 % des actifs vivant à Paris y travaillent, la capitale draine aussi des centaines de milliers d’actifs extérieurs qui viennent y travailler ou traversent la capitale pour rejoindre leurs lieux de travail en banlieue.

Ceci explique l’importance des flux migratoires journaliers dans Paris et dans toute l’Ile de France : le trafic cumulé se monte à 4,736 milliards de voyages en 2017 (train, RER, métro, tram, bus). On comprend mieux dans ces conditions la saturation aux heures de pointe des systèmes de transport routier (boulevard périphérique, autoroutes et voies rapides) et ferroviaire (métro, RER, SNCF) qui desservent la capitale. Ainsi, inaugurée en décembre 1977, la ligne A du RER, d’orientation est-ouest entre Nation et la Place de l’Etoile, transporte à elle seule jusqu’à 1,2 million de passagers par jour, ce qui en fait la ligne la plus chargée d’Europe.

Les profondes mutations sectorielles et fonctionnelles des dernières décennies se traduisent par d’importants bouleversements sociaux. On assiste en effet à la très forte réduction des artisans et des petits commerçants, dont le tissu s’étiole (5 % des emplois), et à la faiblesse des emplois ouvriers (9 %). On assiste par contre à la forte hausse des cadres et professions intellectuelles supérieures (36 % des emplois), devant les professions intermédiaires (25 %) et les employées (25 %). La capitale polarise ainsi 37 % des cadres franciliens et 13,5 % des cadres nationaux.

Les pouvoirs de commandement dans un espace restreint : le sociopôle parisien

Une approche par grandes fonctions économiques permet d’affiner ces analyses. Malgré la présence des grands Ministères et des fonctions politiques centrales, aux emplois au total assez limités, il n’y a globalement aucune hypertrophie de la fonction publique dans l’emploi parisien (10 % des emplois, 14 % avec l’éducation).

Paris-Centre apparaît surtout spécialisé dans les fonctions de direction, de commandement et de gestion (37 % du potentiel francilien) de l’économie nationale. Il accueille en effet de nombreux sièges sociaux d’entreprises, malgré la concurrence du pôle de La Défense. Cet espace est aussi très spécialisé dans les prestations intellectuelles (40 % du potentiel francilien ; cabinets d’avocats, d’audit, de conseil, services informatiques, publicité…). Ces activités, du moins leurs segments les plus stratégiques et souvent très lucratifs, sont souvent localisées dans le « Triangle d’Or », un espace compris entre le VIIIem, le IXem et le XVIIem  arrondissement.

Ces activités, acteurs et emplois sont au cœur du processus de métropolisation de la ville-capitale et de sa métropole. Car la surpolarisation parisienne réside moins dans la localisation en son sein de l’appareil d’Etat que dans le rôle - décisif - joué par les sièges décisionnels et les principales directions fonctionnelles des grandes entreprises. L’Ile-de-France, dont Paris, concentre en effet 80 % des sièges sociaux français.

Le fait est d’autant plus important que ces firmes sont de plus en plus concentrées économiquement, dont puissantes et influentes, et de plus en plus internationalisées. Les principales firmes transnationales françaises disposent aujourd’hui de plus de salariés à l’étranger qu’en France, faisant bien ainsi de Paris une ville-monde. Au delà de la classique présence des ambassades des pays étrangers, ces fonctions sont renforcées par la présence des sièges de deux organisations internationales : l’O.C.D.E et l’UNESCO.   

Au total, lorsque l’on regarde l’image, on doit comprendre que l’essentiel du pouvoir politique, économique et culturel se concentre en France dans un espace compris entre le sud de Boulogne-Billancourt (hors cadre), la Parc Monceau (nord-est de l’Arc de Triomphe) et le Jardin du Luxembourg. On y trouve aussi l’essentiel des acteurs de l’audiovisuel, publics comme privés : Maison de la Radio (en rive droite face aux grandes tours du XVem), France Télévision (près du Parc André Citroën sur Javel au sud-ouest), groupe TFI sur Boulogne Billancourt (le long de la Seine ; hors cadre)….

Cette concentration géographique du pouvoir se fonde aussi sur la puissance des réseaux interpersonnels de relations et des carnets d’adresses qui organisent les différents cercles de décision. Cette proximité spatiale survalorise aussi un certains nombres d’atouts métropolitains de premiers plans : clubs, salons ou associations plus ou moins fermés, restaurants de prestige, grands palaces de rang international… Le tout permet le fonctionnement d’un véritable sociopôle de rang international dans un territoire métropolitain d’une grande efficacité.  

En doit enfin relever une réelle spécialisation dans certaines fonctions nationales spécifiques. Comme la culture et les loisirs (musées, théâtres, spectacles, audiovisuel…), qui représentent 51 % du potentiel francilien. Comme la santé du fait du rôle spécifique des grands hôpitaux parisiens, souvent à la pointe de la recherche et de l’innovation.

