Le massif du Cantal : diversité rurale d’un espace de moyenne montagne

Dans l’imaginaire collectif, le Cantal apparait le plus souvent comme le prototype de la campagne profonde en phase de dévitalisation avancée. Faiblement urbanisé, sous-métropolisé, ce département aux basses densités dispose néanmoins d’atouts non négligeables : un patrimoine environnemental remarquable, des paysages volcaniques attractifs, un tourisme porteur, une économie agricole en mutation et des formes ponctuelles d’industrialisation. Le Cantal est certes une marge territoriale dans l’espace national français, mais cette France « du vide » n’est certainement pas « creuse ».

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Légende de l'image

Cette image a été prise par un satellite Sentinel 2 le 02/05/2015. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles, de résolution native à 10m.
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Présentation globale

Le massif du Cantal : diversité rurale d’un espace de moyenne montagne

Comme le montre l’image générale ici présentée, le Cantal est une région naturelle du Massif central fortement caractérisée par le volcanisme. Le Plomb du Cantal, avec ses 1 855 m, est le point culminant d’un immense stratovolcan – le plus étendu d’Europe – et dont le cratère effondré forme une vaste caldeira. Taraudés par un réseau de vallées divergentes (Allagnon, Jordanne, Cère, Santoire…), les flancs du cône volcanique constituent des plateaux inclinés, les planèzes, dont les sols issus de la décomposition des roches volcaniques offrent des terroirs agricoles de production de qualité – aussi bien pour les productions végétales que pour l’entretien de riches STH (surfaces toujours en herbe).

Le Cantal est également un département français intégré, mais aussi excentré, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes – issue du redécoupage régional de la loi Notre (Nouvelle organisation des territoires de la République) de 2014. Via le réseau routier, la capitale régionale Lyon est à 314 km d’Aurillac, préfecture du Département. Il faut au minimum 5h30 par liaison ferroviaire pour relier les deux villes. La question des transports, pour vaincre le risque d’isolement, est déterminante.

Au sud-ouest de l’image, de taille réduite et de forme plutôt compacte, Aurillac souffre de cette situation de marge territoriale mais en profite aussi pour s’affirmer comme une (petite) ville moyenne (26 000 habitants pour la commune) rayonnant dans son environnement territorial. Sa trame urbaine s’étend et concentre en son sein plusieurs activités stratégiques (dont les industries agro-alimentaires)

Rural, fortement marqué par l’activité agricole, le Cantal appartient à la France des faibles densités. L’étude de l’image semble traduire un degré d’anthropisation modéré : Avec 146 000 habitants, le département possède un peuplement diffus de 25 habitants/km2 bien inférieur à celui de la région Auvergne-Rhône-Alpes (109 hab/km2) et à la densité moyenne de la France métropolitaine (118).

Sa démographie anémiée par suite d’un fort vieillissement est toujours baissière : entre 1999 et 2014, la population du département a annuellement diminué de 0,2 %. Le territoire est faiblement urbanisé. Les villes sont peu nombreuses et petites : au nord-ouest de l’image Mauriac n’atteint pas les 4 000 habitants et, à l’est, Saint-Flour compte moins de 7 000 âmes.

Pour autant, le territoire cantalien ne doit pas être réduit au simple rang d’angle mort dans le territoire français. Il peut tout d’abord compter sur les mutations récentes d’une agriculture plurielle : élevage bovin laitier et à viande, filières labellisées de terroir, maintien des logiques de polyculture sur les planèzes. Son attrait touristique est réel (ski dans le Lioran, tourisme vert…) et impacte l’ensemble de l’économie locale (tourisme à la ferme, vente directe des produits locaux).

Les dynamiques de développement territorial – 14 pôles d’excellence rurale ont été labellisés entre 2006 et 2014 – sont portées par des acteurs locaux (intercommunalités) bien conscients du risque de déprise qui guette la région. Enfin, les logiques de patrimonialisation de l’espace et de ses paysages (Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne) traduisent la volonté de conserver un capital « naturel » évident.

Etudier le Cantal revient donc à analyser un espace sur la corde raide : entre risque (et formes) de dévitalisation mais aussi tendance ponctuelle au renouveau. En tous cas, le Cantal est bien davantage qu’un simple « désert » territorial économiquement moribond.

