Australie - Cap Lambert : synapse du système productif minier du Pilbara en Australie-Occidentale

La mondialisation est un processus spatialement et socialement sélectif qui impose des hiérarchies territoriales tout en créant des systèmes de dépendance inédits entre les territoires. L’analyse de cette image satellite permet de mettre en évidence ces systèmes. Elle donne à voir Cap Lambert, véritable synapse au sein d’un système productif tourné vers l’exportation du minerai de fer. Ce territoire, au nord-ouest du Pilbara, est caractérisé par une double dépendance : celle de l’approvisionnement en fer et celle de la demande mondiale, et plus spécifiquement asiatique. A ces contraintes inhérentes à l’insertion dans la mondialisation s’ajoutent des contraintes locales spécifiques liées aux caractéristiques biogéographiques de cette région semi-aride, au nord-ouest de l’Etat d’Australie-Occidentale.

Légende de l’image satellite

Présentation de l’image globale

Cap Lambert, illustration du processus de mondialisation
des matières premières

Cap Lambert, interface entre l’arrière-pays du Pilbara riche en fer et l’avant-pays asiatique

Pour Elisée Reclus cité dans la Géographie Universelle, l’Australie est un plateau massif et trapu, « un bloc à peine dégrossi » que la mer a « dentelé ». Cette description correspond trait pour trait à l’image satellite centrée sur Cap Lambert dont l’arrière-pays, où le bouclier de roches précambriennes affleure, regorge de fer et d’autres minerais.

Cap Lambert se trouve au nord du Pilbara, une des neuf régions de l’Australie Occidentale qui concentre le plus de mines de fer du pays. Au Pilbara est extrait plus de 90 % de la production de fer australienne et plus du tiers du fer mondial, ce qui en fait une région au cœur de la mondialisation des matières premières. En effet, plus de la moitié du fer exporté provient de cette région semi-aride du nord-ouest australien.

Interfaces entre cet arrière-pays riche en minerais et l’avant-pays asiatique, les trois grands ports minéraliers de la région du Pilbara (Port Hedland, Dampier et Cap Lambert) apparaissent comme autant de synapses dont l’unique fonction et d’assurer la rupture de charge entre les trains qui amènent le minerai au port minéralier et les vraquiers, navires spécialisés dans le transport de vrac dont le minerais.

Comme on peut le noter sur l’image de Cap Lambert, les flux de minerai de fer convergent vers les deux jetées appelées port A (le plus petit à l’ouest) et port B (la plus importante, longue de plus de 2 kilomètres) via un réseau de voies ferrées spécifiques. L’unique fonction est d’assurer la liaison entre les zones de production du minerai et la zone portuaire ; le littoral étant le point de rupture de charge où les vraquiers sont chargés avant de faire route vers l’Asie, et plus spécifiquement vers les ports chinois.

Une demande croissante en minerai de fer : le boom de la Chine

Aujourd’hui, plus de 80 % du fer du Pilbara est exporté vers la Chine, le reste étant à destination du Japon, de Taiwan et de la Corée du Sud. L’image satellite illustre cette évolution récente.

En effet, au cours des décennies 1970 et 1980, les relations commerciales de Cap Lambert vers l’Asie étaient surtout concentrées vers le Japon et les Dragons. L’installation du port A et la joint-venture australo-japonaise Robe River Iron Associates en sont les héritages (Zoom 1).
En revanche, l’insertion de la Chine dans la mondialisation - de l’émergence des années 1980 et 1990 à son statut actuel de principale puissance économique mondiale avec les Etats-Unis - a profondément modifié l’espace de Cap Lambert, obligeant les acteurs privés à répondre à une demande croissante en mettant en service un nouveau ponton de chargement en 2015 (Zoom 1).

Si l’Australie-Occidentale produisait 243 millions de tonnes de minerai de fer en 2005-2006, elle en produit trois fois plus aujourd’hui, en répondant à une demande chinoise de plus en plus importante. Les réserves chinoises tendent à se tarir et sont insuffisantes pour alimenter l’industrie chinoise, ce qui nécessite toujours plus d’importations. Le fer australien réputé de bonne qualité et au coût de production bas est donc devenu essentiel pour la Chine. En effet, de par la proximité géographique, acheminer par voie maritime du fer d’Australie-Occidentale vers la Chine revient deux fois moins cher que la même opération du Brésil vers la Chine.

Le terminal de Cap-Lambert exporte aujourd’hui 22 % du minerai de fer australien grâce aux travaux achevés en 2015 au niveau du port B, qui ont permis d’augmenter très sensiblement les flux. A titre de comparaison, les ports minéraliers voisins de Port Hedland et de Dampier, en exportent respectivement 57 % et 16 %.