Zooms d’études


Paris : le cœur du pouvoir

Le centre de Paris : ses monuments et musées prestigieux

Comme le montre l’image, nous sommes ici presque au centre géographique de Paris. La forte densité du bâti est cependant aérée par de grands axes : par exemple, on trouve en rive sud le Boulevard Saint-Germain qui rejoint la Seine au Pont Alexandre III (1900) ou le Boulevard des Invalides parallèle à la grande place du même non, en rive nord la Rue Royale qui part de la Place de la Concorde et le boulevard de la Madeleine.

Cet espace central est surtout doté d’un grand privilège : la présence d’une série de grands parcs et d’espaces verts parallèles ou perpendiculaires à la Seine qui mettent en valeur de prestigieux monuments qui sont autant d’atouts patrimoniaux, culturels et touristiques. On remarque aussi au sud de l’image les jardins des nombreux hôtels particuliers qui rappellent l’importance historique des demeures aristocratiques ou bourgeoises dans l’urbanisation de cet espace.    

Au nord, en rive droite donc puisque la Seine coule de la droite vers la gauche de l’image, s’étend le vaste complexe du Louvre. On distingue bien la cour Sully, carrée et fermée sur elle même, puis la cour ouverte avec en son centre la fameuse Pyramide de verre, de l’architecte sino-étatsunien Ming Pei inaugurée en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution de 1789 par le président François Mitterrand. C’est l’entrée principale qui donne accès au Musée du Louvre, un des plus grands musées du monde dont les collections sont exceptionnelles en quantité et en qualité. Dans le musée, on peut apercevoir la base de la première forteresse du Louvre bâtie sous Philippe Auguste en 1202.   

On distingue ensuite la Place du Carrousel et le grand Jardin des Tuileries créé au XVIem siècle. Il donne sur la Place de la Concorde, crée en 1763, avec en son centre l’obélisque de Louxor offert par Méhémet Ali, vice-roi d’Egypte, à Charles X en 1830. Dans cet axe historique majeur débute l’avenue des Champs Elysées (1670), longue de deux kilomètres, avec à gauche le Grand et le Petits Palais (musées), construits pour l’Exposition universelle de 1900, dont les immenses verrières sont bien reconnaissables.

Toujours au nord, mais plus loin de la Seine, sont bien identifiables l’ensemble des Halles et la rotonde de l’ancienne Bourse de commerce. On trouve ensuite le rectangle vert du jardin du Palais Royal, construit par Richelieu en 1628. Puis la Place Vendôme, de forme carrée, qui est due à l’architecte Jules Hardouin-Mansart en 1699, avec sa fameuse colonne élevée en 1810, et où se trouvent les plus prestigieux joailliers de la place de Paris. Et enfin, en bordure d’image, l’Eglise et la place de la Madeleine où se trouvent des épiciers et traiteurs de renom. Nous sommes ici dans un des hauts lieux de l’industrie et de la consommation de luxe dont la qualité urbaine forme l’écrin indispensable.  

Dans l’angle droit de l’image se trouve la pointe de l’Ile de la Cité. On distingue à la pointe le square du Vert-Galant, puis la masse du Palais de Justice et une partie de la Préfecture de Police de Paris avec le fameux Quai des Orfèvres qui abrite les services de la PJ, la police judiciaire.

Sur la rive sud sont bien reconnaissables les hauts bâtiments marrons de la Faculté de Médecine puis, le long de la Seine, le Musée d’Orsay (grands bâtiments rectangulaires) créé par le Président Giscard d’Estaing en 1986 en réutilisant l’ancienne Gare d’Orsay commencée en 1810. Juste en face se trouve les locaux de la Chancellerie de l’Ordre de la Légion d’honneur.

Enfin, la partie occidentale de l’image présente la vaste esplanade des Invalides avec au fond l’Hôtel des Invalides construit en 1670 par Louis XIV. Il est dominé par le dôme doré des Invalides, dû à Jules Hardoui-Mansart, qui culmine à 107 m. et est donc un repère dans le paysage parisien. Cet ensemble abrite, entre autres, des musées militaires et le tombeau de Napoléon 1er.

Un espace décisionnel stratégique au cœur du pouvoir politique

Cette image couvre l’espace qui est au cœur du pouvoir politique exécutif, législatif et judiciaire de la France. Cette concentration spatiale et la proximité géographique des différents acteurs qui en découle jouent un rôle éminent dans les choix politiques, diplomatiques, militaires, économiques, sociaux et culturels qui sont réalisés au nom de la France.  