Zooms d'étude


Le Haut-Cantal : une haute moyenne montagne, un terroir herbager, un patrimoine paysager

Une montagne volcanique, un élevage valorisant des terroirs étagés

De longues crêtes volcaniques et des vallées profondément incisées, notamment par l’érosion glaciaire, accidentent la topographie du Haut-Cantal. Espace de très faible densité, le relief est dominé par une série de pics et de sommets (Plomb du Cantal, Puy Mary, Puy Griou, Puy du Rocher) à partir desquels se développent les pentes plus ou moins douces de longs plateaux volcaniques.

Les flancs des vallées (dont la forme s’organise selon un réseau hydrographique radial quasi-parfait) sont laissés à la forêt alors que la plupart des sommets et des plateaux sont largement déboisés et portent des pâturages essentiellement utilisés en estives à la belle saison.

Les fonds de vallée sont marqués par la présence de villages, voire de très petites villes, victimes d’une tendance au déclin démographique. Vic-sur-Cère voit ainsi sa population baisser de 9,3 % entre 2010 et 2015 et passe au-dessous du seuil des 2 000 habitants.

La vie économique s’y résume d’abord à l’activité agricole, pilotée par des fermes qui valorisent la complémentarité des terroirs entre haut (pré d’altitudes) et bas de pentes (prairies de fauche, culture de céréales à paille). Les races bovines du Massif central (Salers, Aubrac) côtoient les races plus communes (Limousine, Montbéliarde, Brune des Alpes…) et témoignent d’un élevage mixte : laitier fromager ou à viande (avec exportation sur pied des animaux jeunes – broutards – vers l’Italie et l’Espagne).

Mobilités : de fortes contraintes

Les distances-temps sont souvent longues dans une région où la densité des réseaux de transport est faible et se réduit essentiellement à des routes départementales sinueuses. Déterminante dans le désenclavement de la région malgré des conditions de circulation parfois difficiles (surtout en hiver), la Nationale 122 – reliant Massiac-Aurillac-Figeac (avec des connexions de part et d’autre sur Aurillac et Toulouse) – est le principal axe logistique structurant du Haut-Cantal (près 4 000 véhicules par jour) – elle traverse l’image selon un axe nord-est/sud-ouest.

Elle est longée par l’unique ligne ferroviaire qui aujourd’hui dessert le département du Cantal. La rudesse de la topographie a rendu nécessaire la construction d’ouvrages d’art pour franchir le col du Lioran. Dès 1843, un premier tunnel routier est percé pour être abandonné au profit d’un deuxième tunnel parallèle ouvert en 2007. Les liaisons ferroviaires passent par un tunnel inauguré en 1868 et consolidé depuis.

La station de sport d’hiver du Lioran : un pôle touristique structurant

Construite au sommet du col, la station de sports d’hiver du Lioran (reconnaissable au centre l’image par l’ampleur des superficies bétonnées et asphaltées) est le premier pôle touristique du Cantal. Le développement du ski commence dès après-guerre mais profite surtout de l’inauguration en 1967 d’un nouvel ensemble (Super-Lioran) qui doit beaucoup à la volonté de Georges Pompidou, Président de la République (1969-1974) et natif de Montboudif dans le nord du département).

Il comprend à la fois une station modernisée (selon les logiques des stations de 3ème génération) et un domaine skiable qui part, via un réseau de téléphériques, télécabines et télésièges, à l’assaut d’un long ubac exposé plein nord jusqu’au sommet du Plomb du Cantal. Elevage et ski font bon ménage : la présence de « burons » et de « vacheries » (bâtiment d’altitude servant de remise à fourrage mais surtout de lieu de production fromagère) aussi bien dans les paysages que dans les toponymes en est la preuve.

Patrimonialiser l’espace : terroirs d’appellation et Parc naturel régional


Les milieux et leurs paysages forment un indéniable atout patrimonial. Tout d’abord pour les agriculteurs qui y tirent l’originalité de leurs terroirs de production et de leurs filières labellisées (AOP fromagères Salers et Cantal) ; mais aussi pour les touristes en quête de beaux panoramas – surtout en été dans le cadre d’un tourisme vert dans lequel les chemins de grande randonnée (GR) tiennent une place importante (GR4 ; le GR 400 qui traverse les lieux est un tronçon du Chemin de Saint-Jacques de Compostelle).

