Canada - Vancouver : métropole frontalière et fenêtre continentale sur l’océan Pacifique et la mondialisation

Dans le Nord-Ouest de l’Amérique du Nord, Vancouver est la fenêtre maritime sur l’océan Pacifique d’un Etat-continent, le Canada, largement inséré dans la mondialisation. Elle bénéficie pour cela d’un site et d’une situation d’abri exceptionnels : le delta et la vallée de la Fraser qui se jettent dans le Détroit de Géorgie. Depuis l’arrivée du train en 1881, son rôle d’interface Canada/ Pacifique/Asie en a fait le 1er port du pays et une métropole multiculturelle très dynamique dont l’influence s’est largement étendue dans l’hinterland. Prenant appui sur le 49ème parallèle de latitude nord, Vancouver est très proche de la frontière avec les Etats-Unis et constitue le versant nord de la Puget Sound Region, la grande région transfrontalière intégrant Seattle au sud.

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Légende de l’image

Image de Vancouver a été prise le 29 juillet 2020 par un satellite Sentinel-2.  Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m.

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Repères géographiques


Repères géographiques

Présentation de l’image globale


Vancouver : la grande métropole de l’Ouest, une fenêtre sur le
Pacifique et une région transfrontalière avec les Etats-Unis

A l’échelle régionale, cette image présente un vaste système montagnard, largement boisé et dominé par de hauts sommets enneigés ou englacés, qui tombe dans une mer bordée au sud-ouest par une succession d’iles très découpées. Au centre-est de l’image apparaît un fleuve - la Fraser - sortant des montagnes ; il va organiser un vaste triangle de basses terres littorales en position d’abri. Cette région constitue un phénomène exceptionnel et apparaît comme un véritable « oasis ». Il est en effet densément peuplé, bien mis en valeur au plan agricole et constitue le site de la grande métropole de Vancouver. Dans ce Grand Ouest Pacifique de l’Amérique du Nord, cet espace est si rare par sa taille, ses atouts et ses qualités que son contrôle a été l’enjeu de fortes rivalités géopolitiques et géostratégiques entre le Canada, au nord, et les Etats-Unis, au sud. Bien visible de l’espace, la frontière coupe la région en deux.   

Le delta de la Fraser : un site et une situation exceptionnels

Plus en détail, cette image est composée de quatre ensembles géographiques bien distincts.

A l’ouest, l’image couvre le Strait of Georgia, ou Détroit de Géorgie. Relié à l’océan Pacifique, ce puissant bras de mer sépare le continent de l’immense île de Vancouver, dont on aperçoit dans l’angle sud-ouest quelques îles périphériques, les Gulf Islands. C’est dans cette île que se trouve Victoria, la capitale politique et administrative de la Province de Colombie britannique.

Le Strait of Georgia est un très puissant détroit de 300 km de long et de 18 km à 55 km de large qui accueille en position d’abri à l’intérieur des terres au nord la métropole de Vancouver, au sud les métropoles d’Everett/ Seattle/ Tacoma (Etats-Unis). Elles forment aujourd’hui la grande région transfrontalière du Puget Sound. Cette présence maritime et cette cuvette topographique expliquent une température annuelle moyenne de 10 °C. Les hivers sont doux (0,5 à 1°C en dec/janvier) et les étés chauds (juillet/aout : 22°C), mais les précipitations importantes (1,5 m. par an, sous forme de neige en déc./janvier).    

Au nord, se trouvent des montagnes élevées et boisées, comportant de nombreux lacs d’origine glaciaire, qui tombent brutalement sur la plaine. Elles appartiennent à la Chaîne côtière qui culmine dans l’intérieur des terres (hors image) à 4016 m. Sur l’image, les North Shore Mountains (1862 m.) sont bien visibles de la ville de Vancouver, à côté du mont Clarke (2159 m) ; coté Etats-Unis le Mont Baker est sensiblement plus haut (3286 m.). Ce cadre montagnard vaut à la région de Vancouver la présence de stations de ski, l’accueil des Jeux olympiques d’hiver en 2010 et le fait que 90 % de l’électricité est fourni par l’hydroélectricité.

Au sud, en revanche, s’étend une large et riche plaine littorale qui constitue un bon bassin agricole bénéficiant d’une longue saison sans gel grâce aux influences maritimes. Cet espace est coupé par une ligne ouest/est bien visible correspondant à la frontière entre le Canada et les Etats-Unis qui prend appui sur le 49ème parallèle de latitude nord et qui sépare deux mises en valeur agricoles bien différenciées. La fixation de cette frontière entre les deux Etats date du milieu du XIXe siècle et a été semi-conflictuelle.

