El Ejido en Andalousie : une agriculture hyper-productiviste littorale sous une mer de plastique

La région d’El Ejido et du Campo de Dalias sur le littoral de l’Andalousie est connue pour la mer de plastique et de serres qui la recouvre totalement. Ce cluster agro-industriel s’est spécialisé dans une agriculture hyper-productiviste qui lui a permis – grâce à l’accès au marché communautaire dans la décennie 1980 - d’y devenir le 1er pôle exportateur de légumes du continent européen. Le prix à payer est lourd tant en termes environnementaux que sociaux, en particulier du fait de la surexploitation d’une main d’œuvre salariée immigrée. On peut s’interroger sur la durabilité à moyen terme d’un tel modèle de croissance.

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Légende de l'image satellite

Le Campo de Dalias : une petite plaine littorale exceptionnelle
Cette image présente le Campo de Dalias et a été prise par un satellite Pléiades en 2013. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de résolution native à 0,70m, ré-échantillonnée à 0,5m. Nous sommes ici tout au sud de l’Espagne, dans la Communauté autonome d’Andalousie, dans la province d’Almeria. Le Campo de Dalias appartient à la Costa d’Almeria qui se développe entre Almeria, la petite capitale régionale située à 15 km à l’est (hors champs), et la petite ville d’Adra à l’ouest (hors champs).

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Un milieu aride valorisé par l’irrigation grâce aux eaux des nappes phréatiques

Cette petite plaine littorale s’étend sur 15 km nord-sud et 30 km ouest-est et est située à une altitude moyenne de 45 m au-dessus de la mer. C’est un espace exceptionnel dans la région, puisque de Gibraltar à Alméria la retombée directement dans la mer de la chaîne montagneuse littorale limite grandement les espaces disponibles pour l’urbanisation et les activités agricoles.

Le Campo de Dalias est donc coincé entre la montagne au nord et la Mer méditerranée au sud. Tout au nord du document apparaissent les retombée des pentes de la Sierra de Gabor, qui culmine à 2.247 m au Morron (hors cadre). Cette sierra fait elle-même partie du grand massif de la Sierra Nevada qui court d’Almeria à Grenade. Au sud, le littoral est organisé par un cordon dunaire qui emprisonne à l’arrière une zone amphibie où apparaissent des étangs plus ou moins profonds.

Orienté plein sud et en position d’abri, le Campo de Dalias bénéficie d’un  avantage climatique exceptionnel avec des hivers doux (12°C) et des étés chauds (28 °C). Mais les effets de la chaleur estivale sont bien plus atténués que dans l’intérieur de l’Andalousie grâce à la proximité immédiate des eaux marines. Avec seulement 286 mm de précipitations annuelles, c’est une zone aride qui fut longtemps dominée par un élevage extensif réalisé dans le cadre de grandes propriétés.

Son développement agricole repose sur l’investissement dans des milliers de puits et de stations de pompage qui mobilisent les eaux des nappes phréatiques, au risque cependant de leur épuisement et de la salinisation des nappes et des sols par entrée d’eaux marines.  Face à l’épuisement des nappes de surface, les pompages descendent en effet toujours plus profond. Mais cette surexploitation des nappes et la pollution croissante des sols et des eaux par les produits phytosanitaires posent aujourd’hui la question de la durabilité et de la viabilité de ce modèle agricole très intensif.  

Une modernisation historiquement récente

Comme dans de nombreuses portions du littoral méditerranéen, ces zones basses, souvent amphibies ou mal drainées, furent longtemps peu peuplées, car paludéennes, au profit des intérieurs montagnards plus sains. Il fallut souvent attendre les années 1950/1960 pour que les campagnes de démoustication (rôle du DTT, découvert pendant la Seconde guerre mondiale aux Etats-Unis) rendent ces territoires plus attractifs et les ouvrent à de nouvelles valorisations, agricoles - comme ici - ou touristiques (cf. côte languedocienne en France par ex.).

