Afghanistan / Pakistan / Tadjikistan - Le corridor de Wakhan, une zone tampon transfrontalière en plein Himalaya

Long de 350 km et large de 13 à 65 km seulement, le couloir de Wakhan constitue un étroit corridor situé au Nord-Est de l’Afghanistan dans la province de Badakhchan. Il se déploie entre le Tadjikistan au nord et le Pakistan au sud avec en bref contact avec la Chine (92 km) à l’est. Tracé en 1893 dans le cadre des accords sur le Ligne Durand qui fixe sur 2430 km le tracé des frontières entre l’Afghanistan et l’Empire britannique des Indes, cet étrange corridor intra-montagnard répond à un enjeu géostratégique majeur : dans le cadre du Grand Jeu, créer un espace-tampon neutralisé entre l’Empire russe, en pleine poussée impérialiste vers l’Asie centrale en cette fin du XIXème siècle, au Nord et l’Empire des Indes britanniques au Sud. Aujourd’hui, le corridor afghan de Wakhan isole le Tadjikistan, né de l’implosion de l’URSS en 1991, et le Pakistan, née de la décolonisation en 1947. Mais une autre puissance impériale – voisine et asiatique cette fois - s’intéresse actuellement à cette région, la Chine, pour des raisons là encore géostratégiques.

Légende de l’image satellite

Ceete image du corridor du Wakhan, entre l'Afghanistan, le Pakistan et leTadjikistan, a été prise par les satellites Sentinel 2 les 20 et 22 septembre 2020. Il s’agit d’une image en couleurs naturelles de résolution native à 10m.

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Contient des informations © COPERNICUS SENTINEL 2020, tous droits réservés.


Repères géographiques

Présentation de l’image globale

Le corridor de Wakhan : un héritage frontalier impérial

Un espace de très hautes montagnes jeunes et très actives

L’image fait apparaître un espace globalement dominé par la très haute montagne qui s’inscrit dans la formidable collision depuis 50 millions d’années entre deux plaques tectoniques majeures : la plaque eurasiatique au nord et la plaque indienne, qui remonte vers le nord, au sud. Comme dans toute l’immense chaîne de contact que constitue le grand système himalayen, qui se déploie sur des milliers de kilomètres d’ouest en est, les terres sont portées à des altitudes formidables : au centre et au sud de l’image, environ 80 % des terres s’élèvent entre 4000 et 6000 m d’altitudes, et 10 % se trouvent au dessus des 6000 m. Dans ce vaste dispositif, plusieurs sous-ensembles régionaux s’individualisent en massifs plus ou moins développés.

A l’est, entre le Tadjikistan et la Chine, la chaine du Sarikol atteint les 6351 m. au mont Lyavirdyr et le col de Beyik est perché à 4600 m. Au centre se trouve le massif du Pamir. Couvant 120 000 km², et s’étendant sur 500 km de long et 300 km de large, il est constitué de plusieurs massifs distincts, dont sur l’image le Grand Pamir (6331 m) et le Petit Pamir (5992 m.). Enfin dans la partie méridionale de l’image se déploient côté pakistanais les chaînes de l’Hindou Kouch (Tirich Mir, 7708 m., hors image), au sud-ouest, et du Karakoram, au sud-est.  À l'extrémité orientale de l’image, le col du Wakhjir (4923 m) est l’un des cols frontaliers les plus hauts du monde et permet le passage entre l’Afghanistan et la Chine uniquement lors de la période estivale.

Une région déserte bien arrosée et marquée par les glaciers

Du fait de sa position et de son orientation, la partie centrale et méridionale de la région – qui se rattache aux marges septentrionales du monde indien - est le domaine de la très haute montagne humide, du fait de la mousson. Ces montagnes sont donc bien arrosées mais froides, comme en témoignent en ce début septembre la présence des « neiges éternelles » et la puissance des appareils glaciaires bien visibles sur les images zooms.  Les précipitations peuvent dépasser les 1500 millimètres par an et la lame d'eau écoulée peut atteindre 1000 millimètres par an. Plus au nord par contre, le Tadjikistan est constitué pour partie de très hauts plateaux étagés entre 3500 et 4500 m qui sont plus secs voire arides, car en position d’abri et dont certaines caractéristiques annoncent déjà l’Asie centrale.   