Au centre, enfin, se déploie un vaste delta s’avançant dans la mer. L’image prise à marée basse témoigne, sur cette côte, du jeu des marées, qui dégage ici des estrans assez larges. Nous sommes dans le delta de la Fraser, un puissant fleuve qui traverse l’image d’est en ouest, et est rejoint au nord-est par la Pitt River. Longue de 1370 km, la Fraser River est le plus long fleuve de Colombie britannique. Son puissant débit de printemps est lié à la fois à la taille du bassin hydrographique de 220 000 km², aux importantes précipitations qui tombent sur la Chaîne littorale et à son régime nival, c’est-à-dire dominé par les eaux de la fonte des neiges de mai à juillet.

Comme en témoigne la couleur des eaux au large, les phénomènes d’érosion puis de transport et d’accumulation sont considérables. La Fraser porte en effet une charge alluviale importante, évaluée à 20 millions de tonnes par an. Ceci explique que le delta avance progressivement sur la mer, que se trouvent au large des hauts fonds (Sturgeon et Roberts Bank) et que les îles soient nombreuses comme, par exemple, celle de Sea Island qui accueille l’aéroport. L’urbanisation de ces terres inondables situées parfois au ras de l’eau (cf. Richmond) est rendue possible par la construction d’un réseau de hautes digues protectrices.

C’est d’ailleurs pourquoi la ville de Vancouver – comme toutes les grandes villes de deltas actifs – est géographiquement détachée de la Fraser. Elle se réfugie plus au nord sur un fjord – c’est-à-dire une ancienne vallée glaciaire envahie par la mer – bien visible sur l’image, le Burrard Inlet dont la rive sud porte le site historique de la métropole. Née pour l’essentiel du chemin de fer au XIXe siècle, la métropole va connaître une croissance économique, démographique et urbaine exceptionnelle qui va la conduire à urbaniser un espace de plus en plus large.      

Vancouver : l’extrémité occidentale et pacifique d’un Etat-continent aux exceptionnelles contraintes

Pour comprendre l’exceptionnalité de Vancouver, il convient de jouer sur les emboitements d’échelles en mobilisant les échelles locale, régionale, nationale et continentale et mondiale. Car Vancouver combine à la fois un site de large fjord en position d’abri et une situation régionale et nationale exceptionnelle en étant au débouché de la longue vallée de la Fraser. D’où son intérêt véritablement géostratégique pour le Canada. Coupant les puissantes chaînes littorales, grâce par exemple au célèbre Fraser Canyon long de 270 km, la Fraser est en effet le seul grand axe de communication facilement utilisable sur des milliers de kilomètres entre la côte Pacifique et l’intérieur continental du pays. Entre le littoral et les Grandes Plaines, il faut franchir une formidable barrière de montagnes : les chaînes côtières culminent en effet à 4016 m. et les Montagnes Rocheuses canadiennes à 3954 m. au télégénique Mont Robson.

Les logiques Nord/Sud. Car si le Canada est un Etat-continent de 9,9 millions de km², au 2ème rang mondial derrière la Russie par sa superficie, son cadre spatial est marqué, encore bien plus qu’aux Etats-Unis, à la fois par la démesure de sa dilatation spatiale et surtout par le poids exceptionnel des contraintes naturelles, en particulier dans le Nord et le Grand Nord. Les 9/10èmes de l’espace sont vides et 95 % de la population se réfugie dans le Sud, le long de la bande frontalière avec les Etats-Unis. Ainsi si la Colombie britannique s’étend sur 922 509 km² et dispose de 7000 km de côtes, ses densités demeurent globalement très faibles (4,8 hab./km²) du fait de l’importance des hauts plateaux intérieurs et des chaînes de montagnes qui couvrent 80 % de la Province mais qui sont désertiques (0,6 Hab/km²). L’impact est immédiat : 70 % de la population se concentre sur seulement 3 % du territoire, dans la « Colombie britannique utile » du Sud-Ouest dominée par le couple Vancouver/Victoria et qui fait donc figure d’ « oasis ». Comme le montre l’image, Vancouver se situe à l’échelle du pays et de la Province dans l’ « extrême sud » quasiment collée aux Etats-Unis : la frontière n’est qu’à 38 km et Seattle à 300 km par autoroute. Face aux rigueurs du Grand Nord, elle fait figure de « Côte d’Azur ».  
 