Au boom de la demande chinoise répond une offre sans cesse renouveler dans l’arrière-pays du Pilbara. En effet, Rio Tinto gère aujourd’hui 16 sites miniers dans la région. L’image satellite ne donne à voir qu’une partie du système productif dans la mesure où les lieux d’extraction se situent à Waramboo, à l’ouest de la petite ville de Pannawonica située à plus de 190 kilomètres au sud-ouest de l’image.

De même, le cœur décisionnel se trouve à Perth, à plus de 16 heures de route, via la route nationale 1 visible sur l’image. C’est en effet dans la capitale de l’Etat fédéré que se concentrent les principaux sièges des grands groupes miniers internationaux comme celui de Rio Tinto.

Un espace façonné par les grandes firmes minières transnationales

Les firmes transnationales, et particulièrement Rio Tinto, sont les principales actrices de l’aménagement de l’espace visible sur l’image. En effet, les autres acteurs - Etat, agriculteurs, populations locales - sont peu présents et apparaissent davantage comme des partenaires qu’il faut légalement prendre en compte, on peut penser notamment aux différentes règles en matière environnementale, ou ménager, particulièrement par rapport à la question de l’eau.

Les firmes minières sont les acteurs les plus importants et leurs poids s’illustrent sur l’image satellite. A travers la joint-venture Robe River Iron Associates, la firme Rio Tinto, l’une des premières dans l’extraction de matières premières à l’échelle mondiale, domine ses partenaires japonais et gère l’activité de la production à l’exportation en passant par l’acheminement du minerai à travers notamment la Robe River railway qui possède les voies ferrées que l’on distingue au centre de l’image. La joint-venture Robe River Iron Associates a en effet été mise en place spécifiquement pour les activités liées au minerai de fer en Australie-Occidentale en regroupant Rio Tinto, une firme australienne, d’un côté et Mitsui & Co, Nippon Steel Corporation, Sumitomo Metal Industries, donc trois firmes japonaises, de l’autre.

Ainsi ces dernières correspondent à un réseau privé dont la seule fonction est d’acheminer le minerai de fer vers les ports A et B de Cap Lambert. La construction de la voie ferrée et de celle du port A, au début des années 1970, sont ainsi concomitantes du début de l’exploitation des mines de la vallée de la Robe River à plus de 190 kilomètres dans l’arrière-pays.

Le poids des firmes dans les choix d’aménagement du territoire perdure dans la mesure où c’est le groupe Robe River Mining Co. qui a construit les différentes installations portuaires de Cap Lambert en fonction depuis 2015 et que l’on appelle le port B (Zoom 1) permettant à lui seul d’exporter jusqu’à 130 millions de tonnes de minerais de fer par an.

Un espace désertique soumis à de nombreuses contraintes : la question stratégique de l’eau

Les installations logistiques ne sont pas sans impact sur le milieu comme en atteste l’image satellite. En effet, on note que les poussières de minerai de fer se sont déposées largement sur l’espace visible sur l’image.

Par ailleurs, ces installations anthropiques peuvent perturber la faune et la flore locale aussi, Robe River Iron Associates, et donc principalement Rio Tinto, doit répondre à un cahier des charges strict imposé par le gouvernement fédéral. On peut par exemple penser à l’Environment Protection and Biodiversity Conservation Act qui oblige le groupe à avoir un impact limité sur les espèces marines protégées notamment les tortues présentes sur le littoral.

Sur l’image, on note la rareté de la végétation qui caractérise le Pilbara soumis au climat semi-désertique. Aussi, la ressource en eau est un enjeu essentiel pour les acteurs présents dans cet espace non seulement pour les quelques milliers de personnes vivant autour de Cap Lambert dans les différentes localités étudiées (Zoom 2) mais surtout pour les activités logistiques liées à l’acheminement du minerai de fer, du nettoyage régulier des installations vite saturées en poussières aux interventions d’urgence en cas d’incendie.

La question des différents usages de l’eau est, dans ce contexte, essentielle d’autant plus que de nombreux cours d’eau vont être affectés par l’activité de stockage du fer. Ainsi, le réseau hydrographique visible sur l’image est chargé en matières ferreuses à l’instar de la Harding River dont le cours est en grande partie parallèle aux voies de chemin de fer ou encore de la Nullagine River. Aussi, la consommation de l’eau nécessite au préalable d’importants traitements.

Pendant plusieurs décennies, l’eau utilisée par Rio Tinto provenait d’une nappe phréatique : l’aquifère Millstream, à une centaine de kilomètres au sud de Cap Lambert. Mais cette dernière ne se recharge que lentement dans la mesure où les pluies sont peu importantes dans la région du Pilbara, sauf pendant les épisodes cycloniques.

