Hauts-de-France - Calais : un port de la façade maritime européenne aux fonctions transfrontalières transmanches

Calais est, avec Boulogne au sud et Dunkerque au nord, un des trois ports qui organisent la façade maritime des Hauts-de-France, premier ensemble portuaire de France qui participe à la Northern Range. Ville la plus proche des côtes anglaises, accueillant le tunnel sous la Manche, elle entretient avec le Royaume-Uni des relations intenses qui, à l’heure du Brexit, sont source de nombreuses interrogations. Calais est un nœud logistique et une synapse transfrontalière de premier plan avec le passage en transit de quatre millions de camions et de dix millions de passagers par an. Sa singularité réside aussi dans le fait que la ville portuaire constitue un point de fixation et de crispation pour les nombreux migrants qui cherchent à rejoindre le Royaume-Uni. Calais est donc le lieu par excellence où la notion de frontière est à interroger.
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Légende de l’image


Cette images de Calais, ville portuaire du nord de la France a été prise par un satellite Spot6 en 2018.Il s’agit d’une image en couleurs naturelles avec une résolution de 5 m.

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Repères géographiques

Présentation de l’image globale


Calais : une ville d’interface transfrontalière en mutation et sous tension


Un site littoral et une situation maritime singuliers

Située sur la côte d’Opale dans les Flandres maritimes, en bordure du Pas-de-Calais qui marque la limite entre deux ensembles maritime - la Manche et la Mer du Nord, Calais est la ville française la plus proche du Royaume-Uni, à une trentaine de kilomètres des côtes de Douvres dans le Sud-Est de l’Angleterre. Cette situation géographique en fait une interface logistique et frontalière de premier plan. Le détroit du Pas-de-Calais est en effet un des détroits les plus fréquentés au monde pour sa navigation maritime et donc un lieu majeur de la mondialisation.

Cette particularité se retrouve sur l’image. On y distingue au centre, la ville de Calais avec son port et sa partie la plus ancienne, reconnaissable par sa forme géométrique entourée de canaux. Au nord et à l’est de la vieille ville, on aperçoit les bassins et la gare maritime où s’effectuent les liaisons transmanche par ferries. Au sud de la vielle ville, on trouve Calais-St-Pierre, partie la plus densément peuplée où se situe l’essentiel des fonctions urbaines.

A l’ouest de l’image, on trouve le site du tunnel sous la Manche, situé sur la commune de Coquelles. Comme le montre bien l’image, c’est un vaste complexe composé des terminaux du tunnel, d’un centre commercial qui forme un rectangle blanc sur l’image, des parkings et des entrepôts logistiques.

Enfin on peut apercevoir de nombreuses infrastructures : ce sont les échangeurs, les autoroutes - dont l’A16 - et les routes qui relient et ancrent Calais et le tunnel au reste de la région, de la France et de l’Europe. Ces réseaux traversent enfin un espace agricole bien mis en valeur, car consacré aux grandes cultures dans un parcellaire de taille réduite.

Des relations avec l’Angleterre anciennes et mouvementées


Calais revêt une importance stratégique dès l’invasion de la Gaule par César pour la conquête de l’Angleterre. Les relations avec l’Angleterre constituent le ferment de son histoire. C’est durant la guerre de Cent Ans que Calais tombe aux mains des Anglais après un long siège, événement qui donne lieu au célèbre épisode des bourgeois de Calais remettant les clefs de la ville, en chemise et pieds-nus, au roi d’Angleterre Edouard III en 1347.


Photographie 1 : Les Bourgeois de Calais, bronze de Rodin, inauguré en 1895, LC 2020


En 1360, le traité de Brétigny confirme la possession anglaise qui dura deux siècles durant lesquels les Anglais entreprirent l’aménagement du port afin de faciliter les importations de laines et le débarquement des hommes. Reprise définitivement seulement en 1558, la ville fut alors aménagée pour résister aux invasions avec la construction des forts de Nieulay et Risban. Vauban poursuit les travaux de fortification, même si Calais a une importance moindre depuis la reconquête de Gravelines par Louis XIV. Car Calais fait dès lors, partie de la « ceinture de fer » qui protège le Royaume de France.