En conséquence, le Haut-Cantal est protégé, notamment par le Parc naturel régional (PNR) des Volcans d’Auvergne depuis 1977. Cet espace de protection fait désormais partie prenante d’une identité cantalienne clairement affichée dans la Charte du PNR qui cherche à « conjuguer préservation et développement ».



Le bassin d’Aurillac : une petite aire urbaine, une microrégion déjà occitane ?

Une petite aire urbaine en milieu rural

De forme allongée, au débouché de la vallée de la Jordanne, sise dans un petit bassin sédimentaire, préfecture du Cantal, Aurillac est une commune qui compte environ 26 000 habitants. Si son centre-ville perd des habitants, sa banlieue et sa couronne périurbaine progressent sur le plan démographique et spatial au-delà de la confluence Jordanne/Cère. La dynamique de périurbanisation est notamment visible sur l’image vers l’ouest (nombreux lotissements résidentiels, golf de Haute-Auvergne sur la commune d’Ytrac).

Par ailleurs, Arpajon-sur-Cère, qui apparait nettement à l’est de la trame urbaine aurillacoise, est aujourd’hui la 3ème commune la plus peuplée du département. Finalement, l’aire urbaine aurillacoise s’étale sur plus de 50 communes, regroupe près de 65 000 habitants et d’avère être le pôle organisateur du Sud-Cantal.

Aurillac : un pôle présentiel et industriel diversifié

Aurillac est une ville qui polarise des services publics majeurs : lycées d’enseignement général et technologique, IUT, hôpital, palais de justice (Cour d’assise, Tribunal d’Instance…).

Sa vocation agricole est reconnue à l’échelle nationale comme en témoigne la présence des Haras nationaux (qui disposent d’un site de 17 hectares à proximité de l’hippodrome – bien repérable au sud de l’agglomération), qui font d’Aurillac un des pôles majeurs en France de la filière cheval (notamment pour la sélection des chevaux d’attelage et de traction). D’ailleurs, l’élevage des chevaux lourds constitue une stratégie de diversification productive pour de nombreux agriculteurs de la région – la petite ville de Maurs organise tous les ans l’une des foires aux chevaux lourds les plus importantes de France.

Le système productif aurillacois se décline en plusieurs secteurs d’activités : agroalimentaire (pôle fromager « AOP Massif Central », abattoirs de la COVIAL, siège de la coopérative agricole Altitude, distillerie Louis Couderc), industries mécaniques de précision (firme PFP Racing-Ohlins France), industries pharmaceutiques (Laboratoires Biose) ; industries de galvanoplastie (Qualipac-Aurillac est le leader français du packaging pour les produits cosmétiques de luxe) ; sans omettre le maintien de productions locales historiques qui s’adaptent à la demande en jouant la carte du haut-de-gamme (parapluie L’Aurillac-Piganiol).

Une ville au risque de l’enclavement logistique

La desserte logistique est cruciale pour une ville excentrée dans sa propre région par rapport aux centres métropolitains clermontois et a fortiori lyonnais. Le trafic ferroviaire, qui se résume au seul axe Toulouse-Arvant-Clermont, est réduit à la portion congrue à mesure que la SNCF ferme les lignes déficitaires. Les distances-temps sont longues : il faut 2h30 pour relier la ville cantalienne à la métropole auvergnate. Aurillac dispose d’un petit aéroport (visible sur l’image au sud de l’agglomération) dont l’activité est surtout liée aux deux liaisons quotidiennes avec Paris, assurées par la compagnie régionale HOP-Air France et financièrement soutenues par les Pouvoirs publics (ces derniers ayant reconnu la ligne comme primordiale pour le territoire).

L’essentiel du transport passe donc par la route (Aurillac est au croisement routier entre des routes nationale – 122 – et départementales – 120, 920 –), aussi bien pour les voyageurs que le fret. Aurillac et sa région comptent quelques belles réussites entrepreneuriales dans le transport routier (Olano-Ladoux, Cantal Fret, Transports Lhéritier). Et la route reste le premier moyen d’accéder à l’offre touristique de la ville (Festival annuel de théâtre de rue).

