Le Pays de Montbéliard et le groupe automobile Peugeot à Sochaux.

Au nord-est de la Franche-Comté dans la Porte de Bourgogne, le Pays de Montbéliard voit son système productif très largement dominé par l’automobile et la firme Peugeot. Avec plus de 10 000 salariés, l’usine de Sochaux-Montbéliard est en effet un des plus grands établissements industriels de France. Par son histoire, sa taille, ses fonctions diversifiées et son influence régionale, il se rattache au « modèle rhénan » que l’on retrouve en Suisse ou en Allemagne voisines, c’est donc un cas exceptionnel dans l’Hexagone.
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Légende de l'Image satellite du pays de Montbéliard

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Présentation de l'image générale

Le pays de Montbéliard dominé par l’industrie automobile et Peugeot

Situé dans le nord-est de la Franche-Comté, le Pays de Montbéliard s’étend entre les hautes terres des Vosges au nord et des monts du Jura au Sud comme l’indiquent sur le document l’encadrement des reliefs, largement boisés, et la relative étroitesse des vallées. En son centre, une dépression - la « Porte de Bourgogne » - relie l’Alsace et la vallée du Rhin à l’est à la vallée de la Saône à l’ouest. Cette plaine alluviale est drainée par la Savoureuse, l’Allan et le Doubs. Cet axe historique, d’importance stratégique (cf. département du Territoire de Belfort à l’est du document), est un important site de passage (cf. autoroute A36 bien visible sur le document et desserte TGV) entre systèmes rhénan et rhodanien.

La communauté d’agglomération regroupe 29 communes et 120 000 habitants, soit une forte densité de 670 hab./km2 bien visible dans le paysage du fait de l’urbanisation. Les vallées guident en effet la formation d’une vaste conurbation polynucléaire polarisée par Montbéliard, Sochaux, Exincourt et Valentigney. Le vieux noyau urbain dense de la ville de Montbéliard se situe à l’ouest de l’usine Peugeot. Celle-ci est elle même bordée au nord par la citadelle du Fort de la Chaux, qui verrouillait la vallée et qui apparaît comme une masse sombre et en partie boisée. Au sud, elle est limitée par la vallée de l’Allan, qui coule du nord-est vers le sud-est, et une portion de l’autoroute A36 dont le tracé sud-ouest/nord-est traverse tout le document.

Coulant d’abord nord/sud, le Doubs entre au centre-sud du document : dans sa vallée s’y trouvent du sud vers le nord le village de Mathay, la ville de Mendeure (rive droite), les villes de Valentiney (rive gauche) et Seloncourt (rive droite) puis celle d’Audincourt. Le Doubs bascule alors brutalement vers l’ouest pour longer l’aéroport régional (une piste bien visible encadrée de vert) et rejoindre l’Allan à sa confluence à l’ouest du document. 

La région est profondément marquée depuis le début du XIXem siècle par l’industrialisation : importance des usines et des ateliers, des cités ouvrières et des pavillons, des demeures patronales, des hôpitaux et bains-douche liés à un vieux modèle paternaliste... Cette industrialisation créant la ville est alors portée par l’horlogerie, la métallurgie (fonderie, emboutissage, laminage, tréfilage, décolletage…) et la mécanique (cycles, équipements ménagers ou industriels). Au début du XXem siècle, l’essor de l’automobile bouleverse profondément l’économie et l’urbanisation. Originaire d’Hémironcourt, qui se trouve au sud-est du document, la famille Peugeot se développe initialement (cycles, motocyclettes, camions, équipements) sur Valentigney et Audincourt, Pont-de-Roide et Mandeure avant de s’installer à Sochaux en 1912.  

Aujourd’hui, l’industrie automobile est au cœur du système productif régional avec 50 000 salariés travaillant dans 480 entreprises. Peugeot domine économiquement la région et son tissu industriel qui est composé soit de fournisseurs et équipementiers de premier rang (Faurecia, Eurofit, Reudel, AEE, Gefco, TI groupe), soit de nombreuses PME (petites et moyennes entreprises) travaillant en sous-traitance. Ainsi, une importante usine Faurécia est bien visible au sud du document en bordure de la vallée du Doubs au sud de Valentigney (toits rouges) alors que les usines Eurofit et Géodis sont attenantes au nord du site Peugeot Sochaux, à l’est du stade Bonal qui accueille le Football Club Sochaux Montbéliards (rectangle vert bien visible). Nombre de ces entreprises sont regroupées dans le Pôle « Véhicule du Futur », un pôle de compétitivité qui s’étend sur les Régions Bourgogne-Franche Comté et Grand Est.

Zooms d'étude


L’usine de Sochaux de Peugeot

Cette image du site Peugeot de Sochaux-Montbéliard témoigne de l’extension de l’établissement. Par sa taille et ses emplois, c’est l’un des plus importants de France avec les complexes Airbus de Toulouse et Michelin de Clermont-Ferrand. Il s’étend en effet sur 200 hectares et est parcouru par 30 km de routes et de voies ferrées. En 2016, il compte 10 500 salariés produisant 347 000 voitures (Peugeot 208, Peugeot 3008, DS 5 et Opel Grandland X).