Si elle ne fut plus envahie, la ville connut des difficultés économiques importantes notamment lorsque Napoléon Ier instaura le blocus continental visant la puissance anglaise. Il faut attendre la Restauration pour que Calais prospère à nouveau avec le développement de l’industrie de la dentelle grâce à des procédés... anglais ! En 1885, la ville s’agrandit avec la fusion de la commune de Saint-Pierre, symbolisée par l’édification de l’hôtel de ville sur un terrain situé entre les deux communes. Occupée par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, Calais est – comme de nombreuses villes littorale - partiellement détruite par les bombardements pour la libération du pays.

Photographie 2 : Fort Risban, LC 2020

L’ouverture du lien fixe transmanche en 1994 : un enjeu majeur

La construction du tunnel sous la Manche entérine un projet vieux de deux siècles, le premier projet datant de 1801 et abandonné du fait des guerres napoléoniennes. Inauguré officiellement le 6 mai 1994 par le président  François Mitterrand et la Reine Elisabeth II, le tunnel - situé sur la commune de Coquelles - a de profondes répercussions : à l’échelle locale en déplaçant le centre de gravité des transports de la gare maritime au tunnel, mais aussi régionale jusqu’à Lille avec son centre d’affaires Euralille et la gare Lille Europe et, enfin, à l’échelle européenne en polarisant les flux européens continentaux vers le Royaume-Uni et inversement du Royaume-Uni vers le cœur de l’Europe.

Avec le tunnel, la rupture de charge du Pas-de-Calais est supprimée pour les trains de voyageurs et très rapide pour les poids lourds et voitures, qui utilisent des navettes spécialisées. Dès lors, Calais conforte son rôle d’interface majeure dans les échanges entre le Royaume-Uni et le continent européen. Pour faire face à la concurrence du tunnel, les entreprises de ferrys ont d’ailleurs été contraintes de recentrer sur Calais les passages précédemment effectués à partir de Boulogne-sur-Mer. Ainsi, Calais devient un point central de passage, mais aussi de tensions du fait de ses fonctions frontalières.
 
Interface et enjeux migratoires depuis les années 1980


La question migratoire ne date pas d’aujourd’hui. La chute du mur de Berlin a entrainé une première vague migratoire d’habitants d’Europe centrale et de l’Est, mais c’est surtout la guerre au Kosovo à la fin des années 1990 qui pousse des milliers de familles à fuir vers le Royaume-Uni. Alors membre de l’Union Européenne mais non signataire de la convention Schengen, l’entrée dans le pays est interdite aux non-ressortissants de l’Union Européenne ne possédant pas de visas. L’agglomération de Calais devient alors un des principaux lieux de fixation des migrants cherchant à passer clandestinement au Royaume-Uni

Face à l’urgence sanitaire et sous la pression de la population locale, le camp d’hébergement de Sangatte ouvre ses portes en septembre 1999. Il s’agit d’un ancien hangar désaffecté de la société Eurotunnel situé aux limites de la commune de Sangatte près des entrées et sorties du tunnel. Le camp, accusé d’attirer les migrants en nombre, attise les tensions entre la France et le Royaume-Uni. Il est fermé en décembre 2002, dispersant les gens dans la ville et ses alentours.

Photographie 3 : Plage de Sangatte, poteaux destinés à limiter l’érosion liée à la dérive littorale, LC 2020

La frontière décalée, le choix stratégique de 2003

En février 2003, les Accords du Touquet, signés par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy et son homologue britannique David Blunkett, marquent une étape spectaculaire et un tournant décisif dans la question migratoire en établissant un nouveau cadre juridique. On parle alors de “déplacement de la frontière” dans la mesure où la France accepte de co-gérer sur son propre sol les flux migratoires à destination du Royaume-Uni. Dans ce cadre, des bureaux de contrôle de l’immigration communs - dits “juxtaposés” - sont établis. Concrètement, les agents français et britanniques peuvent exercer leurs fonctions dans les deux pays indifféremment.

Le traité fixe aussi le partage des demandes d’asiles entre l’Etat de départ et l’Etat d’arrivée : si la demande est faite après les contrôles mais avant le départ du bateau, le traitement de la personne revient au pays de départ donc de facto à la France, au vu de l’asymétrie des flux migratoires. Une clause de réadmission dans l’Etat de départ prévoit le retour dans le pays de départ si la personne est refusée par l’Etat d’arrivée. Enfin, c’est le Royaume-Uni qui finance les contrôles et la sécurisation des sites quand la France doit prendre en charge le contrôle de l’immigration clandestine vers le Royaume-Uni, y compris aux abords du tunnel.