En rive droite, le Palais de l’Elysée (1722), qui accueille la Présidence de la République, se trouve dans le coin nord-ouest de l’image sur la longue et étroite rue Saint-Honoré d’orientation ouest-est. On distingue bien la cour d’honneur et les bâtiments ainsi que le parc privé qui donne presque sur l’avenue des Champs Elysées. Au delà du Palais, lui même de volumes restreints, les différents services de la Présidence s’étendent sur plusieurs îlots voisins.    

A quelques centaines de mètres au nord-ouest (hors cadre, mais sur zoom 3) se trouve le Ministère de l’Intérieur, sur la Place Beauvau, et ses différents services qui occupent tout un îlot. On trouve aussi passant devant l’Elysée la rue Saint-Honoré où se trouve l’Ambassade du Royaume-Uni puis, plus au sud-est, l’importante ambassade des Etats-Unis située dans l’angle nord-ouest de la Place de la Concorde. Si le Ministère des Finances a quitté en 1988 l’aile nord du Louvre pour Bercy (XIIème arrondissement) tout à l’est de Paris (zooms 6 et 7), la Place Vendôme accueille le Ministère de la Justice alors que le Palais Royal abrite le Conseil d’Etat, le Conseil constitutionnel et le Ministère de la Culture.

Sur la rive sud, la densité des sites emblématiques du pouvoir est encore plus marquée dans l’espace compris entre l’esplanade des Invalides et le boulevard Saint-Germain qui, partant de la Seine devant l’Assemblée nationale va vers le sud-est et le quartier Latin. Le Ministère des Affaires Etrangères est au Quai d’Orsay (hôtel de 1705) qui constitue un vaste ensemble bordant au bord de la Seine l’esplanade des Invalides. Juste à coté se trouve l’Assemblée nationale, qui fait face au pont de la Concorde, et l’Hôtel de Lassay (1730) dont les toits verts sont bien repérables. En descendant vers le sud se trouve ensuite la Rue Saint-Dominique qui accueille le Ministère des Armées, logé dans l’Hôtel de Brienne, et l’ancien Etat-Major des Armées (complexe de bâtiments sur le Boulevard Saint Germain) et le petit Ministère des Sports. Juste à la pointe, Rue de Solférino se trouvait durant de longues années le siège du Parti socialiste.

Puis la longue Rue de Grenelle accueille les Ministère du Travail (cf. accords de Grenelles de 1968 qui y sont signés) et de l’Education nationale, mais aussi vers l’esplanade des Invalides les ambassades de Pologne, de Suisse et de Corée du Sud par exemple. Plus au sud encore se trouve la Rue de Varenne qui accueille le Premier Ministre à l’Hôtel Matignon (1724) et le Ministère de l’Agriculture, mais aussi le Musée Rodin sur l’esplanade des Invalides, avec en dessous le lycée Duruy et la Présidence de la Région Ile-de-France rue Barbet de Jouy. Enfin, le Boulevard Saint-Germain accueille le Ministère des Transports et celui de la Transition écologique alors que le Ministère des Outre-Mer est Rue Oudinot.


La Tour Eiffel, le Champs de Mars et la Seine

L’image est centrée sur le Champs de Mars et les beaux quartiers bourgeois du VIIem, XVem et, de l’autre côté de la Seine, du_XVIem arrondissements. Il est bordé au sud-est par l’Ecole Militaire et ses vastes emprises, derrière laquelle se trouve le Palais de l’UNESCO, l’agence de l’ONU pour l’éducation et la culture dont le bâtiment présente une forme triangulaire et qui rappelle le rôle de Paris comme métropole mondiale. Nous sommes ici au cœur du Faubourg Saint-Germain (quartier du gros caillou par ex) et les prix immobiliers sur le Champs de Mars atteignent des sommets vertigineux.

Le rôle des expositions universelles de 1889 et 1937 :  Paris, ville-monde

Au centre se reconnaît aisément la fameuse Tour Eiffel. Elle est construite pour l’Exposition universelle de 1889 et culmine à 324 m avec son antenne. C’est sans doute le monument touristique le plus emblématique de Paris à l’international. A droite se trouve le Musée du Quai Branly, bien reconnaissable avec ses espaces verts et son toit marron, du au Président Jacques Chirac et ouvert en 2006.  

En face, de l’autre côté de la Seine, qui comme le montre l’image est un axe fluvial animé par d’importants flux de bateaux de tourisme et de péniches pour le fret, se trouve le Palais de Chaillot et le complexe des Musées du Trocadéro avec ses deux ailes bien reconnaissables. Ils sont construits pour l’Exposition universelle de 1937. Ils abritent aujourd’hui le Musée de l’Homme, le Musée de la Marine, le Théâtre National de Chaillot et la Cité de l’architecture.  