Le Campos de Dalias fut ainsi l’objet d’une vaste opération d’aménagement lancée en 1956 par le régime franquiste et son Institut National de Colonisation, un organisme dépendant du Ministère de l’Agriculture créé en 1939. Environ 1 500 hectares furent irrigués en bord de mer, y permettant l’installation de petits paysans sans terre, pour partie originaires des montagnes environnantes. Les premières serres apparurent dans les années 1960/1970 pour produire pour le marché régional. Cette stratégie transforma alors progressivement la région en un nouveau front pionnier agricole dans le cadre de la modernisation autoritaire du pays puis de son ouverture vers le marché européen.

Mais le plein développement de cette « mer de plastique »  est directement lié durant les décennies 1980/1990 à la démocratisation du pays et à son adhésion à la Communauté (1986) puis à l’Union européenne. La région valorise alors pleinement ses avantages comparatifs, climatiques et sociaux, pour fournir les marchés d’Europe du Nord en produits primeurs. Au total, on compte aujourd’hui plus de 25 000 hectares de serres dans la région d’Almeria, essentiellement dans le Campo de Dalias.

Zooms d'étude


La mer de serres et de plastique d’une agriculture intensive d’exportation : le territoire de San Augustin

Une mer de plastique et de serres d’une densité exceptionnelle

Comme l’indiquent le document général et ce zoom sur la partie sud-ouest, le Campo de Dalias est presque totalement couvert, en dehors des zones urbaines, par une marée de serres ou de tentes en toiles plastiques.

Dans cet espace, le village de San Augustin - au tracé de forme très géométrique, car historiquement récent dans ce front pionnier agricole - apparaît comme totalement encerclé. Le moindre espace est ici valorisé par l’agriculture et on  assiste donc à une anthropisation du milieu quasi-complète. Même le réseau viaire consacré à la circulation des hommes y semble limité au maximum. Aucune place ne doit être perdue. Même l’arbre y est rare.

Entre 80 % et 95 % de la surface agricole utile (S.A.U.) est couvert de toiles plastiques ou de serres, un phénomène unique au monde. La qualité du matériau, l’orientation géographique des serres et leurs fonctions ou spécialisations y expliquent des couleurs différentes. Le tout fait apparaître un damier de parcelles aux orientations ou aux découpages parfois différents qui peuvent renseigner sur l’historique des opérations foncières. Au sud du zoom et à l’ouest de San Augustin, un vaste parcellaire de petits carrés très réguliers témoigne des héritages d’une opération d’aménagement d’envergure.  

Un cluster spécialisé : paysage, modèle de croissance et acteurs économiques

Ce paysage est le fruit de choix humains volontaristes. Il est dû à un modèle de croissance fondé sur la création d’un cluster régional spécialisé dans une agriculture intensive orientée vers l’exportation. Il se traduit par des choix d’aménagement et d’organisation de l’espace bien particuliers qui apparaissent clairement dans le document.

Ce modèle est porté par les stratégies - nationale et régionale - des acteurs publics (cf. Agence andalouse de promotion du commerce extérieur…) et privés qui travaillent en étroite collaboration. Il est relayé localement par les puissants acteurs privés du complexe agro-industriel. La base du système repose certes sur des milliers d’exploitations agricoles à base familiale, d’une taille moyenne de 2 à 5 hectares. Mais celles-ci sont insérées dans un système productif dominé et organisé par quelques grandes firmes privées ou de puissantes coopératives (cf. Agroponiente, coopérative Unica Group dont le siège est à Alméria, coopérative CASI, Alhondiga La Union, Agroiris, Vicasol…).

Ainsi, le groupe Agroponiente a son siège social à l’ouest d’El Ejido, emploie 2 500 salariés et commercialise la production de 2 500 agriculteurs vers 1 000 clients d’Europe et dans une moindre mesure d’Amérique du Nord. De même, le groupe Alhondiga La Union a son siège à l’est de Santa Maria del Aguira, emploie 800 salariés et  commercialise 245 tonnes de légumes par an produites par 2 000 agriculteurs. Enfin, le groupe  Agroiris, dont le siège est dans les environ d’Almérimar, emploie pour sa part 1 300 salariés.