Les logiques Ouest/Est. Situé à l’extrémité occidentale du pays sur la rive du Pacifique, Vancouver est l’aboutissement ultime de la « conquête de l’Ouest » canadienne du XIXe siècle qui s’appuie sur deux piliers.

Premièrement, sur des politiques de peuplement, de mise en valeur des terres, forêts et mines d’un côté, sur une organisation administrative progressive fonctionnant selon le géographe P. Villeneuve dans le cadre d’une « architecture mobile » de l’autre. C’est ainsi que le Manitoba devient une Province fédérée en 1870, la Colombie britannique en 1871 et la Saskatchewan et l’Alberta en 1905.

Deuxièmement, sur une politique intégratrice fondée sur la réalisation de la première liaison ferroviaire transcontinentale en 1881. La promesse de réalisation de la ligne ferroviaire fut d’ailleurs l’argument majeur pour arracher l’adhésion de la Colombie britannique à la Fédération canadienne. Ce projet ferroviaire s’inscrit alors dans une double logique géopolitique : contrer les forces centrifuges régionales du Centre et de l’Ouest du pays ; et résister aux pressions des Etats-Unis, le grand voisin dont on vit dans l’ombre.  L’arrivée du train va jouer un rôle déterminant dans l’essor urbain de Vancouver du fait de la construction d’un véritable espace canadien intégré et d’un marché national unifié. Pour autant, selon le géographe Henri Rougier, la Colombie britannique va être considérée jusque dans la décennie 1970 par le Hearthland Ontario-Québec comme un « extrême arrière-pays ». Vue de l’Est et du Saint-Laurent, et Vancouver apparaît alors comme le dernier maillon - après Edmonton et Calgary - des archipels métropolitains qui organisent le Sud du pays.

Les logiques trans-Pacifique tirées par la mondialisation. Mais le dynamisme de l’Asie, l’ouverture de la Chine et l’insertion croissante de l’espace Pacifique et du Canada dans la mondialisation vont se traduire par un spectaculaire renversement des équilibres entre les Provinces, avec le « réveil du Grand Ouest » dont le centre d’impulsion est la métropole de Vancouver. La Colombie britannique est aujourd’hui au 3e rang des Provinces par sa population et son économie. Ces vingt dernières années, l’emploi y augmente par exemple d’un tiers. La Province et Vancouver bénéficient en particulier du statut de fenêtre maritime du vaste hinterland canadien sur le Pacifique. Les marchés asiatiques y représentent 80 % des exportations (pêche, bois, charbon et minerais de la Province, céréales des Grandes Plaines, souffre et gaz de l’Alberta, potasses du Saskatchewan…).

Vancouver : le 1er port du Canada au cœur de la mondialisation. La métropole est ainsi devenue dès 1971 le 1er port du pays, dépassant ainsi Montréal, et l’un des plus grands ports de la Côte Ouest du continent nord-américain. Les activités portuaires emploient 115 000 salariés et réalise 200 milliards de dollars canadiens d’échanges par an. C’est par cette étroite fenêtre maritime qu’une très large partie des productions de l’immense hinterland canadien est exportée, en particulier vers l’Asie. Vancouver est branché sur des lignes maritimes desservant Tokyo, Yokohama, Busan, Shanghai, Shenzhen, Hong Kong, Kaohsiung, Ho Chi Minh City et Singapour. Comme le montrent sur l’image le nombre de navires et l’importance des emprises portuaires, les activités maritimes ont joué et jouent toujours un rôle majeur, avec l’importation de produits manufacturés et l’exportation de produits de base (bois, charbon, hydrocarbures, céréales, potasse, minerais).

Bien qu’encore fortement polarisée sur le Burrard Inlet (exportation de céréales et oléagineux avec grands silos de stockage, d’hydrocarbures, produits chimiques, engrais, ferries de haute mer Vancouver/ Seattle…), ces fonctions gérées par Port Métro Vancouver ont largement essaimé en se spécialisant sur les 247 km de côtes disponibles. Deux autres pôles portuaires complètent l’ensemble : la basse vallée de la Fraser (transbordement et terminaux pour conteneurs) et le terminal maritime proche de la frontière avec Delta Port (1er rang du Canada pour les conteneurs) et Westshore Terminals (1er terminal charbonnier du pays).    