Les opérations urbaines des années 1970 aux années 2000

Cet espace a aussi connu dans les années 1970 de profondes transformations urbaines (Opération Front de Seine) comme en témoignent le long de la Seine en rive gauche la succession d’une vingtaine de grandes tours sur quai de Grenelle et le grand centre commercial Paris Beaugrenelle ouvert en 1979. Ces bâtiments tremplacent les vieux quartiers industriels du sud Grenelle et de Javel (chimie, usines de munitions puis d’automobile Citröen, usines électriques de la Thomson…).

De même, entre le Champs de Mars et le Boulevard de Grenelle - qui traverse la Seine par le Pont de Bir-Hakeim (très utilisé dans les publicités ou les films comme de nombreux pont de Paris), en s’appuyant sur le petite Ile aux Cygnes - se trouve l’ancienne caserne Dupleix détruite en 1989. Ses vastes emprises ont été converties en une nouvelle zone résidentielle relativement aérée avec ses allées vertes bien repérables. Tout prêt d’ici était situé le fameux Vélodrome d’Hiver (1909/1959), le Vel’d’Iv, aujourd’hui disparu qui servit en 1942 pour l’une des plus grandes rafles de Juifs de Paris durant l’occupation nazie.  


Les beaux quartiers de l’ouest parisien

Les beaux XVIème et XVIIème arrondissements

L’image est centrée sur l’axe historique qui traverse Paris du Louvre à La Défense dans les Hauts de Seine (hors cadre) avec en son centre la Place de l’Etoile et l’Arc Triomphe, débuté sous Napoléon 1er en 1806 et achevé en 1836 sous Louis Philippe. A l’est se déploie la fameuse Avenue des Champs Elysées, longue de 2,2 kilomètres. Elle est continuée à l’ouest par l’Avenue de la Grande Armée qui donne sur la Porte Maillot et son important ensemble de spectacles et de congrès en limite du boulevard périphérique. En bas à droite sont bien identifiables les musées du Grand et du Petit Palais, le Palais de l’Elysée (Présidence de la République) et le Ministère de l’Intérieur (cf. zoom 1).

Nous sommes ici dans les beaux quartiers de l’ouest parisien, avec le XVIem arrondissement au sud, le XVIIem arrondissement au nord, le VIIIem arrondissement à l’est et, de l’autre côté du périphérique, la ville de Neuilly. On est frappé par un urbanisme de prestige qui associe grandes avenues arborées, comme la fameuse Avenue Foch qui partant de l’Etoile a une orientation nord-est/sud ouest, et des places souvent imposantes vers lesquelles convergent les axes (cf. place Victor Hugo au sud de l’Avenue Foch). Au nord-est se trouve le Parc Monceau d’une surface de 8,2 hectares (1852) situé sur le Boulevard de Courcelles, un quartier lui aussi très chic. A l’ouest, Porte de la Muette, le Château de la Muette, un hôtel particulier construit par le baron Henri de Rothschild en 1922, est le siège de l’O.C.D.E, une grande organisation internationale des pays développés.    

La ville de Neuilly, la banlieue chic en prolongement de l’ouest parisien  

Au nord-ouest de l’image et de l’autre coté du périphérique se trouve la ville de Neuilly. C’est une des communes les plus riches de France. Le revenu médian des ménages après impôts y atteint 42 800 euros, contre 41 500 pour le très riche VIIeme arrondissement, et 26 200 euros pour l’ensemble de Paris.

Nous sommes pourtant là en banlieue. Mais très très loin de ce que peut être la Seine-Saint-Denis ou le Val-de-Marne. Car sous le terme générique de banlieue se cachent de multiples banlieues. Neuilly prolonge en fait vers l’ouest les beaux quartiers parisiens, tant au plan de sa sociologie que de son urbanisme. L’image témoigne bien de la qualité de l’espace résidentiel qui apparaît très arboré tant dans les rues et avenues (Avenue du Roule…) que dans l’intérieur des îlots urbains avec de nombreux jardins et parcs privatifs.   

Le Bois de Boulogne : le poumon vert de l’ouest parisien  

Appartenant au XVIeme arrondissement, le Bois de Boulogne est, avec le Bois de Vincennes à l’est, un des deux grands poumons verts de la capitale. Il s’étend à l’emplacement d’une ancienne forêt qui servit longtemps au Moyen-Age de réserve de chasse royale avant d’être cédé par Napoléon III à la Ville de Paris. Son aspect actuel date donc des travaux lancés entre 1853 et 1857 sous le Second Empire. Il couvre aujourd’hui 8,46 km2.

On distingue bien au nord le Jardin d’acclimatation, un ancien petit zoo transformé en parcs d‘attraction, le lac inférieur et les installations du Cercle du Bois de Boulogne (tennis en orange). Cette présence rappelle l’importance de parc comme lieu de récréation, de promenade et de détente (Jardins de Bagatelle, hippodrome de Longchamps, Pré Catelan…) et d’accueil soit de grandes fondations (Louis Vuitton…), soit de clubs privés particulièrement huppés (Golf du Polo Club de Paris, Racing Club…).  