Dans ces très hautes terres, le froid, l’intense ensoleillement et la violence des vents jouent un rôle déterminant au plan morphologique et bioclimatique. Ces facteurs expliquent en particulier l’étagement de la végétation entre l’étage subalpin de 2700 à 3500 m, marginal sur l’image, l’étage alpin jusqu'à 4400 mètres d'altitude avec ses herbes rases puis, enfin, l’étage nival au-delà de 4500 mètres avec sa végétation naine et éparse, voire absente. La maigreur de la végétation, souvent steppique, et la fréquence des sols nus, dégradés, rocheux et désertiques sur de nombreux versants sont très visibles sur l’image. Les glaciers, le gel, la neige, les rivières et le vent jouent un rôle majeur dans des processus d’érosion très actifs. De novembre à début mai, la région est largement isolée et les transports rendus difficiles, voire aléatoires, alors que de nombreux cols sont impraticables.  

Dans ces conditions naturelles très difficiles, l’homme est rare et se réfugie dans les basses vallées. Nous sommes ici dans un désert de haute altitude. Ainsi, en Afghanistan, le district de Wakhan – qui couvre 10 300 km² - n’est peuplé que de 14 500 habitants, soit une densité très faible de 1,5 hab/km² Certains noyaux villageois se trouvent en effet à de hautes altitudes : Sarhad-e-Broghil est perché à 3300 m ou Ljangar - à la confluence du Pamir et du Wakhan qui forment alors de Piandj - à 2799 m.

Dans ce contexte, ces espaces montagnards se caractérisent par une activité agro-pastorale dominante, un peuplement très discontinu organisé en îlots spécialisés liés à l’étagement des cultures et des activités, de profondes discontinuités et un profond isolement qui participe de la fragmentation de l’espace. Dans le couloir de Wakhan, les Kirghizes, un groupe ethnique de langue turcique, représentent environ 10 à 15 % de la population face à la présence majoritaire des Tadjiks - ici les Wakhi - de langue iranienne et de confession ismaélienne. Une partie de ces agriculteurs met en œuvre une activité agro-pastorale traditionnelle (yacks, chevaux, ânes, chèvres, chameaux de Bactriane…) fondée sur une transhumance saisonnière estivale vers les pâturages d’estive d’altitude. Sur les marges afghanes, ils ont longtemps entretenu des liens d’échanges frontaliers avec les villages du sud, situés aujourd’hui au Pakistan (sucre, farine, thé), reposant sur la complémentarité des activités et des terroirs.

Un système intramontagnard organisé par deux grands bassins hydrographiques : hydrogéopolitique et marquage frontalier

Cet espace est coupé, à peu près au milieu de l’image, par deux grands bassins hydrographiques, qui sont autant d’antiques aires de civilisation. L’un est tourné vers le nord et de nature endoréique, c’est l’Amou Daria ; l’autre se jette dans la mer, c’est l’Indus. Dans cette masse montagnarde, l’hydrographie a joué, avec la topographie (lignes de crêtes, cols…), un rôle déterminant dans l’organisation régionale : c’est elle en effet qui fixe les grands axes d’organisation, de circulation et de pénétration. Topographie et hydrologie jouent donc un rôle déterminant dans le tracé des frontières entre Etat. Ainsi, globalement, les hautes crêtes servant de ligne de partage des eaux entre le bassin du Syr Daria au nord et celui de l’Indus au sud servent à fixer la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan.

Au sud, toute la partie méridionale de l’image est drainée par le bassin de l’Indus, qui prend sa source puis coule un peu plus à l’est de l’image. Les vallées secondaires (Karambar, Ghizar, Hunza, Gilgit…) sont en général très encaissées et très étroites et servent d’axe de pénétration et de contrôle pour les armées et la police pakistanaises, dont les postes sont souvent omniprésents dans les principaux villages. On y trouve là les modalités traditionnelles de quadrillage et de contrôle hiérarchisés d’un haut espace montagnard, avec bases de départ, postes avancés et contrôle plus ou moins étroits des verrous stratégiques (sites de confluence des rivières et vallées…).    