Vancouver : la 3e métropole du Canada en pleine extension

Après Toronto et Montréal, Vancouver est aujourd’hui la troisième métropole du Canada, laissant loin derrière Calgary et Edmonton. Couvant 115 km², la municipalité compte 631 500 habitants. Mais la grande Région Métropolitaine de Vancouver (Greater Vancouver), couverte par l’image, compte 2,4 millions d’habitants (1961 : 830 000 hab., 1981 : 1,2 million), pour 2.882 km2, soit une densité de 855 hab./km2.

Si jusqu’en 1950, le Bras Nord de la Fraser constituait la limite méridionale de l’agglomération, comme le montre bien l’image, le processus d’urbanisation s’est depuis très largement étendu vers l’est (Burnaby : 232.000 hab., Coquitlam : 139.000), le sud (Surrey : 518.000, Richmond : 198 000, le Delta : 102.000) et le sud-ouest (Langley : 117.000). Au total, 77 % de la population habite aujourd’hui en banlieue. Ce processus s’est accompagné de la construction de grands équipements structurants comme l’université sur la colline dominant l’entrée du Burrard Inlet ou l’aéroport sur la Sea Island. Si le cœur de la métropole demeure le CBD historique, les plans d’aménagement ont défini dans cette vaste métropole multipolaire sept pôles relais secondaires : Lonsdale, Metrotown, Richmond, Surrey, Coquitlam, Mapple Ridge et Langley.   

En se plaçant comme fenêtre portuaire sur le Pacifique et l’Asie, à l’interface entre le marché national d’un côté, et la partie du marché mondial la plus dynamique de l’autre, à l’instar de ce qu’avaient fait Montréal puis Toronto aux XVII/XIXe siècles du côté atlantique, elle est la principale bénéficiaire au Canada de la recomposition des équilibres géoéconomiques mondiaux. Son aire d’influence vers l’est n’a cessé de s’étendre. Elle englobe dans un premier temps toute la Colombie britannique au détriment de Calgary et d’Edmonton, puis dans un second temps l’Alberta et les Plaines, au détriment de Winnipeg. En métropolisant progressivement tout l’Ouest et le Centre-Ouest du Canada, Vancouver entre en concurrence de plus en plus directe sur un certain nombre de fonctions avec Toronto pour l’organisation du vaste Hinterland intérieur. L’essor de Vancouver symbolise donc le processus de maturation progressive qui caractérise l’espace de cet ancien Nouveau Monde.

Cette émergence métropolitaine se traduit par deux phénomènes majeurs. Largement ouverte sur le monde, la région est devenue l’une des plus cosmopolites du Canada du fait de son attractivité migratoire, en particulier envers l’Asie. La moitié de la population résidente utilise une autre langue maternelle que l’anglais. Dans la commune de Richmond, 76 % des 200 000 habitants sont d’origine asiatique, dont 53 % de Chinois.

La métropole connaît aussi une sensible mutation de son appareil productif en devenant l’un des pôles des technologies nouvelles. Vancouver « Hollywood North » à Burnaby est un centre majeur des productions télévisuelles, cinématographiques et de jeux vidéo en Amérique du Nord. Les technologies médicales et les biotechnologiques, les équipements de télécommunication et l’informatique (Electronic Arts, Intel, Cisco Systems, Salesforce) y jouent un rôle important, avec par exemple l’implantation en 2007 d’un centre de développement de logiciels de Microsoft dont le siège est à Seattle. L’attractivité des firmes étasuniennes s’explique par les crédits d'impôt recherche, des salaires inférieurs de 30 % à ceux de la Silicon Valley, des infrastructures performantes, une réelle qualité de vie, une langue et une culture proches et de fortes aménités sociétales et environnementales.   

La frontière Canada/Etats-Unis : le versant nord de la Puget Sound Region

Prenant appui sur le 49e parallèle de latitude nord, la frontière Canada/Etats-Unis est à peine visible sur l’image. On la distingue dans l’aménagement différencié qui est fait des terres agricoles ainsi qu’à travers les différentiels de densité qui existent entre Blaine, dans l’Etat de Washington et White Rock/South Surrey, en Colombie britannique, le côté canadien étant plus densément peuplé et plus urbain que le côté américain, plus rural.