D'un mur à l’autre

Calais est le reflet des conflits et des crises qui se multiplient dans le monde depuis les années 2000. Les migrants de plus en plus nombreux et d’origine de plus en plus diverses se trouvent éparpillés dans et aux abords de Calais, soutenus par des associations et des riverains. Une première “jungle” située près du port et de la rocade est démantelée en 2009 tandis que le port de Calais se barricade de plus en plus. La municipalité ouvre en 2015 un centre de jour, le centre Jules Ferry, proposant des repas et un accueil de jour ainsi qu’un terrain de 18 hectares sans eau ni sanitaires à proximité de l’autoroute dans lequel les migrants sont forcés de s’installer sous peine d’expulsion. C’est la nouvelle “jungle”. Avec l’aide des associations, des commerces de fortune, des lieux de culte sont organisés dans ce qu’on appelle désormais “le plus grand bidonville de France".

En 2016, sous la pression du Conseil d’Etat, des containers-dortoirs sont installés ainsi que des points d’eau tandis que l’ouest et le sud de la zone sont démantelés afin de créer des zones tampons pour sécuriser les accès autoroutiers au port. En septembre 2016, face à la montée des tensions entre les communautés, l’exaspération des riverains et la situation des mineurs isolés et particulièrement vulnérables, Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, décide le démantèlement de la “jungle” et la création de CAO (centre d’accueil et d’orientation) disséminés à travers la France.

Au même moment, commence, le long de la rocade portuaire, la construction d’un mur d’une hauteur de 4 mètres et de 1 km de long qui vient compléter le dispositif existant. Officiellement appelé par les britanniques qui le financent “mur de protection anti-migrants", il est terminé en décembre de la même année.

En janvier 2018, la rencontre entre Emmanuel Macron et Thérèsa May aboutit à un nouvel accord. Il augmente la participation financière du Royaume-Uni pour la surveillance des sites et l’engagement d’un examen rapide des dossiers de migrants éligibles à l’entrée sur le sol britannique notamment les mineurs isolés, les personnes pouvant bénéficier du regroupement familial et les demandeurs d’asile.
L’annonce du Brexit ne freine en rien les mouvements migratoires même si la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne a, elle, des conséquences considérables pour la ville.

Zooms d"étude

Calais : la vieille ville et le port

Le centre de l’image est occupé par la vieille ville entourée de ses canaux et du reste des murailles que l’on appelle Calais-Nord. Ce sont essentiellement les fonctions touristiques que Calais entend développer avec sa plage située au nord-ouest de l’image. Entre la plage et la vieille ville, on trouve le bassin des Chasses et son port de plaisance. A l’extrémité est du bassin, près du chenal, le fort Risban offre un regard sur la plage, la ville et la gare maritime située au nord-est de l’image.

L'essentiel des commerces notamment les restaurants et les bars destinés à accueillir les touristes anglais débarqués des ferries proches se trouvent dans la vieille ville. Calais entend promouvoir son patrimoine et les activités culturelles afin de relancer le tourisme vital pour son économie en perte de vitesse.    

Photographie 4 : Le dragon de Calais, monstre mécanique entend offrir un nouveau regard sur la ville en promenant sur son dos les visiteurs sur le front de mer, LC 2020

Mais la question migratoire se retrouve dans les œuvres d’art de Banksy dont l’une située sur le poste des sauveteurs de la plage de Calais montre une petite fille lorgnant vers l’Angleterre.

Photographie 5 : La petite fille, cheveux au vent, Banksy, LC 2020

La plupart des fonctions administratives se trouvent à Calais-St-Pierre, ville rattachée à Calais à la fin du XIXe siècle située au sud de l’image.


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Repères géographiques

Photographie 4 : Le dragon de Calais, monstre mécanique entend offrir un nouveau regard sur la ville en promenant sur son dos les visiteurs sur le front de mer, LC 2020

Photographie 5 : La petite fille, cheveux au vent, Banksy, LC 2020

La gare maritime et les ferries transmanches

La gare maritime de Calais, située à 1 km de la ville est un vaste complexe qui accueille le trafic transmanche. Le centre de l’image montre le terminal des ferrys. En effet, Calais est le premier port de passagers de France avec un trafic de 9 millions de passagers par an en 2018, en hausse après une forte chute en 2014. Couplé au port de Boulogne, il enregistre un trafic de marchandises de 47 millions de tonnes de fret.