C’est en fait au centre et au nord de l’image que l’organisation topographique et hydrographique va jouer un rôle déterminant dans la définition des frontières du couloir de Wakhan. Au point que la création du Couloir de Wakhan comme zone tampon relève fondamentalement du registre de l’hydrogéopolitique. En effet, relevons d’abord que la chaîne du Sarikol à l’est et la chaîne de l’Hindu Kuch/ Korakoram au sud présentent des barrières difficilement franchissables. Par contre, comme le montre très bien l’image, entre le système complexe des Pamirs et la chaîne Hindu Kuch/ Korakoram vient s’installée une large dépression orientée ouest/est qui sert de haut bassin à l’Amou Daria, qui couvre toute la moitié nord de l’image. Ce fleuve endoréique d’Asie centrale fait 2580 km de long et draine un bassin de 534 739 km², soit l’équivalent de la France métropolitaine, et prend sa source sur l’image avant de se jeter dans la mer d’Aral.

Au sud, la vallée de la rivière Wakhan – longue de 220 km et prenant sa source à 3900 m - constitue l’axe central méridional du corridor en organisant la frontière de l’Afghanistan avec le Pakistan et la Chine. Ce sont les lignes de crêtes délimitant en rive gauche son bassin-versant qui servent à fixer les frontières. Le seul col permettant un passage terrestre entre l’Afghanistan et la Chine est le col de Wakhir perché à 4923 m. d’altitude. Dans la large dépression évasée occupée par le lac Chaqqmaqi et où l’Aksu prend sa source, le seuil topographique marque là encore la frontière. Au centre-ouest de l’image, la rivière Pamir prend sa source dans le lac Zorkul – s’étalant sur environ 40 km² - à 4130 m d’altitude. Son cours est utilisé pour fixer la frontière entre l’Afghanistan et le Tadjikistan.

A l’ouest (hors image), la confluence du Pamir et du Wakhan forme le Piandj - qui mesure 1125 km – et constitue par la suite une grande partie de la frontière entre l’Afghanistan et le Turkménistan. Enfin, l’Amou Daria nait de la confluence (hors image) du Vakhch et du Piandj. Le Piandj draine un bassin de 113500 km² et son débit est de 1010 m3/seconde grâce à son régime nivo-glaciaire. A lui seul, le haut bassin du Piandj joue un rôle majeur puisqu’il fournit la moitié du débit annuel de l’Amou Daria à sa sortie du Tadjikistan. La région fonctionne donc comme un véritable château d’eau pour une parie des Républiques d’Asie centrale. Ces émissaires se caractérisent par un régime nivo-glaciaire, étroitement lié donc à la fonte des neiges et des glaciers, qui est marqué par des crues d’été et une période d’étiage entre les mois de janvier et mars.

Le corridor de Wakhan : une zone tampon comme héritages de la géohistoire impériale

Au XIXem siècle, la géopolitique régionale de cet espace de hautes terres désertes, isolées, sous peuplées, sans grandes ressources et donc trés longtemps marginales va être surdéterminée par l’affrontement entre deux puissances impériales, le Royaume-Uni et la Russie tsariste dans le cadre du « Grand Jeu », un terme inventé par le Britannique Arthur Conolly en 1840, et donc l’apogée se situe entre 1850 et 1885.

Au sud, les Britanniques vont chercher à sécuriser les marges du Raj, l’Empire britannique des Indes, le joyau de la Couronne. Pour ce faire, Londres va chercher à sécuriser les confins occidentaux de l’Empire avec les annexions du Sind en 1842-1843, du Pendjab à la suite des guerres sikhs entre 1845 et 1848-1849, puis du Baloutchistan en 1879. Londres décide aussi de contrôler l’actuel Afghanistan afin d’y empêcher l’installation de la Russie en y multipliant les interventions militaires à travers les trois guerres anglo-afghanes de 1839-1842, 1878-1880 et 1919. Mais ces tentatives sont des échecs. Le Traité de Rawalpindi du 8 août 1919 met donc fin à la troisième guerre anglo-afghane et aboutit à la reconnaissance définitive par Londres de l’indépendance politique de l’Afghanistan.