Cet aquifère est le principal pourvoyeur en eau pour les usages industriels, agricoles ou encore domestiques, ce qui crée des tensions. Dans les années 1980, la situation est critique et a poussé les autorités d’Australie-Occidentale à mettre en place le barrage Harding sur la rivière du même nom, à 25 kilomètres au sud de l’image. En 2011, un accord fut signé entre Rio Tinto et le gouvernement d’Australie-Occidentale pour mettre en place une station de pompage d’une capacité de 10.000 millions de litres par an à Bungaroo Creek, à 200 kilomètres au sud-ouest de l’image. Celle-ci fonctionne depuis 2013 et permet de limiter les prélèvements sur la Harding River tout en alimentant en eau les différents sites miniers de Rio Tino autour de Pannawonica d’où est extrait le minerai de fer qui arrive à Cap Lambert.

Zooms d’étude

Port Walcott : rupture de charge et départ des exportations
Comme on peut le voir sur l’image satellite, le flux de minerai converge vers Port Walcott où s’organise la rupture de charge. Les activités logistiques y sont donc nombreuses. Deux pontons permettent le chargement des vraquiers dont on constate le flux incessant.
Le premier ponton, situé le plus à l’ouest, et l’espace de stockage qui y est directement relié ont été construits en 1972. Il s’agit du site Cape Lambert Port A.
Le deuxième ponton, Cape Lambert Port B, situé le plus à l’est, est beaucoup plus long. Avec ces 2,7 kilomètres, il a été mis en service en 2015 pour pouvoir charger des vraquiers de plus en plus longs. S’illustre ainsi sur l’image satellite le gigantisme lié à la maritimisation des activités propre à la mondialisation.
On note sur l’image de multiples voies ferrées qui viennent desservir de parcs de stockage du minerai de fer. Ces lieux de stockage que l’on distingue sur l’image satellite sont reliés, via un système largement automatisé, aux quais des deux jetées (Port A et Port B) où chaque vraquier dispose d’une zone d’amarrage spécifique.
Au nord de l’image satellite, les différentes nuances de bleu permettent de déterminer la profondeur. On distingue autour des pontons un large chenal facilitant les flux de vraquiers et leurs manœuvres.
Port Walcott : rupture de charge et départ des exportations
Comme on peut le voir sur l’image satellite, le flux de minerai converge vers Port Walcott où s’organise la rupture de charge. Les activités logistiques y sont donc nombreuses. Deux pontons permettent le chargement des vraquiers dont on constate le flux incessant.
Le premier ponton, situé le plus à l’ouest, et l’espace de stockage qui y est directement relié ont été construits en 1972. Il s’agit du site Cape Lambert Port A.
Le deuxième ponton, Cape Lambert Port B, situé le plus à l’est, est beaucoup plus long. Avec ces 2,7 kilomètres, il a été mis en service en 2015 pour pouvoir charger des vraquiers de plus en plus longs. S’illustre ainsi sur l’image satellite le gigantisme lié à la maritimisation des activités propre à la mondialisation.
On note sur l’image de multiples voies ferrées qui viennent desservir de parcs de stockage du minerai de fer. Ces lieux de stockage que l’on distingue sur l’image satellite sont reliés, via un système largement automatisé, aux quais des deux jetées (Port A et Port B) où chaque vraquier dispose d’une zone d’amarrage spécifique.
Au nord de l’image satellite, les différentes nuances de bleu permettent de déterminer la profondeur. On distingue autour des pontons un large chenal facilitant les flux de vraquiers et leurs manœuvres.

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Sources et ressources complémentaires

Benoit Antheaume et Joel Bonnemaison dans, « L’Australie, le “ pays chanceux “ », in Géographie universelle. Asie du Sud-Est, Océanie (dir. Brunet R.), Belin/Reclus, Paris, p. 248, 1995.

Government of Western Australia, Department of State Development, Western Australia Iron Ore Industry Profile, 2017.

Un site spécifique sur le minerais de fer

Sur le site Géoimage
En Australie même
Australie. Perth : un eldorado minier de l’Australie-Occidentale aux portes du désert

Sur l’importance de la Chine dans l’activité minière mondiale :
RDC. Kolwesi : une ville au coeur des concessions minières, enjeux géopolitiques et de développement

Chili. L’exploitation du lithium dans le désert d’Atacama : nouvelle ressource stratégique et bouleversement technologique mondial

Contributeur

Benjamin Leclère, agrégé et docteur en géographie, professeur en CPGE au lycée Pontus de Tyard de Chalon-sur-Saône.

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