La Chataigneraie, une campagne agricole entre polyculture et poly-élevage

Au sud du bassin d’Aurillac s’étend la Châtaigneraie cantalienne. Cette région de plateaux granitiques et schisteux, aux sols profonds, est caractérisée par sa diversité fonctionnelle. La forêt, de feuillus (chênes et châtaigniers) s’y déploie sous une forme linéaire (le long des vallées) ou sous la forme de bois étendus et alimente une petite activité sylvicole (scieries). Inscrite dans un bocage à larges mailles, l’agriculture est soumise à des influences climatiques plus méridionales et s’ajuste à des altitudes moyennes pouvant aller jusqu’à 700-800 mètres mais de plus en plus basses vers le sud.

De grandes fermes y développent une polyculture complexe (repérable sur l’image au travers de la diversité des couleurs des parcelles) associant la culture de céréales et de plantes fourragères à un poly-élevage à dominante bovine (et intégrant chèvres laitières et porcs charcutiers). Dans les villages, l’industrie agro-alimentaire est présente via de grosses laiteries-fromageries à l’image des Fromageries Occitanes installées à Saint-Mamet-la-Salvetat – gros bourg agricole clairement identifiable au sud-ouest de l’image.

Au carrefour de deux sphères d’influence métropolitaine

Aurillac et son bassin sont aujourd’hui tiraillés au travers de deux influences métropolitaines majeures. Le tropisme clermontois et lyonnais a notamment été entretenu par l’inscription du Cantal dans les régions Auvergne puis Auvergne-Rhône-Alpes.

Néanmoins, l’attractivité méridionale et toulousaine est forte. Aurillac développe un partenariat avec le pôle universitaire de Rodez et, au-delà, la Ville Rose offre des secteurs économiques d’avenir (aéronautique, aérospatial) qui nécessitent des sous-traitants régionaux et sa modernité percutante attire.


La planèze de Saint-Flour : un agro-système spécifique et une petite ville autonome

Un plateau bordé par deux vallées aménagées

A l’est du département du Cantal, s’étend la planèze de Saint-Flour. Ce plateau volcanique, marqué d’un léger pendage vers l’est, perché entre 900 et 1 000 mètres, est délimité au nord par la vallée de l’Alagnon et au sud par celle de la Truyère. D’importants aménagements hydrauliques ont profondément remanié cette dernière. Le barrage de Sarrans, construit entre 1929 et 1934, bloque un lac-réservoir (visible au sud de l’image) de près de 300 millions de m3 qui offre un important stockage d’eau pour le turbinage hydro-électrique mais qui s’avère être aussi un écosystème riche d’une biodiversité protégée par une ZNIEFF (Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique).

Dans la vallée de l’Alagnon, deux petites villes apparaissent avec netteté. A l’ouest, Murat dépasse les 2 000 habitants et vit du tourisme (petits hôtels, proximité du Lioran, départ de GR vers le Haut-Cantal) et de quelques sites industriels. Outre l’agro-alimentaire, Murat compte un site de traitement de la diatomite – roche aux propriétés filtrantes et abrasives extraite à proximité, au niveau de la carrière d’Auxillac-Foufouilloux (clairement visible en blanc sur l’image). Par ailleurs, l’intercommunalité Hautes-Terres Communauté cherche à ne pas rater les opportunités de l’économie numérique pour compenser l’éloignement des grands centres urbains et propose désormais un espace de coworking (la « COcotte numérique ») dans la ville.

Un agrosystème diversifié, entre élevage et cultures végétales

Sur la planèze, deux paysages ruraux, et par conséquent deux agrosystèmes, se juxtaposent. A l’ouest, sur les plus hautes altitudes, le bocage traduit une spécialisation sur l’élevage bovin. Les parcelles encloses de haies d’arbres délimitent des pâturages et des espaces herbagers permettant d’élever des vaches laitières pour des productions fromagères de qualité (aire AOP du Cantal et du Salers) mais aussi des vaches allaitantes pour la production de bovins à vocation bouchère. L’IGP « Génisse Fleur d’Aubrac » et le Label rouge « Bœuf fermier d’Aubrac » relèvent d’aires d’élevage qui s’étendent jusqu’à la planèze et traduisent une volonté d’amélioration qualitative des productions carnées.