Par ses quatre – cinq si l’on ajoute celui de l’exclave de Point Roberts – points d’entrée, la frontière forme la « Cascadia Gateway », l’un des systèmes frontaliers les plus fréquentés, le long de la dyade, avec d’ouest en est : Peace Arch/Douglas, Pacific Highway, Lynden/Aldergrove, et Sumas/Huntingdon-Abbotsford. Ce système suit une logique « longiligne », pour reprendre la terminologie de Christian Pradeau, la frontière n’étant traversée qu’en ces quatre/cinq points qui définissent ainsi des « sas de passage ». Ces derniers structurent les échanges commerciaux et les flux de personnes entre un Etat américain et une province canadienne fortement intégrés, cette région constituant avec celles de Detroit/Windsor et Buffalo/Niagara, l’une des régions transfrontalières les plus dynamiques le long de la frontière Canada/Etats-Unis. Le 49ème parallèle fait notamment la connexion entre l’autoroute I-5 du côté américain et l’autoroute 99 du côté canadien qui relie Vancouver à Seattle/Tacoma et, plus au sud, Portland, jouant un rôle d’interface central dans la logique de corridor Nord/Sud qui structure la région, le long de la plaine côtière.

Signe de la relation pacifique qui unit les deux voisins nord-américains, leur frontière commune a, pendant longtemps, été connue comme étant « la plus longue frontière non-défendue » au monde. Même si cette spécificité s’en est trouvée modifiée avec les attentats du 11 septembre 2001, qui ont vu les Etats-Unis déployer un dispositif de sécurité que la frontière n’avait jamais connu depuis plus d’un siècle et demi, elle n’en demeure pas moins toujours relativement « ouverte ».

Certaines configurations rappellent ainsi son histoire pacifique, à l’instar de Zero Avenue en Colombie britannique et Boundary Road, dans l’Etat de Washington, deux routes qui courent en parallèle l’une de l’autre sur plus d’un kilomètre (entre Lynden, WA et Abbotsford, BC) et qui ne sont séparées que par un fossé – la frontière – ou encore le parc de Peace Arch bâti sur la ligne internationale entre Blaine et South Surrey auquel on peut accéder du Canada ou des Etats-Unis sans que l’on soit soumis à aucune contrôle.


Zooms d’étude

Le Vancouver Harbor et le vieux centre historique

L’image couvre le site historique de la métropole de Vancouver. Au pied des montagnes, entre la mer et le Burrard Inlet à l’ouest et le puissant fjord de l’Indian Arm à l’est se déploie un espace protégé par une péninsule aujourd’hui occupée par le Stanley Park. Si le site est exploré par un capitaine anglais, qui donne son nom à la ville, en 1792 et si un poste de traite à fourrure dopé par la ruée vers l’or se développe entre 1858 et 1862, c’est bien l’arrivée du Transcontinental Canadian Pacific en 1886 qui est déterminante dans l’essor de cette ville de pionniers à partir du site du Central Business District actuel. En contrepartie, la capitale politique de la Province est transférée en 1871 à Victoria, la ville au sud de l’île de Vancouver, formant ainsi un système métropolitain régional qui allait devenir multipolaire.

La croissance métropolitaine des dernières décennies repose sur une forte identité métropolitaine et régionale, la présence d’une grande bourgeoisie d’affaires et de nombreux sièges sociaux de puissantes firmes, des politiques publiques novatrices (faible fiscalité, investissements dans la santé, l’éducation et les infrastructures comme les transports en commun…), une opinion publique sensible aux enjeux d’un développement durable (recul de l’usage de la voiture en centre-ville, création d’un réseau de métros aériens, parcs urbains, qualité de vie…) et une économie de plus en plus diversifiée et attractive (poids des investissements étrangers et du tourisme).  

En particulier, l’espace du CBD, de False Creek et des anciens quartiers de Yaletown et Gastown a connu de profonds changements avec la multiplication des opérations d’urbanisme : reconquête des fiches industrielles et du bord de mer, verticalisation avec la construction de nombreuses tours, implantation de nouveaux équipements (palais de justice, bibliothèque, centres commerciaux...).      


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Repères geographiques

L’aménagement des rives de la Fraser River

Cette image couvre la vallée de Fraser River dans la traversée centrale de l’agglomération entre les communes de New Westmintser, de Burnaby et de Surrey. A l’est de l’image, l’ile Douglas se situe à la confluence de la Fraser River et de la Pitt River, les eaux des deux étant de couleur bien différente en lien avec la charge alluviale. A l’ouest de l’image, un peu à l’amont de l’ile Annacis, la Fraser se sépare en deux, avec un bras Nord et un bras Sud. Ce phénomène est important dans la mesure où ces deux bras vont enserrer une très grande ile.