Ces puissants acteurs locaux sont enfin eux mêmes étroitement dépendants – via des systèmes contractuels - des stratégies d’approvisionnement des grandes centrales d’achats des firmes de la grande distribution européenne. Ce sont elles qui vendent ces productions dans leurs grandes surfaces. Ce système contractuel de commercialisation concerne environ 60 % à 70 % de la production agricole régionale totale. Ces logiques de mises en concurrence des territoires agricoles à l’échelle européenne ou mondiale pèsent sur les prix de vente, la rémunération des producteurs et les conditions de travail des dizaines de milliers de salariés agricoles employés dans les petites exploitations à base familiale. 



La Norias de Daza : un système urbain d’ « agro-villes »

La Norias de Daza : l’exemple d’une petite « agro-ville »

Au centre-nord du Campo de Dalias se déploie une petite cuvette topographique accueillant deux étangs dans un milieu plus amphibie. Au sud-ouest de ceux-ci se trouve la ville de Norias de Daza. Organisée par la route A 1050 qui passe ouest-est, elle apparaît éclatée en deux ou trois noyaux. La bâti est relativement dense, mais bas (un à deux étages).

Au delà de la fonction résidentielle, on y trouve quelques services aux familles (écoles, collèges, complexe sportif reconnaissable par le carré de verdure de la pelouse du stade, centre médical…) et quelques commerces (épiceries, cafés, boulangeries, deux hypermarchés, station-service et garages automobiles…). On y trouve surtout dans les parcelles périphériques toutes les activités et tous les services nécessaires aux activités agricoles. Ils sont bien reconnaissables  par les hangars et les bâtiments spécialisés : fournisseurs d’équipements agricoles, fournisseurs d’engrais et de produits phytosanitaires, sociétés de livraison…

Mais surtout, on y trouve les bâtiments des grossistes ou semi-grossistes qui achètent, transforment et exportent les productions (cf. carré blanc au nord du rectangle vert du stade, bâtiments blancs en limite sud du document ). Enfin, plus à l’est sur la route qui mène à La Mojonera, se trouvent de nombreux pépiniéristes et fournisseurs de plans (tomates, courgettes…) aux agriculteurs. Bien qu’atteignant les 9 500 habitants, un seuil de population qui la hisse normalement au statut de ville, La Norias de Daz est en définitive un gros bourg rural et agricole. Elle peut donc être définie comme une petite « agro-ville ».

Forte croissance démographique et système urbain d’« agro-villes »

Les trois-quarts du document sont couverts par la commune d’El Ejido. Sa très grande surface (225,5 km2) est due aux fusions de communes intervenues ces dernières décennies pour créer une collectivité locale unique. La modernisation agricole s’est accompagnée d’un sensible boom démographique, la commune d’El Ejido passant de 45 300 à 89 000 habitants entre 1994 et 2017 (+ 43 700, + 96 %). Ce processus y explique les fortes densités démographiques  (370 hab./ km2) et l’essor de l’urbanisation.

Comme en témoigne le document, l’organisation urbaine repose sur un semi de très gros bourgs ruraux et agricoles qui quadrillent la région. Seule la ville d’El Ejido avec ses 46 500 habitants à un statut urbain véritable. Elle se trouve au centre-ouest et est bien reconnaissable à sa forme ronde. Une des spécificités du Campo de Dalias - que l’on retrouve cependant dans de nombreuses autres régions d’Espagne - réside dans le fait que les agriculteurs sont des citadins, c’est à dire habitent dans des « agro-villes ».

Ainsi, au nord-est d’El Ejido, Santa Maria del Aguilla est peuplée de 11 100 habitants. Au sud des deux lacs verts au centre du document, La Norias de Daza compte 9 500 habitants. Au sud-est, le bourg de San Augustin, près du lac lagunaire en bordure du littoral, compte 3 400 habitants. Enfin, au sud-ouest, la station balnéaire littorale d’Almerinar comprend 6 800 habitants permanents, mais voit sa population résidente fortement augmenter durant  les périodes estivales.



Structures techniques, structures sociales et pilotage par le marché

Structures techniques et services de gestion des déchets

A mi-chemin entre La Norias de Daza et la station balnéaire d’Almérimar se distingue un curieux établissement technique au milieu des serres.  Il s’agit d’un centre de gestion des déchets.