L’habitat est dispersé entre villages, hameaux, fermes à l’écart et de nombreux « burons » et « vacheries ». Vers l’est, les paysages s’ouvrent et se diversifient, entre bocage à larges mailles et trouées d’openfield. Sur l’image, les couleurs sont multiples : les parcelles sont de tailles petites ou moyennes, aux formes peu géométriques. Une polyculture complexe s’y développe, entre cultures de céréales à paille, du maïs (grain et d’ensilage) et des plantes très spécifiques à la région, à l’instar de la lentille blonde et du pois blond de Saint-Flour (dont la production, confidentielle, a failli disparaître).

L’élevage laitier est associé à ces cultures et valorise notamment la production des céréales locales. Le profil des exploitations (quelquefois très modernisées grâce à l’installation de jeunes agriculteurs travaillant alors généralement sous forme sociétaire en GAEC et en EARL) est récurrent : des corps de ferme souvent massifs, de grosses stabulations laitières, des parcelles qui associent aux superficies toujours en herbe des terres labourables et une volonté de diversifier les horizons commerciaux (vente directe, circuits courts, productions labellisées).

Saint-Flour : une petite ville correctement desservie

A l’est de l’image, Saint-Flour constitue le principal centre urbain de la planèze. Plus que sa population de près de 7 000 habitants, la ville pèse dans l’organisation régionale par sa fonction administrative (sous-préfecture, siège de la communauté de communes « Saint-Flour communauté »), par ses services publics (Maison de services au public) et à la personne (pôle médical, centre hospitalier, maternité) ainsi que par ses hauts-lieux à visiter (cathédrale Saint-Pierre, proximité du viaduc de Garabit). Elle contribue aussi à organiser l’espace agricole de la planèze via un Programme d’intervention agricole et rural (2017-2020) qui vise notamment à promouvoir la production, la labellisation et la commercialisation des produits de montagne.

L’autoroute A75 – bien visible sur l’image selon une direction méridienne et qui dessert la ville en obliquant vers l’est – est l’un des grands axes de désenclavement et de desserte du Massif Central. Saint-Flour est ainsi directement connectée à Clermont-Ferrand au nord et à Béziers-Montpellier au sud. Le long de l’autoroute et de ses échangeurs, une petite zone d’activité s’est développée et fixe de petites et moyennes entreprises finalement assez représentatives de l’industrie centralienne : maroquinerie (Vulcacuir), mécanique de précision (Eurotec), industrie agro-alimentaire (Soubrier-Besse).


Les plateaux Nord-cantaliens : un rural profond ?

Un élevage bovin dominant dans un espace protégé

Le nord du département du Cantal constitue une zone intermédiaire entre le Haut-Cantal volcanique et le sud du Puy-de-Dôme (Cézallier) – directement dans l’aire d’influence de Clermont-Ferrand.

Cette région rurale, où les versants des vallées sont largement boisés, est fortement marquée par l’activité agricole. Les paysages bocagers sont bien ajustés à une économie herbagère (visibles au travers des parcelles de couleur verte sur l’image) où les prairies de fauche et les pâtures permanentes sont au service de logiques de productions animales qui visent la qualité. Vers le sud de l’image, à mesure que les altitudes s’élèvent sur les flancs du volcan cantalien, s’étendent de grandes pâtures d’estive où les bovins sont souvent associés à des troupeaux de brebis laitières ou à viande.

La région est un palimpseste de terroirs labellisés en différentes aires d’appellation (AOP). Dans le secteur fromager, Cantal, Salers, Saint-Nectaire et Bleu d’Auvergne sont produits dans l’ensemble, ou au moins une partie, du territoire couvert par l’image satellitale. Dans le domaine de la viande, le Label Rouge « Viande Salers » couronne la production bouchère de la région qui repose sur les races élevées in situ (Salers mais également Aubrac, Ferrandaise, Limousine). Des troupeaux de vaches allaitantes permettent aussi bien de produire des veaux qui donneront des bœufs de boucherie que des broutards qui sont exportés vers l’Espagne, l’Italie et désormais les pays du Maghreb et du Proche-Orient (Liban, Turquie). Les centres d’allotement des animaux ainsi que les laiteries (qui ouvrent de plus en plus des filières de collecte de lait bio) sont installés dans les campagnes.

