Lampedusa : une île-frontière au cœur des migrations internationales entre l’Afrique et l’Europe

Appartenant à l’archipel italien des Pélages, la petite île de Lampedusa est devenue ces dernières décennies une île-frontière au cœur des flux internationaux de migrants clandestins cherchant par la Libye à entrer dans l’Union européenne. Ceci s’explique par sa situation géographique au centre de la Méditerranée centrale et sa proximité avec la rive sud d’un côté ; par la montée des enjeux démographiques et de développement en Afrique subsaharienne et l’implosion de la Libye devenue la proie de milices armées pour lesquelles le trafic de migrants s’avère très lucratif de l’autre.
em_lampedusa-20181030-s2b-msil1c.png

Légende de l’image

Image satellite de Lampedusa, petite île située au centre de la mer Méditerranée, d’une superficie d’environ 20 km², Cette image a été prise le 30 octobre 2018 par un des satellite Sentinel-2. Il s'agit d'une image satellite, vraie couleur, dont la résolution est de 10m.

Présentation de l’image globale

Lampedusa, une petite île des Pélages au cœur des flux migratoires

Une petite île italienne en Méditerranée centrale

Comme le montre l’image, Lampedusa est une île étroite et allongée est/ouest de petite taille. Elle a une superficie de seulement 20,2 km2. C’est une table calcaire de faible altitude (point culminant : 133 m), assez plate et largement entaillée par de nombreuses vallées. Son littoral, en particulier méridional, est très échancré avec une alternance d’anses et de promontoires et présente des petites falaises. Son abord maritime n’est donc pas facile.

L’essentiel de ses 6 300 habitants (311 hab./km2) est concentré à l’est de l’île, pour l’essentiel dans la ville même de Lampedusa. La ville historique est nichée au fond d’une petite baie qui lui assure une position d’abri et de défense naturelle ; elle porte de fortes densités et présente une trame urbaine géométrique. La campagne environnante est densément occupée par de nombreuses maisons individuelles.

Le contact avec l’extérieur est organisé par deux équipements bien lisibles sur l’image. Dans la baie, son petit port est protégé par deux digues qui en ferment l’accès ; il est organisé autour de deux ensembles à l’ouest (nombreux bateaux au mouillage) et à l’est. On remarque aussi l’aérodrome avec sa longue piste en bord de mer et d’orientation ouest/est qui assure aujourd’hui l’essentiel des liaisons avec l’Italie.     

Une île de l’archipel des Pélages : la difficile fixation des frontières maritimes

Lampedusa appartient à l’archipel italien des Pélages qui regroupe aussi les petites îles de Linosa (nord) et Lampione (nord-ouest). A 180 km au nord-ouest se trouve l’île italienne de Pantelaria. Cet archipel est rattaché administrativement à la province d’Agrigente, ville au sud-ouest de la Sicile. A 200 km au nord-est se trouve par contre l’île indépendante de Malte.

Cet archipel est localisé dans une région maritime stratégique au cœur de la Méditerranée centrale. Il se situe en effet au centre du bras de mer qui connecte la Mer Tyrrhénienne au nord-ouest et la Mer Ionienne au nord-est et, surtout, qui passe entre la Sicile et la Tunisie séparée par 300 km environ de distance. Dans ce cadre, l’île de Lampedusa se trouve plus prêt de la rive sud que de la rive nord : elle est en effet à 250 km de la Sicile, mais à seulement 128 km de la Tunisie. Enfin, à environ 292 km vers le sud-ouest se trouve la Libye.

La présence de ces nombreuses îles dans un espace maritime assez restreint et stratégique convoité par trois Etats (Italie, Malte, Tunisie) a débouché sur de nombreux contentieux concernant la définition des frontières maritimes. Au nord-est des îles Pélages, les eaux furent revendiquées à la fois par l’Italie et Malte ; à l’ouest et au sud-ouest par l’Italie et la Tunisie. Les limites de souveraineté entre l’Italie et la Tunisie ne furent fixées définitivement par un accord international entre les deux Etats que le 20 août 1971 ; les limites maritimes entre la Tunisie et la Libye par une décision de la C.I.J. (Cour Internationale de Justice) le 24 février 1982. 

Ces différentes revendications maritimes s’expliquent par le caractère hautement stratégique de cet espace par lequel passe les très nombreux navires de haute mer reliant le Canal de Suez au détroit de Gibraltar, le bassin oriental et occidental de la Mer méditerranée. Elles s’expliquent aussi par les droits de pêches. Elles s’expliquent enfin par le développement de l’exploitation des gisements d’hydrocarbures off-shore, en particulier au large au large des côtes libyennes et tunisiennes. Ainsi, à 80 km au sud-ouest de Lampdusa se trouvent les champs tunisiens d’Isis, et d’Halk el Menzel.

Une île italienne et de l’Union européenne au cœur des migrations irrégulières Nord/Sud

Cette configuration géographique et géopolitique et cette proximité géographique avec la Tunisie et la Libye expliquent que l’île soit depuis plusieurs décennies au cœur des migrations Nord/Sud entre les deux rives de la Méditerranée. C’est en effet un des quatre grands points de fixation de celles-ci avec à l’ouest de Détroit de Gibraltar, au nord-est le littoral italien faisant face à l’Albanie et à l’Est les îles grecques de la Mer Egée qui font face à la Turquie. 

Selon le contexte géoéconomique et géopolitique, les flux de migrants clandestins originaires d’Afrique sub-saharienne tentent - à partir soit de la Tunisie, mais surtout aujourd’hui de la Libye - de traverser clandestinement cet espace maritime pour arriver dans l’Union européenne. Ces flux ne sont possibles que grâce à la présence en Libye, un pays en pleine crise géopolitique interne et dont le territoire est partagé entre milices armées, de réseaux de passeurs très organisés qui vivent de ce trafic international de main d’œuvre très lucratif au plan financier.

Ces trafiquants affrètent de multiples embarcations de fortune surchargées de migrants qu’ils poussent dans les eaux internationales vers le nord. Celles-ci font souvent naufrage et entrainent des catastrophes humanitaires. En vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, chaque navire croisant dans ces eaux doit porter automatiquement assistance aux personnes en danger. Face à l’explosion de ces flux, l’Italie (opération Mare Nostrum en 2014) puis l’Union européenne, à travers l’agence Frontex (opérations Hermes et Triton), ont multiplié les opérations de surveillance et de sauvetage.   

Depuis le début des années 1990, le nombre de migrants clandestins arrivant à Lampedusa peut varier chaque année de 5 000 à 35 000. Ils y sont parqués dans un important centre de rétention avant d’être transférés en Sicile ou en Italie continentale. Comme lieu de cristallisation des effets de frontières, ce centre de Lampedusa est devenu un des grands « hotspots » européens d’accueil et de tri des migrants.  

Documents complémentaires

Nathalie Bernardie-Tahir et Camille Schmoll : « Lampedusa, iles méditerranéennes, frontières et migrations »,  numéro de la revue en ligne L’espacepolitique, 25/2015-1.

Lampedusa est l'une des îles des Pélages. Elle se trouve à 128 km à l'est-nord-est du ras Kaboudia (Tunisie), 160 km à l'ouest-sud-ouest du Blata Tal-Melh (Malte), 208 km au sud-sud-ouest de Palma di Montechiaro (Sicile), et 292 km au nord de Tripoli (Libye).

Image satellite réalisée par le satellite Sentinel-3 (OLCI) le 16 août 2018

Contributeur

Laurent Carroué, Inspecteur général de l’Education nationale

A propos de :