Les îles, le Quartier latin et le Luxembourg 

Le cœur historique du Paris antique puis médiéval

L’image est centrée sur la Montagne Sainte-Geneviève dominée par le Panthéon (1790). Sur la rive gauche se trouvent les Vème et VIème arrondissements. A droite se trouve le Jardin du Luxembourg, avec au nord le Palais du Sénat (1631). Il est bordé par le Boulevard Saint-Michel d’orientation nord/sud, qui croise le Boulevard Saint-Germain, d’orientation ouest/est.

A leur angle se trouvent les anciens thermes romains et le Musée de Cluny (hôtel de 1510), bien identifiables par les espaces verts. Les anciennes Arènes de Lutèce se trouvent à l’est du Panthéon (place ronde jaune entourée de verdure). Avec l’Ile de la Cité, nous sommes au cœur historique de Paris.   

Nous sommes ici surtout au cœur du Quartier Latin avec ses universités et centres de recherche (Collège de France…), comme l’Institut de Géographie de la rue Saint-Jacques, ses éditeurs et librairies ou ses théâtres (Odéon, au nord du Sénat, toit rouge, à coté de l’Eglise Saint Sulpice). La Place du Panthéon ouvre au sud sur la rue d’Ulm où se trouve l’Institut Pierre et Marie Curie contre le cancer puis l’Ecole Normale Supérieure de la Rue d’Ulm.

A l’est et en bordure de Seine se trouve le grand complexe universitaire de Jussieu, construit sur l’ancienne Halle aux Vins en 1964 et dominé par sa haute tour. Il est bordé vers la Seine par l’Institut du Monde arabe inauguré par François Mitterrand en 1987. Il est complété au sud-est par le Jardin des Plantes doté d’un parc de 23 hectares et le Muséum national d’histoire naturelle et ses nombreux Musées dont la fameuse Grande Galerie de l’Evolution (toit blanc brillant), avec en face la Grande Mosquée de Paris (1926).

Le Paris des îles

Les deux îles - Ile de la Cité à l’ouest, Ile Saint-Louis à l’est - sont au cœur de la ville. Si l’Ile Saint-Louis est résidentielle, l’Ile de la Cité est vouée pour l’essentiel d’un côté aux fonctions religieuses avec la cathédrale Notre-Dame-de-Paris (1163/1345), de l’autres aux fonctions publiques avec d’est en ouest l’Hôpital de l’Hôtel-Dieu (grands quadrilatères gris), la Préfecture de Police et le Tribunal de Commerce et, enfin, le puissant complexe du Palais de Justice.  

Celui-ci abrite le Palais de Justice, en cours de déménagement vers les Batignolles au nord-ouest de Paris dans de nouveaux locaux près du périphérique, la direction de la Police judiciaire, le fameux Quai des Orfèvres, et la Cour de Cassation, une des plus haute juridiction du pays. On y trouve aussi deux grands monuments, la Conciergerie et la Sainte-Chapelle, édifiée par Saint Louis (1248), qui sont l’héritage du Palais de la Cité qui servit de résidence et de siège au pouvoir royal du Xème au XIVème siècles.  

En rive droite face à l’Ile de la Cité se trouve la Tour Saint-Jacques (1523) avec le Théâtre de la Ville et le Théâtre du Châtelet, et - plus à droite - l’Hôtel de Ville de Paris. Au coin nord-est de l’image s’étend le quartier du Marais alors que le toit bleu de Beaubourg- Centre Georges Pompidou, ouvert en 1977, se distingue au coin de l’image.


Le nord-est et les gares du Nord et de l’Est

Nous sommes ici dans le nord-est parisien, le Paris traditionnellement ouvrier et populaire des Xème, XVIIIème, XIXème et XXème arrondissements. Il est traversé par le bassin de la Villette (1808) et le canal Saint Martin (1822), qui continue le canal de l’Ourcq, construit entre 1802 et 1825 pour alimenter Paris en eau, pour rejoindre la Seine.

Le Paris des gares ferroviaires : entre héritages et contraintes

L’image est centrée sur la gare du Nord (1846, avec le réseau TGV vers Bruxelles et Londres), en haut à gauche, et la gare de l’Est (1849), en bas à droite, dont les emprises ferroviaires sont considérables. Cette présence de très grandes gares (Montparnasse, Saint-Lazare, Austerlitz, Lyon, de l’Est et du Nord, Bercy) témoigne du rôle de Paris comme nœud ferroviaire central dans l’espace national er régional.