Sa présence rappelle en effet le caractère extrêmement polluant de ce système agricole, du fait de l’importance démesurée des intrants (engrais, phytosanitaires…), qui se diffusent dans les airs et surtout dans les eaux, et des matières plastiques. Chaque année des tonnes de plastiques doivent être remplacées, ces masses de plastiques finissent souvent dans des décharges à ciel ouvert faute d’usines de retraitement adéquates. Enfin, face à la salinisation des sols ou à leur appauvrissement, certaines parcelles sont retravaillées. On y enlève les sols superficiels pour les replacer par une nouvelle couche.

Enfin, à 500 m. au sud de ce centre technique de déchet (hors cadre), le groupe semencier international Monsanto a installé un de ses centres de recherche pour l’Europe. Rachetée par l’allemand Bayer en 2016, cette firme transnationale étatsunienne - dont le siège social est à Saint-Louis dans le Missouri, au cœur des grandes plaines étatsuniennes - est un des grands spécialistes mondiaux de l’agro-industrie, des semences, des produits phytosanitaires ou des biotechnologies (cf. OGM, organismes génétiquement modifiés).  Sa présence dans le Campo de Dalias souligne l’intérêt de Monsanto pour ce type de modèle agricole. Plus au nord, vers Santa Maria de Aguila se trouve le centre de recherche d’un autre géant mondial, Syngenta.  

Le premier pôle européen d’exportation de légumes

Le Campo de Dalias est en effet le 1er pole européen exportateur de légumes. Il présente une forte spécialisation sur la production de tomates, piments, aubergines, melons, haricots… En quelques décennies, la productivité a beaucoup augmenté en passant de 30 à plus de 50 tonnes de légumes à l’hectare et par an grâce aux nouvelles technologies mobilisées dans les exploitations les plus modernes (semences améliorées, développement du goutte-à-goutte, systèmes de gestion informatisés…). Au prix cependant d’un endettement croissant des exploitations auprès des banques.

Ces productions sont très largement exportées vers les marchés des pays du nord de l’Europe (Allemagne, France, Benelux, Royaume-Uni, Scandinavie…). Ces flux à l’exportation empruntent pour l’essentiel la route, utilisée tous les jours par une noria de camions. Dans ce contexte, l’autoroute E 15/ A 7 constitue un équipement névralgique pour l’économie locale. Elle traverse en effet d’ouest en est la région. Elle est bien visible sur le document lorsqu’elle passe au sud d’El Ejido pour remonter après vers le nord-est. A une autre échelle, elle traverse et draine toute l’Espagne littorale d’Algésiras/ Gibraltar à Barcelone, pour déboucher en France.  

La surexploitation d’une main d’œuvre immigrée

Ces orientations expliquent une structure sociale particulière et duale, car cette agriculture intensive est très exigeante en main d’œuvre salariée peu qualifiée. La réussite de ce modèle repose sur la mobilisation d’une très importante main d’œuvre immigrée. Dans la grande commune d’El Ejido, 33 % de la population est d’origine étrangère, soit 29 000 personnes (Afrique : 68 %, Europe : 28 %) pour l’essentiel masculine. Mais à côté des personnes officiellement déclarées, les travailleurs clandestins sont particulièrement nombreux.

Cette main d’œuvre est employée pour un travail temporaire saisonnier. Selon les périodes historiques, elle est originaire ces dernières décennies d’Afrique du Nord (Maroc), d’Afrique sub-saharienne, d’Europe de l’Est (Roumains, Russes), voire même selon le contexte économique d’Amérique latine (Equatoriens, Argentins).

Ces dernières décennies, de nombreux scandales ont révélé dans la région une véritable surexploitation de celle-ci (très bas salaires, précarité généralisée, mise en concurrence, poids du travail clandestin, conditions de logement déplorables dans des fermettes - les cortijos – délabrées parfois sans eau et électricité, répression antisyndicale…) et de fortes tensions racistes et xénophobes.    


El Ejido : la capitale régionale d’un puissant cluster agricole exportateur

Au nord-ouest du document général se trouve la ville d’El Ejido, qui se trouve à environ 80 m. d’altitude. Elle aussi est complètement entourée par les serres. Au sud de la ville passe l’autoroute E 15/ A 7 qui va de Gibraltar à Barcelone puis vers la France.