Au nord, la Russie tsariste s’avance en Asie centrale en multipliant les opérations miliaires contre les différentes entités politiques organisant l’Asie centrale comme les Khanats de Khiva et de Kokand ou l’Emirat de Boukhara. D’abord transformés en protectorats entre 1868 et 1873, ces territoires sont ensuite tout simplement annexés entre 1870 et 1895.      

C’est dans ce contexte mondial et asiatique très tendu qu’un compromis géostratégique va être progressivement élaboré pour transformer l’Afghanistan en un Etat-tampon neutralisé exerçant en particulier son autorité sur les régions situées au nord et au sud de l’Hindou Kouch. En 1873, le russe Alexandre Gortchakov met fin aux prétentions russes en reconnaissant dans la région de l’image les régions du Wakhan et du Badakhshan comme faisant partie de l’Afghanistan alors qu’à l’ouest l’Amou Daria devient la limite méridionale de la zone d’influence russe : Kaboul voit donc reconnaitre par Moscou sa souveraineté, très nominale, sur l’étroite bande de terre qui va devenir ainsi le couloir ou corridor de Wakhan.

De même, face à ses échecs répétés en Afghanistan, L’Empire britannique passe un compromis en établissant en 1893 la frontière internationale entre l’Afghanistan et l’Empire des Indes sur la Ligne Durand, du nom de Sir Mortimer Durand, vice-roi des Indes, son principal instigateur, en s’appuyant pour sa délimitation sur les principales lignes de crêtes des massifs frontaliers. Il fallut cependant attendre 1895 pour qu’une commission russo-britannique démarque conjointement et concrètement les frontières. De fait, ce sont donc les militaires et les cartographes de Londres et de Moscou qui tracent ici les frontières : l’accord frontalier russo-britannique est ratifié en 1896, imposé à Kaboul et accepté de facto par l’Empire chinois. Enfin en 1963, dans le cadre de la normalisation de leurs relations, la Chine et l’Afghanistan délimitent leur frontière commune.

Une région de marges mal contrôlées par leurs Etats respectifs

Malgré la fixation des frontières internationales, ces hautes terres demeurent aujourd’hui pour partie sous-intégrées à leurs constructions nationales et mal contrôlées par leurs Etats respectifs du fait de leur porosité tout en constituant au plan administratif des entités spécifiques dont l’existence témoigne des dynamiques géopolitiques internes à chaque Etats.  

Au nord-est de l’image, l’espace appartient à la province autonome de Gorno-Badakhshan (GBDAO) dont la capitale est Khorog, sur l’Amou Daria. Cet espace demeure largement enclavé et isolé, sous-peuplé et mal contrôlé par les autorités du Tadjikistan confrontées à de fortes tensions géopolitiques internes et au développement, comme dans l’Afghanistan voisine, de la culture du pavot à opium (Papaver somniferum) et du chanvre (Cannabis sativa). En particulier, depuis 2016, on assiste, selon certaines sources, à une sensible dégradation de la situation sécuritaire dans la province du Badakhchan liée à la présence de groupes armés ouïghours, évalués entre plusieurs centaines et deux milles personnes.
 
Au centre et à l’ouest, la région du couloir de Wakhan est rattachée à la province afghane du Badakhshan, dont la capitale est Fayz-Abad. Rattachée à l’espace tadjik, ce territoire échappe très largement au contrôle des autorités de Kaboul dans un Etat très affaibli par des décennies de guerres et dans un pays très morcelé en entités régionales disposant de facto d’une très large autonomie. Les conflits ont souvent participé à l’isolement de la vallée : elle fut fermée aux étrangers lors de l‘intervention russe en Afghanistan de 1979 et réouverte seulement en septembre 1999.
 
Au sud, l’espace couvert par l’image est rattaché aux régions pakistanaises de Khyber Pakhtunkhwa à l’ouest et de Gilgit Baltistan à l’est. Enfin, au nord-est, se trouve la région chinoise du Xinjiang.  

Le corridor de Wakhan : le nouvel intérêt géostratégique de la Chine pour la région

Depuis plusieurs années, la région bénéficie de l’investissement géostratégique de la Chine qui cherche à contrôler et à sécuriser ses frontières extérieures avec les républiques d’Asie centrale, l’Afghanistan et le Pakistan.