Mais, comme dans de nombreuses métropoles européennes, elles finissent en cul-de-sac puisqu’elles ont été construites au XIXème siècle par des compagnies ferroviaires régionales. Cette organisation technique et spatiale aboutit à une rupture de charge qui induit aujourd’hui de nombreux déplacements pour accéder d’une gare à l’autre. Tout en bas de l’image enfin se trouve la Place de la République, haut lieu des manifestations politiques et syndicales.  

Les forts contrastes des quartiers populaires du nord-est et de l’est

Cet espace présente pourtant de forts contrastes urbains et sociaux. Ainsi, tout en haut à droite est bien identifiable la chic Butte Montmartre, point culminant de Paris à 130 m. Elle couronnée par la basilique blanche du Sacré-Cœur, un monument emblématique de Paris lancé en 1875 pour célébrer l’écrasement de la Commune de Paris de 1871. C’est aujourd’hui un haut lieu du tourisme, avec par exemple sa fameuse Place du Tertre et ses peintres. Elle s’oppose nettement au quartier très populaire et encore très immigré de La Chapelle qui s’étend à l’est entre le boulevard Barbès, d’orientation nord/sud, et les voies ferrées.  

 Au sud, à ses pieds, passe un des grands axes (Boulevard de Rochechouart, puis de La Chapelle…) qui se caractérise par sa ligne de métro aérien, un cas assez rare puisque l’essentiel du réseau est, comme le RER, souterrain. A l’est de l’image se trouve le parc des Buttes Chaumonts, un îlot de verdure de 24 hectares ouvert en 1867 dans un tissu urbain très dense. Son sous-sol fut exploité jusqu’en 1860 par des carrières de gypse et de meulière pour la construction. Cet exemple vient rappeler que le sous-sol de Paris, et d’une partie de sa banlieue, est souvent un véritable gruyère et que le Service des Mines est chargé de sa surveillance afin de prévenir effondrements ou éboulements.       


Les Gares de Lyon et d’Austerlitz et les nouvelles opérations urbaines 

Le boulevard périphérique : l’axe urbain le plus embouteillé d’Europe

L’image est centrée ici sur l’entrée de la Seine dans Paris, au sud-est de la ville. Nous sommes ici dans le XIIeme, au nord, et XIIIeme, au sud, arrondissements. On reconnaît dans l’angle sud-est le boulevard périphérique. Construite par étape entre 1956 et 1973 sur l’emplacement des anciennes fortifications afin de répondre à l’explosion du trafic automobile, cette voie circulaire de 35 km fait le tour de Paris.

Neuf autoroutes ou voies rapides viennent s’y greffer. C’est aujourd’hui le grand axe urbain le plus emprunté et le plus embouteillé d’Europe malgré la construction de deux systèmes autoroutiers de contournement en banlieue et grande banlieue ces dernières décennies.  

Les opérations urbaines des gares de Lyon et Austerlitz : la conquête de l’est

La Seine est bordée de part et d’autre par d’importantes emprises ferroviaires. Du fait de la présence du fleuve et des gares, ces espaces accueillirent très longtemps des activités industrielles, artisanales ou d’entrepôts. Elles ont connu ces dernières décennies de grandes opérations urbaines bien lisibles sur l’image.   

En rive droite, le quartier de la Gare de Lyon, ouverte en 1849, a été profondément remanié avec la construction d’un semble de vastes tours dominant le fleuve, en particulier les nouveaux bâtiments du Ministère des Finance qui borde le pont de Bercy sur lequel passe le métro aérien. Vers le sud-ouest se distingue bien l’immense tache grise du complexe Arena – ex-Palais omnisport Paris-Bercy, une vaste salle de sport et de spectacle ouverte en 1984 - puis le grand parc de Bercy (14 ha.) créé en 1993 auquel est collé au sud le « village de Bercy ».

Sur la rive sud, la gare d’Austerlitz est bordée au sud par les emprises de l’Hôpital de la Pitié Salpêtrière. Puis le long de la Seine se distingue le site de la Grande Bibliothèque François Mitterrand (zoom 7) puis, surtout, le nouveau quartier universitaire des années 2000 qui accueille en particulier l’Université Paris Diderot.   

Plus au nord-est de l’image (hors cadre), la ZAC Charenton est un des derniers grands espaces urbains disponibles. Cette friche de 80 hectares se situe entre l'un des plus grands faisceaux ferroviaires d'Europe, un énorme échangeur autoroutier et un accès direct à gare de Lyon, au périphérique et au bois de Vincennes. Après la construction de la Tour Montparnasse (210 m.), entre 1969 et 1973, la question de l’érection de très hauts bâtiments, et donc la très forte densification du foncier, était devenue un tabou jusqu’à la construction des nouveaux bâtiments du Palais de Justice aux Batignolles en 2018 le long du boulevard périphérique. Dans le contexte actuel, on voit réapparaitre la multiplication de nouveaux projets de hautes tours de 100 à 200 m. de haut.