Né en 1889 sous l’impulsion d’Armand Peugeot, le groupe automobile Peugeot fait de Sochaux-Montbéliard son berceau historique en s’y implantant en 1912 (camions, véhicules utilitaires). La production automobile  y connaît une forte croissance à partir des années 1930 grâce au succès de nombreux modèles (201, 402, 203,403, 404…).  De 1917, date d’acquisition de 200 ha., aux années 2010, le site ne cesse de s’étendre en particulier sur la plaine de  l’Allan (drainage, digues, dérivation…) qui le borde au sud.  Porté par l’essor de l’automobile et la taylorisation de la production de masse, le site passe de 15 000 salariés en 1955 à 23 000 salariés en 1960 pour culminer à 39 000 salariés en 1979. Sous les effets de l’automatisation, de la robotisation et de l’externalisation d’une partie des productions d’un côté, de l’internationalisation du groupe de l’autre, il connaît une forte réduction de ses emplois ouvriers dans les années 1980/1990.

Loin d’être une simple usine de montage, le site de Sochaux produit l’ensemble d’une automobile. Ce vaste complexe regroupe donc des espaces fonctionnellement spécialisés mais techniquement intégrés. Au nord-ouest (carrés rouges près du stage Bonal), les ateliers d’emboutissage transforment les bobines de tôles issues de la sidérurgie en pièces (caisse du véhicule, carrosserie). Puis les ateliers de ferrage réalisent le soudage des pièces (grands bâtiments très longs au sud des ateliers d’emboutissage) avant que les ateliers de peinture n’interviennent (en gris noir, au sud de l’arc des voies ferrées).

Les caisses peintes passent ensuite aux ateliers de montage. Ceux-ci intègrent à la carrosserie les faisceaux électriques, les postes de conduite, la vitrerie, les roues et sièges et les faces avant et arrière. Ce sont les bâtiments qui se trouvent le long de l’autoroute et les deux blocs aux toits rayés gris à l’est, qui alimentent les parkings de stockage bien visibles eux aussi. Organisés en deux lignes indépendantes et polyvalentes, les ateliers de montage sont livrés en flux tendus par les usines des fournisseurs implantés dans une zone industrielle attenante au site principal. En 2015, l’Etat, la Région, et le Conseil Départemental acquièrent 26 hectares du site, afin d’y implanter une Zone Industrielle Fournisseurs aux portes des ateliers afin d’accueillir les sous-traitants (roues, faces avant, réservoirs) qui fournissent l’usine en flux tendus. Enfin, une fois les automobiles achevées, elles passent au contrôle qualité final (1 700 points de contrôles et banc de roulage).
     
L’usine de Sochaux fait l’objet entre 2017 et 2022 d’un vaste projet de modernisation intitulé « Sochaux 2022 » bénéficiant de 200 millions d’euros d’investissements. Son objectif est de réorganiser l’ensemble du système afin de lui donner plus de cohérence en réduisant les ruptures de charge entre ateliers, lignes de montages et fournisseurs. La surface bâtie des ateliers doit en particulier passer de 700 000 à 230 000 m2 tout en libérant 50 hectares au sud du site.  

Avec le site de Sochaux, on retrouve là typiquement le modèle productif rhénan, qui s’étend plus à l’est de la chimie baloise à la Ruhr allemande. Ce modèle associe une grande firme internationale à une puissante base productive - très intégrée techniquement et fonctionnellement - aux échelles locales et régionales. Au total, le site Peugeot induit, directement ou indirectement, 24 000 emplois du fait de son influence sur l’emploi local : effectifs directs, fournisseurs, sous-traitants, prestataires de services ; effets d’entrainement sur les services annexes (logements des salariés, salaires versés, commerces, santé, écoles, culture…).

Dans ce contexte,  le groupe Peugeot a fait du Nord-Est de la France un de ses principaux bastions industriels. Le site de Sochaux-Montbéliard est en effet complété par d’autres établissements. L’usine voisine de Mulhouse, en Alsace, assure ainsi le montage de 190 000 automobiles en 2016 avec 7 100 salariés. En Haute-Saône, le site de Vesoul regroupe 3 500 salariés avec une usine de pièces et un immense site logistique qui accueille le centre mondial de pièces détachées du groupe.


Le Centre Technique et d’Essais de Peugeot - Belchamp

A 5 km au sud du site principal, le Centre Technique et d’Essais de Belchamp se déploie sur un vaste plateau boisé. Il accueille une partie des fonctions de recherche, développement (cf. fabrication des prototypes) et expérimentation (cf. mise au point et validation) des voitures. Comme l’illustre le document, le centre dispose de 25 pistes d’essai couvrant 35 km. Plus de 5 millions de km y sont parcourus par an. Il dispose de 1 400 moyens d’essais, dont une aire de choc qui réalise plus de 1 500 crash-tests par an pour tester l’efficience et la solidité des véhicules.   

Avec 1 200 ingénieurs et techniciens, le site de Belchamp vient en complément des 2 000 chercheurs employés directement sur le site même de Sochaux-Montbéliard. Au total, avec 3 200 salariés en recherche-développement, le pôle franc-comtois polarise 27 % des 11 900 effectifs de Rdev. de France à côté des trois sites d’Ile-de-France (Vélizy, La Garenne Colombes,  Carrière sous Poissy).    

Face au fort recul des emplois de fabrication, la fonction recherche a connu ces dernières décennies un sensible renforcement. Au total, le département du Doubs polarise, en particulier grâce à Peugeot, 75 % de la recherche de l’ancienne Région Franche Comté et la filière automobile 70 % des effectifs de recherche régionaux.