Les villages de Salers, Saint-Bonnet-de-Salers et Saint-Paul-de-Salers concentrent plusieurs fromageries et caves d’affinage du fromage. Saint-Bonnet-de-Salers possède même « La Maison de la Salers » qui, en plus d’être pour les éleveurs un centre agronomique d’amélioration de la race bovine, propose de la vente directe de fromage et accueille les touristes dans un musée consacré à cette vache emblématique.

D’ailleurs, le PNR des Volcans d’Auvergne, qui couvre une partie du Nord-Cantal, combine des logiques de conservation des écosystèmes à la promotion du tourisme et à la défense de l’activité agricole (programme de soutien à l’élevage de races menacées – dont la vache Ferrandaise ou les brebis Rava et Bizet – et défense du pastoralisme avec constitution de troupeaux ovins mobiles pour entretenir les pâtures et les zones défrichées).

Faiblesse des densités et risque d’enclavement

Cet agrosystème d’élevage s’organise dans une région au faible peuplement : les densités sont basses et le territoire s’articule autour de quelques petites villes et de gros villages. Sur l’image apparaît un ensemble (d’est en ouest) associant Condat, Riom-es-Montagne, Ydes et Mauriac qui, avec moins de 4 000 habitants, est la principale ville du Nord-Cantal.

Le risque d’isolement et de déprise démographique est loin d’être une vue de l’esprit. Mauriac a perdu 15 % de sa population entre 1982 et 2015 ainsi que ses liaisons ferroviaires : la SNCF ne dessert plus, depuis 1994, la gare de la ville que par des liaisons routières par autocars avec Clermont-Ferrand et Aurillac. D’ailleurs, dès 1991, la SNCF a abandonné la ligne trans-cantalienne qui traversait le nord-Cantal et connectait Bort-les-Orgues à Neussargues-Moissac via Riom-es-Montagne et Condat. Dans les deux cas, une petite activité touristique remplace les infrastructures roulantes disparues : vélo-rail autour de Mauriac et train touristique « Gentiane express » sur la ligne passant par Riom et Condat.

Un défi majeur : vaincre l’isolement économique

Pour ces petites villes, l’activité économique repose logiquement sur les activités agro-alimentaires (collecte laitière, distillerie pour la production de liqueur de gentiane), voire d’un tourisme vert en été. Certaines entreprises locales se maintiennent également, entre industrie et service. Riom-es-Montagne (2 600 habitants) vit de son pôle laitier (propriété de Lactalis), traite la diatomite extraite au nord de Murat (l’usine Chemviron est propriété du groupe japonais Kuraray) et vit d’un important pôle de santé (foyer d’accueil médicalisé Geneviève Champsaur pour les malades atteints de sclérose en plaque).

Véritable « village-usine », Ydes a vécu, jusqu’aux années 1950, des mines d’extraction du charbon. Aujourd’hui, les Menuiseries du Centre – qui s’étendent sur 30 hectares au nord d’une commune qui n’atteint pas 2 000 habitants – portent une activité-bois assez florissante. Elles assurent une partie essentielle de la production des meubles de cuisine et de salle de bains de la marque Lapeyre (groupe Saint-Gobain).

Plus à l’ouest, la vallée de la Dordogne a été profondément remaniée par les grands travaux hydrauliques qui ont été menés à bien depuis les années 1940-50. En aval de l’image, le barrage de l’Aigle (inauguré en 1946), et en amont celui de Bort-les-Orgues (1952) font de cette région une des grandes aires de production hydroélectrique en France.


Références ou compléments

Bibliographie

Stéphane Dubois : «Auvergne-Rhône-Alpes », « in La France des 13 régions, collection U, Armand Colin, Paris, 2017.

Laurent Carroué, Les mutations des systèmes productifs, Armand Colin,Paris, 2015.

Alexandra Monot, La France : mutations des systèmes productifs, Bréal, Paris, 2015

Magali Reghezza-Zitt, La France dans ses territoires, Armand Colin, 2017.

Romans

Marie-Hélène Lafon, Les Derniers Indiens, Buchet/Chastel, 2008

Marie-Hélène Lafon, Joseph, Buchet/Chastel, 2008

Contributeur

Stéphane Dubois, Professeur agrégé de Géographie au lycée Blaise Pascal (Clermont-Ferrand)