Afin de garder sa place de leader, un vaste chantier d’agrandissement du port “Calais 2015” est lancé et devait s’achever en janvier 2021. Situé au nord-est de l’image, ce projet pharaonique, le plus grand d’Europe, a pour ambition de permettre à Calais d’accueillir les nouvelles générations de ferrys et de rouliers et de répondre à l’accroissement mondial du trafic maritime notamment transmanche. Avec la construction d’une digue de 3 kms et d’un nouveau bassin tourné vers la mer, le projet est porté et financé par de nombreux acteurs locaux (ville, département, région) mais aussi par l’Union Européenne en tant que chantier prioritaire des programmes “Connecting Europe Facility” et “ Motorways of the sea”.

Relié à l’arrière-pays par une rocade autoroutière, l’accès à la gare maritime est étroitement surveillé afin d’éviter l’intrusion des migrants dans les camions et les ferrys. Les voies routières sont entourées de grillages et de barbelés puis du mur anti-migrants qui accentuent la séparation entre la ville et son port de passagers et de marchandises.

Photographie 6 : Accès à la gare maritime par la rocade autoroutière, LC 2020

Le Brexit a des conséquences importantes pour le port de Calais : 6 millions d’euros ont été investis dans des aménagements afin de répondre aux nouvelles obligations en matière de contrôles et d’inspections douaniers et/ ou sanitaires et phytosanitaires. Deux zones d’attentes pour les poids-lourds en attente de régularisation ont été créés au plus près des terminaux afin de faciliter le transit. Un exercice grandeur nature a été réalisé en septembre 2019. Ce ne sont en effet pas moins de 4 millions de camions qui passent chaque année par le port de Calais. Enfin, une potentielle zone de “duty free” est espérée afin de dynamiser l’activité économique.


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Photographie 6 : Accès à la gare maritime par la rocade autoroutière, LC 2020

Le tunnel et ses infrastructures : Le site Eurotunnel et le centre commercial de Coquelles

Des flux reportés sur le tunnel

Le tunnel sous la Manche, projet ancien et plusieurs fois avorté, est aujourd’hui une interface majeure qui a transporté plus de 2,5 milliards de véhicules pendant l’année 2019 et a vu plus de 11 millions de passagers passer par le Shuttle. Par ailleurs, le transport par ferry reste en crise depuis de longues années, même s’il est le principal port de voyageurs en France. Depuis sa création, le tunnel a été à la fois un levier de développement, comme la zone commerciale de Coquelles, rectangle blanc au nord de l’image, mais aussi une source de contraintes, en particulier par son rôle de frontière, qu’elle soit physique, symbolique ou imaginaire, à l’échelle française, européenne et mondiale.

Une volonté de contrôle des flux

Du fait que ce territoire est un espace de traversée vers le Royaume-Uni déjà ancien, différents sites ont été les points de rassemblement des migrants, comme le camp de Sangatte entre 1999 et 2002, au nord-ouest de l’image satellite. De multiples systèmes sont mis en place afin de contrôler les frontières et surtout d’empêcher les migrants de passer du côté britannique. La frontière est à la fois fixe et mobile.

Des dispositifs de caméras mais aussi de murs ou de grillages sont disposés tout autour du site du tunnel à Coquelles. Ainsi, une frontière physique de plus en plus importante est érigée. La fermeture de l’espace devient de plus en plus forte. La frontière à Calais devient un point de crispation d’envergure européenne et mondiale, en particulier les Accords du Touquet de 2003. Cette fermeture est particulièrement marquée au niveau du faisceau ferroviaire et sur toute sa longueur, mais également au niveau des autoroutes. La frontière devient protéiforme.

Des autoroutes qui se ferment

Au-delà du point de passage, la frontière s’est étendue dans une forme mobile le long des autoroutes A16 et A26, l’A16 étant visible au nord de l’image. Cette frontière est toujours  davantage par les forces de l’ordre, dont la police aux frontières (PAF). En particulier, des mesures spécifiques ont été mises en place, telle la fermeture aux camions de la majorité des aires d’autoroute depuis le nord de Lens, à plus de 70km dus ite.