Deux enjeux majeurs de nature différente y coexistent. Premièrement, la province du Xinjiang est déstabilisée par la révolte d’une partie de la population ouighour contre la politique initiée par Pékin ; la province constituant une ligne de front pour les « trois maux » que sont le « séparatisme », le « terrorisme » et  l’ « extrémisme religieux ». La Chine met en particulier en avant la radicalisation de groupes islamistes (cf. Ouighours du Mouvement islamique du Turkestan oriental ou ETIM ; Turkestan Islamic Party, ou TIP) dont certains combattants seraient liés aux mouvements islamistes radicaux (Syrie, Proche Orient) ou aux talibans afghans. Deuxièmement, cette instabilité constitue une menace pour le développement à l’est de l’image de la route stratégique du Karakorum qui relie le Pakistan à la Chine.

Dans ce contexte, Pékin multiplie depuis 2016 les initiatives afin d’installer un système de contrôle plus efficace de ses marges frontalières occidentales : mise en place de mécanismes de sécurité bilatéraux avec la Tadjikistan, l’Afghanistan et le Pakistan (patrouilles et manœuvres militaires conjointes, partages de renseignements, équipement et formation des armées…). Selon certaines sources occidentales, la Chine aurait financé la construction de onze avant-postes frontaliers entre le Tadjikistan et l’Afghanistan et un centre de formation pour les gardes-frontières, tout en mobilisant les populations wakhis et khirghizes comme source d’information. Au printemps 2018, l’International Crisis Group confirme ainsi la présence de militaires chinois dans la région autonome Gorno-Badakhchan du Tadjikistan qui seraient en particulier abrités dans une base militaire dans le nord de la région (hors image) pour accueillir des troupes de montagne chargées de lutter contre le terrorisme.   

Zooms d’étude

La chaîne du Sarikol : la frontière
entre le Tadjikistan et la Chine

L’image porte sur la partie orientale de la région. Elle couvre la chaîne de haute montagne du Sarikol – parfois dénommée le « Pamir chinois » - qui ferme vers l’est les hauts plateaux du Pamir et sert de dyade frontalière entre le Tadjikistan à l’ouest et la Chine à l’est.

Cette chaîne atteint sur l’image les 6351 m au Pic Lyavirdyr, dont on distingue bien les glaciers sommitaux. Au plan hydrologique, nous sommes sur deux systèmes fluviaux endoréiques tournés vers le nord, caractéristique de la structure de l’Asie centrale donc. A l’ouest de l’image coule l’Aksu, qui prend sa source à 2595 m sur l’image. Il constitue le cours supérieur du Murghab-Bartang qui plus au nord bifurque vers l’ouest pour rejoindre l’Amou-Daria et la mer d’Aral. Dans une région sans important couvert végétal et subissant une forte érosion, la rive droite de l’Aksu est bien structurée par une succession de cônes d’érosion créés par les torrents descendants de la chaîne frontalière alors que le lit majeur de la vallée est bien visible du fait d’une succession de zones d’expansion des eaux de crues. A l’est, la partie chinoise est drainée par la cuvette du Taxkorgan qui constitue un bassin endoréique d’échelle régional qui se trouve dominée à l’est par la puissante cordillère du Kunlun.   

La chaîne du Sarikol présente une véritable barrière frontalière difficilement franchissable : vers le sud, le col de Beyik est à 4.600 m., vers le nord celui de Kulma est à 4362 m. Situé 80 km plus au nord (hors image), le col de Kulma n’est ouvert pour des raisons géopolitiques qu’en mai 2004. C’est le seul point de passage terrestre équipé d’une route carrossable entre le Tadjikistan et la Chine, où il est dominé par le Muztaghata (7546 m.). Du fait de l’enneigement, ce col transfrontalier n’est ouvert - environ et selon les années – que de la mi-mai au début novembre. Il permette de relier la route M41, qui dessert la vallée de l’Aksul et Murgag, à la route du Karakorum côté chinois.

Dominant à l’ouest le bassin topographique et hydrographique de Tashkurgan, par lequel passe la route stratégique du Karakorum qui relie le Pakistan à la Chine, la sécurisation et le contrôle de cette région marginale de haute montagne est devenu un impératif géostratégique pour Pékin.