La ville d’El Ejido est née du développement agricole régional. Si elle n’est dans les années 1950/1960 qu’un petit village construit à partir de rien par les paysans migrants qui s’y implantaient, c’est aujourd’hui une ville de 46 500 habitants. Son statut de ville-champignon liée à un front pionnier agricole est bien visible. Le centre est organisé par un axe est/ouest : on y retrouve successivement de nombreux hypermarchés dans la partie est (cf. toits blancs à l’est du rond-point), puis certains services plus haut de gamme (hôtels, pharmacie, mairie, administrations, banques) dans la partie centrale (cf. grande place carrée bien visible entourée de hauts bâtiments). Curieusement, toute la partie centrale au sud apparaît comme une immense réserve foncière sous-employée.  

Par la qualité de ses services et sa relative diversification, El Ejido peut être considérée comme la petite capitale régionale du cluster agricole du Campo de Dalias (infrastructures politiques, administratives, sociales et commerciales…). Ainsi, l’hôpital régional est bien visible en bas du document (grand bâtiment bordé par des serres au sud de l’autoroute).

Elle polarise surtout les principaux acteurs qui organisent le système productif local : firmes dominant la commercialisation, la transformation et la logistique, instituts et banques apportant le capital et le crédit, organismes d’aides et de soutiens techniques, principaux fournisseurs des intrants nécessaires (engrais, produits phytosanitaires, matériels et équipements…).


La station balnéaire d’Almérimar

Au sud-ouest du document général se déploie la petite station balnéaire d’Almérimar, qui accueille 6 800 habitants permanents. Elle est comprise entre la pointe de Los Banos à l’ouest (non visible) et la Puntas Entinas, à l’est de la station.

La situation en bord de Méditerranée peut être jugée excellente puisque nous sommes ici sur une des fameuses Costas qui ourlent le littoral espagnol, de Barcelone à Gibraltar. Pour autant, ne nous y trompons pas, le site est plutôt médiocre. C’est un littoral plat, bas et largement lagunaire sans grand charme alors qu’à quelques centaines de mètres à l’intérieur des terres débutent la mer de plastique des serres qui coure à perte de vue. Comme en informent les nombreuses piscines qui apparaissent dans les lotissements, le littoral et la mer servent de cadre, mais on s’y baigne en définitive assez peu.

Almérimar fonctionne en fait comme une sous-station de rang inférieur face à la concurrence de stations bien plus prestigieuses, telles Malaga ou Marbella plus à l’est. Elle est organisée par deux pôles : à l’est, un petit port abritant une marina pouvant accueillir 1 100 anneaux ; à l’ouest, le lac de Guardias Viejas qui est entouré d’une vaste opération urbaine. Au milieu, faisant contact entre les deux, se déploie un golfe de 27 trous, bien visible sur le document, et un petit parc d’attraction. Dans un climat si chaud, presque aride, un tel golfe doit consommer une masse d’eau considérable pour entretenir des pelouses de qualité. Un modèle de croissance tape-à-l’œil au total bien peu durable.

On est aussi frappé par le caractère inachevé de la station, en particulier à l’ouest. Les parcelles au nord et au sud du lac de Guardias Viejas présentent de nombreuses dents creuses, de nombreux espaces étant inoccupés dans les lotissements programmés. Des chantiers semblent abandonnés. Cette situation témoigne du choc consécutif à la très profonde crise économique et financière qui a touché l’Espagne, en particulier du fait d’une frénésie immobilière. L’effondrement de cette énorme bulle spéculative, qui emporta dans la faillite une partie de l’appareil financier et bancaire et des grandes firmes du bâtiment, est encore bien lisible dans le paysage.

Documents complémentaires

Site Géoconfluences : Gestion de l'eau en Espagne et exemple de la huerta valencienne : ressources, décembre 2016

Nacima Baron-Yellès :  Atlas de l’Espagne. Une métamorphose inachevée ?, Autrement, coll. Atlas, Paris. 

Site de l’Instituto geografico nacional (IGN) espagnol met en ligne différentes ressources (occupation des sols…) 

Site IGN espagnol/  Site du SignA (Sistema de Informacion Géographica National) 

Contributeur

Laurent Carroué, Inspecteur Général de l'Education Nationale
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