Cela n’empêche pas les circulations piétonnes de migrants le long de ces axes. Plus à proximité de l’espace frontière, des systèmes de vidéoprotection sophistiqués sont installés le long des autoroutes. Des installations de mise en eaux et de végétalisation à proximité du site de Coquelles, visibles par le liseré foncé sur les images satellites, participent de ce contrôle. La frontière, rupture brutale, tend donc également à être intégrée au sein d’espaces artificialisés, plus symboliques.  

Une forte dilatation des l’espace frontalier

En outre, le renforcement des moyens humains et des installations de contrôle se diffuse à de nouvelles installations dans des espaces de plus en plus éloignés du site lui même. On assiste donc à un processus de dilatation spatiale de l’espace frontalier calaisien Les zones de stockage de camions, comme le port-conteneurs sont soumis à des contrôles croissants sur la présence éventuelle de migrants mais également des circuits de passeurs qui ont pu se mettre en place.

Car Calais est aussi un point où convergent les réseaux de toute l’Europe occidentale. Par exemple, avant même l’arrivée des trains à la gare TGV Thalys et Eurostar de Fréthun, des contrôles préalables ont déjà eu lieu à Paris, Lille ou Bruxelles pour les voyageurs. Ce territoire constitue un point nodal des migrations et des flux divers et variés à l’échelle-monde. Cela amène à des recompositions locales où les espaces logistiques et de stockage sont prisés par les migrants. L’imaginaire de la frontière agit aussi avec des images-types qui tendent à devenir performatives.

Où commence et s’arrête la frontière ?

Photographie 7 : La commanderie du port de Calais et une darse, AG 2020

La frontière est un espace physique mais également un espace plus lâche et réticulaire, le long des axes de communication. Elle se déploie à toutes les échelles et dans tous les domaines. Le fait que la frontière physique entre la France et le Royaume-Uni soit désormais à Calais a amené cette dernière à se déployer dans de nombreux espaces de la ville, autour du port en particulier, de manière explicite et implicite.

De plus, les différents espaces de la ville sont marqués par les aspects de contrôle et de régulation des flux à mesure que l’on s’approche de la frontière physique. L’isolation des points de passage est donc aussi un effet de gradient des frontières. De plus, la frontière maritime redevient un enjeu primordial avec les tentatives croissantes de passages sur des embarcations de fortune et les ferrys. Les aménagements récents prennent en compte cette dimension, dont l’extension du port.

Photographie 8 : Les contrôles à l’entrée du tunnel, LC 2020

Vers une « smart border » ?

La mise en œuvre du Brexit rétablit une frontière physique complète aux êtres humains et potentiellement aux marchandises et aux capitaux. Le Calaisis est face à une mutation de son dispositif de frontière. Celui-ci bouleverse la nature des relations franco-britanniques mais également avec l’Union Européenne. Le Royaume-Uni finance des installations, dont un mur anti-intrusion, qui provoquent des débats locaux et nationaux.

Le choix de la frontière technologique est un phénomène qui se retrouve aussi dans plusieurs espaces transfrontaliers du même type. La notion de smart border est critiquée et souvent sujette à de vifs débats qui amènent à se poser la question de sa mise en œuvre et de sa pérennité. La relation franco-britannique reste donc un élément central de la recomposition des espaces-frontière de Calais.


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Photographie 7 : La commanderie du port de Calais et une darse, AG 2020

Photographie 8 : Les contrôles à l’entrée du tunnel, LC 2020

Image complémentaire

Wissant, station touristique régionale et européenne

Au sud-ouest de l’image satellite se trouve Wissant. La commune compte un peu moins de 1000 habitants et subit une baisse régulière de sa population depuis 1975. Wissant se trouve en position privilégiée, à la fois proche de Calais et de Boulogne-sur-Mer, proche du Cap Blanc Nez. La mémoire de la position stratégique du territoire demeure avec plusieurs fortifications qui datent du Mur de l’Atlantique et antérieures.

Wissant est un lieu de villégiature important. La population peut décupler en été. Cette activité touristique et résidentielle est visible sur l’image avec la présence d’ilots littoraux construits depuis les années 1960 au nord-ouest du village originel, outre le camping. Plus de deux logements sur trois sont aujourd’hui des résidences secondaires.