La Seine, Bercy et la Grande Bibliothèque F. Mitterrand

Aménagements, densifications et rares espaces verts

La Seine, utilisée aussi comme espace résidentiel prisé par certains Parisiens comme en témoignent les nombreuses péniches amarrées au quai, est traversée par deux ponts, de Tolbiac en haut, de Bercy en bas avec la passerelle Simone de Beauvoir au centre. La Seine est à la fois une coupure urbaine imposant ses contraintes, mais tout autant un axe logistique et un lieu de détente et de promenade, très fréquenté dans sa zone centrale par les touristes. L’affectation des berges aux différentes fonctions est parfois l’objet de vives polémiques (cf. piétonisation des berges dans le centre).

Dans la capitale, le foncier est rare, donc très cher et les emprises disponibles précieuses. L’image montre se faisant face deux logiques opposées dans la réaffectation des grandes emprises, de plus en plus rares, qui peuvent se libérer lors de l’arrêt d’une activité. A droite a prévalu la densification à la fois des parcelles et des îlots avec la construction de bâtiments élevés et très serrés malgré quelques efforts de plantation. A gauche a prévalu une logique de dédensification avec la création dans la continuité du grand complexe de Bercy d’un nouveau parc urbain. A signaler en dessous de celui-ci, de l’autre coté de pont de Bercy en limite de document une vue sur le Ministère de l’Economie et des Finances.
 
Monumentalité et marqueurs spatiaux du pouvoir : les grandes opérations présidentielles

L’autre intérêt de l’image est de présenter la Grande Bibliothèque Nationale de France François Mitterrand. Lancée par le Président, elle est construite sur l’emplacement d’une ancienne verrerie au cœur de la ZAC Rive Gauche et inaugurée en 1995. S’étendant sur un site de 7,5 hectares, elle est constituée d’un grand quadrilatère surélevé dominé à chaque angle par une tour de 79 m. de haut (22 étages) à deux ailes symbolisant un livre ouvert avec à l’intérieur un jardin arboré.

Cet exemple est emblématique d’une ancienne tradition monarchique remobilisée par de nombreux Présidents de la Veme République. Georges Pompidou (Centre Beaubourg, voies sur berge), Valéry Giscard d’Estaing (Gare d’Orsay), Jacques Chirac (Musée des Arts Premiers) et François Mitterrand (Pyramide du Louvres, Grande Bibliothèque, Arche de La Défense…) ont cherché à travers un monument à laisser une marque de leur passage dans le tissu urbain parisien. Ces grandes opérations présidentielles, très rares dans les autres capitales européennes, sont là encore un des caractères très spécifiques du rôle de Paris comme ville-capitale.    


Les transformations du XVem et d’Issy-les-Moulineau

Le Parc des expositions de la Porte de Versailles

Nous sommes ici dans l’extrême sud-ouest de Paris. On reconnaît au nord les boulevards des Maréchaux et le boulevard périphérique, qui sert de limite communale. Cet espace intermédiaire a été lui aussi profondément remanié par de grandes opérations immobilières.

A l’est se reconnaît le vaste complexe du Parc des Expositions de la Porte de Versailles, dont les premières constructions datent des années 1920/1930. Ses huit pavillons, représentant 228 000 m2, accueillent de grands évènements comme le Salon de l’Agriculture. La forme ronde et grise, bien visible, est le « Dôme de Paris ». Il rappelle l’importance de Paris et de l’Ile-de-France comme grand pôle national et international de salons, congrès, séminaires et expositions techniques et commerciales.

L’importance des fonctions militaires : DGA et nouvel Etats-Majors des Armées

Tout le reste de l’emprise - de la rue de la Porte d’Issy, qui borde le grand pavillon 1 (masse grise avec petits points blancs), à la Seine – est d’une toute autre nature. On y trouve un premier vaste ensemble avec une tour dominant une forme ronde : ce sont les services centraux de la Direction Générale des Armements (DGA) du Ministère de la Défense qui participe au pilotage des industries d’armement.

Vers la Seine, un nouveau complexe noir aux nombreux bâtiments entremêlés a été construit : c’est l’« Hexagone Balard », parfois dénommé « Pentagone à la française », construit entre 2012 et 2015. C’est ici que se trouvent les quelques 9 300 militaires de l’Etat-Major des Armées, qui a quitté ces anciens locaux du Boulevard Saint-Germain prés du site du Ministère de la Défense. Nous sommes ici au cœur du centre opérationnel des Armées françaises pour ses interventions en France et dans le monde.    