Très large et très active (bancs de sable, iles, crues…), la Fraser constitue une vraie rupture topographique comme l’indique la construction de cinq grands ponts pour en assurer le franchissement. L’ensemble de l’espace est ici très largement urbanisé, en particulier sous forme de lotissements pavillonnaires reprenant le tracé très régulier du découpage du foncier. Si Surrey et une partie de New Westminster témoignent de quartiers moins denses, plus aérés, plus verts et dotés de nombreux parcs et espaces verts, le coin nord-ouest présente au contraire un tissu urbain plus dense et moins bien équipé.

Surtout, l’image fait bien apparaitre l’importance des fonctions productives implantées le long des rives ou dans certaines îles de la Fraser. La navigation et les infrastructures y sont gérées par la Vancouver Fraser Port Authority. Les zones d’activités y sont nombreuses et très étendues, formant ainsi un long ruban quasi continu le long du fleuve. Leur présence rappelle l’importance des activités industrielles et commerciales de cette métropole, en lien avec les activités portuaires maritimes, à l’interface entre le Canada continental et l’espace Pacifique. Car cet espace est le second pôle portuaire de l’agglomération avec le Burrard Inlet. On y trouve en particulier seize terminaux de conteneurs et sites de transbordement multimodaux.     


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Repères géographiques

Le front d’urbanisation de la Pitt River

Cette image couvre le nord-est de l’agglomération au contact de la Pitt River et des espaces montagnards qui bordent Vancouver au nord. Au sud-ouest, la municipalité de Cotquitlam apparaît très urbanisée alors qu’au centre la commune de Pitt Meadows demeure encore très largement agricole. Nous sommes là sur un des fronts d’urbanisation de la métropole qui ne cesse de s’étendre vers ses périphéries rurales.

A la sortie de la Pitt River de la montagne, où elle se déploie sous forme d’un grand lac dans un ancien fjord glaciaire, la rivière a été canalisée par de puissantes digues de protection afin de faire face aux crues de printemps liées à la fonte des neiges. Les marais de la Pitt Addington Marsh servent de zone tampon entre la rivière et les espaces agricoles situés au sud dont le quadrillage régulier du parcellaire est bien visible.   

Cet espace montagnard est dominé par la Coquitlam Mountain (1583 m) à l’ouest et le Golden Ears (1716 m.) et l’Edge Peak (1.680 m.), qui portent encore des névés permanents au mois de juillet, à l’est. Cet espace apparaît désert et très largement couvert de forêts en dehors des parties sommitales de roches et de neige. Le contact entre le vaste bassin largement humanisé de la Fraser River et l’espace montagnard de l’arrière-pays apparaît sur l’image très brutal ; il est symbolisé par le tracé rectiligne du couloir déboisé afin de faire passer les lignes électriques haute tension qui apportent à la métropole l’hydroélectricité produite plus à l’est par de grands barrages. L’intérieur de la chaîne des montagnes littorales demeure en effet, en dehors de quelques vallées, très largement sous-peuplé, voire parfois désertique tant les contraintes y sont difficiles.            


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Repères géographiques

Maple Ridge et les riches campagnes périurbaines

Le bassin de la Fraser compris entre les villes de Maple Ridge, Langley et West Heighs constitue un fort contraste avec les hautes chaines au nord de l’image. Il est traversé par la fameuse Route Nationale 1, dite Transcanadienne, qui traverse tout le Canada d’Ouest en Est.  

Ce bassin, du fait de ses sols et de son climat, constitue une riche région agricole bien mise en valeur comme en témoignent le parcellaire des champs et la densité des exploitations agricoles. Cet espace présente aussi clairement les effets de la polarisation hiérarchisée de l’espace induite par la présence à l’ouest de la métropole de Vancouver. A l’ouest, Maple Ridge et Langley constituent la limite orientale de la zone de l’agglomération la plus dense. Au centre de l’image se déploient des espaces ruraux gagnés progressivement par la périurbanisation avec la multiplication des lotissements pavillonnaires et des zones d’activités ou commerciales. Cependant, au sud de l’ile Matsqui, les campagnes demeurent nettement plus agricoles.   


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Repères géographiques

Contributeurs

Pierre-Alexandre Beylier, Maître de Conférences,  Civilisation nord-américaine, Université Grenoble-Alpes
et Laurent Carroué, Inspecteur Général de l’Education Nationale et de la Recherche.

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