Cette situation privilégiée subit cependant les effets de l’érosion littorale. Malgré différentes mesures prises ces dernières années, la commune voit la mer avancer, en particulier au niveau du front de mer. Les dunes qui tendent à devenir des territoires protégés ont aussi été utilisées comme espaces de réserve comme on le voit bien au nord de l’image satellite avec le fond Pignon, constitué entre autres des boues de craie bleue lors du creusement du tunnel sous la Manche. Au nord de Wissant, ces dunes, en partie fossiles, sont mises en valeur par des circuits touristiques, alors qu’au sud, la mise en valeur est moins avancée, du fait sans doute de la présence plus importante des marais et de la limite avec le Boulonnais.  

Le Cap Blanc-Nez : le cap le plus au nord de France

Cette falaise qui culmine à 151 m. est la plus au nord de la France métropolitaine. Elle est classée Grand Site de France depuis 2011, avec le Cap Gris-Nez, qui se trouve 10 km plus au sud. Son nom initial insiste sur sa position de promontoire qui permet de voir jusqu’à Douvres au Royaume-Uni par beau temps.

Elle forme, avec le Cap Gris-Nez, le Grand Site des Deux Caps. Le site est à la fois un site protégé Natura 2000 et recouvre plusieurs aires de protection de la faune, de la flore et marine. Il appartient également au Parc naturel régional des caps et marais d’Opale. Le Cap Blanc-Nez est visité par près d’un million de visiteurs par an, ce qui n’est pas sans poser problème pour sa préservation. Le département cherche à davantage protéger ce site avec le Conservatoire du Littoral.

La falaise est constituée de craie, et à son pied se trouvent les reliques de la plaine littorale antérieure. L’érosion est très importante et la falaise a reculé d’au moins 4 m. depuis 1945. Sur la hauteur de la falaise et au-dessus se trouvent des champs, généralement de grande culture. On est ici à la limite nord du Bassin Parisien, plus précisément à la limite nord du plateau d’Artois. On peut observer aussi des landes autour du Cap Blanc-Nez.

L’arrière-pays est plus vallonné et le sud du territoire est à la limite de la Boutonnière du Boulonnais. Au niveau des deux caps, près de 60 % des sols sont cultivés. On y trouve effet le colza, le lin et des céréales. On assiste, depuis quelques années, à une mise en valeur du bâti agricole afin de conjuguer patrimoine, tourisme et agriculture. Les agriculteurs diversifient aussi leurs activités en accueillant les touristes dans des gîtes et chambres d’hôtes.


Repères géographiques

 

 
Le littoral de la mer du Nord au sud de Calais : Wissant et le cap Blanc-Nez


D’autres ressources

Bibliographie et sitographie

FOUCHER M. (2020) - « Les frontières », La Documentation photographique, Paris, CNRS Editions

GETLINK GROUP (2019). Données sur le trafic du tunnel sous la Manche : https://tinyurl.com/y2uvp3r2 consulté le 30 juin 2020

KERVRAN P. (2020) – « Des villes transformées par l’exil : mes voisins les migrants » -In :  LSD, la série documentaire de France Culture, Paris, 4 émissions du 08 au 11 juin  : https://tinyurl.com/yxcs9rdv consulté le 28 juin 2020

LIAGRE R. et DUMONT F. (2005). -« Sangatte: vie et mort d'un centre de «réfugiés»//Sangatte: life and death of a "refugees" centre » -In: Annales de Géographie, Paris, Armand-Colin, t.114, 641, 93-112.

PORT DE BOULOGNE-CALAIS (2020), « My easy Brexit : le port de Calais est prêt et vous ? » ? » : https://www.portboulognecalais.fr/fr/brexit-le-port-de-calais-sera-pret-et-vous , consulté le 30 juin 2020



Contributeurs :

Laura Carbonnier, IA-IPR d’histoire-géographie, Académie de Caen, et Aurélien Gack, professeur d’histoire-géographie au lycée Louis Pasteur d’Hénin-Beaumont.

Crédits

Images satellite
Image générale : image SPOT 6 © Airbus DS 2018.
Zooms d'études : image Pléiades©CNES2018, Distribution AIRBUS DS (image prises le 20/04/2018)
Image complémentaire : image Sentinel 2© COPERNICUS SENTINEL 2020 (image prise le 15/09/2020)

Iconographie du dossier

Photographies : Laura Carbonnier (LC) et Aurélien Gack (AG), juin 2020

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