Issy : métamorphose et gentrification d’une vieille commune industrielle
 
Au sud de l’image, de l’autre côté du périphérique, nous rentrons dans la banlieue. Nous sommes ici sur la commune d’Issy-les-Moulineaux. Le paysage et les formes urbaines changent considérablement avec une juxtaposition de structures différentes : quartiers pavillonnaires, habitats collectifs des années 1930, 1950/1960 ou 1980/2000, nouvelles opérations d’urbanisme des années 2010 sur le front de Seine… Cette vieille commune ouvrière s’est métamorphosée et progressivement gentrifiée en quelques décennies.

A l’ouest, au bord du périphérique, s’étend l’héliport qui accueille les hélicoptères des administrations ou des riches hommes d’affaires alors que de survol de Paris est strictement interdit à basse altitude pour des raisons de sécurité. Au sud se trouvent un parc et des installations sportives et à l’est l’Aquaboulevard (pointes grises et piscines bleues extérieures) et un grand complexe commercial.  

Mais ces dernières années, l’essentiel s’est joué vers la Seine, tout l’espace à l’ouest de l’héliport ayant été bouleversé par de grandes opérations immobilières. Cet espace accueille d’importants sièges sociaux de grandes firmes françaises ou étrangères (logiciels, informatique, pharmacie…) et les locaux de l’audiovisuel public (France Télévision…) ou pivé. Dans le coin ouest de l’image se trouve le long de la Seine l’usine du Sycton (toits marrons rectangulaire), qui brûle les ordures ménagères de la ville de Paris et d’une partie de la banlieue. Elle est complétée par celles de Saint-Ouen (93) et d’Ivry-sur-Seine (92). De même, on y trouve une importante centrale à béton, qui alimente tous les chantiers de Paris, directement en bordure de Seine où elle reçoit par péniche sable et ciment. Ce sont les derniers héritages de l’ancienne industrie d’Issy.     


La proche banlieue sud

Le rôle des Portes pour entrée dans Paris

Nous sommes ici au sud-ouest de Paris, à cheval sur Paris au nord et les communes de Malakoff et Montrouge au sud. Le puissant axe ferroviaire qui coupe l’angle nord-ouest de l’image dessert la gare Montparnasse.

Comme dans tout Paris, les grandes artères débouchent sur des « Portes » : a l’est, l’avenue du Général Leclerc arrive à la Porte d’Orléans, puis vient la Porte de Chatillon entre le cimetière et le centre sportif Jules Noël, puis la Porte de Vanves, moins connue cependant que le Porte de Clignancourt au nord de Paris pour son « marché aux puces ».   

Cette terminologie est aussi utilisée pour nommer les stations de métro des lignes parisiennes. Elle témoigne bien des très vieux héritages séculaires qui structurent les rapports identitaires entre Paris et la banlieue de sa première couronne urbaine.

L’ancienne zone des fortifications : un espace tampon entre Paris et sa banlieue

Comme pour Issy-les-Moulineaux, l’hétérogénéité urbaine prédomine. Mais contrairement à Issy, le vieux tissu mixte de la banlieue ouvrière garde encore la marque de quelques usines et ateliers. Pour autant, l’économie locale se transforme avec l’arrivée de sièges d’entreprises qui fuient les prix immobiliers de plus en plus élevés de Paris-intra muros. Ainsi, une grande banque, le Crédit agricole, a installé son siège social  en plein Montrouge (bâtiments rectangulaires et gris entourant un parc avec une tâche blanche).

Mais le plus remarquable réside sans doute dans la zone tampon qui se déploie entre Paris et sa banlieue. Au nord du périphérique, sur le territoire de la vile de Paris, se trouve un espace intermédiaire bordé au nord par un grand axe est/ouest, le Boulevard Brune, sur lequel une ligne de tramway a été installée. Il appartient à la ceinture des boulevards dits des Maréchaux, du nom des généraux et maréchaux du 1er Empire dont ils portent les noms.

Cette zone correspond à l’ancienne ceinture des fortifications qui entouraient Paris. Leur destruction a libéré de vastes emprises occupées par des cimetières, des ensembles de logements sociaux aux formes urbaines et architecturales bien marquées et des fonctions collectives (établissements scolaires comme le Lycée Raspail avec ses trois barres blanches et infrastructures sportives).   

Références ou compléments bibliographiques

Ouvrages :

Laurent Carroué : « L’Ile-de-France », in Les Treize régions françaises, coll. U, Armand Colin, Paris, 2018.

Jean Favier : Parus, deux mille ans d’histoire, Fayard, Paris, 1997.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon : Les Ghettos du gotha, Le Seuil, Paris, 2007.

Organismes :

APUR/ Atelier Parisien d’Urbanisme

IAURIF/ Institut d’Aménagement et d’urbanisme de la région Ile-de-France

Contributeur

Laurent Carroué, Inspecteur Général de l'Education Nationale