Le vignoble d’Aloxe-Corton dans la Côte de Beaune

Nous sommes ici au nord de l’agglomération de Beaune dans la partie septentrionale de la Côte de Beaune dont la limite avec les Côtes de Nuits passe au nord des communes de Pernand-Vergelesses et Ladoix-Serrigny. On trouve successivement au nord le village de Pernand-Vergelesses, au centre celui Aloxe-Corton, au centre-ouest celui de Savigny-les-Beaune, dominé au sud par l’autoroute A6 Paris/Lyon, et enfin au sud l’une des zones industrielles de l’agglomération de Beaune.
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Le nord de la Côte de Beaune

Cet espace est organisé dans ce document par deux sous-ensembles naturels bien identifiables car caractéristiques. A l’ouest la retombée des plateaux calcaires de des Hauts-de-Côte demeure largement boisée. Au centre se déploie la bande viticole caractérisée par l’importance de l’emprise de la vigne, la taille souvent minuscule du parcellaire, la densité du réseau viaire et la présence régulière de petits villages viticoles (Pernand-Vergelesses : 143 ha.), Aloxe-Corton (220 ha.), Savigny-les-Beaune (400 ha.). Cet espace correspond à un escalier de failles qui forme un glacis topographique bien drainé, aux sols quaternaires localement d’une grande variété pédologique (calcaire, marnes, éboulis, limons…), exposé à l’est et au sud-est. Ce climat d’abri assure des étés et des automnes secs et chauds très favorables à la vigne.
Chaque finage de village s’étend perpendiculairement aux reliefs afin de valoriser les différents terroirs. Si le village d’Aloxe-Corton est sur un site de rupture de pente comme de très nombreux villages viticoles réputés des Côtes de Nuits ou de Beaune (Vougeot, Vonse-Romanée, Pommard, Volnay, Santeny, Saint-Romain, Meursault…), ceux de Pernand-Vergelesses et Savigny-les-Beaune sont situés en fond de combe.
Du fait du prix très élevé du foncier agricole, les villages présentent très souvent un aspect groupé et ramassé, l’urbanisation récente, résidentielle ou économique, se développant alors aux marges sur les terres les plus accessibles. On remarque en particulier le tracé de l’autoroute A6 Paris/ Lyon en balcon qui, descendant du col de Bessey-en-Chaume, entaille le moins possible les terrains viticoles. Par contre, ce tracé fournit une magnifique coupe topographique de transition entre les hauts plateaux forestiers, la vallée du Rhoin, le vignoble étagé des montagnes de Beaune et de Corton et, enfin, la plaine de Saône.

Aloxe Corton et les grands crus bourguignons

Le petit village d’Aloxe-Corton bénéficie lui aussi d’une immense réputation. Le nom de Corton-Charlemagne, un vin blanc réputé, rappelle le don fait par Charlemagne d’un vignoble à l’Abbaye de Saulieu en 755 ap. J.C.. D’une superficie de 220 hectares, le vignoble d’Aloxe-Corton s’étend en particulier sur les flancs de la colline de 338 mètres, la « montagne », qui domine au nord de manière bien visible le village et donne les grands crus. Ici, sur les hautes pentes calcaires domine le cépage chardonnay utilisé pour les vins blancs et plus bas le pinot noir utilisé pour le vin rouge. Cette géographie aux échelles spatiales très fines témoigne d’une valorisation exceptionnellement détaillée des différentes qualités des terroirs associées aux différents choix de cépages.
Ainsi, le fameux Corton-Charlemagne blanc, situé en haut du versant sud de la montagne, s’étend en pente douce vers l’ouest et le village de Pernand-Vergelesse. Comme le souligne jusqu’au XIXem siècle la domination du cépage aligoté blanc dans la commune, remplacé donc aujourd’hui par le chardonnay, les acteurs locaux ont su faire preuve d’adaptations permanentes aux demandes du marché.  En 2011, le bois de Corton, situé en haut de la colline, était menacé par un projet de carrière. Il a du être abandonné sous la pression, entre autres, de l’association « Paysage de Corton », une association de domaines des communes d’Aloxe-Corton, de Ladoix-Serrigny et de Pernand-Vergelesses. Ses adhérents s’étaient mobilisés au nom de la préservation de l’identité d’un paysage viticole exceptionnel de Bourgogne, et donc d’un lieu de vie et d’activité professionnelle viticole. 
Cette hiérarchie des terroirs se retrouve aussi à Pernand-Vergelesses et à Savigny-les-Beaune. Dans ce dernier village, les vignobles se déploient de part et d’autre de la vallée du Rhoin, petite rivière que l’on identifie bien sur le document. Les vignobles du sud atteignent une maturité huit à dix jours en moyenne plus précoce que ceux du nord, témoignant donc du rôle de l’exposition des parcelles. A ceci s’ajoutent les différences des sols : les vignobles méridionaux (la Dominode, les Jarrrons, les Marconnets…) sont sur des sols graveleux qui donnent des vins plus légers, alors que les vignobles du nord sont sur des sols plus argileux et donnent des vins réputés plus corsés (les Larivières, les Guettes, les Serpentières…). 

Beaune et les enjeux économiques et sociaux du vignoble

Enfin, au sud du document, apparaît le début de l’agglomération de Beaune, qui s’affirme comme la capitale du vignoble bourguignon. La zone d’activité coupée en deux par l’autoroute A6 accueille en particulier toute une série d’entreprises spécialisées dans la viticulture (négociants, production de matériel viticole comme les cuveries, les verriers, commercialisation, services et organismes spécialisés, logistique, imprimerie, emballages…). Dans la zone viticole de Beaune, la filière viti-vinicole représente, avec plus de 4 500 emplois, en effet plus de 22 % de l’emploi total.
Cette situation vient rappeler l’importance du vignoble des Côtes de Nuits et de la Côte de Beaune dans l’économie du département de la Côte d’Or, et plus globalement de la Région Bourgogne - Franche Comté. Au total, le département de la Côte d’Or compte 1 216 exploitations viticoles couvrant 9 436 hectares de vignes, soit une moyenne de 7,8 hectares seulement par exploitation. 73 % des exploitations viticoles mettent en valeur chacune moins de 10 hectares, et 45 % moins de 5 hectares. La forte densité des pieds de vignes à l’hectare (jusqu’à 11 000 pour les Grands Crus), le fort morcellement des parcelles, les difficultés d’accès aux clos et la qualité des soins apportés à la vigne, qui explique une faible mécanisation, se traduisent en particulier par l’importance de la main d’œuvre saisonnière (taille, récoltes…). Chaque hectare de vigne requiert environ 28 jours de travail saisonnier. Au total, ce sont à peu près 25 000 contrats de saisonniers qui sont contractés par an, représentant plus de 250 000 journées de travail.

Documents complémentaires

Bourgogne - Des Côtes de Nuits : le vignoble de Gevrey-Chambertin et les climats bourguignons
Bourgogne - Les vignobles de Nuits-Saint-Georges et Vosne-Romanée : les « perles » de la Côte de Nuits

Site de l’UNESCO : Le dossier de classement « Les Climats du vignoble de Bourgogne ». 

Site des Climats de Bourgogne

Contributeur

Laurent Carroué, Inspecteur Général de l'Education Nationale