La chaîne du Sarikol


Repères géographiques

La frontière Afghanistan/Tadjikistan dans la vallée du Pamir et dans la région du lac Zorkul

L’image couvre la dépression occupée par la rivière Pamir et le lac Zorkul. Si la topographie est sensiblement plus aérée qu’au Pakistan pour des raisons géologiques et tectoniques, nous sommes toujours dans un espace de hautes terres : le lac Zorkul se déploie à 4125 m, il est dominé au nord par la longue chaîne de l’Alitshur méridionale et au sud par le massif du Grand Pamir où se trouve le Kohe Belandtarin qui atteint les 6296 m et le Concord Peak à 5469 m.

La frontière utilise quatre systèmes topographiques et fluviaux différents : la haute ligne de crête du Grand Pamir à l’est de l’image, un des chaînons nord/sud qui ferme le vaste cirque dominé par le Concord Peak afin de constituer un sous-ensemble cohérent, le lac Zorkul puis la rivière Pamir.   

Dans cet espace, la réserve naturelle tadjike d'État de Zorkul mérite d’être signalée. Déployée autour du lac du même nom le long de la frontière avec l'Afghanistan, elle est fondée en 1972 et couvre 165 km2. Sa dynamique de patrimonialisation témoigne de la mondialisation d’un modèle international de gestion de l’espace sous la pression des organisations internationales.  D’abord défini comme un simple refuge naturel dans un espace marginal largement désertique, elle est élevée au rang de « réserve intégrale » en 2000 tout en voyant sa superficie multipliée par cinq pour atteindre 877 km2 avant d’être reconnue comme un site Rasmtar en 2001. Son classement au Patrimoine mondiale de l’Unesco a été proposé.


Vallée du Pamir


Repères géographiques

La frontière Afghanistan/ Pakistan au sud

Comme le montre l’image, la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan est fixée sur la ligne de crête du Petit Pamir d’un côté et les crêtes septentrionale des chaînes de l’Hindou Kusch et du Karakoram de l’autre. Le contact est marqué par des massifs très élevés : le Qualandar Zom culmine à 5909 m. et le fameux col – ou passe - de Broghil se trouve à 3798 m. La vallée de la Vakhan s’avère ici très étroite et encaissé, c’est donc un axe de circulation très contraint côté afghan.
    
Côté pakistanais, les massifs sont couverts par d’importants appareils glaciaires. Le fameux glacier de Chiantar est ainsi largement alimenté par les calottes de haute altitude du Chiantar Sar (6416 m.) et du Garmush Zom (6244 m.). Cette région fut le paradis de l’alpinisme, en particulier britannique, dès les années 1930.

Au sud de l’image, les vallées – comme celles de la Ghizar ou de la Gilgit - sont dotées de routes stratégiques qui facilitent la circulation des militaires, le contrôle des populations et les éventuels mouvements de troupes vers la frontière. Mais du fait de ses très fortes contraintes et de son relatif isolement géographique, la région est calme et tranche ainsi sensiblement avec l’est de la chaine du Karakoram où la situation géopolitique est très conflictuelle entre le Pakistan, la Chine et l’Inde (cf. région du Cachemire).


Frontière


Repères géographiques

Images complémentaires


Col de Wakhjir


Corrridor de Wakhan

Zone du refuge du corridor de Wakhan

Au sud-est de l'image générale se dressent plusieurs sommets dépassant les 7000 m d'altitudes. les langues glacières sont visibles dans les vallées.

Documents complémentaires

Guillaume Fourmont : « Afghanistan. Blessures de guerres, espoirs de paix » ; N° Spécial, Revue  Moyen-Orient, avril-juin 2019, Paris.

Jacques Piatigorsky et Jacques Sapir : Le Grand Jeu XIXem sciècle. Les enjeux géopolitiques de l’Asie centrale, coll. Mémoires/ Histoire,  Autrement, 2009.  

Michel Foucher : Fronts et frontières. Un tour du monde géopolitique, Fayard, Paris.

Michel Foucher : L’obsession des frontières, Perrin, Paris, 2007.

Contributeur

Laurent Carroué, Inspecteur Général de l’Education nationale

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